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 PRESSAFRIQUE 02.04.07
Les Biens mal acquis africains profitent aux pays riches et ruinent l'Afrique

« Les actifs africains volés détenus dans des comptes en banque à l'étranger équivalent à plus de la moitié de la dette externe du continent». Commission des communautés européennes, juin 2003, dialogue de l'Afrique de l'Union européenne, Bruxelles. Cité par le rapport du CCFD.

« La fuite des capitaux de l'Afrique subsaharienne représente 30 milliards par an en moyenne, soit, depuis dix ans, 274 milliards de dollars, plus que le montant de la dette. Ce que les chefs d'Etat du G8 saupoudrent d'une main, ses banques internationales, ses paradis fiscaux, les bidouillages fiscaux de ses multinationales le reprennent de l'autre. » John Christensen, économiste britannique et ancien conseiller fiscal à Jersey, l'un des plus juteux paradis fiscaux britanniques. Ibid.


 
 Le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD) vient de publier un rapport sur les détournements de fond par les présidents des pays les plus pauvres de la planète. Ce rapport s'intitule « Biens mal acquis...profitent trop souvent. La fortune des dictateurs et les complaisances occidentales ». Ce rapport revient sur la manière dont des dictateurs ont été portés au pouvoir dans ces pays avec l'aide de la France, des USA et du Royaume-Uni et sur la mansuétude dont ils disposent auprès des pays occidentaux. Pour les pays anglo-saxons, en ce qui concerne le continent africain, sont cités les cas d'Abacha (Nigéria), de Mobutu (ex-RDC), d'Arap Moi (au Kenya) qui ont détenu pour certains le montant du PIB de leur pays dans des banques en Europe ou aux USA. Pour la France, les cas d'Houphouët Boigny mis en place par le tandem Foccarto-Gaullien (en Côte d'Ivoire), d'Omar Bongo placé par les mêmes (au Gabon), de Sassou NGuesso pour lequel la France et la compagnie Elf ont financé la reprise de pouvoir au Congo-Brazzaville en 1997 mais aussi de Mobutu soutenu par les réseaux françafricains dans les années 1990 alors que ce dictateur était lâché par les anglo-saxons.

Les avoirs détournés par ces dictateurs que nous qualifions de « néogouverneurs » à la suite de François-Xavier Verschave sont énormes d'après le CCFD. Pour certains pays la ponction est massive. Au cour des dernières années, elle s'élève pour l'ensemble des pays en développement, si l'on s'en tient uniquement aux sommes détournées par les dictateurs, à 180 milliards de dollars. Mais  Michel Camdessus, ancien directeur du FMI, a évoqué des chiffres dépassant 1000 milliards de dollars. Pourtant la devise du FMI vise à restituer les sommes détournés par ces kleptocrates. Paul Wolfowitz, actuel président de la Banque Mondiale, considère que la restitution des avoirs détournés par les dirigeants des pays du Sud devrait démontrer l'engagement déterminé de la communauté internationale contre la corruption, décrite comme le cancer du développement. Or de nombreux pays n'ont à ce jour rien fait pour rendre ses avoirs. Pour l'essentiel les rares fonds restitués l'ont été récemment par la Suisse, notamment d'Abacha ( Nigeria) mais aussi de Marcos (Philippines). La France qui s'enorgueillit d'être le premier du G8 à avoir ratifié la Convention des Nations Unies contre la corruption, n'a procédé à aucune mesure de restitution. Au contraire elle encourage les néogouverneurs qu'elle a mis en place en leur évitant les fourches caudines du FMI et de la Banque Mondiale, allant même jusqu'à faire pression pour que des gouvernements totalement corrompus tels que ceux du Congo-Brazzaville reçoivent une aide substantielle ou bien comme ce fut le cas au Togo à faire en sorte que l'embargo économique de l'Union Européenne sur le régime Eyadéma soit contourné. Les dictateurs françafricains pillent allègrement leur pays en investissant massivement cet argent détourné en Europe ou aux USA. Ils sont nombreux les néogouverneurs françafricains qui ont pu piller les richesses de leur pays  avec les encouragements tacites de Paris : Bokassa, Patassé, Bozizé en Centrafrique, Eyadéma au Togo, Bongo au Gabon, Houphouët Boigny en Côte d'Ivoire, Mobutu en RDC, Ismaël Omar Guelleh à Djibouti, Habyarimana au Rwanda, Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville,  Idriss Déby au Tchad, Eyadéma père et fils au Togo... Il en va de même dans le secteur américafricain pour Arap Moi au Kenya, Abacha au Nigeria, Hissein Habre au Tchad, Mobutu en RDC, Ismaël Omar Guelleh à Djibouti. Soucieux de leurs intérêts économiques et géopolitiques, la France, les USA et le Royaume-Uni ont soutenu l'arrivée de ces dictateurs ou/et leur maintien au pouvoir. Ces pays ont soutenu ou soutiennent les régimes les plus despotiques et les plus corrompus. Ainsi le pillage des richesses des pays d'Afrique et du Sud en général, s'est opéré avec la complicité ou à l'initiative des gouvernements et des entreprises du Nord.

On comprend donc mieux le peu d'empressement des pays du Nord à saisir et à restituer les avoirs et biens mal acquis des dictateurs en question. En France de nombreux dirigeants soutiennent les dictateurs « amis de la France » (expression de Jacques Chirac pour désigner Omar Bongo et Etienne Gnassinbge Eyadéma au Togo qualifié « d'ami personnel »). C'est une longue tradition de la Françafrique inscrite au fondement de la Vème République du Général. Des hommes politiques, certains médias et publicitaires et surtout de nombreuses entreprises françaises profitent de ces liens si particuliers avec « nos amis » dictateurs pour faire des affaires sans évoquer l'approvisionnement des caisses des partis politiques et le financement de la campagne de certains partis de la République jusqu'en 1995. Pendant que des médias racialistes relativisent ou occultent cette relation françafricaine inique pour les peuples du Sud, des hommes politiques peuvent continuer à aller serrer la main des tyrans installés par Paris dans son pré-carré.

 Des associations françaises (Survie, Sherpa,.) rejointes par des associations africaines (Fédération de la Diaspora Congolaise, .) ont déposé plainte contre les dictateurs françafricains Omar Bongo et Sassou NGuesso auprès du Tribunal de Grande Instance de Paris pour « recel de détournement de biens publics ». Les présidents de Survie (Odile Tobner) et de Sherpa (l'avocat William Bourdon) s'interrogent : «La France peut-elle rester une terre d'asile pour l'argent volé aux Africains ? Cette immunité garantie depuis quarante ans ne peut plus durer ».

LE MONDE 28.03.07
A Paris, des associations poursuivent des présidents africains pour corruption
S'appuyant sur des travaux d'organisations internationales et sur des enquêtes journalistiques, Survie et Sherpa entendent établir les "très sérieuses présomptions de détournements de biens publics pour des montants absolument considérables". Ils mettent en avant une jurisprudence de la Cour de cassation qui présume l'existence d'une infraction "lorsqu'une personne ne peut pas justifier des ressources correspondant à son train de vie". Or, affirment les plaignants, les chefs d'Etat africains en cause "possèdent un patrimoine considérable qu'aucun de leurs revenus connus n'est susceptible de justifier"....



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