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 L'OBSERVATEUR
N°342 du 10 Août 2005 - Page 3
Pierre Daniel a payé pour nous !

Par Sy Koumbo Singa Gali, directrice de publication de L'Observateur, interpellée le 18 juillet pour répondre à une plainte du procureur de la République pour incitation à la haine tribale et au soulèvement populaire et citée à comparaître le 1er août, a été condamnée le 15 août à un an d'emprisonnement, 200.000 FCFA d'amende. (Fédération Internationale de Journalisme 18.08.05)

 Il s'appelle Pierre Daniel. Il est de Nationalité française. Pour avoir voulu faire entendre un autre son de cloche par rapport à la politique étrangère de son pays, notamment vis à vis du Tchad, il a été prié de s'en aller. Par son Ambassadeur. Pierre Daniel a pris le Vol Air France du mercredi 3 août. On lui a dit tout bonnement de "circuler" parce que au pays de Toumaï et de Déby il n'y a rien à voir. Tout est Nickel. Sauf bien sûr si l'on veut voir les choses avec des Oeuillères comme le fait si bien l'ambassadeur Berçot. En fait que reproche-t-on à ce jeune homme venu au Tchad il n'y a pas si longtemps au titre de la coopération et pour le compte des volontaires du progrès (Association Française des Volontaires du Progrès)? On l'accuse dans un premier temps d'avoir signé une pétition citoyenne (voir fac similé) remise au Ministre Douste-Blazy lors de son récent passage au Tchad, laquelle pétition dénonçait le comportement aux relents colonialistes de l'ambassadeur de France au Tchad qui lors des cérémonies du 14 juillet s'en était violemment pris à la presse tchadienne. Du coup on aurait relié ce fait à l'article d'un français publié sous anonymat dans l'Observateur N°340. L'article dénonçait la politique africaine de la France ; une politique "déshumanisée" et tournée vers des intérêts géo-stratégiques, une politique qui selon l'auteur créé de plus en plus en Afrique un sentiment anti-français dont les victimes collatérales sont bien entendu des citoyens français ordinaires. Du coup Pierre Daniel selon nos informations a été convoqué par son ambassadeur le lundi 1er août pour être entendu. Et là on lui reprocherait sa non loyauté envers son pays...disons envers son ambassadeur. Pour se racheter on aurait demandé au jeune français d'écrire à son ambassadeur une lettre d'excuse ; chose pour laquelle il aurait donné une fin de non recevoir en préférant "s'assumer".

Voilà pour les faits. Mais si aujourd'hui Pierre Daniel a voulu s'assumer, il en a payé le prix le plus cher. Car il a perdu son poste et a été contraint au départ. Sans compter les retombées d'un tel acte sur sa carrière future. Car la rancune est la chose la mieux partagée dans le milieu de l'administration. Même lorsque cette Administration est française. Et tout cela a un nom. Il s'appelle sacrifice. Eh oui! Pierre Daniel s'est sacrifié pour nous ! Aujourd'hui sommes nous capables de lui rendre? Si oui, cela signifie que son engagement pour la cause tchadienne doit servir à la cause tchadienne. En fait, si ce jeune français a payé pour nous, pourquoi ne devrons-nous pas faire autant puisqu'il s'agit de nous., de notre pays? Les tchadiens doivent refuser la victimisation et se battre pour se sortir de ce piège à con dans lequel on les enfonce chaque jour. Et se battre c'est accepter de faire des sacrifices. Même au prix le plus fort, c'est à dire notre vie. Aujourd'hui la formule magique trouvée pour nous contraindre à la docilité et à la servilité est que le Tchad est fragile et pour cela l'on devrait éviter les sujets qui fâchent.

Mais la dictature rampante, la corruption, la concussion, la mauvaise gouvernance tout court sont-elles les inventions de certains esprits retors. Non. Le pays est vraiment sur la mauvaise pente. Et les dirigeants actuels ne font rien pour l'en sortir. Le dernier remaniement ministériel  qui est une insulte faite aux tchadiens à un moment où l'implosion est une preuve de plus s'il en était besoin ; que ceux qui nous dirigent ont atteint la limite de leur compétence et n'ont plus rien à nous proposer.         

 Retranscription de la pétition adressée au Ministre des Affaires Etrangères de la République Française dont on accuse P.Daniel d'avoir signé

Monsieur le Ministre,

Les Tchadiens sont de plus en plus désemparés face à la politique française à l'égard de leur pays, exprimée par les voix françaises les plus autorisées.

Déja, après le vote à l'Assemblée nationale, de manière cavalière et scandaleuse de la proposition de loi constitution, vote portant levée de la limitation des mandats pour la préssidence de la République, le 25 mai 2004, M. Xavier Darcos alors Ministre de la Coopération, s'était fait remarquer par des propos aussi inopportuns que méprisants pour la démocratie tchadienne.  

Tous les observateurs nationaux et internationaux sont d'avis que, lors du simulacre du scrutin référendaire du 27 juin 2005, les Tchadiens, par leur refus d'aller voter pour une grande majorité ou par leur "NON" largement majoritaire pour ceux qui ont voté, ont unanimement exprimé leur rejet du système  proné par M. Idriss Déby.

L'on était en droit d'attendre "des amis" du Tchad un point de vue objectif, permettant de renforcer les libertés et la démocratie. Au lieu de cela, l'ambassadeur de France, M. Jean-Pierre Berçot, usant de la tribune du 14 juillet et devant un parterre d'invités en majorité français et tchadiens, s'est livré à un véritable réquisitoire contre la presse privée tchadienne, coupable à ses yeux de s'en prendre au pouvoir et à ses suppôts.

Ces propos outranciers et injustes de M. Berçot interviennent au moment où la presse privée est harcelée et traquée par le Gouvernement et où la justice instrumentalisée et aux ordres poursuit et prononce de lourdes peines d' emprisonnement et d'amende à l'encontre des journalistes, au mépris des procédures légales.

Cela, loin de relever d'une simple coïncidence, amène les démocrates à s'interroger sur ce qui s'apparente à une caution, à un soutien à ce régime rejeté par tout un peuple.

Aussi, les responsables politiques, syndicaux, des droits de l'homme et de la société civile individuellement et collectivement : 

condamnent énergiquement les propos de l'ambassadeur de France contre la presse privée tchadienne qui se bat avec courage pour assurer l'expression de la diversité d'opinions.