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PRESSAFRIQUE
15.10.05
Comment l'Américafrique, la Belgafrique, la
Françafrique et l'Organisation des Nations Unies furent les fossoyeurs de
Lumumba et de la démocratie congolaise naissante
Episode III : La propagande néocoloniale raciste ou la
campagne médiatique de diabolisation et de décrédibilisation du
leader panafricain Lumumba aux yeux de l'Occident
"Il n'est pas certain (...) que Hitler ait jamais été traité
par la presse bourgeoise belge avec autant de rage et de virulence que le fut
Patrice Lumumba"
La Gauche, 04.03.1961
Au lendemain de l'indépendance du Congo proclamée le 30.06.1960, la presse belge se déchaîna contre le leader nationaliste et panafricain Lumumba. Il fut présenté comme le diable personnifié. La commission d'enquête parlementaire belge (16.11.2001), lancée à la suite du retentissement de l'ouvrage de Ludo de Witte (L'Assassinat de Lumumba Ludo De Witte, Edition Karthala- 2000), reprend sans beaucoup de distanciation cette propagande dans sa conclusion (pdf) si ce n'est au travers d'une forme de dialectique :
"Lumumba était une figure marquante, mais controversée. Les uns le tiennent pour un personnage satanique, tandis que les autres le considèrent comme un véritable héros populaire. Ces derniers ont fait de Lumumba un mythe après sa mort. Le fait est qu'il était le premier Premier ministre démocratiquement élu au Congo".
Le nom de code que lui accola la sûreté Belge lorsqu'elle organisa plus tard au mois de janvier 1961 la livraison de Lumumba aux autorités néocoloniales du Katanga fut celui de "Satan". Le colonel Marlière, responsable des services secrets belges, utilisera un code secret pour prévenir ses correspondants du Katanga de l'arrivée du "colis" sous la forme suivante : "demande accord du juif pour recevoir Satan". Le colonel Marlière dans le documentaire de Michel Noll reconnaît dans une interview que le mot "juif" désignait Moïse Tshombé et le mot "Satan" Lumumba :
"- Pour nous Lumumba c'était Satan, d'ailleurs il avait
l'air satanique, sa petite barbiche, ses yeux, et Tshombe c'était le juif,
-
Pourquoi?
- le tiroir-caisse"
(Une mort de style colonial,
l'assassinat de Patrice Lumumba documentaire de Michel Noll,2001, Production
Solférino images/Quartier latin, WDR/ histoire).
Un Haut fonctionnaire de l'ONU en aout 1960 n'hésitait pas à
considérer en privé que "Nkrumah est le Mussolini d'Afrique, et Lumumba son
petit Hitler". (Cordier, Haut fonctionnaire de l'ONUC, aout 1960 cité par
Ludo de Witte,p.57). Face à l'émergence de ces leaders indépendantistes une
presse souvent de renom véhicule les pires clichés racistes et
négrologiques usuels. Ainsi Homert Bigart, journaliste au New-York
Times ayant reçu deux fois le prix Pullitzer, déclara dans une lettre à son
éditeur Emanuel Freedman en janvier 1960 alors qu'il couvrait l'indépendance du
Ghana : "j'ai bien peur que je ne puisse pas
avoir de quelcquonque enthousiasme concernant les républiques africaines
naissantes. Les politicien sont soit des escrocs ou des mystiques...Je préfère
largement les gens primitifs de la forêt. Après tout, le cannibalisme pourrait
être un antidote logique à cette explosion de population dont tout le monde
parle". ( Milton Alimadi, Inventing Africa). Concernant Lumumba, le Times du 16 août écrit que
Hammarskjöld, secrétaire général de l'ONU, "laissait clairement
entendre qu'il doutait du droit de Lumumba de parler au nom du
gouvernement" (cité par Ludo de Witte, p. 53). Le Christian Science
Monitor du 1er septembre écrit que pour les diplomates de l'ONU "peu de
larmes seraient versées" si Lumumba devait disparaître de la scène
politique.
Revenons en ce mois de juillet 1960. La haine
coloniale devenue néocoloniale allait se déchaîner sur celui qui incarnait la
perte du joyau colonial congolais, ce fameux gateau colonial qualifié
de "scandale géologique". La propagande médiatique d'une certaine presse belge
proche des milieux royalistes, colonialistes va se faire
selon deux directions : un discours de mépris fondé sur des
axiomes racistes et un discours de diabolisation présentant Lumumba
comme une menace communiste. Cette propagande va
accompagner et justifier aux yeux de l'opinion publique internationale les
efforts du gouvernement belge pour favoriser la balkanisation du
Congo et affaiblir le gouvernement Lumumba.
Et puis il y a les rancoeurs coloniales adressées aux autochtones censés partager les idéaux du pouvoir nationaliste et indépendantiste en place à Léopoldville.
"Ce qui nous a particulièrement frappé à Elisabethville,
et nous l'avons ressenti de façon désagréable c'est la mentalité de tant de
blancs qui, manifestement, n'ont rien appris des récents évènements. Nous avons
été témoins à l'aéroport d'interpellation agressives de Blancs envers les Noirs
qui venaient de débarquer de Belgique ou de Léopoldville, contre la politique
nationaliste [de la capitale congolaise]. Le Katanga, c'est notre
pays, a lancé une dame à un Noir ; nos maris doivent pouvoir mener ici à terme
leur carrière. Le Noir opinait, pas très rassuré". De Standaard, cité par
Ludo de Witte, L'Assassinat
de Lumumba
Ludo De Witte, Edition Karthala -
(2000).
Lorsque Lumumba se rendit aux Etats-Unis pour demander le soutien logistique américain pour lutter contre la désintégration de l'Etat congolais face à l'invasion Belge, il ne fut pas même reçu par le président états-unien.
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Visite de Lumumba aux USA
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"A Blair House, une vieille dame s'occupe des hôtes. Elle est blanche. Pourvu que rien ne lui arrive". La Libre Belgique, 29.07.1960, lors de la visite de Lumumba à Blair House (cité par Ludo de Witte, ibid).
Lors de ce voyage à Blair House, il fut présenté péjorativement au
grand public dans un certain nombre de médias comme "le
premier ministre de la jungle" (Une mort de style colonial, l'assassinat de
Patrice Lumumba documentaire de Michel Noll,2001, Production Solférino images/Quartier latin, WDR/
histoire).
Il en
fut de même dans une grande partie de la presse occidentale. Quelques
exemples édifiants : L'Express titrait : "Le diable, le prophète, et le
voleur !" Pour le Daily Telegraph, c'était "un clown". "Un
chien" pour le Daily Mail. "Un sorcier noir" pour Paris-Presse. Et
pour d'autres journaux, Lumumba était aussi : "l'abominable homme des
neiges, le yéti, le singe, le macaque, l'étrangleur, l'Africain, le satyre, le
sauvage, le primaire, la créature communiste, l'hystérique, le fanatique...".
Quant au Guardian britannique, il concluait l'un de ses articles en
écrivant : "Il n'y a pas de quoi rire..." (France-Inter,
"En octobre 1960, (le major) Loos (conseiller militaire à Bruxelles,ndlr) s'est occupé de la diffusion des soi-disant messages interceptés où Lumumba aurait odronné aux dirigeants nationalistes de Stanleyville de "mener tous les habitants de la république comme des moutons jusqu'à (...) la première phase de la dictature". Cette falsification se termine avec les paroles : "Vive l'Union soviétique. Vive Krouchtchev". Cette prose est remise aux mains de la presse belge, qui la reprend avidement." (cité par Ludo de Witte, ibid, p.115)
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Lumumba êtes-vous communiste?
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A travers une série de conférences de presse Lumumba
essaya de rallier l'opinion publique internationale à la cause de
l'indépendance du Congo en dénonçant l'intervention belge. Mais bien au
contraire c'est lui que la presse présenta comme un danger pour le
monde. Certains articles dans le style de l'époque utilisait les pires
clichés pour stigmatiser Lumumba. Ainsi un correspondant allemand écrivait
dans son journal :"Est-ce sa barbe à la méphistophélès ou ses yeux qui
roulent comme des boules de billard derrière ses verres de lunette il
y a quelque chose de terrifiant chez cet homme il a la tête d'un Lénine
africain". (Une mort de style colonial, l'assassinat de Patrice
Lumumba documentaire de Michel Noll,2001, Production
Solférino images/Quartier latin, WDR/ histoire).
Lumumba défendait des
idéaux d'indépendance, d'autonomie, de prospérité et de dignité pour son
pays et pour le peuple congolais qui n'étaient absolument pas dans la
mentalité de l'ancienne puissance coloniale de l'époque et de la real politik
cynique en cours dans le contexte de la guerre
froide.
Samedi
prochain
Episode IV : Les plans américain et belge d'extermination de Lumumba :
opération "L", opération "Barracuda", les tentatives d'assassinat de la
CIA