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Il y a un malaise perceptible au sein des
grands médias français. Enormément de pression politique, une
concentration des principaux médias aux mains de quelques grandes
multinationales françaises dépendantes des commandes d'Etat (Lagardère,
Dassault, Bouygues.) et une collusion étroite entre les patrons de ces
multinationales et le monde politique notamment en ce qui concerne le
candidat de l'UMP pour les présidentielles 2007. Autant d'éléments qui
rendent difficiles le travail et l'indépendance des journalistes. Même le
service public semble cadenassé et les
journalistes de France 3 vivent dans l'inquiétude de se faire virer par
l'ancien ministre de l'intérieur
s'il parvient à se faire élire président. Une
situation peu propice à un travail indépendant et d'analyses critiques des
informations. Une situation à la française héritage de l'ORTF mais surtout
du système politique de la Vème république érigé par le Général qui a
toujours sérieusement encadré la presse et sanctuarisé le rôle des
parlementaires. Une presse sous contrôle donc.
C'est dans ce
contexte que l'on est en droit de se demander si une partie de la presse
française n'a pas épousé les thèses nationalistes du leader de la droite
dure en passe de créer des liens quasi organiques avec l'extrême droite.
Nous sommes surpris du traitement sélectif de l'actualité dans la plupart
des médias français concernant les minorités dites visibles. En effet, en
dépit d'un nombre conséquent d'actes criminels racistes en France depuis
un an, les principaux médias ne semblent pas s'en faire l'écho tandis
qu'ils n'hésitent pas à faire leur chou gras de prétendues
« émeutes » qui impliqueraient soit disant ces mêmes minorités.
Ce traitement à deux vitesses de l'actualité est stupéfiant et conduit
indéniablement à influencer les représentations collectives en associant
une partie de la population française à une menace sur la pax sociale.
Prenons l'exemple de l'acte criminel raciste survenu dans le Pas-de-Calais le
26.03.07 où un médecin parce qu'il était d'origine africaine a vu les murs
de sa maison tagués de propos racistes et nazis tandis
que deux coktail molotov ont été lancés dans son jardin. Ce fait divers
n'a quasiment pas été répercuté dans la presse alors qu'il aurait pu sensibiliser
l'opinion publique aux effets profondément délétères du discours nationaliste et xénophobe de la
droite dure en phase avec le Front national. Le lendemain un
contrôle de police dégénère à Gare du Nord et
des tensions puis des affrontements avec la police surviennent. Cet incident a été
considérablement amplifié par les médias au risque de mettre à la mode des modèles
comportementaux violents chez les jeunes. Ces incidents à la
gare du Nord ont fait la une du Monde, de Libération, du Parisien,...de
TF1, de France 2 et France 3..., sur RFI l'information passait
en boucle toutes les heures (le 28.03.07) avec les propos stigmatisants du ministre de l'intérieur et idem
sur la plupart des journaux sur les radios françaises, tandis que les actes racistes
criminels survenant en France ne sont quasiment pas évoqués par ces mêmes médias.
En l'espace d'un an on peut répertorier un certain nombre de crimes racistes en France qui
ont été passés sous silence par la plupart des médias. Fin juin 2006
, des crimes racistes se sont produits dans l'Oise où une
personne a tiré avec son fusil au cours d'une "chasse à l'étranger" sur des personnes de
couleur faisant deux blessés, à Paris un Français d'origine maghrebine a
été assassiné par un agresseur appartenant à un groupuscule
d'extrême droite. Le 13.10.06, dans un petit village au coeur de la Limagne,
une famille d'origine africaine a vu sa maison brûler au
cours d'un incendie criminel. Il y avait des inscriptions racistes taggées
sur les murs. Le 27.11.06, dans le Bas-Rhin, une maison appartenant à une
famille d'origine africaine a été aussi taggée avec le même genre
d'inscriptions facistes et racistes (croix-gammées, propos
racistes...). Le 10.01.07 en plein Paris des éboueurs de la ville de Paris
sont tabassés en raison de leurs origines. Le 26.03.07, dans le
Pas-de-calais, une famille d'origine africaine voit sa maison taggée
à l'aide d'inscription nazie en français et en allemand tandis que des
coktails molotov sont balancés dans le jardin. Quasiment rien dans les
médias, aucune sensibilisation de l'opinion publique. Quasiment
aucune condamnation émanant du magistère intellectuelle et politique.
Y a-t-il un
racisme toléré en France ?
On assiste donc à une
construction tautologique : la plupart des médias retiennent les
informations allant dans le sens de la stigmatisation des minorités
visibles et occultent (censurent ?) toutes celles qui montrent une
autre réalité où l'on assiste à une multiplication des actes criminels
racistes. Ce silence coupable de la presse française ne peut que
surprendre et pose plus généralement la question d'un formatage de
l'opinion publique.
L'exemple du traitement médiatique des
incidents survenus à la Gare du Nord est en soi particulièrement
instructif.
Le mardi 27.03, en pleine période électorale, un
contrôle de police a dégénéré dans la gare du Nord. Un usager du métro
circulant sans ticket a été interpellé vers 16h30 par des gendarmes peu
après avoir tenté de resquiller en sautant un portique. Selon la police,
l'usager aurait tenté de frapper les agents de la RATP qui l'ont
interpellé c'est alors que les forces de l'ordre ont été amenés à le
neutraliser. Selon des témoins, l'usager n'aurait pas frappé les agents de
la RATP mais aurait été maîtrisé de manière très brutale par les
gendarmes. Devant la scène d'une grande violence, selon des témoins, des
usagers auraient alors protesté de manière véhémente et auraient commencé
à se masser devant le local de la RATP où l'usager en infraction avait été
emmené par les gendarmes pour être ensuite rapidement exfiltré vers un
commissariat. Il y aurait eu alors une bagarre générale entre usagers,
membres de la RATP et les forces de l'ordre. Des renforts de police sont
intervenus rapidement et les troubles auraient cessé vers 18h00. La foule
se serait alors dispersée tandis que la police serait restée sur place.
Les caméras télévisées sont alors entrées en scène. On a alors assisté
dans un second temps à un afflux de jeunes venant par bandes avec en leur
sein de nombreux casseurs qui ont affronté les forces de l'ordre. Il s'en
est suivi des affrontements violents sans que l'on puisse pour autant
parler d'émeutes. Terme repris par la quasi-totalité de la presse. Ces
affrontements ont consisté pour l'essentiel à un jeu de chat et de la
souris avec les forces de l'ordre dans les différents niveaux et couloirs
de l'échangeur SNCF, RER, RATP. Les jeunes casseurs scandaient des slogans
tels que « A bas l'Etat, les flics et les
patrons ! », « Sarkozy, enc.! »,
« Police partout, justice nulle part ! ». Il y eu
aussi des dégâts importants : des vitrines de magasin ont été
brisées, des chaussures ont été volées dans un magasin de sport, un
photomaton a été endommagé, des panneaux publicitaires ont été détruits,
des casseurs ont envoyé un palmier du hall de la gare trois niveaux plus
bas sur la police. Les affrontements ont cessé vers une heure du matin. Il
y a eu 13 personnes interpellées, aucun blessé grave.
Or ces
incidents dont certains mettent en cause le caractère organisé des jeunes
casseurs venus dans la gare à partir de 18h30 ont donné lieu à un
traitement médiatique qui a frisé l'hystérie et a surtout donné lieu à un
lynchage médiatique et politique à l'égard des minorités dites visibles.
Les hommes politiques de la droite dure ont ouvert le bal. Le clone de
Nicolas Sarkozy, intérimaire de la place Beauvau et conjoint d'une
présentatrice du JT de France 3 (actuellement en congé) a évoqué des
scènes de « guérilla urbaine ». Il a mis en cause l'usager
interpellé initialement par la police comme un homme de 32 ans «
très défavorablement connu des services de police puisqu'il a 22
affaires signalées ». Il a ajouté que « la personne à
l'origine de ce contrôle qui a provoqué ces actes de violence
inacceptables est un récidiviste défavorablement connu des services de
police et de surcroît entré illégalement sur le territoire ».
L'extrémiste De Villiers a continué sur le même rythme en parlant de
« bandes ethniques » et de
« barbares » qui harcelaient la police. Le maître à
penser nationaliste de la droite dure, Jean-Marie Le Pen, a évoqué
les effets de la « bombe » que constitue
« l'immigration ». Les médias ont emboîté
le pas. TF1, le 28.03.07, a
ouvert son journal sur ce sujet, PPDA a parlé de l'usager interpellé par
les gendarmes comme d'un « Congolais de 33 ans » en
« situation irrégulière »,
« multirécidiviste » et ayant tenté de donner un
coup de tête aux contrôleurs de la RATP reprenant quasiment mot pour mot
la version du ministère de l'intérieur. Sur France 2, même son de cloche.
Pujadas a présenté ce sujet de la même manière en parlant d'un
« Congolais de 32 ans », sans papiers,
multirécidivistes.On voit bien l'articulation étroite entre l'idéologie
politique nationaliste défendue par le pouvoir en place et le discours des
journaux TV stigmatisant l'interpellé en annonçant sa nationalité à la une
du journal et en le présentant comme un sans papier multirécidiviste. Le
hic c'est que l'avocat de l'usager interpellé qui a été
présenté dans la presse comme étant à l'origine des
violences entre la police et les bandes de casseur, a déclaré le lendemain
que la personne en question était en règle et a clairement mentionné que
la version du ministère de l'intérieur était erronée.
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REUTERS 29.03.07 Le voyageur arrete Gare du Nord ne serait pas un
clandestin
...Le voyageur sans billet dont le controle a
provoque des violences mardi soir a la Gare du Nord n'est pas en
situation irreguliere, a declare son avocat, contredisant les propos
tenus par le nouveau ministre de l'Interieur, Francois Baroin.
Le nouveau locataire de la place Beauvau a affirme
mercredi que ce Congolais de 32 ans,...avait 22 affaires
"signalees", etait entre illegalement en France et se trouvait en
situation irreguliere depuis une vingtaine d'annees.
(Il) n'est pas en situation irreguliere car il a
rendez-vous le 5 avril pour retirer la carte de sejour a laquelle il
a droit. Il est en effet entre en France a l'age de 10 ans, dans le
cadre d'un regroupement familial, a dit a l'audience son avocat
Bruno-Albert Boccara, remettant au tribunal les documents a l'appui
de ses dires.
Il n'a pas 22 affaires "signalees", comme l'a
affirme la place Beauvau, mais sept condamnations a son casier, dont
une prononcee en mars 2003 pour des violences, et six autres
remontant a plus de dix ans pour des petits vols de nourriture et
d'ustensiles de cuisine dans des supermarches, port illegal d'un
couteau Opinel et opposition a une mesure d'expulsion, a ajoute Me
Boccara.
Sa famille vit en France regulierement. L'arrete
d'expulsion a son encontre dont a fait etat la prefecture de Paris a
ete annule par la justice en aout, a dit encore
l'avocat...
Lire la suite sur
Reuters |
Cette information a tout de même été reprise le
29.03.07 aux JTs de 20h00 de TF1 et de France 2.
Les
images de France 2 et de TF1 dans les JT de 20h00 du 28.03.07 ont fait des
gros plans sur des noirs alors que selon nos sources les personnes
présentes dans la gare du Nord étaient d'origine très diverses blacks
blancs beurs représentatives du caractère cosmopolite des quartiers du
Nord de Paris. France 2 a fait encore plus fort en interviewant en gros
plan un groupe de jeunes noirs. Dans un article intitulé « Comment un contrôle de billet a dégénéré à la gare du
Nord » publié par Libération, un journaliste éprouve le besoin
d'évoquer la couleur de peau de l'adolescente qu'il a interviewé :
''« Comme par hasard, Sarkozy s'en va et le lendemain il se passe
ça » lance une adolescente noire, qui a refusé de révéler son
identité ''. On doit cependant dire que les nombreux articles de
Libération publiés sur ce sujet sont pour la plupart irréprochables. Tel
ne fut pas le cas lors de l'affaire fictive du RER D, où un article de Libération
(12.07.04) évoquait
dans le cadre d'un affaire inventée de toute pièce :« Les
trois Maghrébins et trois Africains taggent sur son ventre, sous les
seins et jusqu'au pubis, des croix gammées...les six Noirs et Beurs
infligent un coup de pied à la jeune Blanche » (cité par Billets
d'Afrique)
Cela s'appelle de l'incitation aux tensions intercommunautaires. Revenons
aux incidents qui ont eu lieu à la gare du Nord ce 27.03.07. Le Figaro
(28.03.07) annonce carrément la couleur dans un article intitulé
« Gare
du Nord, un ring de boxe » en interviewant un policier de la
brigade des réseaux ferrés qui déclare du haut de sa subjectivité :
« Mais les personnes à problème sont connues. Elles sont
essentiellement d'origine maghrébine et d'Afrique noire. Les chiffres
parlent d'eux-mêmes, les noms sur les procès-verbaux sont clairs, les
faits sont incontestables ». Ce qui bien que douteux pourrait
s'expliquer par le fait que si les contrôles se font au faciès, on a
statistiquement plus de chance d'avoir des gens de couleurs parmi les gens
interpellés dits à problèmes. En passant ce policier non représentatif de
sa profession éprouve le besoin de critiquer les associations de défense
des sans-papiers : « Peu après notre arrivée, des
associations de défense de sans-papiers et de journalistes issus de médias
d'extrêmes gauche débarquent pour tout constater. Ils nous perturbent et
foutent en l'air notre travail, et nous sommes obligés d'annuler
l'opération ». En clair les ''gauchistes'' empêchent les forces
de l'ordre de faire leur travail. Cela ira sans doute beaucoup mieux quand
nous serons dans un état policier Sarko-Lepéniste qui se sera construit
sur l'instrumentalisation de la peur à l'aune de la carte
ethnique ?
De
la stigmatisation à outrance qui de fil en aiguille semble désigner à la
vindicte populaire des communautés en occultant systématiquement les
graves discriminations dont elles sont victimes. Et l'on passe les propos
sur « la sauvagerie des immigrés » tenu dans une presse
de bas étage ou par certains politiciens extrémistes qui semblent pour
l'heure encore directement branchés sur l'imaginaire colonial.
L'effet pervers de ce
rouleau compresseur médiatique propagandiste qui cible plus
particulièrement les minorités dites visibles en les associant à la
délinquance tend à renforcer dans l'imaginaire collectif l'association entre insécurité et
origine ethnique. A l'instar des élections de 2002, le discours sur
l'insécurité est instrumentalisée par la droite mais cette fois-ci le
discours sécuritaire tend à construire un ennemi intérieur reconnaissable
par son origine avec un risque d'une dangereuse escalade nationaliste
qui a souvent connu des destins tragiques en Serbie (nationalisme de
Milosevic) ou en Côte
d'Ivoire (avec la notion d'ivoirité).
Il est évident que la
période électorale est une période de haute turbulence où la moindre
flambée de violence en provenance des banlieues sera exploitée
médiatiquement et instrumentalisée et cela d'autant plus que les minorités
dites visibles y seront représentées. C'est à croire qu'ils n'attendent
que cela ! On brandira la menace de l'immigration et de l'origine
ethnique de certains Français comme source de cette insécurité dans les
banlieues pour fédérer les citoyens autour d'un projet nationaliste qui
in fine est basé sur le divisionnisme ethnique.
La question demeure, les médias français sont ils racistes ? Veut-on
construire en France une poudrière identitaire ?
La résistance ne peut donc se faire que de manière pacifique et démocratique dans les urnes
le 22 avril puis le 6 mai. Ne pas voter
peut provoquer l'avènement d'un président grave !
Dernières modifications
31.03.07. Photos ajoutées le 31.03.07.
_________________________________________________________________ A lire chez
Pressafrique : 27.03.07 "Après la honte, la
solidarité"
26.03.07 "Racisme
ordinaire et barbare" en France sur fond de montée du
nationalisme |