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PRESSAFRIQUE
21.11.05 | |||
| Lors d'un séjour en Russie,
Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuelle de l'Académie française,
n'a pas hésité à livrer son analyse sur la crise du logement et
par là même sur celle qui a ébranlé les banlieues. Avec la
mondialisation des médias, ses propos ne sont pas restés inapperçus
en France : « Ces gens, ils viennent directement de leurs villages
africains. (.) Dans un appartement, il y a trois ou quatre femmes et 25
enfants. Ils sont tellement bondés que ce ne sont plus des appartements,
mais Dieu sait quoi ! On comprend pourquoi ces enfants courent dans
les rues. ». (Libération , "Beaucoup de ces Africains sont polygames"
) L'historienne spécialiste de
la Russie s'exprimant dans un russe parfait a en substance considéré que la polygamie était la cause de la crise du logement et avait en substance une part de responsabilité dans les violences urbaines en banlieue. Dans un pays connu pour la montée d'un nationalisme exacerbé et dont les actes racistes sont en constante augmentation voila qui ne manquera pas de produire son effet sur le citoyen russe lambda (Libération 18.11.05 Les «pogroms» français alertent la Russie Un clip électoral d'un parti nationaliste russe stigmatise les «basanés». ).
Un cliché ethnomaniaque si caractéristique des représentations culturelles de l'altérité exotique en France. Cliché qui fut récupéré par certains politiques de plus en plus populistes décidés à surfer sur la stigmatisation des minorités dites "visibles". Le ministre délégué à l'emploi, Gérard Larcher, a estimé que la polygamie est l'une des "causes possibles" des émeutes qui ont eu lieu pendant trois semaines dans les banlieues (Le ministre de l'emploi fait de la polygamie une "cause possible" des violences urbaines, Le Monde 16.11.05). Alors qu'au petit écran les nouveaux réactionnaires ciblaient en priorité les Français d'origine africaine comme les principaux responsables des violences urbaines, Nicolas Sarkozy quant à lui en a profité pour faire de la surenchère sécuritaire en stigmatisant, à l'Assemblée nationale, "les Barbus" (sous-entendu les islamistes) derrière les violences urbaines. Il déclare dans un article de L'Express (Banlieues : changeons de cap !) "Je ne veux pas de l'ordre des mafias et je ne veux pas plus de l'ordre des barbus". Ce à quoi Schneidermann dans les colones de Libération du 18.11.05 (Médiatiques Ce que révèlent les émeutes) répond : "D'armes de guerre, aucune trace, heureusement. Quant aux «barbus», sous réserve d'inventaire, ils ont plus souvent joué le rôle de force d'interposition que de leaders de l'insurrection. Il est vrai qu'un fantasme chasse l'autre. A peine évacué celui des «réseaux tchétchènes», voici celui de la polygamie. Les incendies ? La faute à la polygamie. La colère ? La polygamie, vous dis-je." Le ministre de l'intérieur y est allé de ses statistiques selon lesquelles la plupart des interpellés était des multirécidivistes : «75 à 80 %» des jeunes interpellés étaient «déjà connus pour de nombreux méfaits» et a déclaré sur LCI, le 19.11.05 (JT 19h30) que le "mot racaille n'est pas assez fort", sans doute conforté en cela par les propos de la secrétaire perpétuelle de l'Académie française. Or voilà les faits ne plaident pas en faveur des conceptualisations raciologiques qui ont le vent en poupe au gouvernement mais révèlent un phénomène beaucoup plus complexe. Il s'agit d'un malaise social qui touche tous les jeunes des banlieues défavorisées en voie de ghettoïsation, mais pas uniquement. En effet ce sont des jeunes de toutes les couleurs qui ont participé aux violences. De plus selon Libération (voir ci-dessous), la plupart des jeunes interpellés sont des primo délinquant et non des récidivistes.
Pour certains, "voitures brûlées et non au référendum sont les phases d'une même révolte encore inachevée" (Libération, Nique ta mère !). Assistons-nous à une volonté politique d'ethniciser un conflit sociétal en vue de se rallier une majorité des français dans une sorte de bloc républicain identitaire fondé sur une pensée de "race"? S'agit-il de construire un ennemi intérieur qui aurait la figure du français "basané" ou de l'émigré africain? Le maintien au pouvoir de la droite ultra-libérale en vue des prochaines élections ne peut-elle se faire que par l'instrumentalisation de la peur pour justifier des méthodes répressives de plus en plus liberticides? Après le couvre-feu colonial, certains seraient tentés de dire à quand l'Etat d'exception et la dictature? Récemment lors de la fête du Beaujolais, des jeunes étudiants se sont affrontés aux forces de police à Grenoble. Ces affrontements ont fait une vingtaine de blessés parmi des jeunes de milieu non défavorisé, ainsi que 17 policiers, selon le directeur départemental de la police, le commissaire Jean-Claude Borel-Garin (Boursier.com). Pour continuer dans les délires syllogiques, faut-il croire que les facteurs alcoolisation, monogamie et études sont des facteurs cumulatifs de risque de violences et de troubles du comportement? Dans le Canard Enchaînédu 16.11.05 (La racaille a encore frappé!), on signale que des jeunes du XVIème arrondissement après être descendu à la gare d'Epône ont saccagé une ancienne maison de retraite à Gargenvilles (Yvelines). Selon le Courrier de Mantes (9/11) : "treize adolescents tous domiciliés à Paris dans le très huppé XVIè arrondissement. Dépêchée sur les lieux, la police a eu du boulot : pour faire le tour complet de tous les actes de dégradation, pas moins de 102 procès-verbaux ont été nécessaires". Etre issu de famille monogame et vivre dans le XVIème constitue-t-il un facteur de risque? Contagiosité? Instrumentalisation des violences? A suivre... Toujours est il que l'on assiste actuellement en France à la construction d'un bouc émissaire fédérateur à caractéristique raciologique face à des tensions sociales croissantes. (LDH, Violences urbaines Les étrangers ne sont pas des cibles). |