PRESSAFRIQUE 29.03.05 
COMMENT BONGO PREPARE LES ELECTIONS 2005 AU GABON (OU  LA POPULATION FANTOME D'ODIMBA)

 Les dictateurs françafricains, gouverneurs néocoloniaux, n'ont pas leur pareil pour inventer maints procédés afin de truquer les élections qui les consacrent. Ils sont devenus maîtres et experts en la matière soutenus en cela par leurs mentors français et la mansuétude de l'OIF si prompte à avaliser des élections où la fraude généralisée est au service des intérêts de la Françafrique. Récemment lors du premier tour des élections présidentielles et législatives en Centrafrique, Pierre Buyoya, représentant de l'OIF à Bangui, n'a pas hésité à déclarer au Quotidien Mutations le 16.03 [1] que les élections s'étaient bien déroulées sans la moindre contestation alors que dans le même temps l'opposition publiait un communiqué relatant des cas de fraudes électorales massives obligeant le président Willybiro-sako de la Commission électorale mixte indépendante (Cémi) à envisager l'annulation des votes dans les bureaux où il a été constaté des irrégularités[2], procédés qui entraîneront d'ailleurs le report de la publication des résultats définitifs selon la Cémi[3]. Ce qui s'appelle ne voir que du feu.   

Mais on doit bien reconnaître qu'en tant que vétéran et dinosaure françafricain, Omar Bongo, mis à la tête de son état par les compères Foccart-De Gaulle [4], est le champion toute catégorie de la fraude électorale, le number one.

La dernière trouvaille révélée par l'agence d'information de l'ONU (IRIN 28.03.05 [5]) est grosse comme une maison mais d'une foudroyante efficacité. Elle consiste à gonfler artificiellement la taille de la population lors d'un recensement truqué pour pouvoir ensuite utiliser l'excédent de virtuels électeurs à des fins personnels lors des élections présidentielles. Après le temps des dictatures
made in France[4] changées en démocratures, de la fraude électorale généralisée, des observateurs aveugles au service des falsifications électorales des gouverneurs néocoloniaux, du " coup d'état électoral en 1993 avec la bienveillante neutralité française" selon Pierre Péan [6], puis du temps des constitutions taillées sur mesure par des mercenaires en "col blanc" envoyés par Paris, voici le temps des recensements archi-bidonnés et de la création ex-nihilo d'une population électorale fantôme.  Et comme nous sommes en Françafrique, on ne fait pas dans la demi-mesure.

Voilà comment : 
Ainsi un recensement commandé par notre ultra riche ami personnel Omar Bongo a révélé que la miséreuse population du Gabon avait fait un bond démographique substantiel de 50% en l'espace de 10 ans.
Cette démographie galopante gabonaise a fait passé la population d'environ 1 million de personnes en 1993 à 1 million 520 911 personnes en 2003. Si l'on appliquait ce taux de croissance à la France la population française serait déja passée à 90 millions en 2003. Malheureusement un tel exploit n'est possible qu'en Afrique. Vous savez dans ces pays là...Seulement le hic selon une experte statisticienne du ministère du planning familial gabonais, Janvier Alewina,  c'est que les chiffres sont tout simplement impossible dans le contexte socio-démographique du pays : "Dans un pays où l'espérance de vie est de 50ans, le taux de mortalité de 18% et le taux de natalité de 35% et même si les femmes ont en moyenne chacune 4,9 enfants la population ne peut avoir augmenté de manière si forte entre 1993 et 2003". Et un gynécologue d'un hôpital de Libreville d'enfoncer un peu plus le clou : "L'élévation du nombre de décès et l'aggravation de la pauvreté durant les années récentes ne plaident pas en faveur d'une augmentation aussi rapide de la population". En effet rien ne plaide en faveur de ce recensement pour le moins des plus farfelus. Selon le PNUD en 1999, il n'y avait aucune tendance à l'euphorie et le bilan socio-économique était des plus désastreux : « On ne compte (au Gabon) que 19 médecins pour 100.000 habitants, l'espérance de vie n'est que de 52 ans, seulement 38% des enfants sont vaccinés contre la rougeolle-contre une moyenne de 79% dans les pays en développement. Un enfant sur sept meurt avant l'âge de 5 ans le rang du Gabon à l'indicateur du développement humain (IDH) le fait reculer de 71 places par rapport à un classement seulement basé sur la production par habitant »[5]. Qui plus est les chiffres actuels sont encore plus désastreux puisque l'espérance de vie a encore diminué quant au bilan économique on est plus proche de la gabégie que de la pleine croissance. Selon la Banque Mondiale, une grave récession économique menace le Gabon devant l'épuisement des ressources pétrolières et l'incapacité du régime actuel à diversifier et redéployer l'économie vers d'autres secteurs.

Selon un leader d'un des principaux partis d'opposition gabonais (l'Union du Peuple Gabonais) , Mathias Ndomba, "L'accroissement incompréhensible de la population actuelle du Gabon révélé par le recensement cache en fait une manipulation des listes électorales mais implique aussi une réduction des indices de développement..."[5].

Même certains membres du parti au pouvoir, le PDG (Parti Démocratique Gabonais),  ont reconnu que ce recensement avait été très mal  organisé :
"Le recensement du gouvernement n'est pas fiable dans la mesure où certaines régions où les recenseurs étaient censés se rendre n'ont même pas été visitées en dépit du matériel considérable qu'il leur fut alloué pour faire leur travail correctement"(Louis-Gaston Mayila, vice-président du PDG selon l'agence internationale de l'ONU[5]). Le vice-président reconnaisant que la seule augmentation de la population actuelle est dûe pour grande part à l'afflux des nombreux migrants venus partager les fruits du boom pétrolier des années passé dont on peut compter 80 000 personnes venant d'Afrique de l'Ouest et 25.000 ressortissants français. La présidente de la Cour Constitutionnelle s'est inquiétée de l'inscription sur les listes électorales de nombreux étrangers. 


Bongo a mis la barre très haute dans l'organisation de la "gruge électorale" à vaste échelle d'un niveau sidéral et sidérant. Les Biya, NGuésso, Déby, Eyadéma, Bozizé et autres néogouverneurs françafricains n'ont qu'à bien se tenir et suivre l'exemple. On n'ose même pas espérer que Bongo ou l'héritier désigné se payera le luxe de "s'offrir" un second tour (nouvelle tendance chic de la Françafrique).   
  

Références :

1. QUOTIDIEN MUTATIONS 16.03.05
Pierre Buyoya : "La sérénité a régné"

2. PRESSAFRIQUE 27.03.05
LE SACRE ELECTORAL DU GENERAL  BOZIZE AU SECOND TOUR ?

3. XINHUANET 28.03.05
Résultats de la présidentielle d'ici le milieu de la semaine

4. PRESSAFRIQUE 13.06.04
La Face cachée de la politique africaine de la France

5. IRIN 28.03.05
GABON: Census shows population of 1.5 million, but experts say the figure is too high 

6.  Pierre Péan, Audition par la mission d'Information sur le rôle des compagnies pétrolières. Pétrole et éthique, rapport cité, t.I, p.158-159. cité par F.X Verschave dans Noir Silence, p.198

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Lire l'article paru dans les Réseaux d'Information Régionaux Intégrés  de l'ONU  (en anglais) le 28.03.05.

IRIN 28.03.05
GABON: Census shows population of 1.5 million, but experts say the figure is too high 

LIBREVILLE, 28 Mar 2005 (IRIN) - The official results of Gabon's latest census show the population grew by 50 percent to 1.5 million in the 10 years to 2003, but the opposition leaders and independent experts have accused the government of inflating the figures in order to stuff the electoral register with false names and manipulate economic data in order to qualify for increased aid.

"The incoherent swelling of the of the current population of Gabon hides a manipulation of the electoral roll and also implies a reduction of development indicators, notably GDP per capita and Gabon's rating on the (UN) Human Development Index," said Mathias Ndomba, a leader of the Union of Gabonese People (UPG) opposition party.

Presidential elections are due before the end of the year and President Omar Bongo is widely expected to seek a fresh term. He has ruled the oil-rich African country since 1967 and is Africa's longest serving heading of state. All the multiparty elections held since 1993 have been marred by allegations of fraud.

According to the World Bank, oil producer Gabon's estimated income per capita for 2003 was US$ 4,674 - well above the sub-Saharan average of US$ 490. But oil offshore reserves are running dry and the World Bank has warned the government that it urgently needs to diversify the oil-focused economy into new areas such as mining, forestry and fishing to avert recession.

The 2003 census, which was carried out by the Ministry of Planning and Development, concluded that the population of this former French colony had increased to 1,520, 911 people from 1,050,000 at the previous census in 1993.

Its findings were endorsed by the cabinet last week. But demography experts, including one within the government, said such a rapid increase did not make sense.

"If life expectancy in Gabon is 50 years, the death rate is 18 percent and the birth rate 35 percent and if women have on average 4.9 children each, then the population simply cannot have increased so strongly between 1993 and 2003," said Janvier Alewina, a statistical expert at the Ministry of Planning.

"The rising death rate and the increasing poverty of the population in recent years does not indicate such a rapid increase in the population," agreed Doctor Sylvain Ekoure, a gynaecologist at a large hospital in the capital Libreville.

"It would be something of a record given that the number of births in the main hospitals has been going down," he added.

Sociologist Michel Ngnewle, joined in the chorus of criticism,accusing the government of inflating the census returns in order to stuff the electoral roll with phantom voters in Bongo's home region, who would be registered as having cast their ballot for the president and his ruling Gabonese Democratic Party (PDG).

"The size of the population has been inflated for electoral ends since we are approaching a presidential election in which abstention is likely to reach record levels," he told IRIN.

"This artificial inflation of the population harks back to practices that were common in the past in other African countries, notably to try and attract more aid from the international community." he added.

But Ngnewle said the International Monetary Fund (IMF) and the World Bank would not be fooled easily.

"The Bretton Woods institutions know that Gabon is a poor pupil of the principles of good governance and that Gabonese officials have been playing around with the electoral lists, particularly in the south of the country were president Bongo comes from.

This has been divided into eight constituencies that together elect the same humber of deputies as the other eight regions of the country," the sociologist said.

Even high-ranking members of the ruling party have admitted that the census was poorly organised.

"The government census is not reliable as there are regions where the census enumerators did not even vist, despite the considerable amount equipment which was allocated to them to do their work correctly. The money was misused," PDG vice-president Louis-Gaston Mayila told IRIN.

He estimated that Gabon's native population has been swollen by 80,000 economic migrants from other parts of West Africa and 28,000 French residents, who had come to share in the fruits of its oil boom.

He cautioned that the government should be more careful about who was allowed to stay permanently and take up Gabonese nationality.

"Gabon needs a selective immigration policy where useful professionals for the development of the country - who want to stay here permanently - would be granted nationality on the condition that they adopt our culture and our laws," said Mayila.

Marie Madelaine Mborantsuo, the President of the Constitutional Court, recently expressed concern that people had not been given enough information about the referendum and its aims.

This had led to many foreigners being wrongly included on the electoral role, she added.