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PRESSAFRIQUE 03.09.05
Quand la Françafrique soutient le régime criminel de "l'ami dictateur" Idriss Déby, légitime l'embastillement de journalistes tchadiens issus de la presse indépendante et s'assure du rapatriement d'un coopérant français récalcitrant à la politique africaine de la France au Tchad.

 Comme à son accoutumé la Françafrique au travers de ses représentants gouvernementaux a exprimé un soutien sans pareil au régime criminel et totalitaire d'Idriss Déby [1]. Après la caution apportée le 25 mai 2004 par l'ancien ministre de la Coopération, M. Xavier Darcos [2], à l'adoption par l'Assemblée nationale du projet de réforme constitutionnel du président Déby, c'est au tour du Premier Ministre français M. Dominique de Villepin, selon le journal tchadien l'Observateur,  d'apporter sa caution aux résultats truqués d'un scrutin référendaire permettant au tyran Idriss déby de se se représenter pour la troisième fois aux élections présidentielles. 

L'OBSERVATEUR N°340 du 27 juillet 2005 page 4
Sombres perspectives pour la France au Tchad [3]
Le même jour s'est déroulée une rencontre entre le Premier Ministre français Dominique de Villepin et le Président de la République tchadienne Idriss Déby. Lors de cet entretien, Mr de Villepin a affirmé que "la France et le Tchad ont une même vision et une même exigence de développement à travers la planète" et que les résultats du référendum du 6 juin dernier (portant sur une modification dela Constitution qui permettra à Déby de se représenter aux prochaines élections présidentielles en 2006), dont tout le monde sait qu'ils ne sont qu'un grossier déni de démocratie et que les résultats ont été largement manipulés, représentent "un moment important dans la vie des Tchadiens"...


 A l'époque, même le parti socialiste français avait estimé que le résultat du référendum "n'était pas crédible" (Alwihda [4]). Pour mémoire, le trucage des élections dans la dépendance néocoloniale du tchad est fortement subordonné  voire piloté par Paris.

NEGROPHOBIE p.162-163 [5]
Boubacar Boris Diop, Odile Tobner, François-Xavier Verschave. Ed. Les Arènes.

 "Le premier tour de l'élection (présidentielle au Tchad, ndlr) a lieu le 2 juin 1996. La multiplication des faux bulletins, faux électeurs et faux bureaux de vote se double d'un intense charcutage informatique des résultats. Au bout du compte, Déby se retrouve élu au premier tour avec 50,14% des voix. Les chiffres de son succès sont annoncés à la radio. Panique à Paris, devant un tel excès de zèle, affichant un score aussi incroyable. Le directeur Afrique du Quai d'Orsay aurait lui-même donné la consigne de repasser sous la barre des 50%. Les experts français relaient l'ordre de Paris, et font atténuer la gonflette : Déby obtient officiellement 47,86% des voix ; un rival bien tenu en main, le général  Kamougué, est accrédité de 11,08% des voix et obtient la qualification pour le second tour - où Déby sera royalement élu."

Note de bas de page 163:
Cette fraude massive sera rééditée en 2001, au détriment du vainqueur réel, le député Ngarléjy Yorongar" (la fraude massive lors de ce scrutin a aussi été signalé par la Fédération Internationale des droits de l'Homme. Lire Idriss Déby, un criminel contre l'humanité soutenu par la France : Repères.  [6])


C'est dans ce contexte de bidonnage du scrutin référendaire que la liberté d'expression et la presse indépendante sont malmenées au Tchad. Ainsi depuis le mois de mai, selon la Ligue Tchadienne des droits de l'Homme (LTDH, journalistes en danger au Tchad, 17.06.05 [7]), "des menaces pèsent sur les journalistes Tchadiens, notamment ceux de la presse privée ...(elles) ont été concrétisées par l'arrestation de M. Alhadji Garondé Djarma, collaborateur de l'hebdomadaire Notre Temps le 16 juin 2005, M. Samory Ngaradoumbaye Coordonnateur de l'hebdomadaire L'Observateur le 19 juin 2005 et de celle de M. Michael Didama Directeur de Publication de l'hebdomadaire Notre Temps". Les déclarations du Premier Ministre français peuvent apparaître comme une légitimation des dérives criminelles du pouvoir en place. Il en va de même des déclarations de l'Ambassadeur de France au Tchad qui lors de la tribune du 14 juillet devant un parterre d'invités tchadiens et français n'a pas hésité à se livrer à un véritable réquisitoire contre la presse privée tchadienne, coupable à ses yeux de s'en prendre au pouvoir en place et d'appeler à la "haine raciale".

L'OBSERVATEUR 27.07.05
Sombres perspectives pour la France au Tchad [2]

Pour enfoncer le clou, son excellence Jean-Pierre Berçot, ambassadeur de France au Tchad, a "excellé" dans ce discours du 14 juillet, le jour suivant. Dans un zèle dépassant presque celui des plus fervents thuriféraires du régime en place, il s'est fendu d'un violent réquisitoire conte la presse tchadienne, une presse qui confondrait selon lui "fait et commentaire", "inciterait à la haine" et mettrait en péril la démocratie et la stabilité du pays, au moment même où des journalistes tchadiens sont détenus de manière totalement illégale et arbitraire dans les geôles tchadiennes et où l'ambassade des Etats-Unis elle-même a levé le ton deux semaines auparavant face à cette situation en rappelant à l'ordre le pouvoir tchadien et en apportant son soutien (moral et financier) à la presse du pays.



Dans une lettre ouverte aux autorités françaises, européennes et à la Banque Mondiale, une coalition d'ONGs ((Agir Ici, ACAT, Global Witness, Greanpeace, LTDH, RADDHO...) à l'initiative de l'ONG française Survie[8], a dénoncé cet état de fait.
 

SURVIE 28.07.05 [8]
28 juillet. Tchad. Lettre ouverte aux autorités françaises, européennes et à la Banque Mondiale

...C'est parce qu'ils ont rédigé des articles critiquant la politique du président Idriss Déby, qu'ils ont été condamnés ou sont en voie de l'être.

Nous déplorons également le discours prononcé par l'Ambassadeur de France au Tchad lors de la cérémonie du 14 juillet, mettant en garde "contre une presse qui cherche à salir, par tous les moyens, l'image extérieure du Tchad et des tchadiens", et rappelant que "les medias ont pour mission d'informer la population, pas de la manipuler et encore moins d'instiller la haine raciale ou d'encourager les conflits ethniques internes". La France, qui maintient une présence militaire importante dans le pays, avait été le seul Etat européen à féliciter le Président de la République pour sa réélection en 2001, à l'issue d'un scrutin dénoncé par les associations de droits de l'Homme et le Parlement européen...


L'effet des déclarations successives des officiels français sur le régime en place ne s'est pas fait attendre. Dès les jours suivants, à savoir le 18 juillet, soit quatre jours après les déclarations de l'ambassadeur de France, trois journalistes embastillés arbitrairement furent condamnés à de lourdes peines.

REPORTERS SANS FRONTIERES 19.07.05 [9]
La justice tchadienne s'acharne contre la presse : deux journalistes condamnés à trois ans et trois mois de prison

Reporters sans frontières est choquée par les condamnations disproportionnées prononcées le 18 juillet à l'encontre des deux journalistes Samory Ngaradoumbé et Garondé Djarma. « Il est inadmissible que des journalistes soient condamnés à des peines de prison ferme, simplement parce qu'ils ont rédigé des articles critiquant la politique du président Idriss Déby, a déclaré l'organisation. Reporters sans frontières dénonce l'acharnement de la justice tchadienne qui avait déjà fait incarcérer les deux hommes, avant de les relâcher le 5 juillet, puis de les condamner à nouveau pour les mêmes faits. »

Les deux hommes ont été condamnés pour « diffamation » et « incitation à la haine ». L'avocat de la défense, Me Bernard Padaré, a décidé de faire appel. Garondé Djarma a été condamné à 3 ans de prison, Samory Ngaradoumbé à 3 mois. Ces peines sont assorties de fortes amendes. Le même jour, Michael Didama du journal Le Temps, a comparu devant le tribunal et le procureur de la République a requis contre lui 18 mois de prison ferme et une amende. Michael Didama avait déjà été emprisonné puis relâché le 12 juillet....


Qui plus est le 15.08, une quatrième journaliste, Mme Sy Koumbo Singa Gali, directrice de la publication du journal L'Observateur fut incarcérée avec une condamnation à un an de prison. Autant dire que les autorités politiques françaises ont légitimé cette répression tous azimuths de la presse tchadienne. Une caution qui montre s'il en était besoin le peu de cas accordé aux droits de l'homme par la France dans son pré-carré africain au nom d'une real-politik des plus cyniques.


REPORTERS SANS FRONTIERE 15.08.05 [10]
Sy Koumbo Singa Gali, quatrième journaliste condamnée à la prison

 « Nous apprenons la condamnation de Sy Koumbo Singa Gali avec tristesse et colère, a déclaré Reporters sans frontières. La campagne de répression du gouvernement d'Idriss Déby continue dans l'indifférence de la communauté internationale. La France, notamment, qui se targue d'être attachée à la liberté d'expression, devrait prendre enfin la mesure du scandale que représente cette quatrième incarcération et peser de tout son poids pour que les journalistes emprisonnés soient libérés au plus vite. »

FEDERATION INTERNATIONALE DES JOURNALISTES 18.08.05 [11]
La FIJ préoccupée par la cascade d'emprisonnement des journalistes au Tchad
La FIJ dénonce cet acharnement contre les médias et les journalistes depuis la révision de la constitution ayant occasionné un contexte politique et social devenu tendu au Tchad. De nombreuses atteintes à la liberté d'expression et de la presse ont été constatées à l'encontre de la presse indépendante dans ce climat.

« Les prétextes de diffamation, de divulgation de fausses nouvelles, d'incitation à la haine tribale, évoqués à l'occasion de ces arrestations en cascade ne sauraient justifier l'embastillement des journalistes » a protesté le Secrétaire Général Aidan White. « Nous nous élevons contre les peines privatives de liberté en matière de délit de presse et le musellement des journalistes, en contradiction avec les lois du Tchad » a t- t il conclu.

La FIJ a exprimé sa solidarité à tous les journalistes arrêté et son soutien à l'Union des Journalistes du Tchad (UJT), en demandant aux autorités tchadiennes la libération immédiate des quatre journalistes emprisonnées.



Un coopérant français qui a eu l'outrecuidance de signer une pétition ( lire le fac similé publié dans L'Observatoire ) critiquant la politique africaine de la France au Tchad fut tout simplement sommé de s'expliquer de son geste anti-français à l'Ambassade de France et d'écrire une lettre d'excuses à l'ambassadeur de France. Devant son refus d'obtempérer et devant les allégations selon lesquelles il serait l'auteur d'un article dénonçant l'orientation de la politique française au Tchad et de son caractère délétère pour les ressortissants français vivant au Tchad (lire l'article en question dans L'Observateur), il fut irrémédiablement chassé de son poste et de sa maison par le pouvoir en place pour être renvoyé en France manu militari, le 3 août 2005.


L'OBSERVATEUR 10.08.05
Pierre Daniel a payé pour nous !

 Il est de Nationalité française. Pour avoir voulu faire entendre un autre son de cloche par rapport à la politique étrangère de son pays, notamment vis à vis du Tchad, il a été prié de s'en aller. Par son Ambassadeur. Pierre Daniel a pris le Vol Air France du mercredi 3 août. On lui a dit tout bonnement de "circuler" parce que au pays de Toumaï et de Déby il n'y a rien à voir. Tout est Nickel... En fait que reproche-t-on à ce jeune homme venu au Tchad il n'y a pas si longtemps au titre de la coopération et pour le compte des volontaires du progrès (Association Française des Volontaires du Progrès)? On l'accuse dans un premier temps d'avoir signé une pétition citoyenne (voir fac similé) remise au Ministre Douste-Blazy lors de son récent passage au Tchad, laquelle pétition dénonçait le comportement aux relents colonialistes de l'ambassadeur de France au Tchad qui lors des cérémonies du 14 juillet s'en était violemment pris à la presse tchadienne. Du coup on aurait relié ce fait à l'article d'un français publié sous anonymat dans l'Observateur N°340. L'article dénonçait la politique africaine de la France ; une politique "déshumanisée" et tournée vers des intérêts géo-stratégiques, une politique qui selon l'auteur créé de plus en plus en Afrique un sentiment anti-français dont les victimes collatérales sont bien entendu des citoyens français ordinaires...


Aux dernières nouvelles, un cinquième journaliste, de l'Observateur de Koumbo, pourrait avoir été kidnappé puis embastillé par la junte militaire sous l'aile protectrice de son mentor français.


REFERENCES

1.PRESSAFRIQUE 13.06.04
Une néo-colonie nommée Tchad : gouverneur Idriss Déby

2. PRESSAFRIQUE 31.05.04
Quand Xavier Darcos au nom du gouvernement français légitime le régime criminel du dictateur Idriss Déby.


3. L'OBSERVATEUR 27.07.05
Sombres perspectives pour la France au Tchad

4. P.S (ALWIHDA) 24.06.05
France/Tchad: Le parti socialiste français considère de non crédible le résultat du référendum

5. NEGROPHOBIE p.162-163
Boubacar Boris Diop, Odile Tobner, François-Xavier Verschave. Ed. Les Arènes.

6. PRESSAFRIQUE 31.05.04
Idriss Déby, un criminel contre l'humanité soutenu par la France : Repères.

7. LIGUE TCHADIENNE DES DROITS DE L'HOMME 
27.06.05,
Journalistes en danger au Tchad

8. SURVIE 28.07.05
28 juillet. Tchad. Lettre ouverte aux autorités françaises, européennes et à la Banque Mondiale

9. REPORTERS SANS FRONTIERE 19.07.05

La justice tchadienne s'acharne contre la presse : deux journalistes condamnés à trois ans et trois mois de prison

10. REPORTERS SANS FRONTIERE 15.08.05
Sy Koumbo Singa Gali, quatrième journaliste condamnée à la prison 

11. FEDERATION INTERNATIONALE DES JOURNALISTES 18.08.05 [11]
La FIJ préoccupée par la cascade d'emprisonnement des journalistes au Tchad

12. L'OBSERVATEUR 10.08.05
Pierre Daniel a payé pour nous !