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PRESSAFRIQUE
01.10.05 | ||||||||
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"Ils avaient
pour roi l'ange de l'abîme, appelé en hébreu Abaddon, et en grec Apollyon
(c'est à dire l'exterminateur)". (Apocalypse, chap IX,11) Au lendemain de la seconde guerre
mondiale, la communauté internationale, l'ONU, les USA, l'affaiblissement
de l'Europe, sont autant d'éléments qui vont contribuer à précipiter
le processus de décolonisation. Fin des années 1950, dans l'empire
britannique la transition s'instaure pacifiquement en Afrique (Ghana 1957,
Nigéria 1960...) tandis qu'en France la loi-cadre Defferre de 1956 prépare
l'émancipation progressive des territoires de l'Union française. En
1957, l'Abako (Association des Bakongos), premier parti politique créé au
Congo, remporta les élections municipales de Léopoldville. Alors que
la Belgique et le roi Baudoin, le bien nommé "Bwana Kitoko" ("le beau
jeune homme"), depuis son séjour de 1955 dans l'Etat du Congo, envisageait
une décolonisation sur trente ans, la Belgique se voit obligée en
urgence de décoloniser suite aux violentes émeutes des 4 et 5 janvier
1959 à Léopoldville. Le spectre d'un conflit armé qui ensanglante
l'Algérie depuis 1954 conduit le gouvernement Eyskens à prendre les
devants et à précipiter le processus. Très vite l'ancienne puissance
coloniale accorde l'indépendance politique dans l'idée de garder la
main-mise économique. Au travers des différentes étapes (table ronde de Bruxelles,
élections, formation du gouvernement) les Belges cherchent moins à assurer
la viabilité du jeune Etat qu'à préserver leurs intérêts et à
installer des dirigeants qui leur soient favorables. il s'agit donc
d'installer des dirigeants féaux à l'instar de ce qui
s'est passé lors des indépendances des anciennes colonies
françaises (Tchad,
Gabon, Cameroun, Togo, Centrafrique..).
Il sonnait aux oreilles des nationalistes congolais comme une insulte à la mémoire des millions de morts générés par la politique monstrueuse du roi Lépold II grand oncle du roi Baudoin. "Pour caractériser le colonialisme léopoldien, les sources les plus diverses utilisaient les notions et les concepts les plus évocateurs pour l'époque, curse ("malédiction"), slave state ("Etat esclavagiste"), rubber slavery ("esclavage du caoutchouc"), crime, pillage...Aujourd'hui on n'hésite plus à parler de génocide et d'holocauste" (Elikia M'Bokolo, p.434. Le livre noir du colonialisme. XVIè-XXIè siècle : de l'extermination à la repentance). On peut d'ailleurs pour évaluer l'ampleur de la monstruosité coloniale au Congo sous Léopold II consulter de nombreuses références* . Un documentaire britannique intitulé « Le Roi blanc, le caoutchouc rouge, la mort noire » réalisé par Mark Dummett et produit par la BBC a suscité les foudres de la maison royale et du ministre des affaires étrangères Louis Michel lors de sa diffusion sur la RTBF le 8 avril 2004. Le passage incriminé était un commentaire faisant le parallèle entre la colonisation de Léopold II et le génocide hitlérien. Même si bon nombre de ces enquêtes sont postérieures à 1960, ni la Belgique, ni les congolais ne pouvaient ignorer le cataclysme pour le Congo que fut le règne de Léopold II. Les travaux de l'avocat afro-américain George Washington Williams, du missionnaire afro-américain William Shepperd, du journaliste britannique Edmund Dene Morel, du consul britannique Roger Casement, du premier mouvement des droits de l'homme (Anti-Slavery International) furent à l'origine d'une commission d'enquête belge instituée par décret le 23 juillet 1904 et dont les témoignages ne furent pas publiés. Cette commission fut relayée par une de nombreux articles dans la presse et par une abondante littérature dont les fleurons les plus célèbres sont "Au coeur des ténèbres" de Joseph Conrad (1905) et "The crime of the Congo" (1909) de Sir Arthur Conan Doyle. Le discours de Baudoin Ier en faisant l'apologie de son grand oncle et de l'oeuvre coloniale apparaît pour les colonisés comme un discours de légitimation des nombreuses humiliations et discrimination qui ont jalonné la colonisaton : arrestations arbitraires, exécutions sommaires, répressions sanglantes, spoliations et expropriations... En juin 1960, aucun noir ne dépassait le grade de sergent-chef dans la Force Publique (force coloniale belge), et le dérisoire statut "d'évolué", censé couronner les efforts d'assimilation des indigènes, concerne à peine un millier de Congolais sur treize millions. "Le discours de Baudoin, teinté de paternalisme dresse non seulement une image élogieuse de la colonisation mais dresse un avenir néocolonial tout aussi prometteur". (Ludo de Witte, l'Assassinat de Lumumba, Ed. Karthala, p. 31)
Au discours pro-colonial du roi Baudoin répondra le discours officiel insignifiant du président du parlement, Joseph Kasa Vubu qui remercie le roi et en appelle à dieu. "...Dans une attitude de profonde humilité j'ai demandé à dieu qu'il protège notre peuple et qu'il éclaire tous ses dirigeants...". Discours du président Kasa Vubu,le 30.06.1960 à Léopoldville Puis il y eut l'allocution non annoncée du Premier Ministre Patrice Emery Lumumba à la grande surprise du gouvernement belge et de la maison royale. Son discours, pour les Congolais, fut libérateur de tant d'humiliations, de brimades et de crimes contre l'humanité subis et jamais dénoncés publiquement. Il fut interrompu à huit reprises par les applaudissements de la foule et son discours fut courronné par une véritable ovation tandis que le roi Baudoin devint livide selon nombre d'observateurs. Lumumba intervint immédiatement après l'allocution du président congolais. C'est Joseph Kasongo, le président de la chambre des représentants qui donna la parole au Premier ministre à la grande stupéfaction du gouvernement Eyskens et du roi. Aucun des spectateurs de cette journée n'avait eu le projet de texte de Lumumba ni la presse, ni les Belges, ni les Congolais. Jean Van Lierde, ami belge de Lumumba, raconte comment il a vu Lumumba corriger son texte durant l'allocution du roi Baudoin et du président Kasa Vubu. C'est le contenu du discours qui va sceller le sort de Lumumba et montrer au monde entier de quelles valeurs, de quelle idéologie politique il était trempé. Pour la première fois, un "nègre" devenu le plus haut responsable du gouvernement congolais, révèle au monde entier le sort que les colonisés ont subi sous le joug colonial au Congo. Comble du déshonneur, il ne s'adresse ni au roi, ni au gouvernement belge mais aux Conglais reléguant les anciens colons au rôle de spectateur : "Congolais et congolaises, combattants de l'indépendance aujourd'hui victorieux". De plus il explique que l'indépendance du Congo n'est pas un cadeau de la Belgique mais qu'elle a été proclamée en accord avec la Belgique suite à la lutte politique pour l'indépendance : "nul congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier que c'est par la lutte qu'elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans la quelle nous n'avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang". Lumumba dénonce alors ouvertement le système colonial que Baudoin a glorifié comme le chef-d'oeuvre de son grand-oncle et le condamne comme "l'humiliant esclavage qui nous était imposé par la force" (Ludo de Witte, ibid, p. 33).
Pour beaucoup d'observateurs, ce discours du "nègre" Lumumba s'adressant à présent d'égal à égal aux anciens "maîtres" coloniaux avait signé son arrêt de mort et cela d'autant plus que Lumumba allait joindre le geste à la parole en tentant de casser la colonne vertébrale coloniale par la proclamation de l'africanisation de l'armée congolaise. Deux cent jours plus tard, Lumumba était assassiné au Katanga après maintes tortures.
Réactions sur le discours de Lumumba par des
témoins présents lors de son
allocution. "Mais Patrice était
tellement un homme libre que pour les gens s'étaient tellement
original de voir un nègre qui ne lèchait pas les pieds des hommes
coloniaux et des colons qu'instinctivement il devenait comme
une menace. Et c'est ça, cette liberté qui a fait de lui cette
météore qui passe dans le ciel et puis qui disparaît...Ca c'est
vraiment le moment de ce discours du 30 juin 1960. Beaucoup de gens
alors ont dit il a signé son arrêt de mort avec ce discours. Puisque
le gouvernement Belge alors, qui ne voulait pas de lui pas
seulement à cause du discours du 30 juin, mais parce qu'il était
Patrice Lumumba et que ça coïncidait pas avec l'espérance des
Belges ni avec celles des Américains ni avec celles de beaucoup de
gens du monde des affaires.". __________________________________________________________________ |