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Fin août,
les autorités belges à Bruxelles avec le nouveau ministre des Affaires
africaines, Harold d'Aspremont Lynden et leurs agents belges à
Brazzaville, les autorités américaines et l'ONU envisagent la destitution
politique de Lumumba au travers de l'actionnement
d'hommes liges leur étant favorables. Ainsi selon le Dr
Weissman (Washingtonpost juin 2001
Révélations sur le rôle joué par les
Etats-Unis dans l'assassinat de Lumumba
), le programme d'action secrète de la
CIA dénommé "project Wizard" contribue à la rémunération de la
plupart des opposants à Lumumba qui vont jouer un rôle clé dans sa
destitution notamment le président Kasa Vubu, Mobutu (chef d'état-major de
l'armée), le ministre des Affaires étrangères Justin Bomboko, le président
du sénat Joseph Ileo, le leader syndical Cyrille Adoula... Toujours selon
Weisman, "de nouveaux détails montrent que
les Etats-Unis avaient autorisé des paiements au président d'alors,
Joseph Kasa Vubu quatre jours avant l'éviction de Lumumba".
Le 26 août, Allen Dulles en
personne, directeur de la CIA, envoie un télégramme à Devlin,
fonctionnaire de la CIA à Léopoldville : "Dans les cercles dirigeants ici, on en vient à la
conclusion que si [Lumumba] reste au pouvoir, dans le meilleur des cas, la
situation débouchera sur le chaos, et dans le pire des cas, sur une prise
de pouvoir communiste au Congo.(...) Nous avons décidé que son éloignement
est notre objectif le plus important, et que, dans les circonstances
actuelles, il mérite grande priorité dans notre action secrète".
(Ludo de Witte, p.56 , L'Assassinat de Lumumba).
Toujours le 26 août, la
Mission permanente des Etats-Unis auprès de l'ONU envoie un télégramme
signé Hammarskjöld où on y lit que "Lumumba doit être brisé". (Ludo
de Witte, p.57 , L'Assassinat de Lumumba).
Dans leur télex du 3 septembre, des diplomates
belges, Davignon et Westhof évoquent le "renversement du gouvernement selon nos voeux"
(Les secrets de l'affaire Lumumba, Luc de Vos et coll, p.137).Toujours
selon les auteurs de Vos et coll. (p.137), le gouvernement belge finance
certaines activités, non davantage précisées, de l'opposition au moyen des
fonds dits "secrets" et avec l'aide de certains Belges sur place. Ensuite
la diplomatie belge fournit au président Kasa Vubu les arguments
juridiques dont il a besoin pour destituer Lumumba. "Dire que le
gouvernement belge est impliqué revient à constater avant tout
l'implication du Premier ministre (Eyskens), du ministre des Affaires
étrangères (Wigny) et du ministre des Affaires africaines(Scheyen)"
(Ibid,p.137). "Wigny
développe l'argumentation juridique, tandis que Scheyen finance les
actions. Le premier ministre Eyskens donne sn feu vert pour le
financement...". (ibid, p.137).
"De façon indirecte, mais non moins décisive, le gouvernement belge
a sensiblement affaibli la position du gouvernement Lumumba en
accordant un soutien aux sécessions du Katanga et du sud -Kasai" (Luc
de Vos et coll., p.137). De fait la sécession du Katanga puis de Kasaï
ont entraîné une situation de quasi guerre civile soigneusement entretenue par
les forces transatlantiques et obligeant le gouvernement Lumumba
à se retourner dans un premier temps vers l'ONU. Du fait
du soutien Onusien envers les autorités d'Elisabethville, Lumumba
s'est retourné vers les soviétiques pour obtenir un soutien
logistique afin d'assurer le transport de ses troupes. Les
massacres dans le Kasaï perpétrés par les troupes dirigées par le
colonel Mobutu ont terni l'image du gouvernement Lumumba.
C'est dans ce contexte que
Kasa Vubu épaulé secrètement par l'ancienne puissance coloniale, les USA
et l'ONU va organiser la destitution parlementaire de Lumumba. Une
destitution anticonstitutionnelle dans un régime
parlementaire.
Le 5 septembre 1960, avant que Kasa Vubu tienne son
allocution à la radio, l'ONU lui signifie son soutien quant à son action
par l'intermédiaire de Cordier responsable de l'ONU Congo : "Les représentants des Nations Unies soulignèrent
qu'ils ne pouvaient intervenir dans les affaires intérieures et que, si le
président pouvait garder l'initiative, la présence des Nations Unies et
des Casques bleus pouvait jouer à son avantage". (Ludo de Witte, p.61
, L'Assassinat de Lumumba).
Déroulement des
évènements
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LE POTENTIEL 17.10.05 Ayant neutralisé Kasa-Vubu et Lumumba Mobutu crée le collège des
Commissaires généraux ...Mercredi 5 septembre
1960, alors que la Radio-Léopoldville diffuse un cours d'anglais
pour les auditeurs, l'émission est interrompue à 20 h et quart.
Kasa-Vubu prend la parole en direct. Il annonce brutalement la
révocation du Premier ministre Lumumba, qu'il va appeler sous
l'émotion «le 1er bourgmestre». L'ordonnance signée le même jour
comportait quatre articles. Le 1er révoquait Lumumba de ses
fonctions de Premier ministre et de ministre de la Défense ; le 2ème
révoquait quelques-uns de ses ministres : Mwamba Rémy de la Justice,
Gbenye Christophe de l'Intérieur, Kashamura Anicet de l'Information,
Bolamba Antoine, Secrétaire d'Etat à l'Information, Gizenga Antoine
Vice-Premier ministre, Lumbala Jacques Secrétaire d'Etat à la
présidence du Conseil des ministres ; le 3ème nommait Joseph Ileo
Premier ministre, ministre de la défense et ministre de la Justice ;
l'art. 4 le chargeait de l'application de
l'ordonnance...
| La
réponse de Lumumba ne se fait pas attendre, après avoir appris sa
destitution illégale au regard de la constitution du pays, il décide
en tant que chef du gouvernement de destituer le président
Kasa-Vubu placé à cette place par le gouvernement
Lumumba.
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LE POTENTIEL 17.10.05 Ayant neutralisé Kasa-Vubu et Lumumba Mobutu crée le collège des
Commissaires généraux ...A 21
heures, Lumumba passe à la même radio. Il dénie à Kasa-Vubu le droit
de le révoquer. «Personne, pas même le
Président de la République n'a le droit de révoquer un gouvernement
élu par le peuple (.) C'est nous qui avons élu M. Kasa-Vubu, qui
n'avait pas la confiance du peuple (.) Si M. Kasa-Vubu est chef de
l'Etat, c'est parce que nous l'avons voulu. Nous pouvons user du
même droit que lui, lui retirer cette confiance, et dire qu'il n'est
plus aujourd'hui chef de l'Etat». Une heure après, Lumumba
revient encore à la radio, située dans l'enceinte de l'actuel
ministère des Affaires sociales à la Gombe. Cette fois, il ne met
pas les gants. Il va droit au but, et révoque aussi Kasa-Vubu. «Kasa-Vubu a trahi la nation, il n'est plus
aujourd'hui chef de l'Etat. C'est le gouvernement qui assume
souverainement les prérogatives de notre République. Il n'y a plus
de chef d'Etat aujourd'hui dans notre République. Il n'y a qu'un
gouvernement populaire.», avait-il
déclaré...
| On se retrouve alors dans une impasse avec Lumumba
qui réfute à juste titre le droit du président Kasa-Vubu de le destituer
tandis que Kasa-Vubu appuyé par les Nations-Unies, la Belgique et les USA
forment un nouveau gouvernement rejeté par la majorité de la population et
en premier lieu par les parlementaires à Léopoldville. En fait Kasa-Vubu
se sert d'un artifice constitutionnel calqué sur celui de la Belgique,
selon l'article 22 de la constitution congolaise rédigée par la Belgique
et reprenant l'article 65 de la constitution belge tombé en désuétude "le roi nomme et démet ses ministres". Cet
artifice juridique lui a été soufflé par le gouvernement belge. François
Perin, cité par Ludo de Witte (p.65, ibid), écrit en 1960 dans la revue
CRISP : "De l'action de Kasa Vubu, il peut etre
dit avec raison (...) que la façon dont il fait usage de son pouvoir, sans
se soummettre au parlement, équivalait à un abus de constitution".
Deux jours plus
tard, Lumumba se présente à la chambre des représentants qui,
par 60 voix contre 19, décide d'annuler les révocations mutuelles du 5
septembre. Elle crée en plus une «Commission compromissoire» devant
prendre contact avec Kasa-Vubu et Lumumba. Le lendemain soit le
10.09.1961, c'est au tour du Sénat suite à un discours époustouflant de
Lumumba de voter la confiance à Lumumba et d'annuler à son tour les deux
actes de révocation.
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Discours de
Lumumba à la chambre des députés retranscrit et scénarisé dans le
film de Raoul Peck :
Lumumba
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"Monsieur le président, chers honorables
députés. Je prends la parole aujourd'hui
devant vous car c'est mon devoir de vous informer sur ce qui se
passe aujourd'hui dans notre pays. En aucun cas je n'ai
été contre Kasa Vubu. De plus si celui-ci est aujourd'hui chef de
l'état c'est grâce à moi Lumumba.
Certains députés même de l'opposition n'étaient
pas d'accord parce qu'il serait un séparatiste disait il. Et
bien le danger qu'ils craignaient le voilà aujourd'hui.
Si aujourd'hui, je
demande aux élus de la nation que M. Kasa Vubu ne soit plus chef de
l'Etat il ne le sera plus.
On a mobilisé, on a mobilisé des millions de
francs pour mener une campagne contre moi par la radio. En lançant
des tracs rédigés tous les jours pour une action psychologique
pour tromper le peuple on me traîte de tous les épithètes :
Lumumba dictateur, Lumumba communiste, Lumumba moscou et tant
d'autres. Est-ce que quand nous luttions ici qu'on m'a jeté en
prison parce que je réclamais l'indépendance immédiate, Etait-ce des
russes qui me conseillaient cela ? Quand nos frères luttaient
partout était-ce des russes qui nous instiguaient à
réclamer l'indépendance? Qui nous a exploité durant 80 ans? N'est
-ce pas les impérialistes? La Reine Elisabeth de Belgique est
présidente des amitiés belgo-russes, est-elle communiste? Lorsqu'ils
parlent contre Lumumba, sachez que Lumumba n'est qu'un bouc
émissaire et la bête noire. Ce n'est pas Lumumba qu'ils visent mais
plutôt vous et l'avenir du Congo.
Mes chers frères, je fais appel à vous
sagesse. La situation est plus grave que vous ne l'imaginez.
Unissons nous car vous êtes capable de sauver ce pays. Oublions tout
ce qui nous a divisé jusqu'ici."
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Américains, Belges et
représentants des Nations-Unies prennent conscience de l'ampleur du
phénomène Lumumba et de sa popularité considérable au sein de la
population mais aussi de son appui solide au parlement. Dans une note
confidentielle, la CIA fait savoir que la mise à l'écart de Lumumba n'est
pas irréversible en dépit de la tentative de Kasa Vubu de nommer un
gouvernement de transition : "Lumumba dans l'opposition est presque aussi
dangereux que quand il est au pouvoir". (Ludo de Witte, ibid,
p.66). L'ambassadeur des USA au Congo, Timberlake, fervent
antinationaliste, commente le discours de Lumumba : "En très grande
forme, Lumumba a anéanti les arguments de l'opposition...il a ridiculisé
Kasa Vubu". Dayal successeur de Cordier aux Nations-Unies évoque le
résultat du vote du Sénat de la sorte : "Kasa
Vubu est politiquement très affaibli...Les développements de ce jour ont
considérablement renforcé la position de Lumumba..." (Ludo de
Witte, ibid, p.66). Et Dayal de dire
le 9 septembre : "Timberlake dit que Kasa Vubu a
raté sa chance et qu'il est devenu inutilisable politiquement. Le danger
immédiat consiste dans la possibilité que Lumumba obtienne la liberté
pour fonder un Etat policier dictatorial. Ce qu'on peut espérer de mieux
dans les circonstances actuelles, c'est de tenter de revenir à la
situation qui a précédé la malheureuse déclaration de Kasa Vubu du
lundi dernier (5 septembre) quoique cela soit difficile". (Ludo de
Witte, ibid, p.67).
La popularité de Lumumba est toujours forte après le
5 septembre, les ministres choisis par le gouvernement illégitime de Kasa
Vubu doivent être protégés. Ainsi le premier ministre Ileo est
protégé par l'ONU. D'ailleurs le quotidien belge la Libre Belgique (
septembre 1960) ne s'y trompe pas : "Si MM
Kasa Vubu et Ileo devaient emporter enfin la victoire qu'ils méritent,
c'est à l'ONU qu'ils le devraient. Sans l'ONU, en quelques heures,
Lumumba pourrait reprendre la situation en main avec ses centaines de
fidèle".
L'ONU appuie le gouvernement illégitime de Kasa Vubu
en fermant les aéroports et en interdisant les émissions radiophoniques
sur Léopoldville. De telle sorte que Lumumba ne peut informer la
population de ce qui se trame alors que la radio pro-belge de Brazzaville
peut émettre sur Léopoldville. Le gouvernement Lumumba ne peut pas non
plus transporter ses troupes pour faire respecter l'ordre à Léopoldville
pas plus qu'il ne peut envoyer ses troupes lutter contre la sécession.
Malgré cela Kasa Vubu est toujours autant affaibli et ne dispose d'aucune
légitimité au sein de la population congolaise.
Le 10.09.1960, le ministre
Wigny fait parvenir à Kasa Vubu le message suivant : "
il serait bon de faire tenir à MM Kasa Vubu et Ileo
un mesage qui aurait la teneur suivante : Même si vous n'avez pas de
réponse à temps d'Elisabethville, nous estimons qu'à l'intention de l'ONU
vous devriez absolument, sans plus tarder, déclarer le gouvernement
officellement constitué..." (Luc De Vos et coll, ibid, p.153).
Un télétex
du ministre belge des Affaires étrangères,Wigny, en date du
11.09.1960 est sans ambiguïté sur la menace que représente Lumumba et
l'absence réelle de soutien politique interne à Kasa Vubu :
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"Essentiel que gouvernement légitime confirme
par actvités son existence légitime. Notamment doit se réunir,
délibérer, publier communiqués, donner certains ordres, garder
contact avec autorité ONU Léo. Par ailleurs, doit paralyser Lumumba,
déclarer qu'il est rebelle et interdire obéir à ses ordres dénués de
toute valeur. En tout cas, empêcher réunion Chambres par lumumba
dont activité serait facilitée par absence opposition, inexpérience
des assemblées parlementaires et éloquence fascinante Lumumba.
" (ibid, p.154) |
De par son charisme, "son éloquence fascinante"
(selon le ministre Wigny), sa légitimité auprès de la population et son
autorité politique, Lumumba inquiète au plus haut point les
dirigeants occidentaux qui veulent garder la main mise sur le
Congo. L'échec du coup d'état parlementaire réalisé par
l'intermédiaire de la marionette Kasa Vubu désavouée par le Sénat et la
chambre des représentants.
Pierre Wigny écrit à la même époque aux autorités de
Brazzaville : "les autorités constituées ont le devoir de mettre Lumumba
hors d'état de nuire" (Ludo de Witte, p. 67). "L'éloignement" de Lumumba
devient le point prioritaire aussi bien des USA, de la Belgique que
de l'ONU son bras armé à l'époque. |