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Les dictateurs françafricains, gouverneurs
néocoloniaux, n'ont pas leur pareil pour inventer
maints procédés afin de truquer les élections qui les
consacrent. Ils sont devenus maîtres et experts
en la matière soutenus en cela par leurs mentors français et la mansuétude
de l'OIF si prompte à avaliser des élections où la fraude généralisée est
au service des intérêts de la Françafrique. Récemment lors du premier tour
des élections présidentielles et législatives en Centrafrique, Pierre Buyoya, représentant de l'OIF à Bangui, n'a pas
hésité à déclarer au Quotidien Mutations le 16.03 [1] que les élections s'étaient bien déroulées sans la
moindre contestation alors que dans le même temps l'opposition
publiait un communiqué relatant des cas de fraudes électorales massives
obligeant le président Willybiro-sako de la Commission électorale
mixte indépendante (Cémi) à envisager l'annulation des votes dans les
bureaux où il a été constaté des irrégularités[2], procédés qui entraîneront d'ailleurs le report de la
publication des résultats définitifs selon la Cémi[3]. Ce qui s'appelle ne voir que du
feu.
Mais on doit bien reconnaître qu'en tant que
vétéran et dinosaure françafricain, Omar Bongo, mis à la tête de son
état par les compères Foccart-De Gaulle [4], est le champion toute catégorie de la fraude
électorale, le number one.
La dernière trouvaille révélée par
l'agence d'information de l'ONU (IRIN 28.03.05 [5]) est grosse comme une maison mais d'une foudroyante
efficacité. Elle consiste à gonfler artificiellement la taille de la
population lors d'un recensement truqué pour pouvoir ensuite utiliser
l'excédent de virtuels électeurs à des fins personnels lors des élections
présidentielles. Après le temps des dictatures made in France[4] changées en démocratures, de la fraude électorale
généralisée, des observateurs aveugles au service des falsifications
électorales des gouverneurs néocoloniaux, du " coup d'état
électoral en 1993 avec la bienveillante neutralité française" selon
Pierre Péan [6], puis du temps des
constitutions taillées sur mesure par des mercenaires en "col blanc"
envoyés par Paris, voici le temps des recensements archi-bidonnés et
de la création ex-nihilo d'une population électorale fantôme.
Et comme nous sommes en Françafrique, on ne fait pas dans la
demi-mesure.
Voilà comment : Ainsi un recensement
commandé par notre ultra riche ami personnel Omar Bongo a
révélé que la miséreuse population du Gabon avait fait un
bond démographique substantiel de 50% en l'espace de 10 ans. Cette
démographie galopante gabonaise a fait passé la population d'environ 1
million de personnes en 1993 à 1 million 520 911 personnes en
2003. Si l'on appliquait ce taux de croissance à la France la population
française serait déja passée à 90 millions en 2003. Malheureusement un
tel exploit n'est possible qu'en Afrique. Vous savez dans ces pays
là...Seulement le hic selon une experte statisticienne du ministère du
planning familial gabonais, Janvier Alewina, c'est que les chiffres
sont tout simplement impossible dans le contexte socio-démographique
du pays : "Dans un pays où l'espérance de vie est de
50ans, le taux de mortalité de 18% et le taux de natalité de 35%
et même si les femmes ont en moyenne chacune 4,9 enfants la
population ne peut avoir augmenté de manière si forte entre 1993 et
2003". Et un gynécologue d'un hôpital de
Libreville d'enfoncer un peu plus le clou : "L'élévation du
nombre de décès et l'aggravation de la pauvreté durant
les années récentes ne plaident pas en faveur d'une augmentation
aussi rapide de la population". En effet rien ne plaide en
faveur de ce recensement pour le moins des plus farfelus. Selon le PNUD en
1999, il n'y avait aucune tendance à l'euphorie et le bilan
socio-économique était des plus désastreux : « On ne compte (au
Gabon) que 19 médecins pour 100.000 habitants, l'espérance de vie n'est
que de 52 ans, seulement 38% des enfants sont vaccinés contre la
rougeolle-contre une moyenne de 79% dans les pays en développement. Un
enfant sur sept meurt avant l'âge de 5 ans le rang du Gabon à l'indicateur
du développement humain (IDH) le fait reculer de 71 places par rapport à
un classement seulement basé sur la production par habitant »[5]. Qui plus est les chiffres
actuels sont encore plus désastreux puisque l'espérance de vie a
encore diminué quant au bilan économique on est plus proche de la
gabégie que de la pleine croissance. Selon la Banque Mondiale, une
grave récession économique menace le Gabon devant l'épuisement
des ressources pétrolières et l'incapacité du régime actuel à diversifier
et redéployer l'économie vers d'autres secteurs.
Selon un
leader d'un des principaux partis d'opposition gabonais (l'Union du
Peuple Gabonais) , Mathias Ndomba, "L'accroissement incompréhensible
de la population actuelle du Gabon révélé par le recensement cache en
fait une manipulation des listes électorales mais implique aussi une
réduction des indices de développement..."[5].
Même certains membres du parti au
pouvoir, le PDG (Parti Démocratique Gabonais), ont reconnu que ce
recensement avait été très mal organisé : "Le recensement du
gouvernement n'est pas fiable dans la mesure où certaines régions où
les recenseurs étaient censés se rendre n'ont même pas été visitées en
dépit du matériel considérable qu'il leur fut alloué pour faire leur
travail correctement"(Louis-Gaston Mayila, vice-président du PDG
selon l'agence internationale de l'ONU[5]).
Le vice-président reconnaisant que la seule augmentation de la population
actuelle est dûe pour grande part à l'afflux des nombreux migrants
venus partager les fruits du boom pétrolier des années passé dont on peut
compter 80 000 personnes venant d'Afrique de l'Ouest et 25.000
ressortissants français. La présidente de la Cour
Constitutionnelle s'est inquiétée de l'inscription sur les
listes électorales de nombreux étrangers.
Bongo a mis la
barre très haute dans l'organisation de la "gruge électorale" à vaste
échelle d'un niveau sidéral et sidérant. Les Biya, NGuésso, Déby, Eyadéma,
Bozizé et autres néogouverneurs françafricains n'ont qu'à bien se
tenir et suivre l'exemple. On n'ose même pas espérer que Bongo ou
l'héritier désigné se payera le luxe de "s'offrir" un second tour
(nouvelle tendance chic de la
Françafrique).
Références
:
1. QUOTIDIEN MUTATIONS 16.03.05 Pierre Buyoya : "La
sérénité a régné"
2. PRESSAFRIQUE
27.03.05 LE SACRE ELECTORAL DU GENERAL BOZIZE AU
SECOND TOUR ?
3. XINHUANET 28.03.05 Résultats de la présidentielle d'ici le milieu
de la semaine
4. PRESSAFRIQUE
13.06.04 La Face cachée de la politique africaine de la
France
5. IRIN 28.03.05 GABON: Census shows population of 1.5 million, but
experts say the figure is too high
6. Pierre Péan, Audition par la mission d'Information sur le rôle
des compagnies pétrolières. Pétrole et éthique, rapport cité, t.I,
p.158-159. cité par F.X Verschave dans Noir Silence,
p.198
_____________________________________________________________________________ Lire l'article paru dans les Réseaux d'Information
Régionaux Intégrés de l'ONU (en anglais) le 28.03.05.
IRIN 28.03.05 GABON: Census shows population of 1.5 million, but
experts say the figure is too high
LIBREVILLE, 28 Mar 2005 (IRIN) -
The official results of Gabon's latest census show the population grew by
50 percent to 1.5 million in the 10 years to 2003, but the opposition
leaders and independent experts have accused the government of inflating
the figures in order to stuff the electoral register with false names and
manipulate economic data in order to qualify for increased
aid.
"The incoherent swelling of the of the current population of
Gabon hides a manipulation of the electoral roll and also implies a
reduction of development indicators, notably GDP per capita and Gabon's
rating on the (UN) Human Development Index," said Mathias Ndomba, a leader
of the Union of Gabonese People (UPG) opposition
party.
Presidential elections are due before the end of the year
and President Omar Bongo is widely expected to seek a fresh term. He has
ruled the oil-rich African country since 1967 and is Africa's longest
serving heading of state. All the multiparty elections held since 1993
have been marred by allegations of fraud.
According to the World
Bank, oil producer Gabon's estimated income per capita for 2003 was US$
4,674 - well above the sub-Saharan average of US$ 490. But oil offshore
reserves are running dry and the World Bank has warned the government that
it urgently needs to diversify the oil-focused economy into new areas such
as mining, forestry and fishing to avert recession.
The 2003
census, which was carried out by the Ministry of Planning and Development,
concluded that the population of this former French colony had increased
to 1,520, 911 people from 1,050,000 at the previous census in 1993.
Its findings were endorsed by the cabinet last week. But
demography experts, including one within the government, said such a rapid
increase did not make sense.
"If life expectancy in Gabon is 50
years, the death rate is 18 percent and the birth rate 35 percent and if
women have on average 4.9 children each, then the population simply cannot
have increased so strongly between 1993 and 2003," said Janvier Alewina, a
statistical expert at the Ministry of Planning.
"The rising death
rate and the increasing poverty of the population in recent years does not
indicate such a rapid increase in the population," agreed Doctor Sylvain
Ekoure, a gynaecologist at a large hospital in the capital Libreville.
"It would be something of a record given that the number of births
in the main hospitals has been going down," he added.
Sociologist
Michel Ngnewle, joined in the chorus of criticism,accusing the government
of inflating the census returns in order to stuff the electoral roll with
phantom voters in Bongo's home region, who would be registered as having
cast their ballot for the president and his ruling Gabonese Democratic
Party (PDG).
"The size of the population has been inflated for
electoral ends since we are approaching a presidential election in which
abstention is likely to reach record levels," he told IRIN.
"This
artificial inflation of the population harks back to practices that were
common in the past in other African countries, notably to try and attract
more aid from the international community." he added.
But Ngnewle
said the International Monetary Fund (IMF) and the World Bank would not be
fooled easily.
"The Bretton Woods institutions know that Gabon is a
poor pupil of the principles of good governance and that Gabonese
officials have been playing around with the electoral lists, particularly
in the south of the country were president Bongo comes from.
This
has been divided into eight constituencies that together elect the same
humber of deputies as the other eight regions of the country," the
sociologist said.
Even high-ranking members of the ruling party
have admitted that the census was poorly organised.
"The government
census is not reliable as there are regions where the census enumerators
did not even vist, despite the considerable amount equipment which was
allocated to them to do their work correctly. The money was misused," PDG
vice-president Louis-Gaston Mayila told IRIN.
He estimated that
Gabon's native population has been swollen by 80,000 economic migrants
from other parts of West Africa and 28,000 French residents, who had come
to share in the fruits of its oil boom.
He cautioned that the
government should be more careful about who was allowed to stay
permanently and take up Gabonese nationality.
"Gabon needs a
selective immigration policy where useful professionals for the
development of the country - who want to stay here permanently - would be
granted nationality on the condition that they adopt our culture and our
laws," said Mayila.
Marie Madelaine Mborantsuo, the President of
the Constitutional Court, recently expressed concern that people had not
been given enough information about the referendum and its aims.
This had led to many foreigners being wrongly included on the
electoral role, she
added.
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