PRESSAFRIQUE 04.09.05
Semaine du 30.08 au 03.09.05
Katrina : chronique d'un chaos annoncé - Incendies des logements à Paris : halte aux feux! - Y a-t-il une pensée coloniale raciste dans la presse française? - Révélations sur Lockerbie ?

Katrina : chronique d'un chaos annoncé

 Une semaine après le passage dévastateur de l'ouragan Katrina, les Etats-Unis commencent à prendre conscience de l'ampleur de la catastrophe humanitaire qui pourrait devenir sanitaire selon AP. A Biloxi, un centre d'hébergement a du être fermé en raison d'une épidemie de dysenterie.  Le secrétaire américain à la Santé et aux Services humains Michael Leavitt évoque un bilan qui pourrait  être de plusieurs milliers de morts rejoignant les déclarations du sénateur David Vitter qui estimait à au moins 10.000 morts le nombre de victimes de l'Ouragan Katrina tandisque le bilan officiel en date du 03.09 se chiffrait à 164 morts selon Nouvel Obs.com . Des villes entières ont disparu sous les eaux en Louisianne et dans le Mississipi. Selon un expert dans Libération, "l es digues mises en place en Louisiane pour protéger une région côtière située au dessous du niveau de la mer ont été construites pour faire face à des ouragans de catégorie 3 maximum. Or Katrina était de catégorie 4. Résultat : la digue du lac Pontchartrain a cédé sous la furie de l'ouragan, qui a ouvert une brèche de plus de soixante mètres dans le béton....Au point qu'aujourd'hui, elle est majoritairement sous l'eau ."

Pendant les premiers jours une situation d'anarchie apocalyptique à la "Mad Max" ou bien à la "Waterworld" a régné à la Nouvelle-Orléans  : pillages, viols, tirs sur les forces de l'ordre par des bandes organisées. «La ville s'est transformée en zone de guerre. Des choses affreuses se sont passées, des femmes ont été battues, des gens se sont tiré dessus» raconte Jason, un pêcheur de 32 ans (
Libération ). Ce n'est que depuis peu que l'ordre semble revenir avec l'envoi de militaires américains revenus d'Irak. Plus de 7 000 militaires,  notamment des parachutistes et des Marines, dans le sud du pays  ont été envoyés dans la région samedi, au sixieme jour apres le passage du cyclone.

Les dégâts écologiques selon Libération sont sans précédents aux USA, Une ville en cuvette lâchée par ses digues : "La Nouvelle-Orléans fait désormais partie du golfe du Mexique. Privée de ses défenses contre les eaux du lac Pontchartrain et du Mississippi, la ville s'est retrouvée connectée à l'océan Atlantique. Ses célèbres tombes, érigées depuis des lustres pour survivre aux inondations, sont sous les eaux pour de longues semaines".

Quant aux dégâts économiques, selon le
Nouvel Obs.com   ils sont tout aussi faramineux : "Katrina a 235.000 km2 soit la moitié de la France. Dans le Mississippi, au moins 40 à 50 km de côte ont été ravagés. Environ 80% de La Nouvelle-Orléans ont été inondés. 711 plate-formes et puits pétroliers ont été fermés dans le Golfe du Mexique, Cinq jours après son passage sur le sud des Etats-Unis, 88,53% de la production normale américaine de pétrole brut dans le golfe du Mexique (qui représente un quart de la production du pays) était toujours arrêté. - Les dégâts pourrait coûter plus de 100 milliards de dollars et jusqu'à 35 milliards pour les assureurs, selon l'entreprise spécialisée Risk Management Solutions. L'interruption d'activité représente une centaines de millions de dollars de manque à gagner par jour.- La Louisiane, le Mississippi et l'Alabama représentent 3% du PIB des Etats-Unis...". D'après The Independent , le gouvernement US estimerait que la Nouvelle-Orléans pourrait restée ville morte pendant 9 mois laissant les rescapés sans domicile pendant plus de deux ans.  
 
Mais la polémique aux USA ne cesse de s'amplifier quant à la gestion par l'administration Bush de la catastrophe. Le gouvernement Bush a été accusé par le révérend Jessie jackson d'avoir tardé à intervenir en raison de la présence d'une majorité de noirs parmi les sinistrés tandis que
Condoleeza Rice est montée au créneau pour défendre Bush : "Personne, notamment pas le président, n'aurait laissé des personnes sans aide en raison de sa race", a affirmé Mme Rice, plus haut responsable de couleur au sein de l'administration américaine".Le mécontentement parmi la population américaine ne cesse de croître notamment parmi la population noire, communauté qui semble avoir été la plus touchée en raison d'un niveau social plus défavorisé.  Les élus du groupe parlementaire noir, tous démocrates, ont laissé libre cours à leur colère, tandis que les images montrent inlassablement des familles noires en grande détresse. "Si ces gens n'avaient pas été noirs et pauvres, ils n'auraient pas été laissés à La Nouvelle-Orléans pour commencer", s'est emporté le député de Louisiane, William Jefferson, soulignant que beaucoup n'étaient pas partis faute de voitures ou de moyens pour s'offrir une chambre d'hôtel.(La colère monte aux Etats-Unis, La Croix- AFP 03.09.05)
 
Des TV américaines diffusent des témoignages de rescapés qui injurient le président Bush : "Bush bouge toi les fesses" a-t-on pu entendre sur une chaîne américaine selon LCI (04.09.05). Force est de constater que la gestion de la catastrophe humanitaire a souffert d'une grande incurie. Bush ne s'extrayant de son lieu de vacances au Texas qu'après plusieurs jours et ne s'est rendu sur les lieux du drame que tardivement. Le président Vénézuélien Hugo Chavez très remonté contre le gouvernement Bush, notamment en raison des menaces que fait porter ce gouvernement sur sa présidence, n'a pas hésité à traîter le président américain de "cow-boy" incapable, il a poussé la comparaison avec Fidel Castro qui avait su, selon lui, évacuer des millions de personnes à l'annonce d'un ouragan de la même ampleur il y a quelques années. Bush après avoir déclaré n'avoir besoin d'aucune aide extérieure s'est ravisé quelques heures après pour
demander en urgence l'aide internationale . L'Iran n'a pas hésité à proposer une aide humanitaire aux USA . L'aide de la France et des pays européens ont été acceptés par l'administration Bush, l'Afghanistan si éprouvé par la guerre a annoncé un don de 100.000 dollars.
La FEMA chargée d'aider les victimes de la catastrophe et profondément déstructurée et remaniée pour les besoins de la lutte antiterroriste, est arrivée sur le site de la catastrophe de trois à quatre jours après l'Ouragan. Son président nommé par Bush, n'a pas hésité à déclarer la veille du drame qu'il ne fallait pas s'inquiéter car les digues tiendraient.  Pendant trois jours seul une poignée de policiers et de secouristes locaux ont porté aide aux victimes. L'affaire prend une dimension politique et une commission d'enquête au Sénat pourrait s'emparer du dossier cette semaine. Une décision devrait être prise mercredi prochain. Enfin, il n'est pas sûr comme l'affirme le président Bush que les USA puissent mener de front guerre en Irak et reconstruction de la Louisianne...

Incendies des logements à Paris, Région Parisienne : halte aux feux!

Depuis le 15 avril, plus de 60 personnes pour la plupart issus de la communauté africaine sont mortes dans des incendies qui ont frappé Paris et sa région. Même si ces incendies n'ont aucun rapport entre eux, un certain nombre de ces incendies pourraient être criminels. Le dernier en date, probablement criminel selon les enquêteurs, a fait au moins 15 morts à l'Hay-les-roses dans la nuit du  03.09.05 au 04.09.

  Le 15 avril: un incendie  de  l'hôtel "Paris-Opéra", immeuble vétuste du IXe arrondissement de Paris qui abritait des familles en situation précaire, relogées par les services sociaux, fait 24 morts, dont 11 enfants. La compagne du réceptionniste de l'établissement a été mise en examen le 19 avril. Mi-avril, un reportage sur France 2 montre le caractère vétuste de l'immeuble du Boulevard Vincent Auriol qui a brûlé le 26 août : "état lamentable des lieux : fuites d'eau, murs lépreux, installation électriques dangereuses et invasions de rats" (Canard Enchainé du 31.08.05). Une habitante du lieu dénommée Fatoumata y est interviewée, elle relate dès le mois d'avril des départs de feu, il y en aurait eu 2 ou 3 selon ses dires sur France 2. Que font les pouvoirs publiques, la Mairie de Paris, la préfecture de Police, ils patientent. Selon Le Canard Enchaîné (31.08.05), ce logement n'était pas considéré comme insalubre ni par l'Etat, ni par la Mairie de Paris qui a visité le logement a plusieurs reprises, ni par Emmaüs "dont une filiale assurait la gestion et encaissait les loyers".

- 26 août: Cet immeuble du XIIIe arrondissement, situé au boulevard Vincent-Auriol, est ravagé par un incendie qui fait 17 morts, dont 14 enfants. Il hébergeait des familles africaines, sénégalaises et maliennes dont une grande part était en situation régulière. Le parquet de Paris aurait ouvert le 2 septembre une information judiciaire pour "destruction volontaire par effet d'un incendie ayant entraîné la mort d'autrui".

- 29 août: un feu éclate dans un immeuble vétuste de la rue du Roi-Doré squatté par des ressortissants sans papiers d'origine ivoirienne dans le IIIe arrondissement, fait sept morts, dont quatre enfants. L'hypothèse d'un incendie accidentel est privilégié par les enquêteurs en raison de l'état d'insalubrité de cet immeuble. Selon l'enquête en cours, un court-circuit aurait été à l'origine du départ du feu.

Très vite les mesures expéditives du ministre de l'intérieur prennent effet : évacuation des squats méthode "karcher" sans même s'assurer des possibilités de relogement auprès de la Mairie de Paris. Résultat des courses les 18 familles délogés du squat de la Fraternité de Paris, le jour de la rentrée scolaire, campent dans les jardins publics au voisinage du squat (AP). Aucune coordination avec les services sociaux et la mairie de Paris, tout  ce beau monde s'est retrouvé à la rue.  Pour le plus grand bonheur des promoteurs véreux :"Pour couronner le tout, la préfecture et la Mairie doivent aussi faire face à des marchands de biens qui se sont fait une spécialité d'acquérir des logements en très mauvais état, et de préférence squatés. Ces bâtiments valent une bouchée de pain, mais les acquéreurs espèrent que la police acceptera d'en évacuer les occupants pour raison de sécurité. Car, pour les proprios, l'évacuation c'est bingo! La valeur du bien peut décupler du jour au lendemain...Le marchand de biens qui a racheté un squat rue de la Fraternité, dans le XXè arrondissement, a ainsi écrit au préfet de police après l'incendie de l'hôtel Paris-Opéra pour lui demander d'évacuer les occupants, sous peine de voir la responsabilité pénale des fonctionnaires engagée en cas de sinistre. Et la saison des bonnes affaires ne fait que commencer." (Ces taudis qui flambent et peuvent rapporter gros, Canard Enchainé 30.08.05)

- 4 septembre: un incendie survenu dans un immeuble d'habitation type HLM de L'Hay-les-Roses (Val-de-Marne) fait au moins 15 morts, dont trois enfants. L'hypothèse criminelle est privilégiée par les enquêteurs, selon le maire, Patrick Sève(AP). Selon les enquêteurs, trois adolescentes de 16 à 18 ans pourraient être  à l'origine de l'incendie, elles sont actuellement en garde  vue. Cet immeuble n'était pas comme les précédents un immeube insalubre, il abritait des familles françaises dont bon nombre d'origine africaine.


Y-at-il une pensée coloniale raciste dans la presse française?

Telle est la question que l'on peut légitimement se poser à lire une certaine presse qui n'hésite pas à euphémiser les crimes coloniaux de la France impériale et à user des clichés coloniaux les plus méprisants envers les ressortissants africains. Une histoire coloniale impensée qui resurgit sans cesse de manière traumatique au regard de la conscience collective. L'impensé colonial et néocolonial renforce les défenses réactionnaires et stimagtise les minorités dites "visibles". Ces défenses réactionnaires, marquées d'un fort atavisme colonial sont constituées par  le mépris et la falsification de la réalité entre autres petits arrangements avec des faits historiques dérangeants. Le point d'orgue sans aucun doute en est le traitement médiatique du génocide rwandais par une presse française qui a marché dans les pas du régime collaborationniste français de 1994, sans jamais, à l'image du gouvernement, faire le moindre méa-culpa. Jean-Paul Gouteux revient sur le traitement ethniste de certains journaux du crime des crimes au Rwanda dans Dominion (Génocide rwandais : La presse française au ban des accusés). Lire aussi le dossier exemplaire d'une école de journalisme : JOURNALPES Méprises de parole : quand les médias caricaturent... ou disent n'importe quoi et les déclarations de journalistes qui ont couvert le génocide rwandais dans Rwanda, les médias en question.

Bien souvent ces points de vue coloniaux racistes sont développés par les "euphémisateurs" de service à savoir les  journalistes françafricains et autres falsificateurs de l'information  comme les appelle Odile Tobner, Boubacar Boris-Diop et François-Xavier Verschave dans leur livre Négrophobie (véritable succès au box-office). L'un des illustres représentants de ce courant en est Stephen Smith expert en Négrologie. Celui-ci n'hésitait pas à déclarer dans son livre "Négrologie", couronné par le prix France Télévision, que les Africains n'étaient pas réductibles à l'universel. Parmi les nombreux passages racistes  on trouve ceux-ci :   

Extraits du livre Négrologie
"
Qu'est ce à dire ? Que « les » Africains sont des incapables pauvres d'esprit, des êtres inférieurs ? Sûrement pas. Seulement leur civilisation matérielle, leur organisation sociale et leur culture politique constituent des freins au développement[.]".(p.49)

"...Le clash des civilisations, celle des Africains étant d'un niveau matériel nettement inférieur,..." (p.32-33)

"Trois fois décimés, ils (les africains) sont toujours trop nombreux, parce que seulement candidats à la charité". (cité dans Négrophobie par Odile Tobner, p. 14)



 Cette conception fondée sur une approche emprunte de relativisme culturel justifiant l'infériorité des peuples africains, est un argument souvent repris par certains journalistes formatés aux clichés coloniaux véhiculés par une société néocoloniale qui n'a pas rompu avec ses schèmes de représentations raciologiques archaïques. Ceux-ci sont fondés sur le mépris de l'Autre et une catégorisation tribalo-ethnomaniaque des africains. Ainsi, Schneidermann n'hésitait pas à considérer dans un article de Libération (09.04.04), intitulé « Des reporters et un génocide »que les Rwandais avaient probablement  « un autre rapport à la mort », et plutôt que d'évoquer les responsabilités françaises dans le génocide au Rwanda pourtant bien étayées, il n'hésitait pas à adopter la posture négrologique usuelle :« En contrepoint, les mots inattendus d'un autre reporter, Stephen Smith (le Monde). Il connaît l'Afrique aussi bien qu'Hatzfeld et Saint-Exupéry. Mais lui évoque le «péché d'orgueil» qui consiste à chercher «les clés de la tragédie rwandaise partout sauf au "pays des Mille Collines"». Troublante formule, parce qu'on y pressent quelque chose de juste. Oui, il y a du péché d'orgueil à ne nous intéresser qu'à nous-mêmes. Comme si les Africains eux-mêmes étaient incapables, seuls, d'une si mystérieuse monstruosité». 
 
Il suffit d'aborder les responsabilités de notre pays dans les crimes coloniaux et néocoloniaux et les "euphémisateurs" faisant "référence" sur la question surgissent et tentent de minimiser aux yeux de l'opinion publique ces abominations quant il ne s'agit pas purement et simplement de sombrer dans le révisionnisme le plus cynique voire le négationnisme.

Lors de l'acte de repentance effectué par Jacques Chirac à Madagascar au sujet du massacre de plus 89.000 malgaches (selon l'état-major français en 1949) par les troupes coloniales françaises en 1947 qualifié par le président de "dérives du colonialisme", une partie de la presse conservatrice et progressiste s'était empressée d'en minimiser le bilan. Dans Le Figaro, ce massacre monstrueux se voyait qualifié du doux euphémisme de "troubles malgaches",
La France fait acte de repentance,Le Figaro 22/07 (Philippe Goulliaud) : « Des paysans armés de sagaies et de coupe-coupe se livrent à des pillages et massacrent des colons français. Le gouvernement de Paul Ramadier et son ministre de la France d’Outre-Mer, le socialiste Marius Moutet, l’un des 80 parlementaires ayant refusé les pleins pouvoirs au maréchal Pétain en 1940, ne peuvent laisser faire. La répression est d’une violence extrême. On parle d’exécutions sommaires, de tortures, de rebelles précipités dans le vide depuis des avions militaires… À combien s’élève le bilan ? Aujourd’hui encore, personne ne peut le dire avec certitude. Certains, comme à l’époque le parti communiste, évoquent 100 000 à 150 000 morts. D’autres avancent 89 000 décès. Un chiffre aujourd’hui largement revu à la baisse. Il y aurait eu, selon certains historiens, moins de 10 000 morts dans les affrontements, 15 000 au total, si on prend en compte les conséquences de ces troubles malgaches. »

Le Figaro, Libération et Le Monde se sont empressés de légitimer les positions d'un historien connu pour ses positions révisionnistes sur la question. Lire cet extrait édifiant dans l'article de Libération du 22.07.05 (15.000 ou  100.000 mille morts?) :  
«La répression fut bien moins excessive que ce que l'on propage depuis plus d'un demi-siècle»
, explique Jean Frémigacci. Maître de conférences à Paris-I, cet historien coordonne les travaux d'une équipe franco-malgache dirigée par Lucile Rabearimanana, de l'université d'Antananarivo. L'ouverture, il y a deux ans, des archives militaires permet d'aller dans le sens d'une diminution du nombre des victimes, initialement établi «sur les exagérations démesurées du Parti communiste», rapportait Jean Frémigacci dans les Nouvelles, un quotidien d'Antananarivo. «Il y a eu moins de 10 000 morts de mort violente, soit un peu moins de 2 000 Malgaches tués par les insurgés, entre 1 000 et 2 000 victimes de crimes de guerre, et 5 000 à 6 000 insurgés tués par les forces coloniales, disait-il. Avec les morts de misère physiologique, de malnutrition et de maladie en forêt, dont nombre d'enfants, de femmes et de vieillards, nos évaluations se situent entre 20 000 et 30 000 morts, qu'il n'est pas possible de présenter comme "tués par les forces coloniales".»  Et nous n'aborderons pas le passage de cet article où la réaction outrée du représentant malgache face aux propos révisionnistes de Frémigacci est associée perfidement à "sa sensibilité communiste".

Dans Billets d'Afrique (n°139, 29 mars 1947 : des chiffres et des mots autour d’un massacre), Jean-Luc Raharimanana, dresse une critique au vitriol de ce processus de révision de l'histoire : "Traduction : si ces gens se sont réfugiés dans la forêt pendant des mois et ont péri dedans, c’est de leur faute ! Si l’Occupant a brûlé les villages où ils s’approvisionnaient, brûlé les rizières où ils pouvaient s’alimenter, massacré les troupeaux qui pouvaient les nourrir, c’est de leur faute. Si les mitrailleuses des tirailleurs ou de la légion les  attendaient à la lisière de la forêt, c’est de leur faute. S’ils ne voulaient pas se rendre, par orgueil, par liberté, s’ils ont préféré la mort au lieu de la servitude et de la colonisation, c’est de leur faute. A l’évidence oui, ils étaient morts tous seuls, seuls au monde…"
Les trois quotidiens ont en vérité la même source : Jean Fremigacci, Maître de conférences à Paris I, Sorbonne. Cet historien a été dénoncé par l’AFASPA (Association Française d'Amitié et de Solidarité avec les Peuples d'Afrique) comme celui qui a entrepris depuis des années de réécrire l’histoire de mars 1947. Selon Jean-Luc Raharimanana dans Billets d'Afrique (29 mars 1947 : des chiffres et des mots autour d’un massacre colonial), cet historien en juin 2001, lors du colloque « France et Afrique : répression des indépendances et décolonisation » organisé par l’association AIRCRIGE, suscita le scandale en attribuant le traumatisme des malgaches non sur la répression elle-même mais sur leur « désillusion romantique ».

On l'aura bien compris, il s'agit d'euphémiser une réalité traumatique pour ne pas penser la dette imprescriptible de la France à l'égard de l'Afrique. Et l'on pourrait évoquer la polémique qui a opposé Alger à Paris concernant la non reconnaissance par le gouvernement français des crimes contre l'humanité qui ont jalonné la colonisation de l'Algérie où "l'extermination", la déportation, les internements arbitraires, l'apartheid socio-politique, la torture des indigènes furent systématisés du début de la pacification coloniale jusqu'à l'indépendance. Une longue généalogie de crimes contre l'humanité qui a décimé en Afrique sub-saharienne jusqu'à la moitié des populations selon des données démographiques (cf.
massacres coloniaux). Cette généalogie de crimes contre l'humanité est considérée par la loi du 23 février 2005 votée à l'Assemblée nationale comme "un acte positif". A quand une loi pour glorifier l'action de notre pays au Rwanda?
Même si Bouteflika a pris comme monnaie d'échange la mémoire coloniale traumatique de son peuple  pour faire avaliser par le gouvernement français l'amnistie des crimes contre l'humanité de la junte alégrienne actuellement au pouvoir, il n'en reste pas moins vrai que cette loi n'est pas sans poser de graves questionnements au regard des prétendus droits de l'homme fondateurs de la Répubique. Faut-il croire qu'ils ne sont que subterfuges et que comme le considérait les Bugeaud, Pélissier, massacreurs du peuple algérien au moyen de razzias et d'enfumades, que des méthodes criminelles "dignes" des nazis sont justifiées pour civiliser les "races inférieures"? Que comme le considérait François Mitterrand, cité par Patrick de saint-Exupéry dans le Figaro , "dans ces pays là un génocide c'est pas trop important"?

On aura bien compris que la presse n'est pas indépendante et qu'il est bien difficile pour les journalistes d'exprimer un point de vue divergent de l'histoire officielle que l'on est en train de batir pour les futures générations. Une presse dont 80% de l'édition et 70% des grands quotidiens sont contrôlés par les marchands de canons (Dassault, Lagardère...) eux-mêmes tributaires des commandes d'Etat, peut-elle faire autrement que de relayer la propagande nationaliste en vigueur? D'autant plus que l'AFP est contrôlée à plus de 50% par l'Etat. Une société néocoloniale qui se refuse à exhumer son passé colonial et renvoie les récalcitrants aux "euphémisateurs" de service (
Pétré-Grenouilleau pour la traîte négrière et les politiques de circonstance, le Négrologue pour la Françafrique néocoloniale, les historiens révisionnistes pour les massacres coloniaux...). Lorsqu'Alger a demandé quelques comptes à Paris pour la loi du 23 février, on s'est empressé de l'adresser aux historiens tenants de la version officielle du discours national. (LE NOUVEL OBSERVATEUR 27.08.05 COLONISATION : Paris renvoie Bouteflika au travail des historiens).
Une loi, pour reprendre l'expression de la Ligue des Droits de l'Homme qui "légalise un communautarisme nationaliste suscitant en réaction le communautarisme de groupes ainsi interdits de tout passé". 

On aura bien compris, il s'agit de nier le fardeau colonial pour éviter tout processus de réparation. Une stratégie de non reconnaissance fondée sur le mépris comme en témoigne un article assez révélateur (parmi d'autres) d'un correspondant du Monde épinglé par Amnistia.net dans la plus grande indifférence médiatique :
Le mensuel Corsica, le correspondant du Monde et la nostalgie coloniale "Antoine Albertini nous raconte une anecdote des temps de guerre. Quand le jeune sous-lieutenant d'Infanterie de marine Charles Pellegrini rencontra Paul, "un ami du village": "Ensemble, ils vont traquer l'ennemi numéro un: un sanglier qui vient la nuit retourner la terre devant leur avant-poste. Pendant une battue, ils tomberont sur un autre gibier: la dernière bande de fellaghas du secteur, détruite en quelques rafales".
Etrange parallèle que celui qui nous est imposé entre un sanglier et "un autre gibier": des guérilleros algériens, des hommes se battant pour l'indépendance de leur pays, dont la vie a été "détruite en quelques rafales". Une rafale, nous précise Antoine Albertini, qui a valu la première décoration  de Pellegrini. "Avec des souvenirs pareils", insiste le journaliste, "normal qu'on le trouve chagriné du décès de son compagnon d'armes (Ce dernier vient de disparaître en cet été 2005)".
Que de la normalité, sous la plume nonchalante et cynique d'Antoine Albertini...".



Révélations sur Lockerbie
 ?

Selon un article du FIGARO en date du 31.08.05 (Lockerbie : doutes sur l'implication de la Libye ) "De nouveaux éléments du dossier et une révélation sensationnelle viennent tarauder le bien-fondé du verdict qui, en janvier 2001, a condamné le Libyen Abdel Basset Ali al-Megrahi à 27 ans de détention pour 270 meurtres : les 259 passagers et membres d'équipage du vol PanAm 103 et 11 résidents du village de Lockerbie, en Écosse." 17 ans après la tragédie de Lockerbie : La Libye disculpée par un des enquêteurs (Le Quotidien) 
"Des révélations anonymes d'un policier écossais «de haut rang», ayant participé à l'enquête et aujourd'hui à la retraite, viennent de renforcer le doute sur l'implication de la Libye, dans l'attentat aérien du Boeing 747 de la PanAm survenu en décembre 1988 au-dessus de la petite ville écossaise de Lockerbie, a rapporté hier mardi la presse française...Selon les révélations du policier écossais, les agents de la Centrale de renseignements américaine (Cia) qui enquêtaient sur la tragédie auraient «écrit le scénario», accablant a priori la Libye et fabricant a postériori l'indice identifié comme élément du détonateur, a rapporté, hier, le quotidien français Le Figaro".
Ces révélations pourraient très bien confirmer les thèses de Pierre Péan qui avaient remis sérieusement en cause les conclusions de l'enquête du juge Bruguière au sujet de l'attentat qui a visé le DC-10 d'UTA, le 19 septembre 1989, au-dessus du désert de Ténéré. Les preuves trafiquées du terrorisme libyen (Le Monde Diplomatique mars 2001). A suivre...