PRESSAFRIQUE 27.03.05
LE SACRE ELECTORAL DU GENERAL BOZIZE AU SECOND TOUR ?

 A la veille de l'annonce par la  Commission électorale mixte indépendante (Cémi) des résultats  du premier tour de la présidentielle en Centrafrique, on peut dès à présent faire le point sur le déroulement de celui-ci. Force est de constater que de très nombreux cas de fraudes ont été signalés par l'opposition dans de nombreux bureaux de vote. A un tel point que le président Jean Willybiro-Sako de la Cémi a du reconnaître "un certain nombre de contentieux" envisageant même "d'annuler le vote dans les bureaux où il a été constaté des irrégularités et des fraudes de nature à fausser les résultats" tandis qu'une grande partie de l'opposition politique regroupée sous l'Union des Force Vives de la Nation (UFVN) réclamait l'annulation pure et simple du premier tour des élections suscitant de nombreuses tensions au sein de la société civile et politique centrafricaine.

Bien avant le déroulement des élections, on pouvait s'attendre à un scrutin entâché de nombreuses irrégularités et au caractère démocratique plus que douteux. La FIDH [
1] avait déja signalé la conception si particulière de la justice du chef d'état autoproclamé ainsi que la main mise sur la Cémi et la Cour constitutionnelle de transition par le régime actuel : semblant de procès de Patassé qui n'a jamais abouti, placement des proches de Bozizé à la tête de la Cour constitutionnelle, nomination de proches du pouvoir au sein de la Cémi (chargée de contrôler le bon déroulement des processus électoraux) laissant entrevoir une gestion pour le moins opaque des élections en dépit des quelques observateurs internationaux conviés à la fête électorale. Un article paru avant les élections présidentielles et législatives dans la Lettre du Continent [ 2] faisait état de discussion préalable entre Bangui et Paris quant au résultat des élections : Bozizé souhaitant passer au 1er tour avec une fourchette comprise entre 51 à 55% des voix tandis qu'on lui conseillait plutôt dans  l'ancienne métropole de "s'offrir" le second tour. C'est visiblement vers cette solution que nous nous dirigeons. Le vendredi 19 mars, selon des résultats officiels partiels de la présidentielle, Bozizé obtenait 55,18% des voix sur 334 732 suffrages exprimés dans des régions lui étant soit disant plus favorables. Quatre jours plus tard, le 23 mars selon les résulats partiels portant sur environ 600 000 votes, son avance descendait  à 44% des voix devant l'ancien premier ministre de Patassé, Martin Ziguélé crédité de 27% des votes.
 Et les fraudes massives furent au rendez-vous laissant entrevoir une fin d'élections des plus tendues. A telle enseigne que certains observateurs (Centrafrique Presse 23.03.05) font état de l'arrivée massive d'armes dans le camp du général  en provenance du Cameroun. Bozizé aurait déja envisagé de faire appel aux troupes tchadiennes pour écraser toutes vélléités de protestation populaire contre son coup de force électoral selon l'UFVN[5 ]. On n' oubliera pas que ce sont les soldats français qui ont restructuré l'armée centrafricaine et que le général Jean-Pierre Pérez selon
l'Humanité  ( l'histoire mouvementée du porte-avions français, Camille Bauer) fut envoyé par la France pour être nommé « conseiller en matière de défense du président centrafricain ».  

Retour sur les fraudes
Dès le début, les élections ont mal commencé : ouverture des bureaux plusieurs heures en retard dans certains quartiers de Bangui et fermeture plusieurs heures en avance expliquant sans doute un taux relativement important d'abstention (voisin de 30% selon des chiffres publiés le 19.03) malgré la forte mobilisation et la ferveur populaire. De toute évidence les africains sont prêts pour la démocratie. Mais de quelle démocratie s'agit-il? Très peu d'observateurs internationaux sur le terrain hormis ceux du PNUD de l'UE et de l'OIF, ces derniers n'étant pas forcément un exemple de probité d'après leur expérience électorale Tchadienne, Camerounaise ou bien Togolaise. Tandis que les membres de la Cémi participant au décompte manuels des votes seraient au nombre de 22, selon la BBC[
3]. Contrairement aux observateurs du Groupe d'étude et de recherche sur la démocratie et le développement (Gerddes) qui avaient dénoncé "les insuffisances dans l'organisation des scrutins et l'exécution des tâches des membres des bureaux de vote qui, à nos yeux peuvent entâcher d'irrégularités les résultats des élections", les représentants de l'OIF furent les premiers à garantir la bonne tenue des élections et l'absence de contestations par la voix de Pierre Buyoya [ 4] représentant de l'OIF à Bangui. Quant à l'opposition politique regroupée au sein de l'Union des Forces Vives de la Nation (UFVN) elle dénonçait dans le même temps des fraudes importantes à Bangui :

FODEM 16.03.05 [5]
Appel de l'Union de Forces Vives de la Nation (UFVN) du 15 mars 2005
 ...L'Union des forces vives de la nation constate:
-
Les Présidents des Centres de dépouillement ont systématiquement refusé de délivrer les procès - verbaux aux représentants dûment mandatés des Candidats violant ainsi les dispositions du Code électoral:
- A la Coordination nationale de la CEMI, les enveloppes contenant les procès ­verbaux sont décachetées hors la présence des représentants des Candidats et les résultats directement envoyés à la saisie;
- Le Président de la CEMI, rendant publics le 14 mars 2005 les résultats partiels des votes dans le 4e Arrondissement de Bangui, a volontairement omis pour chaque bureau de vote, de préciser le nombre d'électeurs inscrits, le nombre des votants, les bulletins nuls et les suffrages valablement exprimés, passant directement aux résultats obtenus par chacun des candidats aux élections présidentielles; or, il s'avère que dans de nombreux bureaux de vote,-le nombre de votants excède largement le nombre d'électeurs inscrits, rendant nuls les résultats proclamés ;
-
Des milliers de fausses cartes d'électeurs ont été saisies sur des personnes dans l'enceinte des centres de vote; les responsables de ces actes, arrêtés et détenus par la Police, ont été libérés par la suite, après intervention de la Garde rapprochée du candidat BOZIZE ;
- La découverte d'une quarantaine d'urnes à l'école KOUDOUKOU où il n' y avait que 22 bureaux de vote. Ces urnes ont servi à des bourrages, expliquant les résultats "favorables" au Candidat BOZIZE dans la circonscription
.

Des informations de sources concordantes, confirment l'acheminement des urnes, avec les résultats, provenant des comités préfectoraux de la CEMI. au Camp militaire De Roux, où les procès - verbaux sont manipulés par des officines, avant leur transfert à la Coordination nationale de la CEMI.  L'arrestation d'un conseiller en communication du Président de la République, pris en flagrant délit de distribution de fausses cartes d'électeurs en se faisant passer pour un membre de la CEMI ; La saisie dans le 6e Arrondissement de sacs remplis de bulletins pré-cachetés en faveur du candidat BOZIZE, lesquels sacs ont été déposés comme preuve à la Coordination nationale de la CEMI ; La descente d'éléments de la Sécurité présidentielle, dirigés par messieurs DAZOUMI et DOGO dans les centres de vote et de dépouillement. pour exercer des violences et voies de fait sur certains électeurs, procéder à des arrestations arbitraires, exercer des pressions afin d'influencer le déroulement et les résultats des votes dans plusieurs circonscriptions.

Devant la gravité de ce qui précède, l'Union des Forces Vives de la nation tient à rappeler que le Code de Bonne Conduite qu'elle a accepté, n'est nullement un sauf - conduit pour le Candidat BOZIZE. et voudrait appeler à la responsabilité de la Communauté internationale, notamment la Sous - région de la CEMAC, l'Union Européenne. et particulièrement la France, qui se sont investis dans une Transition qui devrait s'achever dans la paix...


Centrafrique Presse [6] signale l'exemple cocasse du candidat du Fodem (Forum démocratique pour la modernité), Charles Massi, qui après avoir voté en compagnie de sa femme et de quelques membres de son parti dans le bureau de vote de l'hôtel de ville de Bangui s'est vu crédité de 0 voix dans le même bureau.

De plus le limogeage par Bozizé du vice-président Abel Goumba, opposant politique historique, suite à la dénonciation de fraudes par Abel Goumba montre la tolérance très limitée et la conception si particulière de la constitution de la part du général (qui doit son titre à Bokassa Ier). Au regard de la constitution du 24 décembre 2004 ce limogeage est complètement illégal, selon l'article 109 de cette même constitution le vice-président doit resté en place "jusqu'à l'investiture du Président de la République et à l'installation de l'Assemblée Nationale issus de la présente constitution". Hors jusqu'à présent Bozizé ne s'est toujours pas fait consacrer président de la république par les urnes. 

Enfin, en marge du dépouillement des bulletins, dans la nuit du 22 au 23 mars une fusillade a éclaté entre des éléments de la Garde présidentielle et le service d'ordre du candidat André Kolingba alors que celui-ci se rendait dans sa nouvelle résidence à Gbangouma (Bangui). Les proches de l'ancien président ont évoqué une tentative d'assasinat [3] tandis que le camp de Bozizé par l'intermédiaire du ministre de l'intérieur Michel Sallé s'évertue à dire qu'il "s'agit d'une confusion due à un manque de communication entre les deux unités" . Cette fusillade a fait un blessé grave parmi les soldats de la Garde présidentielle. Selon Centrafrique presse, l'ambassadeur de France a dû faire intervenir les bérets verts français pour assurer la protection de Kolingba.

Tous les doutes sont permis quant au déroulement démocratique du second tour qui devrait voir triompher Bozizé, crédité de 44% des voix le 23 mars, et Martin Ziguélé avec 27% des voix. Des pourparlers entre les deux candidats auraient déja eu lieu selon Le Monde [7 ] et pourraient voir le second devenir le premier ministre du consacré président Bozizé à l'issu du scrutin sous l'oeil bienveillant de la Françafrique, de l'OIF et d'une presse plus que prudente sur les irrégularités observées lors du premier tour.   

A Suivre...
 



Références :

1. FIDH 04.03.05
- Fin de la transition politique sur fond d'impunité - Quelle réponse apportera la CPI ?
- « Fin de la transition politique sur fond d'impunité - Quelle réponse apportera la Cour pénale internationale » Le rapport en format PDF. 

2.  LDC 10.03.05
Bozizé I, au 1er tour avec 53%?

3. BBC 23.03.05
CAR 'assassination attempt' fails

4. QUOTIDIEN MUTATIONS 16.03.05
Pierre Buyoya : "La sérénité a régné"

5. FODEM 16.03.05
Appel de l'Union de Forces Vives de la Nation (UFVN) du 15 mars 2005

6. CENTRAFRIQUE PRESSE 22.03.05
 
L'ampleur de la fraude jette un grave discrédit sur les dernières élections

7. LE MONDE 24.03.05
La Centrafrique s'achemine vers un second tour de la présidentielle