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PRESSAFRIQUE 18.11.05
 Hissène Habré - Le syndicat des dictateurs fait pression sur Wade

 Le Sénégal extradera ou n'extradera pas Hissène Habré vers la Belgique? Tel est le nouveau feuilleton à épisodes qui semble tenir en haleine la communauté internationale et dont la réponse est attendue mardi prochain. En effet c'est le  22 novembre, que la chambre d'accusation de la Cour d'appel de Dakar rendra sa décision sur l'extradition d'Hissène Habré. Selon nos informations, Hissène Habré semble avoir de nombreuses protections au Sénégal, en Afrique et ailleurs qui pourraient empêcher son extradition. 

Le "Pinochet africain" réfugié et protégé au Sénégal depuis 1990 après le coup d'état françafricain qui a porté au pouvoir Idriss Déby fait l'objet d'une procédure judiciaire lancé par la justice belge le 19 septembre 2000. Dès lors un mandat d'arrêt international a été lancé à l'encontre d'Hissène Habré, sur la base d'une plainte déposée en 2000 par trois Belges d'origine tchadienne en vertu de mesures transitoires adoptées lors de l'abrogation de la loi dite de « compétence universelle ». Une commission d'enquête du Ministère Tchadien de la Justice, établie par son successeur Idriss Déby en 1992, a accusé le gouvernement Habré de 40.000 assassinats politiques et de torture systématique. Porté au pouvoir par la France et les USA et déboulonné par la France pour y placer celui qui fut un temps son bras droit, Idriss Déby, ce criminel contre l'humanité réfugié au Sénégal pourrait révéler ce qui se trame dans les coulisses de la Françafrique et de l'Américafrique dont il est un fin connaisseur. 

SURVIE
Dérives : Au Tchad
...Pendant les huit ans du règne Habré, la France n'a pas cessé d'accroître son aide financière et militaire à un régime qui préférait investir toutes les ressources du pays dans des dépenses militaires inconsidérées, à l'encontre des besoins fondamentaux de la population, comme la santé ou l'éducation. L'armée et l'" administration " d'Hissène Habré engloutissaient chacune en moyenne 200 à 250 millions par an d'aide française...


Selon Human Rihgts Watch, Washington a eu aussi sa part de responsabilité dans le soutien apporté à Hissène Habré pour contrer Goukouni soutenu par les Libyens.

HUMAN RIGHTS WATCH
Rappel historique - La guerre contre la Libye et les conflits internes au Tchad  
...Lorsque Kadhafi et Goukouni ont déclaré publiquement en janvier 1981 leur intention de fusionner la Libye et le Tchad en une seule et même nation, Ronald Reagan fait alors de l'arrêt de l'hégémonie libyenne une priorité. Reagan rompt les relations diplomatiques de Washington avec Tripoli et décide d'apporter une aide massive et secrète aux FAN d'Habré qui prennent finalement  N'Djaména le 7 juin 1982...

Le soutien de la DDS par les Etats-Unis
Hissène Habré a pu compter sur un solide soutien des Etats-Unis. Convaincu de son utilité en sa qualité d'allié dans la lutte contre Kadhafi, les leaders de la politique américaine appelait Hissène Habré leur « ami » et l'ont aidé à se maintenir au pouvoir en lui fournissant d'importantes d'aides sous la forme d'équipements militaires, d'entraînements, de connaissances et de soutien politique. Selon un responsable américain, les aides versées par les Etats-Unis au Tchad « pourraient totaliser des centaines de millions de dollars »7. Hissène Habré lui-même a été reçu à la Maison Blanche. Les Etats-Unis ont également formé une petite armée d'opposants libyens « Contras » issue des rangs de prisonniers de guerre libyens détenus par Habré.

Les documents retrouvés par Human Rights Watch ont également révélé de nouvelles informations sur le soutien de la DDS par les Etats-Unis. Ainsi, un document de la DDS décrit un entraînement « très spécial » pour les agents de la sécurité tchadiens dans la banlieue de Washington en 1985. Les agents ont rapportés que « nos amis américains accordent une importance capitale à cette formation. Ils nous ont promis des matériels [.]. Ils nous ont déclaré en outre que nous ne devons pas seulement assurer la sécurité de notre pays, mais également celle de leurs représentants résidant chez nous, ainsi que de leurs sociétés »8. Trois des agents ont reçu une promotion à l'échelon supérieur au sein de la DDS dès leur retour de Washington. Deux agents seront identifiés plus tard par la commission nationale d'enquête comme certains des « tortionnaires les plus redoutés » du régime d'Hissène Habré.

Bien que la nature exacte de l'équipement fourni par les Etats-Unis ne soit pas claire, un document évoque la demande tchadienne de sérum de vérité et d'un générateur destiné aux interrogatoires. Un autre document fait référence à un certain « Maurice » qui était le « Conseiller américain de la DDS »  tandis que d'autres rapports détaillent les entraînements des agents tchadiens au Tchad par les Etats-Unis...  


Son extradition constitue une menace pour le syndicat des dictateurs françafricains parvenus au pouvoir par des coups d'Etat et maintenus grâce au soutien françafricain et bien souvent grâce au trucage des élections made in Françafrique (Eyadéma au Togo, Bongo au Gabon, Idriss Déby au Tchad, Sassou N'Guesso au Congo, Blaise Compaoré au Burkina Faso...). Bon nombre de ces dictateurs sont des criminels contre l'humanité qui pourraient par la suite être traîné devant les tribunaux et avoir à répondre de leurs crimes devant la justice internationale. Ainsi Idriss Déby, légitimé par les politiques français toute tendace confondue est accusé (source  Alwihda) d'être responsable de la mort de 25.000 personnes en treize ans de règne. Idriss Déby déja du temps d'Hissène Habré, avant de tomber en disgrâce, fut corresponsable de nombreux massacres. Selon Survie : "Une forte présence de l'armée induit systématiquement une forte influence des militaires et de leurs schémas mentaux sur la politique française. Les militaires préfèrent ainsi un " seigneur de la guerre " expéditif à un processus démocratique aléatoire. Oubliant l'assassinat de leur collègue Gallopin, ils s'accommodèrent rapidement, à partir de 1982, du stratège Hissène Habré - efficacement secondé par son chef de guerre Idriss Déby, vainqueur des Libyens et " chouchou " des officiers français (76). Il n'y eut donc pas de problème de transition lorsque, Hissène Habré ayant décidément abusé de toutes les ficelles, l'officier de la DGSE Paul Fontbonne précipita en 1990 son remplacement par Idriss Déby, à la tête de la tribu zaghawa.". Il en est de même dans de nombreux autres pays tel qu'au Congo où Sassou Nguesso s'est imposé au pouvoir à la faveur d'une guerre civile sponsorisée par les 3 E (Elysée-Elf-Etatmajor) accompagnée de nombreuses exactions tel que le massacre du Beach maljugé lors d'un procès bidon avec le renfort d'avocats français auprès des accusés.

SURVIE
La Françafrique par François-Xavier Verschave
...Entre décembre 1998 et décembre 1999, les agressions à connotation ethnique contre les populations civiles, au sud de Brazzaville et du pays, ont fait au moins autant de victimes que, durant la même période, au Kosovo, à Timor Est et en Tchétchénie réunis - en termes de morts ou de viols.

Qui vous en a parlé en France ? Si les médias sont restés muets, ce n'est pas en vertu de la théorie du "mort-kilomètre", qui dissout l'intérêt dans l'éloignement : Timor est beaucoup plus loin que le Congo-Brazzaville ! Un pays qui, de surcroît, est l'une de nos principales sources d'approvisionnement en pétrole, et fut le berceau de la France libre. Pourquoi n'a-t-on pratiquement pas parlé des crimes contre l'humanité au Congo-Brazzaville ? Pourquoi ces reportages censurés, ces articles de désinformation ? Pour les mêmes raisons qui évincent de nos manuels d'histoire les massacres commis au Cameroun au tournant des années 60 (ou qui, en Turquie, ensevelissent le génocide arménien) : il y va d'un soi-disant intérêt ou honneur de l'État. Plutôt les intérêts de quelques-uns, et le déshonneur collectif...



Quant à Bongo, il fut imposé à la tête de son pays grâce aux faveurs de Jacques Foccart dans le contexte de la guerre du Biafra selon Pierre Péan. Eyadéma assassina quasiment sur ordre françafricain (selon Gilles Labarthe) le président Olympio élu démocratiquement et avec le soutien français lègua son trône à son fils dans des élections truquées bénies par la Françafrique (Le Togolais.com 26.04.05 ; Chirac donne la victoire du 24 avril à Faure ; lire le dossier : Election présidentielle 2005 au Togo). Blaise compaoré venu au pouvoir à la faveur d'un coup d'état marqué par l'assassinat de son prédécesseur Thomas Sankara s'est maintenu au pouvoir à l'aide d'élections douteuses, notamment les deux premières, pour proroger son mandat ad vitam eternam comme bon nombre de ses collègues dictateurs membres du syndicat de la Grande Loge Nationale Française ( Franc-Maçonnerie et Francafrique : Faut-il être frère pour être Président en Afrique Centrale ?, Afrikara 14.11.05). Le Burkina Faso impliqué dans le soutien aux forces rebelles ivoiriennes est devenu le chancre de la francophonie (Le Burkina Faso, base arrière des rebelles ivoiriens, Le Figaro 14.11.05 ). On aura bien compris que le syndicat de la françafrique syndiqué également auprès de la GLNF voit d'un très mauvais oeil le jugement d'Hissène Habré en Belgique.

Abdoulaye Wade a du reconnaître qu'il subissait une pression énorme de la part de ses pairs et semble avoir trouvé une nouvelle rhétorique pour justifier de son refus d'accepter l'extradition du "Pinochet africain". Ainsi les avocats d'Hissène Habré ont plaidé la non-conformité de la demande d'extradition de la justice belge tandis qu'Abdoulaye Wade évoque à mots couverts le souhait de ses pairs que celui-ci soit jugé sur le continent africain, considérant que le cas Habré est "un problème africain" (Le président sénégalais estime que le cas Hissène Habré est "un problème africain" AP 18.11.05). Or le Sénégal a ratifié des accords internationaux permettant l'extradition de criminels contre l'humanité dans le cadre de la justice internationale. En effet, le Sénégal  a ratifié avec la Belgique la convention des Nations unies contre la torture. De plus la justice sénégalaise s'était refusée en 2001 à juger Hissène Habré en se déclarant "incompétente" (Tchad, Hissène Habré extradé? L'Humanité 17.11.05). Hissène Habré est actuellement choyé à Dakar où il est "détenu" à l'hôpital pour une maladie inconnue dans une chambre spécialement aménagée pour lui au lieu d'être en prison. Il est fort probable qu'Abdoulaye Wade et la justice sénégalaise subissent de fortes pressions de la part de leurs bailleurs de fond tant à Paris qu'à Washington. La France ne semble pas avoir été très soutenante dans cette procédure d'extradition. Ainsi lors du point de presse du ministère des Affaires étrangères (M.A.E), à une question concernant l'extradition d'Hissène Habré, le porte-parole a déclaré sobrement avoir noté les derniers développements :

 MAE 16.11.05 - point de presse

L'ex-président tchadien Hissène Habré, proche allié de la France, a été arrêté et placé sous mandat de dépôt au Sénégal. Quelle est votre réaction ? La France est-elle favorable à son extradition vers la Belgique dans le cadre du principe de la compétence universelle qui continue de s'appliquer pour les plaintes engagées avant son abrogation ? 
- Nous avons noté les derniers développements.  Il appartient au Sénégal de se prononcer, dans le respect des procédures, sur la demande d'extradition de M. Hissène Habré présentée par la justice belge.

 

En d'autres terme l'extradition du "Pinochet africain" relève de la responsabilité du Sénégal mais dans le respect des procédures (est-ce une piste?). Une lourde responsabilité dont il est fort peu probable que la justice sénégalaise et en dernier ressort Abdoulaye Wade favorisent l'extradition de ce dictateur françafricain ayant baigné dans l'Américafrique. Mais par là même, le président Abdoulaye Wade en refusant de prendre ses responsabilités de démocrate pourrait être considéré comme le complice d'un criminel contre l'humanité au regard de l'Histoire et de l'opinion publique internationale. Une lourde responsabilité à tous les niveaux! En espérant que si par sagesse et par souci d'équité le procès d'Hissène Habré devait se tenir en Belgique, celui-ci ne se transforme pas en procès Saddam bis, c'est à dire en semblant de procès épargnant les responsabilités extérieures. Si ce procès avait lieu il montrerait une volonté de démocrates africains et de la communauté internationale de refuser l'impunité pour ces dictateurs africains qui massacrent, pillent et rançonnent leur peuple au nom de la raison néocoloniale. Un procès qui pourrait faire jurisprudence. A suivre...