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PRESSAFRIQUE
06.04.05 | ||||||
| Alors que les rescapés du
génocide des Tutsi de 1994 s'apprêtent à commémorer le 11ème anniversaire
du génocide sort le film du britannique Terry George. Hôtel
Rwanda raconte l'action héroïque d'un hôtelier rwandais,
Paul Rusesabagina, travaillant pour un hôtel propriété de la compagnie
belge Sabena. Cet homme, Paul Rusesabagina, véritable Schindler
rwandais, né d'une mère tutsi et d'un père hutu et lui même
marié à une femme tutsi va grâce à ses appuis politiques avec le
pouvoir Hutu, à la richesse des biens de l'Hôtel et à une
abnégation et une résistance extraordinaire parvenir à sauver 1.268
vies tutsi menacées par le génocide déclenché à la suite de l'attentat
contre l'avion du président rwandais Habyarimana, abattu le 6 avril 1994
au-dessus de Kigali. Ce génocide fut programmé et planifié bien avant cet
attentat comme le montre la scène du film où l'on voit dans un entrepôt de
Kigali, avant même l'attentat, une livraison massive de machettes en
provenance de Chine montrant bien l'intentionnalité génocidaire des
dirigeants en place. Aux alentours immédiats de cet hôtel quatre étoiles fréquenté par nombre d'Européens, des Hutu armés de machettes massacrent leurs voisins tutsi mais aussi les opposants hutu tel que le premier ministre Agathe Uwilingiyimana ainsi que les soldats belges de l'ONU censés la protéger. L'assassinat du premier ministre du Rwanda par les escadrons de la mort du Gouvernement Intérimaire Rwandais sera symbolisé dans le film par le lancement d'un casque ensanglanté d'un soldat de l'ONU aux pieds de Don Cheadle, alias Rusesabagina, en guise de menace envers lui, sa famille et les Tutsi protégés dans cet "oasis" au coeur des ténèbres rwandaises en ce printemps 1994. Plusieurs centaines de Tutsis dont les maisons ont été incendiées viennent alors chercher refuge dans l'hôtel dirigé par Paul Rusesabagina que celui-ci qualifiera "d'oasis de paix". L'homme qui a inspiré cette histoire, l'hôtelier rwandais Paul Rusesabagina, estime que le film retrace "à 90 % la réalité de ce qui s'est passé". Paul Rusesabagina, interprété par l'acteur américain Don Cheadle et sa femme interprétée par Joaquin Phoenix font une interprétation remarquable de par la sobriété et la dignité de leur jeu dramatique. Il émane de ce film une émotion poignante sur fond d'ambiance apocalyptique et oppressante qui ne s'estompe qu'à la dernière image du film lors du sauvetage in-extremis des rescapés par ceux-là même qui ont arrêté le génocide c'est à dire le FPR, les fameux "khmers noirs" tels qu'ils étaient nommés par l'état-major et une certaine presse collaborationniste. Paul Rusesabagina, a tout fait pour sauver les rwandais Tutsis et opposants politiques Hutus qui étaient dans son hôtel condamnés à une mort certaine face aux milices Interahamwe qui rodaient autour de l'hôtel. Il a soudoyé au prix de sa vie le général Bizimungu commandant les milices hutus avec du whisky, de la bière et de l'argent liquide, et alerté par téléphone le PDG de la compagnie aérienne belge Sabena, propriétaire de l'hôtel, à Bruxelles. Abandonné par les forces de l'ONU et par la communauté internationale face à une nouvelle menace des Interahamwe qui envahissent l'hôtel et s'apprêtent à massacrer tous les "cafards" Tutsi, Rusesabagina parvient à obtenir un moratoire en téléphonant au responsable de la compagnie Sabéna (incarné par Jean Réno). Il lui demande de les protéger s'ensuit une conversation édifiante : Jean Réno : "mais comment voulez vous que l'on vous aide? On a épuisé tous les recours" Don Cheadle "Téléphonez aux français ce sont eux qui fournissent l'armée hutu"
De fait, même
si cela n'apparaît pas de manière limpide dans le film,
ce sont les autorités politiques françaises qui ordonneront
de protéger l'hôtel puis de l'évacuer par les forces du général
Bizimungu montrant, s'il en était besoin, l'énorme pouvoir d'influence du
pouvoir politique français sur les génocidaires rwandais via leur
gouvernement intérimaire. Patrick Saint-Exupéry confirme dans un article
du Figaro, les remous que n'ont pas manqué d'entraîner ce sauvetage
sélectif de la part des autorités françaises à l'époque :
C'est le seul passage du film (qui se veut globalement consensuel sur les responsabilités internationales) où les responsabilités françaises sont évoquées. L'aveuglement et l'égocentrisme de la communauté internationale sont pointés du doigt à juste titre par le réalisateur, en montrant comment lors de l'opération Amaryllis les forces de l'ONU n'évacuèrent que les Occidentaux laissant les Tutsi sur place livrés à une mort certaine. A y regarder de près la responsabilité de la France n'y est pas discernée des responsabilités internationales. Hormis cette phrase prononcée par Don Cheadle "mais téléphonez aux Français ce sont eux qui fournissent l'armée Hutu ", il n'y a que peu d'éléments accréditant ces faits dans le film. Il convient de replacer l'épisode du sauvetage des Mille Collines dans le contexte historique de l'époque, n'enlevant rien à la résistance et au courage formidable de Paul Rusesabagina. On ne peut que se féliciter de la volonté française de sauver des centaines de Tutsi. Il est aussi probable qu'un massacre dans le plus grand Hôtel européen propriété de la Sabena ait été très mal vu par nos amis Belges qui avaient déja perdu des casques bleus juste après l'attentat visant l'avion d'Habyarimana. En fait il ne s'agissait pas d'arrêter la monstreuse ignominie ayant lieu au Rwanda mais plutôt comme le signale le lieutenant-général Roméo Dallaire commandant des forces de la MINUAR [] de restaurer auprès de l'opinion publique française et internationale l'image du gouvernement génocidaire en passe d'être accusé de crimes contre l'humanité. Il s'agissait de présenter ce qui se passe au Rwanda comme des massacres interethniques où la France magnanime sauve des centaines de Tutsi en influant sur l'armée rwandaise en l'occurence sur son chef d'état-major le général Bizimungu. Ainsi Bizimungu montre la bonne volonté du GIR et du Hutu power pour arrêter de soit-disant massacres interethniques alors qu'il s'agissait d'un génocide contre une population. Alain Frilet écrit à l'époque dans les colonnes de Libération [2] :
Roméo Dallaire a exprimé sa plus grande réticence quant à l'action de personnalités politiques françaises au Rwanda agissant soit disant à titre personnel dans le cadre d'opération humanitaire.
1. Patrick Saint-Exupéry. L'attitude ambiguë de la France, Le Figaro 30.03.05. 2. Alain Frilet, Libération 18.05.1994 3. Roméo Dallaire. J'ai serré la main du diable. La faillite de l'humanité au Rwanda. Edition Libre Expression 4. Survie 1996. Document : rapport de visite fait auprès de la maison militaire de coopération à Paris 5. Jacques Isnard. Une crise gérée en direct par une "cellule" de l'Elysée. Le Monde 21.04.1998. 6. Alison Desforges. Fédération Internationale des Droits de l'Homme et Human Rights Watch. Aucun témoin ne doit survivre. Edition Karthala. |