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 PRESSAFRIQUE 29.03.07
Les médias français participent-ils à la construction d'un ennemi intérieur ?

 Il y a un malaise perceptible au sein des grands médias français. Enormément de pression politique, une concentration des principaux médias aux mains de quelques grandes multinationales françaises dépendantes des commandes d'Etat (Lagardère, Dassault, Bouygues.) et une collusion étroite entre les patrons de ces multinationales et le monde politique notamment en ce qui concerne le candidat de l'UMP pour les présidentielles 2007. Autant d'éléments qui rendent difficiles le travail et l'indépendance des journalistes. Même le service public semble cadenassé et les journalistes de France 3 vivent dans l'inquiétude de se faire virer par l'ancien ministre de l'intérieur s'il parvient à se faire élire président. Une situation peu propice à un travail indépendant et d'analyses critiques des informations. Une situation à la française héritage de l'ORTF mais surtout du système politique de la Vème république érigé par le Général qui a toujours sérieusement encadré la presse et sanctuarisé le rôle des parlementaires. Une presse sous contrôle donc.

C'est dans ce contexte que l'on est en droit de se demander si une partie de la presse française n'a pas épousé les thèses nationalistes du leader de la droite dure en passe de créer des liens quasi organiques avec l'extrême droite. Nous sommes surpris du traitement sélectif de l'actualité dans la plupart des médias français concernant les minorités dites visibles. En effet, en dépit d'un nombre conséquent d'actes criminels racistes en France depuis un an, les principaux médias ne semblent pas s'en faire l'écho tandis qu'ils n'hésitent pas à faire leur chou gras de prétendues « émeutes » qui impliqueraient soit disant ces mêmes minorités. Ce traitement à deux vitesses de l'actualité est stupéfiant et conduit indéniablement à influencer les représentations collectives en associant une partie de la population française à une menace sur la pax sociale. Prenons l'exemple de l'acte criminel raciste   survenu dans le Pas-de-Calais le 26.03.07 où un médecin parce qu'il était d'origine africaine a vu les murs de sa maison tagués de propos racistes et nazis tandis que deux coktail molotov ont été lancés dans son jardin. Ce fait divers n'a quasiment pas été répercuté dans la presse alors qu'il aurait pu sensibiliser l'opinion publique aux effets profondément délétères du discours nationaliste et xénophobe de la droite dure en phase avec le Front national. Le lendemain un contrôle de police dégénère à Gare du Nord et des tensions puis des affrontements avec la police surviennent. Cet incident a été considérablement amplifié par les médias au risque de mettre à la mode des modèles comportementaux violents chez les jeunes. Ces incidents à la gare du Nord ont fait la une du Monde, de Libération, du Parisien,...de TF1, de France 2 et France 3..., sur RFI l'information passait en boucle toutes les heures (le 28.03.07) avec les propos stigmatisants du ministre de l'intérieur et idem sur la plupart des journaux sur les radios françaises, tandis que les actes racistes criminels survenant en France ne sont quasiment pas évoqués par ces mêmes médias. En l'espace d'un an on peut répertorier un certain nombre de crimes racistes en France qui ont été passés sous silence par la plupart des médias. Fin juin 2006 , des crimes racistes se sont produits dans l'Oise où une personne a tiré avec son fusil au cours d'une "chasse à l'étranger" sur des personnes de couleur faisant deux blessés, à Paris un Français d'origine maghrebine a été assassiné par un agresseur appartenant à un groupuscule d'extrême droite. Le 13.10.06, dans un petit village au coeur de la Limagne, une famille d'origine africaine a vu sa maison brûler au cours d'un incendie criminel. Il y avait des inscriptions racistes taggées sur les murs. Le 27.11.06, dans le Bas-Rhin, une maison appartenant à une famille d'origine africaine a été aussi taggée avec le même genre d'inscriptions facistes et racistes (croix-gammées, propos racistes...). Le 10.01.07 en plein Paris des éboueurs de la ville de Paris sont tabassés en raison de leurs origines. Le 26.03.07, dans le Pas-de-calais, une famille d'origine africaine voit sa maison taggée à l'aide d'inscription nazie en français et en allemand tandis que des coktails molotov sont balancés dans le jardin. Quasiment rien dans les médias, aucune sensibilisation de l'opinion publique. Quasiment aucune condamnation émanant du magistère intellectuelle et politique. Y a-t-il un racisme toléré en France ?

On assiste donc à une construction tautologique : la plupart des médias retiennent les informations allant dans le sens de la stigmatisation des minorités visibles et occultent (censurent ?) toutes celles qui montrent une autre réalité où l'on assiste à une multiplication des actes criminels racistes. Ce silence coupable de la presse française ne peut que surprendre et pose plus généralement la question d'un formatage de l'opinion publique.

L'exemple du traitement médiatique des incidents survenus à la Gare du Nord est en soi particulièrement instructif.

Le mardi 27.03, en pleine période électorale, un contrôle de police a dégénéré dans la gare du Nord. Un usager du métro circulant sans ticket a été interpellé vers 16h30 par des gendarmes peu après avoir tenté de resquiller en sautant un portique. Selon la police, l'usager aurait tenté de frapper les agents de la RATP qui l'ont interpellé c'est alors que les forces de l'ordre ont été amenés à le neutraliser. Selon des témoins, l'usager n'aurait pas frappé les agents de la RATP mais aurait été maîtrisé de manière très brutale par les gendarmes. Devant la scène d'une grande violence, selon des témoins, des usagers auraient alors protesté de manière véhémente et auraient commencé à se masser devant le local de la RATP où l'usager en infraction avait été emmené par les gendarmes pour être ensuite rapidement exfiltré vers un commissariat. Il y aurait eu alors une bagarre générale entre usagers, membres de la RATP et les forces de l'ordre. Des renforts de police sont intervenus rapidement et les troubles auraient cessé vers 18h00. La foule se serait alors dispersée tandis que la police serait restée sur place. Les caméras télévisées sont alors entrées en scène. On a alors assisté dans un second temps à un afflux de jeunes venant par bandes avec en leur sein de nombreux casseurs qui ont affronté les forces de l'ordre. Il s'en est suivi des affrontements violents sans que l'on puisse pour autant parler d'émeutes. Terme repris par la quasi-totalité de la presse. Ces affrontements ont consisté pour l'essentiel à un jeu de chat et de la souris avec les forces de l'ordre dans les différents niveaux et couloirs de l'échangeur SNCF, RER, RATP. Les jeunes casseurs scandaient des slogans tels que « A bas l'Etat, les flics et les patrons ! », « Sarkozy, enc.! », « Police partout, justice nulle part ! ». Il y eu aussi des dégâts importants : des vitrines de magasin ont été brisées, des chaussures ont été volées dans un magasin de sport, un photomaton a été endommagé, des panneaux publicitaires ont été détruits, des casseurs ont envoyé un palmier du hall de la gare trois niveaux plus bas sur la police. Les affrontements ont cessé vers une heure du matin. Il y a eu 13 personnes interpellées, aucun blessé grave.

Or ces incidents dont certains mettent en cause le caractère organisé des jeunes casseurs venus dans la gare à partir de 18h30 ont donné lieu à un traitement médiatique qui a frisé l'hystérie et a surtout donné lieu à un lynchage médiatique et politique à l'égard des minorités dites visibles. Les hommes politiques de la droite dure ont ouvert le bal. Le clone de Nicolas Sarkozy, intérimaire de la place Beauvau et conjoint d'une présentatrice du JT de France 3 (actuellement en congé) a évoqué des scènes de « guérilla urbaine ». Il a mis en cause l'usager interpellé initialement par la police comme un homme de 32 ans « très défavorablement connu des services de police puisqu'il a 22 affaires signalées ». Il a ajouté que « la personne à l'origine de ce contrôle qui a provoqué ces actes de violence inacceptables est un récidiviste défavorablement connu des services de police et de surcroît entré illégalement sur le territoire ». L'extrémiste De Villiers a continué sur le même rythme en parlant de « bandes ethniques » et de « barbares » qui harcelaient la police. Le maître à penser nationaliste de la droite dure, Jean-Marie Le Pen, a évoqué les effets de la « bombe » que constitue « l'immigration ».   
Les médias ont emboîté le pas. TF1, le 28.03.07,  a ouvert son journal sur ce sujet, PPDA a parlé de l'usager interpellé par les gendarmes comme d'un « Congolais de 33 ans » en « situation irrégulière », « multirécidiviste » et ayant tenté de donner un coup de tête aux contrôleurs de la RATP reprenant quasiment mot pour mot la version du ministère de l'intérieur. Sur France 2, même son de cloche. Pujadas a présenté ce sujet de la même manière en parlant d'un « Congolais de 32 ans », sans papiers, multirécidivistes.On voit bien l'articulation étroite entre l'idéologie politique nationaliste défendue par le pouvoir en place et le discours des journaux TV stigmatisant l'interpellé en annonçant sa nationalité à la une du journal et en le présentant comme un sans papier multirécidiviste. Le hic c'est que l'avocat de l'usager interpellé qui a été  présenté dans la presse comme étant à l'origine des violences entre la police et les bandes de casseur, a déclaré le lendemain que la personne en question était en règle et a clairement mentionné que la version du ministère de l'intérieur était erronée.

REUTERS 29.03.07
Le voyageur arrete Gare du Nord ne serait pas un clandestin

...Le voyageur sans billet dont le controle a provoque des violences mardi soir a la Gare du Nord n'est pas en situation irreguliere, a declare son avocat, contredisant les propos tenus par le nouveau ministre de l'Interieur, Francois Baroin.

Le nouveau locataire de la place Beauvau a affirme mercredi que ce Congolais de 32 ans,...avait 22 affaires "signalees", etait entre illegalement en France et se trouvait en situation irreguliere depuis une vingtaine d'annees.

(Il) n'est pas en situation irreguliere car il a rendez-vous le 5 avril pour retirer la carte de sejour a laquelle il a droit. Il est en effet entre en France a l'age de 10 ans, dans le cadre d'un regroupement familial, a dit a l'audience son avocat Bruno-Albert Boccara, remettant au tribunal les documents a l'appui de ses dires.

Il n'a pas 22 affaires "signalees", comme l'a affirme la place Beauvau, mais sept condamnations a son casier, dont une prononcee en mars 2003 pour des violences, et six autres remontant a plus de dix ans pour des petits vols de nourriture et d'ustensiles de cuisine dans des supermarches, port illegal d'un couteau Opinel et opposition a une mesure d'expulsion, a ajoute Me Boccara.

Sa famille vit en France regulierement. L'arrete d'expulsion a son encontre dont a fait etat la prefecture de Paris a ete annule par la justice en aout, a dit encore l'avocat...

Lire la suite sur Reuters

Cette information a tout de même été reprise le 29.03.07 aux JTs de 20h00 de TF1 et de France 2.

Les images de France 2 et de TF1 dans les JT de 20h00 du 28.03.07 ont fait des gros plans sur des noirs alors que selon nos sources les personnes présentes dans la gare du Nord étaient d'origine très diverses blacks blancs beurs représentatives du caractère cosmopolite des quartiers du Nord de Paris. France 2 a fait encore plus fort en interviewant en gros plan un groupe de jeunes noirs. Dans un article intitulé « Comment un contrôle de billet a dégénéré à la gare du Nord » publié par Libération, un journaliste éprouve le besoin d'évoquer la couleur de peau de l'adolescente qu'il a interviewé : ''« Comme par hasard, Sarkozy s'en va et le lendemain il se passe ça » lance une adolescente noire, qui a refusé de révéler son identité ''. On doit cependant dire que les nombreux articles de Libération publiés sur ce sujet sont pour la plupart irréprochables. Tel ne fut pas le cas lors de l'affaire fictive du RER D, où un article de Libération (12.07.04) évoquait dans le cadre d'un affaire inventée de toute pièce :« Les trois Maghrébins et trois Africains taggent sur son ventre, sous les seins et jusqu'au pubis, des croix gammées...les six Noirs et Beurs infligent un coup de pied à la jeune Blanche » (cité par Billets d'Afrique) Cela s'appelle de l'incitation aux tensions intercommunautaires. Revenons aux incidents qui ont eu lieu à la gare du Nord ce 27.03.07. Le Figaro (28.03.07) annonce carrément la couleur dans un article intitulé « Gare du Nord, un ring de boxe » en interviewant un policier de la brigade des réseaux ferrés qui déclare du haut de sa subjectivité : « Mais les personnes à problème sont connues. Elles sont essentiellement d'origine maghrébine et d'Afrique noire. Les chiffres parlent d'eux-mêmes, les noms sur les procès-verbaux sont clairs, les faits sont incontestables ». Ce qui bien que douteux pourrait s'expliquer par le fait que si les contrôles se font au faciès, on a statistiquement plus de chance d'avoir des gens de couleurs parmi les gens interpellés dits à problèmes. En passant ce policier non représentatif de sa profession éprouve le besoin de critiquer les associations de défense des sans-papiers : « Peu après notre arrivée, des associations de défense de sans-papiers et de journalistes issus de médias d'extrêmes gauche débarquent pour tout constater. Ils nous perturbent et foutent en l'air notre travail, et nous sommes obligés d'annuler l'opération ». En clair les ''gauchistes'' empêchent les forces de l'ordre de faire leur travail. Cela ira sans doute beaucoup mieux quand nous serons dans un état policier Sarko-Lepéniste qui se sera construit sur l'instrumentalisation de la peur à l'aune de la carte ethnique ? 

  

De la stigmatisation à outrance qui de fil en aiguille semble désigner à la vindicte populaire des communautés en occultant systématiquement les graves discriminations dont elles sont victimes. Et l'on passe les propos sur « la sauvagerie des immigrés » tenu dans une presse de bas étage ou par certains politiciens extrémistes qui semblent pour l'heure encore directement branchés sur l'imaginaire colonial.  

L'effet pervers de ce rouleau compresseur médiatique propagandiste qui cible plus particulièrement les minorités dites visibles en les associant à la délinquance tend à renforcer dans l'imaginaire collectif l'association entre insécurité et origine ethnique. A l'instar des élections de 2002, le discours sur l'insécurité est instrumentalisée par la droite mais cette fois-ci le discours sécuritaire tend à construire un ennemi intérieur reconnaissable par son origine avec un risque d'une dangereuse escalade nationaliste qui a souvent connu des destins tragiques en Serbie (nationalisme de Milosevic)  ou en Côte d'Ivoire (avec la notion d'ivoirité).

Il est évident que la période électorale est une période de haute turbulence où la moindre flambée de violence en provenance des banlieues sera exploitée médiatiquement et instrumentalisée et cela d'autant plus que les minorités dites visibles y seront représentées. C'est à croire qu'ils n'attendent que cela ! On brandira la menace de l'immigration et de l'origine ethnique de certains Français comme source de cette insécurité dans les banlieues pour fédérer les citoyens autour d'un projet nationaliste qui in fine est basé sur le divisionnisme ethnique. La question demeure, les médias français sont ils racistes ? Veut-on construire en France une poudrière identitaire ?
La résistance ne peut donc se faire que de manière pacifique et démocratique dans les urnes le 22 avril puis le 6 mai. Ne pas voter peut provoquer l'avènement d'un président grave !

Dernières modifications 31.03.07. Photos ajoutées le 31.03.07.



 Photos de casseurs tout couleurs

Bellaciao


Photo Indymedia



Photo Indymedia

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