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PRESSAFRIQUE 24.09.05
Comment l'Américafrique, la Belgafrique, la Françafrique et l'Organisation des Nations Unies furent les fossoyeurs de Lumumba et de la démocratie congolaise naissante 

Prologue

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 "Ni la brutalité, ni la cruauté, ni la torture ne m'amèneront à demander pitié, car je préfère mourir la tête haute, avec une foi inébranlable et une confiance totale dans le destin de mon pays". Dernière lettre de Lumumba à sa femme Pauline avant qu'il soit assassiné.


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Le 17 janvier 1961, Lumumba fut assassiné à Elisabethville (l'actuelle Lubumbashi) avec deux autres dignitaires congolais, Joseph Okitoko, président adjoint du Sénat, et Maurice Mpolo, ministre de l'Information.(Lumumba vengé. Nouvel Afrique-Asie, 2000) Selon le sociologue Ludo de Witte, ils furent assassinés par des Belges et leurs corps furent découpés en morceaux et dissous dans de l'acide sulfurique. Commissaire de police chargé à l'époque de mettre en place une "police nationale katangaise", un Brugeois a révélé comment il avait procédé pour faire disparaître les cadavres. (AFP)

AFP
"J'ai découpé et dissous dans l'acide le corps de Lumumba"

BRUGES (Belgique), 15 mai (AFP)
...La popularité de Lumumba était telle que son cadavre restait en effet gênant. Le "pèlerinage" sur sa tombe pouvait raviver la lutte de ses partisans...

Accompagné d'"un autre blanc" et de quelques congolais, épuisés "d'une scie à métaux, de deux grandes dames-jeannes et d'un fut d'acide sulfurique", il leur fallut toute la nuit, du 22 au 23 janvier, pour accomplir leur besogne.
"En pleine nuit africaine, nous avons commencé par nous saouler pour avoir du courage. On a écarté les corps. Le plus dur fut de les découper" avant de verser l'acide, explique l'octogénaire.
Il n'en restait presque plus rien, seules quelques dents. Et l'odeur ! Je me suis lavé trois fois et je me sentais toujours sale comme un barbare", ajouté-t-il.
De retour en Belgique après1973, (il) contera cette terrible nuit dans un roman, "pour (se) soulager", mais sans livrer son nom.


Interview de l'ex-gendarme belge  responsable de la police nationale katangaise qui fut chargé de faire disparaître le corps de Patrice Lumumba. Dans le documentaire l'ex-gendarme y montre ses restes : quelques dents.

(Extrait du documentaire de Michel Noll,2001,
Production Solférino images/Quartier latin, WDR/ histoire
Une mort de style colonial, l'assassinat de Patrice Lumumba)


Retranscription de l'interview :
- J'ai les restes d'une personne historique très importante les voila.
- C'est tombé ou vous l'avez, vous l'avez ...?
- Arraché 
- Arraché
- Il avait une denture une très bonne denture. C'est couvert avec de l'or derrière. Donc un dentiste sait identifier ça. Il m'a déja fait jurer beaucoup ce Lumumba, il me fait encore jurer maintenant.
- Qu'est qu'il vous a fait jurer ?
- Lumumba?
- Oui
- (silence) Réfléchissez, réfléchissez, quand on vient de vous dire on a tué Lumumba et maintenant vous devez le faire disparaître.
Allez Patrice voilà ce qui reste de toi.

 Lumumba, porteur de l'espoir de tout un peuple face à la tyrannie coloniale, l'un des seuls leaders panafricains parvenus au pouvoir démocratiquement, fut "exterminé" par l'ancienne puissance coloniale soutenu par ses alliés occidentaux. Il fut" exterminé" à l'instar de nombreux leaders qui étaient porteurs de la démocratie dans les anciennes colonies et qui réclamaient la souveraineté nationale pour leur pays. Il en fut ainsi pour Ruben Um Nyobé fondateur du mouvement politique UPC au Cameroun (Afrikara 14.09.05 13 Septembre 1958 : La France assassine le leader nationaliste kamerunais Ruben Um Nyobe ), du leader camerounais Félix Moumié (massacre des Bamilékés et politique génocidaire française au Cameroun), de Mehdi Ben Barka au Maroc, de l'opposant tchadien Outel Bono en plein coeur de Paris, de Sylvanius Olympio au Togo...

Parce que Lumumba réclamait la souveraineté nationale et refusait les discriminations raciales inhérentes à la situation coloniale, il fut maintes fois emprisonné du temps de la colonisation. Son arrivée au pouvoir par les voies démocratiques, sa volonté d'instaurer une démocratie parlementaire, de ne pas s'appuyer sur l'oligarchie coloniale et de faire fi de l'avis des grandes puissances pour gouverner son pays et en gérer les richesses faramineuses auront vite fait de le désigner comme "l'homme à abattre" par les puissances occidentales qui avaient la main mise sur le Congo-Kinshasa. En effet, le Congo est l'un des pays les plus riches du monde de par son sous-sol (uranium, diamants, cuivre, cobalt, coltan, or, richesse fluviale, gazs, voire pétrole...). Une partie de l'uranium congolais était vouée aux réserves américaines et a servi à fabriquer la première bombe atomique. Lumumba fut assassiné par un consortium américano-belge (CIA et services secrets Belges) avec le soutien de la France et de l'ONU pour être remplacé par un dictateur « made in Occident » plus favorable aux intérêts occidentaux : le vassal Mobutu.

Au cours du mois d'octobre nous reviendrons sur cette histoire révélée par le sociologue Ludo de Witte dans son livre l'assassinat de Lumumba paru fin 1999, début 2000. Le sérieux des investigations du sociologue et la gravité des accusations qui émanent de son enquête ont secoué la maison royale et la classe politique belge entraînant une commission d'enquête, dont le rapport a été rendu le 16.11.2001. Celui-ci a conclu à une simple "responsabilité morale" de la Belgique dans la mort de Lumumba. Pourtant comme nous allons le voir la responsabilité de la Belgique et des Etats-Unis sont prépondérantes dans l'assassinat de la démocratie congolaise naissante. Bruxelles, Washington, Paris et les Nations unies étaient d'avis que la liquidation de Lumumba était indispensable à la sauvegarde des intérêts des trusts exploitant la colonie. Selon Ludo de Witte, le scénario en fut écrit par le gouvernement belge de Gaston Eyskens.  L'histoire de cet assassinat annoncé fut exécutée par les officiers et diplomates belges dans la néocolonie katangaise sous contrôle belge, aidés de leurs complices congolais (Interview de Ludo de Witte : L'Assassinat de Lumumba Un complot des gouvernements américain et belge et de l'extrême droite )


Nous aborderons chronologiquement
le déroulement de ce tragique évènement : de la constitution d'une démocratie parlementaire marquée par l'accession démocratique de Lumumba au poste de premier ministre à son assassinat programmé.