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LA LETTRE DU CONTINENT
N°457 28.10.2004 Les "Honorables
Correspondants" du col.
Robert! Bras armé de Jacques
Foccart dans l'Afrique de la guerre froide, le
colonel Maurice Robert confirme dans ses
mémoires tout ce qui était démenti à l'époque
des faits. Très instructif pour qui
sait lire. "Maurice Robert, Ministre de
l'Afrique" (Seuil). Une ambition contrariée?
C'est la seule fonction que l'ancien bras droit
de Jacques Foccart n'a jamais exercée après
avoir été au SDECE (aujourd'hui DGSE, de 1959 à
1974), à ELF (1974-1979) puis ambassadeur au
Gabon (1979-1981). Désagréablement "remercié"
par les socialistes en 1981, Maurice Robert
établit dans ses mémoires, la cartographie
personnelle, trans-politique, de ses amitiés et
de ses inimitiés. Le "tonton" flingue
gentiment...Il continue à travailler.
Bob Denard
"corsaire" des services secrets. Maurice Robert
confirme que toutes les opérations "feu orange"
menées par le mercenaire Bob Denard en Afrique
étaient bien couvertes par la France officielle
: sécessions du Katanga (Moïse Tshombé) puis du
Biafra (Emeka Ojukwu). Coup d'Etat au Benin,
détournement de l'embargo sur l'Afrique du Sud à
partir du Gabon, utilisation par les services
français du terme de "génocide" au
Biafra... | | |
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Décembre 2004
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Maurice Robert. Ministre de
l'Afrique : Entretiens avec André
Renault de Maurice
Robert, André Renault. Edition du
Seuil.2004.

La Quatrième
de
couverture
Ancien patron
du service de renseignement et diplomate,
Maurice Robert est de ceux qui ont incarné la
face cachée des rapports entre la France et ses
anciennes colonies d'Afrique durant plusieurs
décennies. Michel Jobert ne disait-il pas de lui
qu'il était le " vrai ministre de l'Afrique " ?
Pour la première fois, dans ce livre
d'entretiens où se mêlent anecdotes et pages
majeures de la politique africaine de la France,
il retrace son parcours, s'explique sur les
actions auxquelles on l'a dit associé, répond à
ses détracteurs, livre sa vérité... II raconte
ses relations avec Jacques Foccart, dévoile
l'ordinaire du Renseignement : officiers
traitants, honorables correspondants,
trafiquants d'armes, agents doubles, fuites,
opérations d'infiltration, de désinformation...
Mais, surtout, il décrit les dessous de la
politique française en Afrique : les tentatives
de déstabilisation du président guinéen Sékou
Touré, le rétablissement, en quarante-huit
heures, du président gabonais Léon M'Ba au
pouvoir, l'accession d'Omar Bongo à Ia tête du
Gabon, le rôle du mercenaire Bob Denard, le
Katanga, le Biafra... Au début des années 1970,
Maurice Robert quitte le SDECE et entre chez Elf
où il développe une activité de renseignement
toujours orientée vers l'Afrique. Nommé
ambassadeur de France au Gabon, il est le
premier à être relevé par les socialistes en
1981. Un itinéraire étonnant que celui de
Maurice Robert, celui d'un homme de l'ombre, au
cour des relations entre la France et l'Afrique.
Aujourd'hui il a décidé de lever le voile sur
son passé et, ce faisant, sur des pans souvent
méconnus de la politique africaine de la
France.
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LA POSITION DU
MISSIONNAIRE ROMAN D'ENQUÊTE Les
Contrebandiers Editeurs 19
? visiter le site de Jean-Paul
Jody
Ancien enquêteur
d'assurance, Kinscoff est mandaté par une jeune
femme pour retrouver Aimé, un Noir qui se cache
dans Bruxelles. Mais il n'est pas seul à
chercher Aimé. Un officier de renseignement
de l'armée belge est aussi sur sa piste.
Ainsi que deux mercenaires, lancés à ses
trousses depuis les forêts du Congo.
Et
les morts violentes commencent à
pleuvoir.
De quel sanglant forfait Aimé
est-il le témoin, l'auteur ou la victime
? Eglise catholique, armée française, ONU,
services américains, compagnies minières
internationales, mercenaires. Derrière le
génocide du Rwanda et les millions de morts du
Congo, qui orchestre le murmure des machettes
? "La position du missionnaire" est
l'autopsie remarquablement documentée d'un
conflit africain qui pourrait bien se reproduire
ailleurs. |
La position du
missionnaire de Jean-Paul Jody.
2004. 19 Euros. (Prix Polar Cognac
2004)

Interview de Jean-Paul Jody
sur Mauvais
Genre
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Arno
Servant : Comme
prévu quelques questions sur
"La position du missionnaire". Un roman qui
mérite d'arrêter toute activité pendant le temps
de lecture et qui fait envisager l'Histoire de
l'Afrique loin de celle proposée dans les
journaux!
Qu'est ce qui
vous a amené à écrire ce roman?
Jean-Paul
Jody : Une
pièce de théâtre, "Rwanda 94", qui racontait
les dessous du génocide. C'était
effarant.
Les spectateurs en sortaient
complètement abasourdis. Avec une façon
d'expliquer simple, accessible à tous. J'ai
pensé que je pouvais faire la même chose avec un
livre. Comme j'ai eu la chance de travailler
modestement pour cette troupe au festival de
Limoges, ils m'ont confié leur documentation.
Cela a été mon point de départ.
Arno
Servant : Combien de temps avez-vous mis à
réunir les documents et à écrire ce roman?
Jean-Paul
Jody : Quatre
ans. Pas à temps complet, bien sûr. La partie
fiction a été écrite en deux mois grâce à une
résidence d'écriture organisée par l'Ours
polar. Le sujet, très dense, commence en
1894 et se termine en 2004. La guerre du
Congo n'est pas terminée et les suites du
génocide sont sans fin. Pour illustrer, lorsque
j'écris que des témoins sont menacés de mort
aujourd'hui encore, 10 ans après le génocide,
voici ce que l'on trouvait la semaine dernière
dans la presse : Un assassinat au Rwanda relance
le débat sur la protection des
témoins...
All Africa -
Mauritania
- L'assassinat, la
semaine dernière au Rwanda, d'un homme qui avait
témoigné devant le Tribunal pénal international
pour le Rwanda (TPIR) a relancé le
...
Il ne se passe pas
une semaine sans que l 'on évoque la région des
Grands Lacs dans la presse. Une des
difficultés a été de mettre un terme au
roman.
Arno
Servant : Dans les polars et bien sur dans
la réalité "les fouilles-merdes" subissent
des pressions.... Est-ce votre cas?
Jean-Paul
Jody : Non. Tout d'abord, je n'ai pas joué
ce rôle de "fouille-merde". Je ne suis pas
journaliste, ni historien, ni chercheur.
D'autres ont fait ce travail pour moi. Toutes
les informations que je livre sont largement
sues des spécialistes du sujet qui n'y
apprendront rien. "La position..." est destinée
au grand public qui lui n'en connaît pas le
dixième. J'ai aussi tenu à éviter les ennuis
:-) Lorsque j'apprends qu'un prêtre
français, disons... un peu mouillé dans le
génocide, coule des jours paisible en Vendée,
forcément j'ai envie d'en savoir plus. Mais
quand une association renommée ayant pignon sur
rue me dit qu'il est protégé par la DGSE et me
conseille de laisser tomber, je les écoute...
Idem pour ce génocidaire rwandais, recherché par
toutes les polices du monde. Les USA promettent
plusieurs millions de dollars pour sa capture.
Il échappe à tous les enquêteurs du TPIR.
Pourtant, d'après moi, il semble assez
simple à localiser, au Kenya. Fier de moi et
naïvement, je m'en ouvre à une personne bien
informée qui éclate de rire, m'apprend que
l'avocat du génocidaire est un ancien ministre
gaulliste, que si la France a gelé ses avoirs
bancaires, sa famille possède un appartement à
Paris, dans le XIII ème et me propose de m'y
conduire... Idem encore pour les
génocidaires qui se cachent sur le territoire
français. Il était simple de les nommer et de
les situer. Mais je tombais alors carrément dans
la délation. Je me suis contenté de quelques
exemples volontairement flous, des associations
s'occupent de leurs cas. Dans cette histoire, je
ne suis qu'un "vulgarisateur", pas un reporter
de terrain...
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La
férocité blanche : des non-Blancs aux
non-Aryens, ces génocides occultés de 1492 à nos
jours. De Rosa Amelia
Plumelle-Uribe. Ed.
Albin-Michel. 2001, 334 p., 19.10
Euros.

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Avis de BILLETS
D'AFRIQUE
n°131, déc
2004. La traîte
des Noirs, la conquête de l'Amérique,
l'occupation de l'Afrique ont profondément
modifié les rapports des Européens aux autres.
L'affirmation de la supériorité blanche a
justifié toutes les violences. La
hiérarchisation raciale illustre la débâcle
morale de l'Europe qui aboutira à porter au
coeur du monde européen une férocité jusque là
réservée à d'autres continents. Après Hannah
Arendt, Césaire, Linqvist, l'auteure établit le
lien entre les entreprises de destruction à
grande échelle, fondées sur l'affirmation de la
supériorité raciale.
Avocate, originaire
de Colombie et portant dans sa chair et
dans son coeur les héritages indien et noir,
Rosa Amella Plumelle-Uribe lutte, dans ce livre,
contre l'oubli des siècles d'atrocités,
perpétrées contre les populations africaines
déportées et asservies après avoir
été officiellement déclarées inférieures.
La lecture des textes qu'elle a collectés est
souvent insoutenable, mais elle s'impose comme
un devoir de mémoire, "afin que nul
n'oublie". | |
Main
basse sur Alger : Enquête sur un pillage
(juillet 1830) de Pierre Péan. Ed.
Plon. 2004. Prix : 19.5 Euros.

La
Quatrième de couverture
Pour venger le coup
d'éventail donné par le dey d'Alger au consul de
France, la France occupa Alger, le 5 juillet
1830, et en chassa le dey...
Cette
vérité s'inscrit toujours sur les tableaux noirs
et dans les livres scolaires. Et si cette
conquête avait été menée dans le but de faire
main basse sur les immenses trésors de la
Régence d'Alger afin de constituer les fonds
secrets de Charles X pour corrompre et retourner
le corps électoral ? Difficile d'expliquer au
bon peuple que les défenseurs de la Chrétienté,
censés être venus à Alger punir les pirates
barbaresques, s'étaient livrés à un pillage
éhonté. Tout a donc été fait pour que ce
scandale fût étouffé. Après une longue enquête,
Pierre Péan a retrouvé les traces très
embrouillées de l'or découvert dans les caves de
la Kasbah, où étaient entassés pêle-mêle des
monceaux de quadruples d'Espagne et du Portugal,
des mocos, des piastres fortes d'Espagne, des
boudjous d'Alger et d'autres monnaies : un butin
chiffré à plus de 500 millions de francs de
l'époque (l'équivalent de 4 milliards d'euros).
Où sont passées ces sommes colossales ?
Louis-Philippe, la duchesse de Berry, des
militaires, des banquiers et des industriels,
comme les Seillière et les Schneider, ont
profité de cette manne. Le développement de la
sidérurgie française doit ainsi beaucoup à l'or
d'Alger...
Dans cette chasse à la vérité, Pierre
Péan fait revivre de grands aventuriers, donnant
une place particulière à Jean-Baptiste Flandin,
qui s'est battu pour dénoncer les pilleurs,
ainsi qu'au maréchal de Bourmont, authentique
maître d'ouvre de toute cette
aventure.
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LE
CANARD ENCHAINE
17.11.04 Quand les ancêtres du baron Seillière
faisaient main basse sur Alger. Pour venger
le coup d'éventail donné par le dey d'Alger au consul de
France, l'armée de Charles X occupe la ville, le 5
juillet 1830, et en chasse l'insolent. Voilà pour
l'histoire officielle. Mais Pierre Péan, qui ne
s'intérresse pas seulement aux coulisses du journal "Le
Monde", a retrouvé des traces très embrouillées de l'or
découvert dans les cavernes de la Casbah. Et il révèle,
dans un nouveau livre, comment Louis-Philippe, la
duchesse de Berry, quelques militaires et des banquiers
de leurs amis se sont servis au passage : un butin
chiffré à plus de 500 millions d efrncs d'alors. En or
massif. Parmi les heureux
bénéficiaires de cette manne se trouvent les ancêtres
des familles Schneider et Seillière. Qui célèbrent
précisément ces jours-ci le tricentenaire de leur bonne
fortune. Le général Loverdo,
commandant l'une des trois divisions des troupes qui
occupèrent la casbah d'Alger, écrit à son épouse :
"Tu peux t'imaginer quelle a été mon indignation
lorsque, croyant entrer le premier et pouvoir ainsi
sauver cet immense bâtiment où des richesses provenant
de plusieurs siècles de piraterie et d'extorsion étaient
accumulées, j'ai trouvé les appartements du dey et ceux
de sa fille unique, épouse de l'aga, généralissime du
gouvernement algérien, complètement
pillés." Et c'et la maison
Seillière qui, d'après Péan, a investi l'or et l'argent
pillés à Alger dans le système bancaire européen. Cela
sous les ordres du gouvernement Polignac, qui alimenta
ainsi la cassette de Charles X. Comme si, aujourd'hui,
le "pauvre Raffarin" (comme dit le Baron) avait imaginé
de favoriser les basses oeuvres du patron des patrons
pour alimenter les caisses noires de Chirac...
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La
Férocité Blanche
MASSACRES, EXTERMINATIONS,
ESCLAVAGE ET COLONISATION
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Critique de
BILLETS
D'AFRIQUE
n°131 décembre 2004.
p4
Mémoire à Retardement Face à la dénonciation
de la Françafrique, la tactique de la propagande adverse
est ben connue : concéder que des choses répréhensibles
ont existé, mais que c'est terminé depuis un certain
délai de prescription de la mémoire et des réparations :
1994, 1997, etc. Cette tactique glissante (les scandales
françafricains de 2004 seront admis en 2010, et ainsi de
suite) a la même efficacité que tous les processus
d'effacement de la mémoire qui autorisent les dictatures
du présent : on a le devoir d'y résister, c'est même la
condition sine qua non de la citoyenneté.
Aussi n'est-il pas inutile
de signaler la confirmation, dans les mémoires du
colonel Maurice Robert [1], bras droit de Jacques
Foccart et pilier des Services français en Afrique,
d'une série de crimes du Foccartisme longtemps niés. Le
plus horrible est la manipulation dela rébellion
biafraise contre le Nigéria, qui fit deux millions de
morts. Pour le pétrole. Le colonel admet l'utilisation
propagandiste du mot "génocide" : "Nous voulons un mot
choc pour sensibiliser l'opinion"[2].
C'est désormais officiel :
Bob Denard était un vrai-faux mercenaire, recruté par
Robert fin 1962 pour le compte de la DGSE. Les crimes de
Denard dans l'ex-Congo belge, au Bénin, aux Comores,
etc. sont donc ceux du SDECE-DGSE, c'est à dire de
l'Elysée : De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand,
Chirac.
Tout cela se complète
d'une description des relais et techniques de la
désinformation actionnés par la Françafrique. Comme ils
sont toujours en usage, ce rappel peut servir à aiguiser
la vigilance.
[1]Maurice Robert, Ministre de
l'Afrique, Seuil, 2004. [2] cf. F.X. Verschave, La
Françafrique, Stock, 1998,
p.137-153. |
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