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 PRESSAFRIQUE 02.02.07
Envoyé Spécial  : Sarkozy, clandestins et commandos

  Pour commencer la nouvelle année, l'émission Envoyé spécial (du jeudi 01.02.07) a frappé fort. Une émission qui ne déroge pas à la règle des précédentes émissions du début de l'année dernière. Cette fois-ci l'émission est consacrée à trois sujets : la campagne de Nicolas Sarkozy, le fléau de l'immigration clandestine en Ukraine et en Europe et enfin un reportage sur les commandos antiterroristes en Colombie(déjà diffusé en mars 2006).

Le premier reportage est intitulé : « Au coeur de la machine Sarkozy  »
Envoyé Spécial après nous avoir intéressé il y a deux mois à la méthode de Ségolène Royal au moment de sa désignation par le parti socialiste, nous propose de nous familiariser avec l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy. Dans les coulisses de la campagne présidentielle, Envoyé Spécial nous fait découvrir ces hommes et ces femmes « qui déminent le terrain lors du déplacement du candidat »,  « une mécanique  où chacun a sa feuille de route comme une armée en campagne, une famille pour Nicolas Sarkozy, un clan pour ses adversaires. Un groupe en tous les cas qui n'a qu'une ambition commune gagner la présidentielle.».

Le reportage commence par les propos du narrateur :
 
 « Le jour de son investiture sur scène, un homme se présente face aux Français seul dans la lumière. Dans l'ombre, une équipe sur le pied de guerre, des femmes des hommes  parfois inconnus qui vont se battre pendant 3 mois à ses côtés. Changer son image, s'assurer du soutien des élus, provoquer ses adversaires, écrire ses discours, dans sa conquête de l'Elysée Nicolas Sarkozy a assigné à chacun d'entre eux une mission bien précise ».
Une introduction très amène qui donne  le ton du reportage, une ode au candidat Sarkozy. Il ne s'agit pas de journalisme d'investigation mais d'un quasi publireportage pour le candidat Sarkozy. Aucune dialectique, rien sur le trucage des chiffres du congrès de l'UMP où les hommes du sérail ont proclamé qu'il y avait jusqu'à 100.000 militants présents (chiffre repris par la presse sans l'ombre d'une enquête) alors que la salle était remplie à moins du quart (selon les chiffres de la police).  Rien sur la polémique autour des enquêtes des RG sur le conseiller de Ségolène Royal ou sur le patrimoine des époux Royal-Hollande. Rien sur « les rafles de sans-papiers ». Rien sur la collusion entre le ministre de l'intérieur qui contrôle la machine électorale et le candidat Sarkozy. Tout soupçon d'esprit critique semble avoir déserté définitivement cette émission consensuelle. La publicité apportée au candidat Sarkozy, après celle apportée à Ségolène lors de sa campagne pour l'investiture au sein du PS montre à l'évidence qu' Envoyé Spécial  fait ce que le CSA (très à droite politiquement) dénonce à savoir une bipolarisation de la campagne présidentielle. On ose espérer que les autres candidats auront les faveurs de cette émission très spéciale et on y sera attentif. On finirait par croire qu'Envoyé Spécial roule pour le ministre de l'intérieur. Et il y a un passif chargé en la matière sur les chaînes publiques. Certains ont reproché à un certain nombre de présentatrices du JT  de France Télévisions d'être les compagnes de ministres de l'actuel gouvernement, d'autres s'étonnent des émissions très favorables au candidat Sarkozy sur France 2 , l'émission Envoyé Spécial constituerait-elle la cerise sur le gâteau ? On apprend cependant au détour de ce reportage que certains journalistes roulent ouvertement pour Sarkozy comme Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1 qui en présence de la caméra d'Envoyé Spécial se permet de donner des conseils à une conseillère de Nicolas Sarkozy Rachida Dati qu'il vient d'interviewer : « Juste un petit truc il faut arrêter de dire Nicolas Sarkozy comme si c'était dieu, de temps en temps il faut lui envoyer un pruneau pour que cela soit crédible ».
Elkabbach devait récidiver le 28.01.07 sur Europe 1, en déclarant ouvertement à l'antenne lors d'une interview du codirecteur de campagne de Ségolène Royal, être très proche de Nicolas Sarkozy :  Elkabbach se troue (Le Canard Enchaîné, 31.01.07)
 ''Dans un « chat » sur Internet avec la rédaction du magazine « Stratégies », le publicitaire de l'UMP estimait qu'il faut « tatchériser la France ». « Ridicule », a jugé Bianco.
Réaction immédiate de Jean-Pierre Elkabbach, animateur de l'émission et pédégé d'Europe 1 : « en même temps, Tapiro, ce n'est pas nôtre maître à penser. » « Nôtre » ? Blanc à l'antenne. Et brouhaha dans le studio, les invités de Bianco s'étonnant bruyamment de l'aveu de « JPE ». Si Sarkozy cherche un nouveau porte-parole, Elkabbach est dispos.
''

Envoyé Spécial
est-elle aussi disponible comme porte-parole de Sarkozy ?  
Voici les derniers instants du reportage.

Le narrateur : « Eviter les faux pas pour conquérir le pouvoir, Nicolas Sarkozy  a mis en place une machine de guerre. Des hommes et des femmes au profil très divers comme une armée en campagne »

Nicolas Sarkozy : « Ce n'est pas un clan, ce n'est pas une armée, c'est une aventure humaine. C'est des rencontres, c'est des amitiés, c'est de la confiance et tout cela fait une famille qui partage des valeurs et qui a de l'ambition ».

Le narrateur :  « Une équipe dont il dit tempérer l'optimisme à 81 jours du premier tour »

Nicolas Sarkozy : « Je ne suis pas si naïf pour penser que c'est gagné, rien n'est gagné, tout est à construire. Il faut rester concentré, je suis concentré, j'ai pas peur et je suis pas du tout exalté. Je sais avec toute mon équipe que tout doit se mériter que la route est encore très longue. Donc moi je leur dis bien qu'il faut être d'autant plus concentré que l'on est devant ».


Le narrateur : « Nicolas Sarkozy sait qu'il n'a aucune garantie de victoire quelque soit la machine électorale qu'il a mise au point. Gagner l'élection présidentielle est avant tout le résultat d'une alchimie impossible à maîtriser : la rencontre entre un homme ou  une femme et le peuple français ».

On ose espérer que Royal, Bayrou, Le Pen, Voynet, Buffet, Bové, de Villiers, Laguiller, Besancenot et les autres auront le droit au même traitement avec nos deniers publics. Et l'on espère que les journalistes d'Envoyé Spécial auront moins recours à des métaphores militaires et guerrières pour désigner leur campagne électorale : « déminer le terrain» , « machine de guerre », « une armée en campagne », « une mécanique où chacun a sa feuille de route ».Il est vrai que depuis un an Envoyé Spécial a la métaphore militaire et policière facile. Cela a le goût, la couleur et l'odeur du journalisme mais ressemble furieusement à de la propagande.

Le "maître d'oeuvre" du reportage interviewé par les présentatrices d'Envoyé Spécial déclare qu'ils ont eu l'entière disponibilité pour interviewé qui bon il leur semblait au sein de l'équipe de campagne de Sarkozy. Sauf qu'il reconnaît dans la foulée qu'ils n'ont pas eu la possibilité d'accéder aux proches de la place Beauvau ni à la possibilité d'interviewer Cécilia Sarkozy qui semble jouer un rôle non négligeable dans la stratégie de campagne développée par le locataire de la place Beauvau. En clair on se demande bien si comme dans un précédent reportage sur les violences urbaines, l'émission Envoyé Spécial a encore servi malgré elle (?) de relai médiatique du Sarko-show. Un court instant, France Télévisions s'est-elle transformée en Nicolas Sarkozy Télévision ?

Le second reportage s'intitule : « Ukraine : la dernière frontière  »
Voici comment les présentatrices de l'émission présentent le reportage : « Et maintenant ce carnet de route inédit sur une question qui pourrait être au coeur de la campagne présidentielle : l'immigration clandestine». On aura vite compris le sous-entendu et le lien avec le précédent reportage.
Un reportage choc qui tend à montrer que les Afghans, les Chinois, les Irakiens, les Sri-Lankais, les Indiens et les Népalais viennent frapper à notre porte par la frontière Ukrainienne réputée plus perméable.  « La dernière frontière » avant l'invasion serait-on tenter de se demander ?
Dans ce reportage, on évoque le sort tragique de clandestins dans des camps de rétention ukrainien. Ces « clandestins affluent en Europe », « c'est aussi notre problème à nous », « l'Ukraine est incapable de protéger sa frontière », « l'immigration clandestine est un problème central si l'on ne lutte pas contre », « un clandestin coûte quatre euros à l'Etat de quoi attiser les rancoeurs des Ukrainiens ». L'afflux de ces clandestins « renforcent l'extrême droite et les groupes néonazis ». Des clandestins « bloqués en Ukraine depuis quatre ans ont subi des attaques de plus en plus violentes ». « Qu'ils soient victimes de racisme, de réseaux mafieux, rien n'arrêtera ces galériens de l'exil. ». Et le reportage se termine par ces propos de la part du narrateur :

« combien de nouveaux clandestins sont arrivés ? La température est tombée en dessous de moins dix degrés ». Voilà un thème de reportage qu'aurait particulièrement apprécié le candidat de la place Beauvau.

Le troisième reportage est la rediffusion (Envoyé Spécial et la guerre contre-insurrectionnelle) d'un sujet intitulé « les commandos de l'amazone ». Un sujet déja diffusé en mars 2006 où l'on assiste à l'entraînement violent de commandos à la limite du paramilitaire luttant contre la guerre subversive. « Une équipe d'Envoyé Spécial a filmé l'équipée de quatre militaires français (deux officiers de l'infanterie de marine et deux sous-officiers de la  légion, ndlr) qui participaient à un stage commando dont l'objectif est de devenir des militaires aguerris à des missions les plus dangereuses en partageant la vie de ces militaires colombiens ...Ils combattent des guérillas comme celle qui détient la franco-colombienne Ingrid de Betancourt. Les soldats français ont subi des épreuves qui ne sont pas autorisés dans l'armée française (car) jugées trop dangereuses ».
Sous prétexte de lutter contre les guérilléros, ce reportage d'Envoyé Spécial va nous faire l'apologie des Lancero, des commandos colombiens dont l'idéologie est assez proche des milices d'extrême droite et formées à la guerre antisubversive.

Les premiers mots du reportage sont les paroles lancées en coeur par les troupes commandos : « Loyauté », « Valeur », « Sacrifice ». Tout un programme !

Et tout cela avec notre pognon. Merci le service publique !


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A lire chez Pressafrique :

14.04.06
Envoyé Spécial et la CNDS

06.04.06
Envoyé spécial et les commandos marine

31.03.06
Envoyé Spécial et les CRS

13.03.06
Envoyé Spécial et la guerre contre-insurrectionnelle

12.01.06
L'émission Envoyé spécial  au service de la com du ministère de l'intérieur ?

05.01.06
A propos d'un reportage diffusé dans l'émission Envoyé spécial sur France Télévision