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"Quand les provinces ou les cités
conquises avaient coutume de vivre, comme je l'ai dit, en liberté, sous
leurs propres lois, il y a trois façons de s'y maintenir : la première de
les détruire ; la seconde d'y aller demeurer en personne ; la troisième,
de les laisser vivre selon leurs lois, en prélevant des tribus après y
avoir établi un gouvernement peu nombreux qui te conservera leur amitié.
Ayant été créé par le conquérant, ce gouvernement sait en effet qu'il ne
peut durer sans sa puissance et sa faveur et qu'il doit faire tous ses
efforts pour le satisfaire." Comment on doit gouverner les
villes ou principautés qui, avant d'être conquises, vivaient sous leur
propre loi. Chapitre V. Le Prince de Machiavel.
Si Mobutu parvint au pouvoir en renversant Lumumba
au travers d'un coup d'état militaire c'est essentiellement grâce au
soutien de la CIA et de la Belgique. L'essentiel des subsides que
recevaient Mobutu provenaient de la CIA et de la Belgique.
Le
Dr Weissman, directeur du personnel de la sous-commission de la chambre
des Représentants des Etats-Unis sur l'Afrique de 1986 à 1991 a
révélé dans, The Washington Post, l'existence d'un "Project Wizard"
ou "Projet sorcier" non déclassifié par la Commission Church en 1975.
Selon le Dr Weissman, le "Project Wizard" était un programme d'action
secret mené par la CIA approuvé par le président Eisenhower et couvert par
le Conseil de Sécurité Nationale, soit le "Special Group", composé du
conseiller national à la sécurité, du chef de la CIA, du sous-secrétaire
d'état aux affaires politiques et du secrétaire adjoint à la défense.
Le "Project Wizard" créé en août 1960 par
la CIA avait pour but de destituer Lumumba. Ainsi des "documents
états-uniens d'archive montrent que la CIA à partir du mois d'août a fait
travailler et payer huit haut fonctionnaires congolais - y compris le
président Kasavubu, Mobutu (chef d'état-major des armées), le ministre des
affaires Justin Bomboko, le conseiller financier Albert Ndele, le
président du Sénat Ileo, et le leader syndical Cyrille Adoula - qui ont
tous joué un rôle dans la chute de Lumumba." Révélations sur le rôle joué par les Etats-Unis dans
l'assassinat de Lumumba. Stephen R.
Weissman, Washington Post, juin 2002.
Le 27 octobre, le
Special Group autorise la CIA à financer directement Mobutu et son gouvernement à
hauteur de 250.000 dollars (de l'époque) puis ce sera la CIA, la
Belgique qui fourniront des armes, des munitions et l'entraînement
militaire des forces armées de Mobutu. (Dr Weissman, ibid).
"L'argent pour Mobutu provenait de toute façon également de Bruxelles
: dans un message de l'adjoint du ministre des Affaires africaines de fin
septembre, nous lisons qu'il a dégagé vingt millions de francs belges pour
payer les soldes en vue de soutenir Mobutu". (L'Assassinat de
Lumumba, Ludo de Witte, Ed. Karthala, p.75). Le chef de l'ONU, Dayal,
révéla : "Des officiers de liaison des Nations Unies...racontèrent que
des attachés militaires occidentaux rendaient visite à Mobutu, les coffres
bourrés de paquets enveloppés dans du kraft que, serviables, ils posaient
sur sa table. Nous ne savions pas ce que c'était, mais ne pouvions nous
empêcher de deviner." (L'Assassinat de Lumumba, Ludo de Witte, Ed.
Karthala, p.75). Quant à l'ONU, alors que Lumumba élu démocratiquement a
été destitué par un coup d'état, elle payera les salaires des
militaires congolais sous la coupe de Mobutu.
Mobutu fut au départ l'homme lige de la CIA et de la Belgique
avant d'être adoubé et secouru par la Françafique dans une alliance
transatlantique évidente faisant penser à un dispositif digne de la
mafiafrique. Mobutu rencontra Lumumba en 1958, Mobutu était à
l'époque sergent dans la Force publique dirigé par les Belges. Mobutu
fut en fait enrôlé de force par les colons belges dans la Force Publique
en 1950 en raison de comportement d'insoumission lors de ses études
chez les pères missionnaires. Celui-ci rêvait de devenir journaliste,
il eut l'occasion d'écrire dans le journal "Affaires Africaines". Il
quitta la Force Publique pour devenir journaliste à "Affaires
Africaines" avant de devenir rédacteur en chef et c'est là qu'il y
rencontra Patrice Emery Lumumba en juillet 1958. Il
rencontra Lumumba au moment où celui-ci était VRP pour une entreprise
belge de vente de bière tout en étant le leader indépendantiste dont
la popularité ne cessait de croître. Ils ont sympathisé assez
rapidement et Mobutu deviendra secrétaire délégué du parti de Lumumba, le
MNC, ce qui ne fut pas sans entraîner des réprobations au sein du parti.
Lors d'une discussion à Bruxelles en 1960 sur l'indépendance
politique, Mobutu fut exclu par les membres de la réunion au prétexte
qu'il n'était pas un élu politique. Il y avait une certaine suspiction
notamment de la part de Maurice Mpolo très proche de Lumumba. Dans
l'ombre de Patrice Lumumba, Mobutu parlait peu mais écoutait beaucoup
(
Documentaire Mobutu roi du
Zaïre
, Thierry Michel). Plus tard lorsque Lumumba voulu
nommer Maurice Mpolo à la tête de l'Etat-major, les
conseillers belges de Kasavubu et certains proches de Kasavubu lui
reprochèrent son manque d'expérience et orientèrent plus Lumumba vers
Mobutu qui était sergent dans la Force Publique. En Belgique, Mobutu allait
parfaire son carnet d'adresse. Apprenti journaliste, il aimait
les dîners mondains et semblaient facilement "civilisable" selon les
canons de la royauté et de la bourgeoisie belge. Mobutu à l'encontre
de Lumumba ne se cachait pas en Belgique d'être un grand
admirateur du roi Baudoin depuis sa plus tendre enfance. C'est à cette
période que l'on présume qu'il fut approché par la CIA avant même la
proclamation de l'indépendance.
Il gardera pendant une grande
partie de son règne de roi Ubu des liens étroits avec la CIA. Ainsi
Georges Bush père, président des USA, lui gardera un soutien
indéfectible depuis l'époque où il avait été directeur de
la CIA dans les années soixante-dix . Leur lien d'amitié ira jusqu'à
l'adoption par la famille Bush de deux enfants de Mobutu (d'après le
documentaire Mobutu roi du
Zaïre
). Dans la tactique états-unienne,
Mobutu était la pièce maîtresse permettant aus USA de s'assurer du
contrôle des richesses faramineuses du Congo à bas prix, de
s'assurer de la main mise sur une région géopolitiquement cruciale comme point
névralgique et central de l'Afrique et enfin d'endiguer l'influence soviétique en
Afrique dans le contexte de la guerre froide. L'activation de Mobutu s'est
sans doute faite au moment où lui-même avait été lâché
par Lumumba suite aux massacres du Kasaï. Ces massacres furent
dirigés par Mobutu, Lumumba avait l'intention de le remplacer par Lundula, chef
des armées.
A l'instar de nombreux gouverneurs installés dans les
néocolonies françaises comme
Albert Bongo, Eyadéma, Bokassa...il fut souvent tributaire des ordres de ses parrains coloniaux.
Ainsi le 16 septembre, deux jours après qu'il ait démi Lumumba,
Georges Denis conseiller belge de Kasa Vubu écrit au ministre belge
Wigny :
"
Acte de l'autorité du 5
septembre doit réussir...premier et unique problème était et reste d'éliminer un
seul homme : Lumumba. A cet effet disposer de l'armée...Ordonné à Mobutu d'empêcher
chambres se réunir en commun ce matin à 9
heures ; a été exécuté ce qui est un fait nouveau
d'importance considérable...notre politique du moment est d'appuyer Mobutu sans intervenir
trop ouvertement et sans heurter son soi-disant neutralisme qui
lui permet rallier toute l'armée...circonstances m'ont obligé de jouer un rôle
important...j'ai la conscience de participer à une lutte capitale
pour l'idéal de liberté occidentale...". (L'Assassinat de Lumumba, Ludo de Witte, Ed. Karthala,
p.119).
Mobutu considérait le pays comme sa propriété
personnelle à l'instar de l'ancien colonisateur belge, le roi Léopold II.
Il pilla donc sans vergogne le pays, riche en or, en diamants et en
minéraux divers. Il amassa ainsi une fortune colossale, l'une des plus
importantes de la planète ; une fortune de plusieurs milliards de dollars
équivalant à la dette du Zaïre. Népotisme et clientélisme, affairisme et
corruption furent les maîtres mots de son règne. Enrichissement extrême de
la camarilla au pouvoir et appauvrissement des quarante millions de
Zaïrois, telle a été la réalité du Zaïre durant ces dernières décennies.
(Lutte Ouvrière,
Voir : Mobutu, roi du Zaïre, de Thierry
Michel). Un roi Ubu au service de l'occident
qui ne tint son règne que parce qu'il était soutenu par
l'Américafrique et la Françafrique. Si le Mobutisme a réussi à
unifier le pays sous sa coupe c'est au prix d'une véritable catastrophe
économique. Le régime monarchique et la bourgeoisie d'état abandonnent
toute volonté de développement économique et se contentent de ponctionner
la rente minière et l'aide occidentale. Le délabrement des infrastructures
du pays aboutit à une baisse dramatique du niveau de vie dans les années
1980. Mobutu fut l'allié principal
de l'Occident en Afrique pendant la Guerre froide et le Congo devint le
relais pour les opérations de la CIA contre les régimes africains soutenus
par l'Union soviétique. Dans la presse négrologique et raciste le
délabrement de l'économie du pays Congo fut mis sur le compte de
l'incapacité quasi-structurelle des Africains à se diriger eux-mêmes. Un
atavisme construit bien commode pour éviter d'aborder une face occultée de
l'Histoire et les pratiques néocoloniales des anciennes puissances
coloniales dans leur pré-carré Africain. Une indépendance en trompe l'oeil
qui n'a été qu'une reconquête coloniale de l'économie
mise en coupe réglée par un tyran mandaté par les USA, la
France et la Belgique sous l'oeil bienveillant de l'ONU. Un régime qui a
réalisé la prédation de l'économie congolaise en systématisant et
encourageant la corruption. Ainsi Mobutu redistribuait à son clan, en
usant de la force, les entreprises performantes des congolais du
pays tandis qu'une grande partie de la manne financière allait dans ses
caisses en Europe et arrosait un grand nombre de dirigeants des pays
occidentaux, les parrains du système néocolonial. Un système totalitaire
fondé sur l'embrigadement de la population, du contrôle et
du quadrillage des villes rappelant le savoir faire françafricain en
la matière de
guerre
antisubversive . Un état policier fondé sur la
répression policière, l'assassinat d'opposants politiques, les
massacres de population civile, la torture systématisée dans les
geôles zaïroises, où les cadavres des prisonniers politiques étaient
lâchés la nuit, du haut d'hélicoptères en plein vol, dans le fleuve
Congo (
Mobutu roi du
Zaïre
, documentaire de Thierry
Michel). Un régime fondé sur le culte de la personnalité faisant de Mobutu
un demi-dieu tout puissant, "un gouverneur à peau noire", un roi Ubu
mégalomane disposant de vie et de mort sur ses sujets.
"Il assasinait aussi facilement qu'on écrase un
insecte" témoigne Sakombi Inongo ancien ministre de l'information
de Mobutu (Mobutu, roi du zaïre, documentaire de Thierry Michel). Un
régime porté à bout de bras par l'Occident. A la fin de la guerre
froide la donne change, Mobutu est lâché par la communauté
internationale notamment par les USA tandis que la Belgique et la
France maintiennent Mobutu en place contre l'opposition politique
naissante au Congo. Paris et Bruxelles estiment après la fin de la guerre froide pouvoir
contrôler, via Mobutu, la région des Grands Lacs et de consolider leurs
positions dans la plupart des pays du continent et cela à l'encontre des
USA. Mobutu fut remis en
course par la France qui fera de l'est du Zaïre de Mobutu un
sanctuaire pour les
génocidaires rwandais lors de l'opération
Turquoise en 1994. Les
terribles Forces Armées Zaïroises (FAZ), troupes
d'élites de Mobutu, qui ont participé aux massacres de Tutsi dès le règne du
président Habyarimana recevront le soutien logistique
français.
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NOUVEL AFRIQUE-ASIE juin 1997 RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO Un Waterloo en Afrique |
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...Pour le chef de
la diplomatie d'Alain Juppé, M. Hervé de Charrette, Mobutu était
"l'homme incontournable". Jacques Foccart, lui, n'a cessé d'affirmer
jusqu'à son dernier souffle que la "Françafrique" s'effondrerait si
le maître de Kinshasa était abandonné. Quant aux stratèges en herbe
de la DGSE, ils préconisaient de le soutenir, de le sauver, même au
prix d'une intervention militaire, si possible de concert avec des
Européens, mais même sans eux si cela s'imposait. Illusion, chimère.
De fait, si l'ascension de Mobutu dans les années soixante est due
principalement à la coalition formée par Washington, Paris et
Bruxelles, sa chute a été précipitée par la politique de ces deux
derniers, et surtout de la France. Ces deux pays estimaient en effet
que la fin de la guerre froide pouvait leur permettre de contrôler,
via Mobutu, la région des Grands Lacs et de consolider leurs
positions dans la plupart des pays du continent. La crainte que
Paris nourrissait à l'égard d'une influence anglo-saxonne l'a amené
à croire que risquait de lui échapper une base importante dans son
dispositif de "protection" des régimes du pré-carré français. C'est
cette phobie qui a abouti à la faillite de la stratégie de la
cellule africaine de l'Elysée où MM. Dupuch et Wibaux étaient les
véritables courroies de transmission de la vieille éminence grise.
Il ne comprenait pas que l'Afrique de la fin du XXe siècle n'est
plus celle des années cinquante et soixante. Résultat : un Waterloo
africain pour la
France... |
Samedi prochain : Episode VI
05.09.1960 la tentative de
destitution parlementaire de Lumumba par Kasa
Vubu
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