pressafrique.com 

 IMPLICATION FRANCAISE DANS LA GUERRE DU BIAFRA

 PLAN

Quelques citations d'acteurs français sur le terrain durant la guerre du Biafra

Propos de
Maurice Delaunay, Ambassadeur de France au Gabon lors de la guerre au Biafra.
Entretien avec Joël Calmettes.Extrait du Documentaire. Foccart s'en va-t-en guerre, istoires secrètes du Biafra.

" A partir du moment où l'on était pas décidé à soutenir véritablement le Biafra, est-ce que cela valait vraiment la peine de commencer? C'est là l'enseignement que l'on peut tirer. Est-ce que cela valait vraiment la peine de commencer, de se donner tout le mal que l'on s'est donné pour arriver à un résultat aussi misérable".

Propos du Général Jean Varet, entretien avec Joël Calmettes.Extrait du Documentaire. Foccart s'en va-t-en guerre. Histoires secrètes du Biafra. 

''Alors ce que l'on peut regretter sur le Biafra, la seule chose que l'on peut regretter c'est que l'on a perdu. Si on avait gagné tout le monde aurait dit bravo. On a perdu pourquoi, j'en sais rien peut-être que l'on a pas été au bout de notre système peut-être que les anglais ont bien réagi, j'en sais rien. Mais moi j'étais très déçu de voir que j'étais rentré en France, qu'on annulait tout...''

 Propos du
Général Jean Varet, entretien avec Joël Calmettes.Extrait du Documentaire. Foccart s'en va-t-en guerre. Histoires secrètes du Biafra. 



"D'aucuns diront on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs. En tous cas on a pas fait d'omelette mais on a cassé beaucoup d'oeufs"



 Les raisons d'un engagement français criminel Histoire de la guerre au Biafra et implication française. Une guerre ayant fait entre 1 et 2 millions de morts Les signes avant-coureur de l'engagement militaire et des services secrets français au Biafra de 1963 à 1967

 Trois semaines après la naissance du Biafra, De Gaulle donne à  Foccart, qui le note dans son journal, son opinion sur la sécession :
"Il ne faut ni intervenir ni donner l'impression d'avoir choisi. Mais il est préférable d'avoir un Nigéria morcelé qu'un Nigéria massif. Et par conséquent Mon Dieu si le Biafra réussissait ce ne serait pas plus mauvais pour nous".
D'après Joël Calmettes dans son documentaire Foccart s'en va-t-en guerre.
Histoires secrètes du Biafra.

 "De Gaulle savait que si la France s'engageait la communauté internationale allait nous critiquer de façon très sévère. D'où réticence dans l'engagement et par conséquent liberté, je dirai presque conditionnelle pour aider Ojukwu clandestinement. Là je vais être plus clair, le feu vert n'est pas donné mais c'est un feu orange. Si les choses ne tournent pas bien nous sommes désavoués. C'est la règle du jeu."
Colonel Maurice Robert, responsable Afrique du SDECE lors de la guerre du Biafra. Interview avec Joël Calmettes, extrait, Ibid.  

"Pour la France, soutenir le Biafra, c'est s'opposer à l'ingérence des Soviétiques sur le continent et préserver ses intérêts pétroliers.''
Colonel Maurice Robert, responsable Afrique du SDECE durant la guerre du Biafra in "Ministre de l'Afrique" entretien avec André Renault, Ed. Seuil, p.181.

Dossier Biafra Afrik.com


Colonel Ojukwu.
(cliquez sur la photo)

"Un de mes plus grands regrets est de ne pas avoir pu remercier personnellement le général De Gaulle".
Colonel Ojukwu, leader de la sécession biafraise à Joël Calmettes in "Conversation à propos de la guerre du Biafra".

FRANCE CULTURE. Emission du 29.05.2003
Trente ans après, que reste-t-il du Biafra ?

  30 mai 1967, une région sud-orientale du Nigéria peuplée majoritairement par la communauté des Ibos, le ''Biafra'', conduit par le charismatique colonel Ojukwu, fait sécession et proclame son indépendance.

Le Nigéria dirigé par le général Yakubu Gowon, encercle la province du Biafra et à coups de bombardements puis de blocus alimentaire parvient à mater la sécession biafraise début janvier 1970, après 2 ans et demi de guerre civile.


En fait cette sécession biafraise fut soutenue en coulisse par de Gaulle et Foccart.  La France pour ses intérêts va mener une guerre secrète au Nigéria. Il s'agissait d'affaiblir ce géant anglophone qui se tournait vers l'union soviétique. Pour Foccart, son Islam pro-soviétique menaçait de s'étendre aux pays voisins des ex-colonies françaises. D'autres part la province du Biafra était une région pétrolifère qui intéressait au plus haut point une France devenue  dépendante en matière d'énergie depuis la perte de l'Algérie. Huit mois avant l'indépendance proclamée par le colonel Ojukwu, Foccart qui a le
"feu orange" du général, envoie des armes pour la future armée du colonel Ojukwu.  

Les spécialistes (Maurice Robert, Maurice Couve De Murville) ne donnent aucune chance à la sécession compte tenu du caractère miniscule de cette province et de son absence complète d'expérience en matière de guerre alors que le Nigéria est un géant puissamment armé et soutenu par l'Angleterre. 

Pourtant Foccart avec le soutien implicite du général  de Gaulle va soutenir logistiquement et militairement la sécession par l'intermédiaire des services secrets du SDECE et des mercenaires  français.

Cette politique dirigée par la cellule africaine de l'Elysée va soutenir et encadrer une guerre vouée à la défaite. Par ce fait elle va prolonger l'agonie d'un peuple. Ce soutien logistique (notamment les livraisons d'armes) se fera sous couverture humanitaire avec la création des ''french doctors''. Il faudra attendre le départ du Général de Gaulle et l'arrivée de Georges Pompidou pour que ce soutien s'estompe face à l'avancée des troupes Nigérianes.

Une politique françafricaine qui a généré de 1 à 2 millions de morts et préfigure à bien des égards certaines méthodes françaises appliquées au Rwanda en1994 (encadrement et formation d'une armée, livraisons d'armes, organisation de la propagande, instrumentalisation de l'humanitaire et  des médias...).

L'amnésie et l'impunité menant à la reconduction. 

 ''Cinq ans avant la sécession biafraise, sans prévenir qui que soit, Foccart a pris ses dispositions au Nigéria au cas où. Près d'une dizaine d'agents du SDECE sont envoyés au Nigéria." Joël Calmettes, Ibid.

 

 

 "Dès 1963, l'Elysée avait détaché du SDECE le lieutenant-colonel Bichelot au cabinet présidentiel de Côte d'Ivoire pour aider le vieux Félix à suivre l'évolution politique au Nigéria. Quand Ojukwu, quatre ans plus tard, se lance dans l'aventure sécessionniste, Paris est prêt!"
Pierre Péan, Affaires Africaines, Ed. Fayard, p.72.

 

 ''En juin 1966 des dizaines de milliers de chrétiens, des Ibos sont tués par des musulmans Aoussas dans le nord du Nigéria. Deux millions de Ibos affluent vers leur terre d'origine : le futur "Biafra''. Foccart comprend immédiatement que c'est là la carte à jouer pour affaiblir le Nigéria. Discrètement certains agents du SDECE encouragent la sécession mais Foccart va plus loin. Huit mois avant la proclamation de l'indépendance il avait envoyé des armes au Biafra. L'avion qui les transporte un DC 4 s'écrase au Cameroun, le 11 octobre 1966. L'information passe totalement inapperçu : la France ne risquait pas grand chose le pilote et l'avion étaient américains." 
Joël Calmettes , Ibid.

 

 

 "La guerre civile opposant les tribus nigérianes entre elles, grâce à la sécession du Biafra, ne plonge pas tout le monde dans la consternation à Paris...Les commandos qui ont fait la "révolution" et, en provoquant la guerre civile, ont mis les Anglo-Saxons dans le pétrin, ont été entraînés et conseillés par des Européens qui ressemblent à s'y méprendre à des barbouzes français dépendant de Jacques Foccart, secrétaire général de la Communauté (sic) et à l'Elysée. Fortiche, non?"
Le Canard Enchaîné du 23 août 1967.


 MANIPULATION DE L'OPINION PUBLIQUE : LA CREATION DU TERME ''GENOCIDE'' PAR LES SERVICES. LA PROPAGANDE FRANCO-BIAFRAISE; comment les leaders sécessionnistes du Biafra affament leur propre peuple face au blocus Nigérian.
 
 "Ce que tout le monde ne sait pas, c'est que le terme de "génocide" appliqué à cette affaire du Biafra a été lancé par les services. Nous voulions un mot choc pour sensibiliser l'opinion. Nous aurions pu retenir celui de massacre, ou d'écrasement, mais génocide nous a paru plus ''parlant''. Nous avons communiqué à la presse des renseignement précis sur les pertes biafraises et avons fait en sorte qu'elle reprenne rapidement l'expression ''génocide''. Le Monde a été le premier, les autres ont suivi."
Colonel Maurice Robert, responsable du SDECE durant la guerre du Biafra in 'Ministre de l'Afrique', entretien avec André Renault, Ed. Seuil, p.180.

 P.E Davies né en 1944, travaille pour la direction de la propagande Biafraise à Radio Biafra puis comme journaliste à Voice of Biafra. Extrait d'une interview avec Joël Calmettes in "Conversations à propos de la guerre du Biafra".

"Je sais parfaitement que la direction de la propagande biafraise composée de professionnels, d'intellectuels et d'universitaires, avait étudié le système de propagande de Goebels, de la Chine et dans une certaine mesure de l'Union soviétique. Elle a du adapter ses propres systèmes à la situation particulière du Biafra. Car les systèmes allemands sous Hitler et Goebbels étaient méthodiques, et le sytèmes chinois et russe étaient idéologiques. Or le Biafra n'avait pas d'idéologie en tant que telle. Il fallait donc trouver une autre voie qui ne soit pas la méthode hitlérienne car cette propagande était dirigée contre un peuple. On a donc renversé les méthodes de propagande d'Hitler."

"Et finalement la France nous a apporté une aide concrète en nous envoyant des armes. Ce qui nous a permis de nous battre un an et demi de plus...C'était la France qui payait notre agence de presse 'Mark Press'. Mark Press est devenue l'unique agence chargée de diffuser à l'étranger les nouvelles du Biafra".
P.E Davies travaillait pour la direction de la propagande Biafraise Extrait d'une interview avec Joël Calmettes in "Conversations à propos de la guerre du Biafra".



 "Le Biafra prive son propre peuple de ce qui est nécessaire à sa subsistance, dans l'espoir évidemment que le spectacle de ses souffrances va inciter les étrangers à imposer des restrictions politiques au Nigéria...La famine ne saurait devenir une arme de guerre acceptable du simple fait qu'elle est utilisée par un leadership aux abois contre sa propre population réduite à l'impuissance."
Washington Post du 11.07.1969 cité par Pierre Péan, Ibid, p.81.


Exemple de propagande et de manipulation de l'opinion publique et des intellectuels français durant la guerre du Biafra:   NOUVEL OBSERVATEUR 19.01.1970
Un médecin accuse...par Bernard Kouchner
Bernard Kouchner rentre du Biafra où il est allé comme médecin de la Croix-Rouge internationale.



Paddy Davies, membre de la direction de la Propagande (Biafra) (extrait du Doc Joël Calmettes : 'Foccart s'en va-t-en guerre'):
 ''La direction de la propagande s'est servie de la faim. Après avoir essayé le pogrom, le génocide, la libération de notre province..."


LES VENTES D'ARMES SOUS COUVERTURE HUMANITAIRE  

 
 Entretien avec Maurice Delaunay, ambassadeur de France au Gabon lors de la guerre du Biafra (doc de Joël Calmettes, Ibid) :
''Moi j'étais un transitaire, un transitaire particulier mais un transitaire tout de même. J'étais le bras armé de l'aide française au Biafra puisque pratiquement toute l'aide française passait par Libreville : des mitrailleuses, des fusils-mitrailleurs, des fusils, des grenades, des bazookas,  des petits canons également mais pas d'armes lourdes. Pas d'armes lourdes pourquoi? Parce que tout cela était transporté par avion. Et je dois vous dire que dans cette affaire je n'ai jamais eu affaire à mon ministre de tutelle mais je n'ai obéi et je n'ai agi qu'en fonction des instructions qui m'étaient données par l'Elysée."

  "Tous les moyens sont bons dans cette affaire. La Croix-Rouge et les Chevaliers de Malte, qui canalisent et acheminent officiellement vivres et médicaments au Biafra, ne regardent pas de trop près les lourdes caisses qui, manifestement, ne sont pas remplies de lait en poudre. Pour simplifier les choses, le colonel Merle, conseiller militaire de l'ambassade de France au Gabon, est aussi responsable de la Croix-Rouge"
Pierre Péan,Ibid.

 ''Le 12 juin (1967), le conseil des ministres prononcera l'embargo sur les armes et la mise en place d'une aide humanitaire au profit du Biafra...aide humanitaire qui couvrira le trafic d'armes à destination des sécessionnistes.''
Colonel Maurice Robert, responsable Afrique du SDECE durant la guerre du Biafra, Ibid, p.181.

 ''Armes et aide humanitaire transitaient essentiellement par Libreville et Abidjan, les premières profitant des ponts aériens organisés pour l'autre. Bongo avait été réticent au début mais, sous la double pression française et ivoirienne, il avait fini par accepter de soutenir la lutte biafraise''
Colonel Maurice Robert, Ibid,p.181.

 


 LA CREATION DE BONGO : "UNE MARIONNETTE" AU SERVICE DE FOCCART

"La France ne reconnaît toujours pas la sécession. Pour Foccart c'est un échec mais en coulisse De Gaulle semble s'y préparer activement. Il charge Foccart de monter une vaste opération de transport d'armes vers le Biafra. Foccart choisit le Gabon comme base arrière. Il vient d'y faire élire président le jeune Albert Bongo qui ne peut rien lui refuser." Joël Calmettes, Ibid.  
 

 Le lendemain déclaration du Président gabonais dont le correspondant de l'AFP rend compte de la façon suivante :
''Le président Bongo a déclaré...M. Bongo a cependant ajouté que si l'unité du Nigéria se recréait, comme il le souhaite, il serait prêt...''
Moins de deux heures après que cette dépêche fut tombée sur les télex, l'AFP diffusait le rectificatif suivant : ''Prière supprimer : comme il le souhaite et lire la phrase : ''M. Bongo a cependant ajouté que, si l'unité du Nigéria se recréait, il serait prêt", etc..le reste sans changement''.

Ces trois lignes de rectificatif montrent à quel point le Président gabonais n'est alors qu'une marionnette dépendant des services de foccart. Il croît d'abord avoir le droit de dire que la sécession est terminée, qu'il souhaite personnellement l'unité du Nigéria ; Foccart, qui est à Libreville ce jour-là et qui l'a "briefé" le matin même avant qu'il ne s'adresse aux journalistes, a dû le rappeler à l'ordre et lui demander ce rectificatif. Toujours est il que Bongo corrige son "lapsus". 
Pierre Péan, Affaires Africaines, Ed. Fayard, p.82.  

GRI-GRI INTERNATIONAL 15.12.09 
12 novembre 1968, Bongo sort de l'Élysée et parle du Biafra

 

 REFERENCES