Comme à son
accoutumé la Françafrique au travers de ses représentants gouvernementaux
a exprimé un soutien sans pareil au régime criminel et
totalitaire d'Idriss Déby [1]. Après la caution apportée le 25
mai 2004 par l'ancien ministre de la Coopération, M. Xavier
Darcos [2], à l'adoption par l'Assemblée nationale du
projet de réforme constitutionnel du président Déby, c'est au tour du
Premier Ministre français M. Dominique de Villepin, selon le journal
tchadien l'Observateur, d'apporter sa caution
aux résultats truqués d'un scrutin référendaire
permettant au tyran Idriss déby de se se représenter pour
la troisième fois aux élections présidentielles.
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L'OBSERVATEUR N°340 du 27 juillet 2005 page
4 Sombres perspectives pour la France au
Tchad [3] Le même jour s'est déroulée une
rencontre entre le Premier Ministre français Dominique de Villepin
et le Président de la République tchadienne Idriss Déby. Lors de cet
entretien, Mr de Villepin a affirmé que "la France et le Tchad ont une même vision et
une même exigence de développement à travers la planète"
et que les résultats du référendum
du 6 juin dernier (portant sur une modification dela Constitution
qui permettra à Déby de se représenter aux prochaines élections
présidentielles en 2006), dont tout le monde sait qu'ils ne sont
qu'un grossier déni de démocratie et que les résultats ont été
largement manipulés, représentent "un moment important
dans la vie des
Tchadiens"... | A
l'époque, même le parti socialiste français avait estimé que le
résultat du référendum "n'était pas crédible" (Alwihda [4]). Pour mémoire, le trucage des élections
dans la dépendance néocoloniale du tchad est
fortement subordonné voire piloté par Paris.
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NEGROPHOBIE
p.162-163 [5] Boubacar Boris Diop, Odile Tobner,
François-Xavier Verschave. Ed. Les Arènes.
"Le premier tour de l'élection (présidentielle
au Tchad, ndlr) a lieu le 2 juin 1996. La multiplication des
faux bulletins, faux électeurs et faux bureaux de vote se double
d'un intense charcutage informatique des résultats. Au bout du
compte, Déby se retrouve élu au premier tour avec 50,14% des voix.
Les chiffres de son succès sont annoncés à la radio. Panique à
Paris, devant un tel excès de zèle, affichant un score aussi
incroyable. Le directeur Afrique du Quai d'Orsay aurait lui-même
donné la consigne de repasser sous la barre des 50%. Les experts
français relaient l'ordre de Paris, et font atténuer la gonflette :
Déby obtient officiellement 47,86% des voix ; un rival bien tenu
en main, le général Kamougué, est accrédité de 11,08% des
voix et obtient la qualification pour le second tour - où Déby sera
royalement élu."
Note de bas de
page 163: Cette fraude massive sera rééditée en 2001, au
détriment du vainqueur réel, le député Ngarléjy
Yorongar" (la fraude massive lors de ce scrutin
a aussi été signalé par la Fédération Internationale des droits
de l'Homme. Lire Idriss Déby, un criminel contre
l'humanité soutenu par la France : Repères.
[6]) |
C'est
dans ce contexte de bidonnage du scrutin référendaire que la liberté
d'expression et la presse indépendante sont malmenées au Tchad. Ainsi
depuis le mois de mai, selon la Ligue Tchadienne des droits de l'Homme (LTDH,
journalistes en danger au Tchad, 17.06.05 [7]), "des menaces
pèsent sur les journalistes Tchadiens, notamment ceux de la presse privée
...(elles) ont été concrétisées par l'arrestation de M. Alhadji Garondé
Djarma, collaborateur de l'hebdomadaire Notre Temps le 16 juin 2005,
M. Samory Ngaradoumbaye Coordonnateur de
l'hebdomadaire L'Observateur le 19 juin 2005 et de celle de M. Michael Didama Directeur de Publication de
l'hebdomadaire Notre Temps". Les déclarations du Premier Ministre
français peuvent apparaître comme une légitimation des dérives criminelles
du pouvoir en place. Il en va de même des déclarations de l'Ambassadeur de
France au Tchad qui lors de la tribune du 14 juillet devant un parterre
d'invités tchadiens et français n'a pas hésité à se livrer à un véritable
réquisitoire contre la presse privée tchadienne, coupable à ses yeux de
s'en prendre au pouvoir en place et d'appeler à la "haine
raciale".
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L'OBSERVATEUR 27.07.05 Sombres
perspectives pour la France au Tchad [2]
Pour
enfoncer le clou, son excellence Jean-Pierre Berçot, ambassadeur de
France au Tchad, a "excellé" dans ce discours du 14 juillet, le
jour suivant. Dans un zèle dépassant presque celui des plus fervents
thuriféraires du régime en place, il s'est fendu d'un violent
réquisitoire conte la presse tchadienne, une presse qui confondrait
selon lui "fait et commentaire", "inciterait à la haine" et mettrait
en péril la démocratie et la stabilité du pays, au moment même où
des journalistes tchadiens sont détenus de manière totalement
illégale et arbitraire dans les geôles tchadiennes et où l'ambassade
des Etats-Unis elle-même a levé le ton deux semaines auparavant face
à cette situation en rappelant à l'ordre le pouvoir tchadien et en
apportant son soutien (moral et financier) à la presse du
pays. |
Dans une lettre ouverte aux
autorités françaises, européennes et à la Banque Mondiale, une coalition
d'ONGs ((Agir Ici, ACAT, Global Witness, Greanpeace, LTDH,
RADDHO...) à l'initiative de l'ONG française Survie[8], a
dénoncé cet état de fait.
|
SURVIE 28.07.05
[8] 28 juillet. Tchad. Lettre
ouverte aux autorités françaises, européennes et à la Banque
Mondiale
...C'est parce qu'ils ont rédigé des articles
critiquant la politique du président Idriss Déby, qu'ils ont été
condamnés ou sont en voie de l'être.
Nous déplorons également le discours prononcé
par l'Ambassadeur de France au Tchad lors de la cérémonie du 14
juillet, mettant en garde "contre une presse qui cherche à
salir, par tous les moyens, l'image extérieure du Tchad et des
tchadiens", et rappelant que "les medias ont pour mission
d'informer la population, pas de la manipuler et encore moins
d'instiller la haine raciale ou d'encourager les conflits ethniques
internes". La France, qui maintient une présence militaire
importante dans le pays, avait été le seul Etat européen à féliciter
le Président de la République pour sa réélection en 2001, à l'issue
d'un scrutin dénoncé par les associations de droits de l'Homme et le
Parlement européen...
| L'effet
des déclarations successives des officiels français sur le régime en
place ne s'est pas fait attendre. Dès les jours suivants, à
savoir le 18 juillet, soit quatre jours après les déclarations de l'ambassadeur de
France, trois journalistes embastillés arbitrairement furent
condamnés à de lourdes peines.
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REPORTERS SANS
FRONTIERES 19.07.05 [9] La justice tchadienne s'acharne contre la
presse : deux journalistes condamnés à trois ans et trois mois
de prison
Reporters sans frontières est choquée par les
condamnations disproportionnées prononcées le 18 juillet à
l'encontre des deux journalistes Samory
Ngaradoumbé et Garondé
Djarma. « Il est inadmissible que des journalistes
soient condamnés à des peines de prison ferme, simplement parce
qu'ils ont rédigé des articles critiquant la politique du président
Idriss Déby, a déclaré l'organisation. Reporters sans frontières
dénonce l'acharnement de la justice tchadienne qui avait déjà fait
incarcérer les deux hommes, avant de les relâcher le 5 juillet, puis
de les condamner à nouveau pour les mêmes faits. »
Les deux hommes ont été condamnés pour
« diffamation » et « incitation à la haine ».
L'avocat de la défense, Me Bernard Padaré, a décidé de faire appel.
Garondé Djarma a été condamné
à 3 ans de prison, Samory
Ngaradoumbé à 3 mois. Ces peines sont assorties de fortes
amendes. Le même jour, Michael
Didama du journal Le Temps, a
comparu devant le tribunal et le procureur de la République a requis
contre lui 18 mois de prison ferme et une amende. Michael Didama
avait déjà été emprisonné puis relâché le 12 juillet....
| Qui plus est le 15.08, une quatrième
journaliste, Mme Sy
Koumbo Singa Gali, directrice de la publication du journal L'Observateur
fut incarcérée avec une condamnation à un an de prison. Autant dire que
les autorités politiques françaises ont légitimé cette répression tous
azimuths de la presse tchadienne. Une caution qui montre s'il en était
besoin le peu de cas accordé aux droits de l'homme par la France dans son
pré-carré africain au nom d'une real-politik des plus
cyniques.
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REPORTERS SANS FRONTIERE 15.08.05
[10] Sy Koumbo Singa Gali, quatrième
journaliste condamnée à la
prison « Nous apprenons la condamnation de Sy Koumbo
Singa Gali avec tristesse et colère, a déclaré Reporters sans
frontières. La campagne de répression du gouvernement d'Idriss Déby
continue dans l'indifférence de la communauté internationale. La
France, notamment, qui se targue d'être attachée à la liberté
d'expression, devrait prendre enfin la mesure du scandale que
représente cette quatrième incarcération et peser de tout son poids
pour que les journalistes emprisonnés soient libérés au plus
vite. »
FEDERATION INTERNATIONALE DES JOURNALISTES
18.08.05 [11] La FIJ
préoccupée par la cascade d'emprisonnement des journalistes au
Tchad La FIJ
dénonce cet acharnement contre les médias et les journalistes depuis
la révision de la constitution ayant occasionné un contexte
politique et social devenu tendu au Tchad. De nombreuses atteintes à
la liberté d'expression et de la presse ont été constatées à
l'encontre de la presse indépendante dans ce climat.
« Les
prétextes de diffamation, de divulgation de fausses nouvelles,
d'incitation à la haine tribale, évoqués à l'occasion de ces
arrestations en cascade ne sauraient justifier l'embastillement des
journalistes » a protesté le Secrétaire Général Aidan White. « Nous
nous élevons contre les peines privatives de liberté en matière de
délit de presse et le musellement des journalistes, en contradiction
avec les lois du Tchad » a t- t il conclu.
La FIJ a exprimé
sa solidarité à tous les journalistes arrêté et son soutien à
l'Union des Journalistes du Tchad (UJT), en demandant aux autorités
tchadiennes la libération immédiate des quatre journalistes
emprisonnées.
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Un coopérant français qui a eu l'outrecuidance
de signer une pétition ( lire le fac similé publié dans L'Observatoire ) critiquant la politique
africaine de la France au Tchad fut tout simplement sommé de s'expliquer
de son geste anti-français à l'Ambassade de France et d'écrire une lettre
d'excuses à l'ambassadeur de France.
Devant son refus d'obtempérer et devant les allégations selon lesquelles
il serait l'auteur d'un article dénonçant l'orientation de la politique
française au Tchad et de son caractère délétère pour les
ressortissants français vivant au Tchad (lire l'article en question
dans L'Observateur), il fut irrémédiablement chassé de son poste et de
sa maison par le pouvoir en place pour être renvoyé en France manu
militari, le 3 août 2005.
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L'OBSERVATEUR 10.08.05 Pierre
Daniel a payé pour nous ! Il est de Nationalité française.
Pour avoir voulu faire entendre un autre son de cloche par rapport à
la politique étrangère de son pays, notamment vis à vis du Tchad, il
a été prié de s'en aller. Par son Ambassadeur. Pierre Daniel a pris
le Vol Air France du mercredi 3 août. On lui a dit tout bonnement de
"circuler" parce que au pays de Toumaï et de Déby il n'y a rien à
voir. Tout est Nickel... En fait que reproche-t-on à ce jeune homme
venu au Tchad il n'y a pas si longtemps au titre de la coopération
et pour le compte des volontaires du progrès (Association Française
des Volontaires du Progrès)? On l'accuse dans un premier temps
d'avoir signé une pétition citoyenne (voir fac similé) remise au
Ministre Douste-Blazy lors de son récent passage au Tchad, laquelle
pétition dénonçait le comportement aux relents colonialistes de
l'ambassadeur de France au Tchad qui lors des cérémonies du 14
juillet s'en était violemment pris à la presse tchadienne. Du coup
on aurait relié ce fait à l'article d'un français publié sous
anonymat dans l'Observateur N°340. L'article dénonçait la politique
africaine de la France ; une politique "déshumanisée" et tournée
vers des intérêts géo-stratégiques, une politique qui selon l'auteur
créé de plus en plus en Afrique un sentiment anti-français dont
les victimes collatérales sont bien entendu des citoyens français
ordinaires... |
Aux dernières nouvelles, un
cinquième journaliste, de l'Observateur de Koumbo, pourrait avoir été
kidnappé puis embastillé par la junte militaire sous l'aile protectrice de son mentor français.
REFERENCES
1.PRESSAFRIQUE 13.06.04 Une néo-colonie nommée Tchad : gouverneur Idriss Déby
2. PRESSAFRIQUE 31.05.04 Quand Xavier
Darcos au nom du gouvernement français légitime le régime criminel du
dictateur Idriss Déby.
3. L'OBSERVATEUR 27.07.05 Sombres perspectives pour la France
au Tchad
4. P.S (ALWIHDA) 24.06.05 France/Tchad: Le parti socialiste français considère
de non crédible le résultat du référendum
5. NEGROPHOBIE p.162-163 Boubacar Boris Diop, Odile Tobner, François-Xavier
Verschave. Ed. Les Arènes.
6. PRESSAFRIQUE 31.05.04 Idriss Déby, un criminel contre l'humanité soutenu
par la France : Repères.
7. LIGUE TCHADIENNE DES DROITS DE
L'HOMME 27.06.05,
Journalistes en danger au Tchad
8. SURVIE 28.07.05 28 juillet. Tchad.
Lettre ouverte aux autorités françaises, européennes et à la Banque
Mondiale
9.
REPORTERS SANS FRONTIERE 19.07.05 La justice tchadienne s'acharne contre la
presse : deux journalistes condamnés à trois ans et trois mois de
prison
10.
REPORTERS SANS FRONTIERE 15.08.05 Sy
Koumbo Singa Gali, quatrième journaliste condamnée à la
prison
11. FEDERATION INTERNATIONALE DES JOURNALISTES 18.08.05
[11] La FIJ préoccupée par la
cascade d'emprisonnement des journalistes au
Tchad
12. L'OBSERVATEUR 10.08.05 Pierre Daniel a payé pour nous
! |