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Si les députés français
souhaitent "que l'histoire mondiale ne confonde pas dans un même
mépris le IIIè Reich et le régime issu de la Résistance française, ils
feront bien d'aller en Algérie ouvrir tous les dossiers". Y
a-t-il une Gestapo algérienne? Claude Bourdet. France Observateur, 6
décembre 1951 .
« De quoi y a-t-il
mémoire ? De qui est la mémoire ? » Paul Ricoeur in
la Mémoire, l'histoire et l'oubli. Paris : Éd. du Seuil,
2000.
L'indispensable "travail de mémoire" passe
par "l'inlassable
répétition de la représentation des choses passées", ce qui doit être
transmis de génération en génération, contre
l'oubli qui n'est pas l'absence de souvenir mais l'oblitération par la
banalisation". Paul Ricoeur cité par Florence Beaugé (dans Algérie,
une guerre sans gloire p.54) in la Mémoire, l'histoire et l'oubli.
Paris : Éd. du Seuil, 2000.
Le 17 octobre 1961, la France
du général de Gaulle ordonne la répression criminelle d'une
manifestation pacifique de franco-algériens dans les rues de Paris et en
banlieue. Cette manifestation visait à dénoncer le couvre-feu raciste
imposé aux "français musulmans d'Algérie".
Des dizaines voire des
centaines de Français musulmans d'origine algérienne furent
massacrés en plein Paris et en banlieue par les forces de police sur ordre
du préfet Maurice Papon. Certains furent jetés à la Seine après avoir été
bastonnés, d'autres furent mitraillés, enfin les manifestants qui ne
purent s'échapper furent rafler pour être envoyé dans des centres de
rétention où ils furent torturés, certains furent même pendus dans des
bois. C'est la plus grande rafle depuis les rafles du Vel d'hiv
organisées avec le même savoir-faire Papon sous de Gaulle. Il
montre une fois de plus la collusion étroite entre méthodes fascistes et
coloniales au coeur de la République. Ces méthodes étaient
particulièrement usitées dans le pré-carré africain francophone à cette
époque
(Cameroun ,
Biafra, Algérie...).
Cette
gigantesque ratonnade organisée par l'Etat français dans le contexte des
"évènements d'Algérie" est encore occultée. Officiellement l'Etat français
ne reconnaît à ce jour que deux morts. Ce massacre n'est
répertorié dans quasiment aucun manuel scolaire et ne fait preuve
d'aucune reconnaisance. Il a fallu attendre 2001, suite au procès
Papon (
Jean-Luc Einaudi, la bataille de
Paris) et à la
mobilisation de nombreux intellectuels, historiens et témoins pour qu'une
initiative privée de la mairie de Paris décide d'apposer une plaque
commémorative sur le pont Saint-Michel, l'un des lieux d'où furent jetés dans la Seine des
manifestants sévèrement amochés, évanouis ou déjà décédés (Survie).
C'est cette falsification constante de l'histoire à
l'aide d'historiens serviles servant la propagande nationaliste qui permet
de glorifier le fait colonial en occultant systématiquement tous les
crimes contre l'humanité qui sont consubstantiellement liés à
l'idéologie coloniale . En ce sens la loi du
23 février 2005 glorifiant la colonisation constitue une apologie de crimes contre
l'humanité par omission dans un pays qui a
cautionné un génocide dans le
cadre de sa politique
néocoloniale au Rwanda en 1994 et qui continue de soutenir dictatures criminelles, trucage
des élections et assassinat d'opposants politiques dans son pré-carré
africain (Outel Bono, Mehdi Ben Barka
, Sylvanus Olympio, Felix
Moumié, Ruben Um
Nyombé ...)
. Un adoubement criminel remettant sérieusement en cause les
principes fondamentaux de notre République. Un véritable
plébiscite pour une conception raciologique des droits de l'homme
ne marquant pas de véritable césure avec les principes de Gobineau. "Vous
savez dans ces pays là..." (le florilège
d'ethnomanies). Le silence de
l'ensemble de la classe politique et la glorification coloniale au travers
du parlement français constituent une légitimation des idéaux et des
méthodes d'extrême droite en Afrique. Une banalisation du crime au nom de
la mère Patrie et de la sainte économie, une amnésie institutionnellement
entretenue qui permet la reconduction.
En ce sens le massacre du 17 octobre 1961 est une illustration paradagmatique de l'effet
dévastateur d'une banalisation des crimes contre l'humanité en Algérie
sur la politique menée en France dans le cadre
de ce que l'on dénommait par euphémisme les "évènements d'Algérie". Gare au
retour de la barbarie coloniale et néocoloniale si elle
demeure impensée, banalisée ou glorifiée
même
de façon implicite.
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