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LE PRESUME "CERVEAU DU
GENOCIDE" AU RWANDA FAIT APPEL A LA
FRANCE
Selon une dépêche de l'AFP [1] en date du 22.10.04, le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a demandé au gouvernement français de faciliter une rencontre entre d'une part Michel Marlaud ambassadeur français au Rwanda au début du génocide et d'autre part le colonel ''Emmanuel Maurin* '', ancien coopérant militaire au Rwanda, avec les avocats du présumé « cerveau du génocide » : le colonel Théoneste Bagosora. Cette demande a été faite à la demande de la défense du présumé ''cerveau du génocide''. Toujours selon l'AFP, la porte-parole adjointe du Quai d'Orsay, Cécile Pozzo di Borgo aurait dit ''être prête à examiner cette demande mais ne pas avoir été saisie par le TPIR'' . Ce qui semble d'autant plus surprenant que la demande en question, si elle a été faite à l'instigation de la défense du présumé « cerveau du génocide » au Rwanda, a été relayée officiellement par le TPIR[3].
Cette demande faite auprès du gouvernement français, de rencontre avec l'ancien ambassadeur de France à Kigali durant le génocide, de la part des avocats du colonel Bagosora ne va pas sans susciter de nombreux questionnements.
On voudra bien se remémémorer quelques faits documentés qui ne vont pas sans rappeler la part d'ombre de la politique française au rwanda.
A savoir :
- la formation, le 7 avril 1994 au sein de l'ambassade de France, du gouvernement intérimaire du Rwanda (GIR) sous la houlette de Jean-Michel Marlaud ancien ambassadeur de France à Kigali (selon Colette Braeckman[4] et Jean-Paul Gouteux[5]). Ce même GIR qui allait superviser le génocide.
- le soutien diplomatique et politique apporté aux génocidaires pendant le génocide. Notamment la réception en plein génocide des membres de ce GIR à Matignon et à l'Elysée par des responsables politiques français du plus haut niveau (dont Jean-Bosco Barayagwiza, le chef politique des extrémistes hutus et actionnaire de Radio Mille Collines qui sera condamné ultérieurement par le Tribunal pénal international d'Arusha à trente-cinq ans de prison).
- le déploiement d'une opération militaro-humanitaire (nommée Turquoise) qui n'a pas arrêté le génocide, comme l'atteste la Mission d'Information Parlementaire Française sur le Rwanda, mais dont les objectifs alloués à nos militaires furent, entre autres selon la MIPR [6], « d'être prêt ultérieurement à contrôler progressivement l'étendue du pays hutu... » (c'est à dire de constituer un territoire au sein du Rwanda pour assurer la protection du gouvernement génocidaire en fuite : le fameux GIR). La MIPR [6] va même jusqu'à parler, concernant le rôle de la France, de « situation intenable » alors que l'ONG Human Right Watch [7] évoque sans ambiguïté l'exfiltration par l'armée française du présumé génocidaire Bagosora et des Interahamwe vers l'ex-Zaïre. Et l'on ne reviendra pas sur la controverse concernant les livraisons d'armes, l'entraînement et le soutien des Interahahmwes pendant et après le génocide ( CEC[8]).
- le rôle d'Agathe Habyarimana accusée par Kigali d'avoir été la tête pensante de l'Akazu et la planificatrice du génocide. Celle-ci n'a jamais été entendue au TPIR d'Arusha ; probablement du fait de ses protections parisiennes? Elle a eu un rôle important dans l'animation des milices Interahamwe et de la Radio des Milles Collines selon les aveux même de François Mitterrand**. Elle a été exfiltrée par la France vers Paris à la veille du génocide pour être récemment reçue en début d'année à la cérémonie des voeux de la francophonie ( FIDH [9]).
- Quant au lieutenant colonel Jean-Jacques Maurin il fut le bras droit du lieutenant-colonel Chollet qui dirigea de facto l'armée rwandaise et il le remplaça à partir de 1992 jusqu'au début du génocide selon jean-Paul Gouteux[5].
A la lueur de ces informations, on est en droit de se demander si les maîtres d'oeuvre du génocide ne sont pas en train de manigancer en coulisse, par avocats interposés, pour obtenir la mansuétude de leurs anciens protecteurs français. S'agit-il d'une basse opération de chantage de la part du présumé «cerveau du génocide » pour obtenir un plus grand soutien français au TPIR ? C'est à dire un hébergement dans les prisons françaises à l'issu du procès*** comme la récente loi votée au parlement français le permet[10]? Bagosora est-il sur le point de craquer et de révéler les collusions entre génocidaires et le pouvoir français ? Veut-il se dédouaner sur le compte de la protégée de Paris à savoir Agathe Habyarimana, la veuve de l'ex-président du Rwanda, considérée par certains comme la véritable idéologue du génocide ? S'agit-il de réaménager sa ligne de défense en fonction des tractations secrètes entre Kigali et Paris, au moment où un rapprochement diplomatique s'est esquissé entre les ennemis d'hier? Kagamé a menacé début août de mettre en place une commission nationale indépendante sur l'implication française durant le génocide au Rwanda (qui n'a curieusement toujours pas vu le jour ) tandis que le chef de la diplomatie française, Michel Barnier, a déclaré être prêt à recevoir « une part équitable du blâme ». Bagosora se sentirait-il menacé par de possibles tractations en coulisse entre Kigali et Paris ?
A suivre...
*il s'agit sans doute du lieutenant-colonel Jean-Jacques Maurin,ndlr.
** Aveux faits à Jean-Hervé Bradol de Médecin Sans Frontières ; témoignage rapporté par celui-ci lors de son audition à la MIPR. Témoignage rapporté aussi dans le documentaire de Robert Genoud : ''France au Rwanda : une neutralité coupable'', Les films du village. Il s'agissait en fait pour François Mitterrand de justifier l'opération militaire Turquoise aux yeux de l'opinion publique et des organisations humanitaires.
*** Pour être libéré quelques mois plus tard pour raison de santé à la manière d'un Papon?
REFERENCES :
1. AFP 22.10.04
Procès du "cerveau du génocide" rwandais: le TPIR demande l'aide de Paris
2. AFP 22.10.04
Procès du "cerveau du génocide" rwandais: Demande examinée à Paris
3. TPIR 22.10.04
REQUEST TO THE REPUBLIC OF FRANCE FOR COOPERATION AND ASSISTANCE PURSUANT TO ARTICLE 28 OF THE STATUTE
4. Histoire d'un génocide, Fayard, 1994, p. 179 Un passage confirmé par la journaliste lors de la Commission d'enquête citoyenne de mars 2004.
5. Jean-Paul Gouteux, La nuit rwandaise, Dagorno, p. 42 et 494.
6. Mission d'Information Parlementaire sur le Rwanda. 1998.
Les limites d'un cessez-le-feu à tout prix.
7.Human Right Watch mai 1995. RWANDA/ZAIRE.
Rearming with Impunity International Support for the Perpetrators of the Rwandan Genocide
8. La Commission d'Enquête Citoyenne. Mars 2004.
Pour la vérité sur l'implication française dans le génocide
9. FIDH. 20.01.2004.
Etrange invitée à la cérémonie des voux de la Francophonie10. SURVIE 67
La France propose ses services au TPIR
Pressafrique 28.10.04