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«Bien plus que la
pensée de classe, c'est la pensée raciale qui a plané sur le développement
des nations européennes telle une ombre constante, pour devenir finalement
l'arme redoutable de la destruction de ces nations. Du point de
vue historique, les racistes détiennent un record de patriotisme pire que
les tenants de toutes les autres idéologies pris ensemble, et ils ont été
les seuls à nier sans cesse le grand principe d'égalité et de solidarité
de tous les peuples, reposant sur l'idée d'humanité » Hannah
Arendt, les origines du totalitarisme, l'Impérialisme.
Fidèle à lui-même, Finkielkraut a tenu des
propos relativisant la traîte négrière et revalorisant la
colonisation en Afrique comme un bienfait. Adieu compassion, adieu devoir
de mémoire, adieu crimes contre l'humanité alternant esclavage, massacres,
exterminations, génocide en Afrique et viva l'oeuvre civilisatrice de la coloniale en
Afrique! Un discours pétri de relativisme culturel emprunt de clichés
coloniaux quant à la conception des droits de l'homme et
de la souffrance des peuples. Qui plus est le discours est
assorti d'un pointage des Français d'origine africaine considérés comme les responsables de la
crise des banlieues. Une stigmatisation qu'il n'avait pas hésité à faire
sur France Télévision en préférant mettre en exergue la
dimension ethnique sous-jacente à la crise plutôt que
sa dimension sociale. Dans
Haaretz,
il semble aller encore plus loin dans ses propos. (Lire le texte en
anglais sur Haaretz
daily)
Extrait d'un florilège finkielkrautien assez
caractéristique (Grioo.com 24.11.05 Les drôles de
propos d'Alain Finkielkraut dans le journal
"Haaretz") :
"On voudrait réduire les émeutes des
banlieues à leur dimension sociale, y voir une révolte de jeunes contre la
discrimination et le chômage. Le problème est que la plupart sont
noirs ou arabes, avec une identité musulmane. En France, il y a
d'autres émigrants en situation difficile. Ils ne participent pas aux
émeutes. Il est clair que nous avons affaire à une révolte à
caractère ethnico-religieux"...
Commentaire de
Pressafrique : nous avions déja signalé le caractère ethnique très
hétéroclite des émeutiers c'est à dire black, blanc et beur dont
un quota non négligeable de français dit trivialement de
"souche" comme l'atteste les compte-rendus de journalistes auprès des
tribunaux (lire aussi à ce sujet dans Libération du 18.11.05 Dans
le Nord, au tribunal, des émeutiers loin des clichés). La
dimension sociale du conflit reste indéniable sur fond de discrimination
réactivant les crispations et les tensions ethniques que
certains pourraient instrumentaliser à des fins populistes en une
sorte de divisionnisme. (Pressafrique 21.11.05, Clichés raciologiques : Hélène et les
garçons).
Les systématisations réductrices à caractère
raciologique se poursuivent dans le journal israëlien Haaretz
cité par Grioo.com 24.11.05 Les drôles de
propos d'Alain Finkielkraut dans le journal
"Haaretz") : "cette violence a été précédée de
signes annonciateurs très préoccupants que l'on ne peut réduire à une
simple réaction au racisme français. Prenons par exemple les événements
qui ont accompagné il y a quelques années le match de football
France-Algérie, ce match s'est déroulé à Paris au Stade de
France, on nous dit que l'équipe de France est adorée par tous
parce qu'elle est « black blanc beur », en fait aujourd'hui elle est black
black black ce qui fait ricaner toute l'Europe. Si on fait
une telle remarque en France on va en prison, mais c'est quand même
intéressant que l'équipe de France de football soit composée presque
uniquement de joueurs noirs. Quoiqu'il en soit cette équipe est perçue
comme le symbole d'une société multi ethnique, ouverte etc.Le public dans
le stade, des jeunes d'origine algérienne, ont hué pendant tout le match
cette même équipe. Ils ont même hué la Marseillaise et le match a du être
interrompu quand les jeunes ont envahi le terrain avec des drapeaux
algériens.
(Grioo.com ajoute : "Alain Finkielkraut ignore manifestement
que lors du match France Portugal, les immigrés portugais ont hué la
marseillaise de la même façon que les jeunes descendants d'immigrés
algériens, mais les faits n'ont pas eu le même retentissement. Précisons
aussi que l'équipe de France a disputé des matchs contre le Maroc, la Côte
d'Ivoire ou le Cameroun, sans qu'il y ait d'incidents.")
Puis Finkielkraut propose sa lecture de
l'histoire, du devoir de mémoire et de sa notion
de crimes contre l'humanité. Il fait référence à Dieudonné marquant son point de
fixation névralgique : "Aux Etats Unis également nous sommes témoins de
l'islamisation des noirs. C'est Louis Farrakhan en Amérique qui le premier
a dit que les Juifs ont joué un rôle central dans l'esclavagisme. Et le
principal porte parole de cette théologie en France aujourd'hui c'est
Dieudonné, c'est lui qui est aujourd'hui le vrai patron de l'antisémitisme
en France, et non le Front National. Mais en France au
lieu de combattre son discours on fait précisément ce qu'il demande :
on change l'enseignement de l'histoire coloniale et de
l'histoire de l'esclavage dans les écoles. On y enseigne aujourd'hui
l'histoire coloniale comme une histoire uniquement négative. On n'enseigne
plus que le projet colonial voulait aussi éduquer, apporter la
civilisation aux sauvages. On ne parle que des tentatives d'exploitation,
de domination, et de pillage. Mais en fait qu'est ce que veut
Dieudonné ? Il exige une "shoah" et pour les arabes et pour les noirs,
mais si l'on met la shoah et l'esclavage sur le même plan alors on est
obligé de mentir, car ce n'était pas une shoah. Et ce n'était pas
un crime contre l'humanité parce que ce n'était pas seulement un crime.
C'était quelque chose d'ambivalent. Ainsi en est-il également de
l'esclavage. Il a commencé bien avant l'Occident. En fait, la spécificité
de l'Occident pour tout ce qui concerne l'esclavage c'est justement tout
ce qui concerne son abolition. L'abolition de l'esclavage est une question
européenne et américaine. Cette vérité là sur l'esclavage il est
maintenant interdit de l'enseigner dans les écoles."...
Concernant l'enseignement des ignominies coloniales, constituant
une véritable généalogie de crimes contre l'humanité (du
génocide aux massacres pacificatoires), bon nombre de
ces ignominies ont été jetées dans les oubliettes de l'histoire
avec la complicité d'historiens peu sourcilleux sur la question du
passé colonial. Dans l'enseignement fait à nos enfants ces crimes
n'ont pour un certain nombre pas même le droit de citer. Il s'agit de
refuser le devoir de mémoire à une catégorie de l'humanité sur des
évènements non conformes à notre modernité culturelle pétrie
d'humanisme. Dans l'Impérialisme, la philosophe Hannah
Arendt tenait la banalisation des méthodes barbares de pacification
coloniale introduites dans les politiques étrangères des pays
occidentaux comme autant d'éléments ayant préfiguré l'ignominie qui aura
lieu en Europe par la suite. S'il importe de faire le distinguo entre
Shoah et esclavage et horreur coloniale, entre le génocide où il y a
volonté d'éliminer un peuple et les autres crimes contre l'humanité,
il semble important de considérer que la banalisation des méthodes
utilisées durant la traîte négrière puis lors de la colonisation assortie
d'une idéologie nauséabonde au relent
exterminatoire fondée sur la supériorité raciale et
l'eugénisme ont rendu possible la génèse de cette horreur en
Occident. "Qu'on extermine toutes ces brutes" disait un Kurt dans Au
coeur des ténèbres de Joseph Conrad, adapté à l'écran par Francis
Ford Coppola sous le titre "Apocalypse Now" et ce n'était pas de la fiction. Il y a une généalogie du
crime qu'il faut à tout prix penser pour éviter la reconduction,
pour que le "plus jamais ça" prenne un sens fédérateur pour tous. En
ce sens le génocide des Hereros en Namibie au début du XXè
siècle par les troupes coloniales allemandes du Kaïser a préfiguré les
méthodes exterminatoires des nazis durant le IIIème Reich selon Tristan Mendès-France : recours à la solution
finale et constitution de camps de concentration. Cet impensé là, parce
que nous nous refusons égoïstement à en prendre conscience et à l'enseigner permet à
certains acteurs et décideurs cyniques du système de reconduire
les mêmes politiques racistes et criminelles sans
qu'il y ait de véritable prise de conscience
par la société civile. Il suffit pour cela de faire le lien
historique entre la politique coloniale pacificatoire d'une barbarie inouïe (intégrant massacres à
caractère génocidaire et génocide) et la politique néocoloniale de
la Françafrique dont le caractère génocidaire semble de plus en
plus attesté durant certaines périodes et en certains endroits de son
pré-carré africain (soit par collaboration-complicité comme au Rwanda en 1994 rappelant les heures sombres de la
France moisie soit directement comme au Cameroun
lors des massacres en pays Bassa et Bamiléké dans les années
soixante). Une légitimation de pratiques génocidaires et une continuité
politique jamais dénoncées.
Contrairement aux propos de
Finkielkraut dans Haaretz, il n'y a pas d'enseignement de cette
histoire là, il y a un trou de mémoire colonial soigneusement cultivé
qui confine à la forclusion d'une horreur impensée qui fait ombrage aux
thèses impérialistes et nationalistes faites de grandeur et de lumières.
Au contraire par la loi du 23 février 2005,
le gouvernement et le parlement dans sa majorité, veulent favoriser
un discours officiel au sein de l'enseignement selon lequel la
colonisation fut "un acte positif", de plus des députés de la majorité ont
proposé une loi visant à instaurer un délit d'atteinte à la dignité de
la France et de l'Etat et de ses personnages historiques condamnant
ainsi les propos, les écrits, les chansons mettant en cause la
vision nationaliste et hégémonique de l'histoire enseignée à "nos belles
têtes blondes" (Afrikara.com 24.11.05,
La France veut inventer le crime de vérité historique :
Historique !). Tout le contraire de ce que
dénonce Finkielkraut semble-t-il.
Quant à l'esclavage, Finkielkraut
reprend les thèses de Pétré-Grenouilleau (flirtant avec le
révisionnisme ambiant) sur la spécificité européenne : "En fait, la
spécificité de l'Occident pour tout ce qui concerne l'esclavage c'est
justement tout ce qui concerne son abolition." Sa spécificité est
sans doute d'avoir été aussi particulièrement intensive et meurtrière
pouvant justifier la volonté de certains de l'abolir devant le
carnage avec la mise en esclavage et la déportation de millions
d'Africains. Il n'est d'ailleurs pas enseigné dans nos manuels
d'histoire que Félix Léger Sonthonax, peu après la révolution
française, fut le premier à abolir l'esclavage en Haïti en 1793 (Colloque
des historiens: Revue
d'histoire critique, "le négationnisme en histoire
coloniale"). Crime contre l'humanité qui fut d'ailleurs rétabli
par l'empereur Napoléon-Bonaparte quelques années plus tard et cela
pendant plusieurs décades, ce qui ne figure pas non plus dans les manuels
d'histoire pas plus que le remplacement de la traîte négrière par le
travail forcé pour exploiter les matières premières des colonies en
Afrique centrale et les razzias face à ceux qui refusaient ce modèle de
civilisation fait de terreur, d'horreur et d'apartheid pour les
autochtones. Pratiques inhumaines qui ont fait des millions
de morts en Afrique centrale comme l'attestent les travaux
d'historiens et de démographes ( Congo, Oubangui-Chiari). Mais sans doute cela n'a pas
beaucoup d'importance, un point de détail de l'histoire, un coin de
néantisation mnésique sidérant ?
Le
philosophe écrit dans Haaretz, selon Grioo, "Je suis né à Paris,
mais je suis fils d'immigrants polonais. Mon père a été déporté de France.
Ses parents ont été déportés et assassinés à Auschwitz. Mon père est
revenu d'Auschwitz en France. Ce pays mérite notre haine: ce qu'il a fait à mes
parents était beaucoup plus violent que ce qu'il a fait aux Africains.
Qu'a-t-il fait aux Africains? Il ne lui a fait que du
bien." On peut comprendre cette colère à juste
titre face à une douleur incommensurable. On peut comprendre ce souci de
devoir de mémoire, de devoir de justice, de devoir de reconnaissance
pouvant partiellement appaiser. Moins compréhensible est cette absence
totale de compassion face à la souffrance des autres peuples et de leurs
descendants en France et ailleurs qui ont subi le joug de l'esclavage,
de la coloniale puis de la
néocoloniale sans cesse réactualisée.
Faut-il parler d'aveuglement traumatique ? Faut-il parler d'une
méconnaissance complète de cette histoire face à l'omerta républicaine?
Faut-il parler de mépris? Faut-il y voir une représentation sélective des
droits de l'homme à l'aune de l'idéologie coloniale de
race supérieure
? Faut-il y voir du
racisme?
Son florilège et son dérapage
raciologiques, toujours dans Haaretz, selon Le Monde du 23.11.05 (La
voix "très déviante" d'Alain Finkielkraut au quotidien "Haaretz"), est
un véritable festival qui n'a rien à envier au discours de Le Pen
ou à de Villiers : ""Ils disent : "Je ne suis pas
français, je vis en France et en plus ma situation économique est
difficile." Mais personne ne les retient ici de force." Quant
aux motivations des jeunes des cités, elles n'ont aucun lien avec
l'emploi, selon lui. Que veulent-ils ? "C'est simple : l'argent, les
marques et, parfois, les filles." Certes, reconnaît-il, "il existe
des Français racistes, qui n'aiment pas les Arabes et les Noirs". "Ils les
aimeront encore moins en prenant conscience de combien ceux-ci les
haïssent (...) Imaginons que vous gérez un restaurant. Un jeune
vous demande un emploi. Il a l'accent des banlieues. C'est simple : vous
ne l'engagerez pas, c'est impossible." Voilà, se désole-t-il, "des
propos de bon sens", mais, dans la France actuelle, "on leur
préfère le mythe du "racisme français"". Et de conclure :
"L'antiracisme sera au XXIe siècle ce que fut le communisme
au XXe."
Faut-il y voir une apologie et une légitimation du
racisme? Cette base idéologique de la coloniale comme le rappelait Hannah
Arendt dans l'Impérialisme, ibid,p.72 : "Que le racisme soit la principale
arme idéologique des politiques impérialistes est si évident que bon
nombre de chercheurs donnent l'impression de préférer les sentiers battus
du truisme".
D'après Grioo, les journalistes d'Haaretz, quotidien de référence
en Israël, ont jugé nécessaire de préciser à leurs lecteurs que ses
réponses ne provenaient pas "du Front National mais de la bouche d'un
philosophe qu'on considérait autrefois comme l'un des porte parole de la
gauche française, et l'un des philosophes qui ont mûri dans la révolte des
étudiants de mai 68". Les journalistes ont également précisé qu'Alain
Finkielkraut a ajouté à plusieurs reprises "qu'il était impossible, voire dangereux de dire de telles choses
en France". Propos quelque peu similaire à ceux
tenus en Russie par Hélène Carrère d'Encausse,
secrétaire perpétuelle de l'Académie française. A noter que les
journalistes de Haaretz ont aussi en partie induit les réponses de
Finkielkraut si l'on suit le déroulement de l'interview, semblant induire
un boulevard de dérapage pour le philosophe. Lire l'article entier en anglais sur
Haaretzdaily.com ( Haaretz
daily). Critiquer le post-modernisme est
une chose mais de là à régresser à une pensée profondément rétrograde et
réactionnaire il y a une marge. Faut-il voir
là une défaite de la pensée?
Suite à la
publication des propos du philosophe, réplique de ses propos sur France
Télévision qualifiés en leur temps de "très graves" par une intervenante,
le M.R.A.P (Mouvement
contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) a porté plainte
contre Alain Finkielkraut pour
incitation à la haine raciale. Selon Mouloud Aounit, secrétaire
du Mrap, l'entretien publié le 18 novembre par «Haaretz» est «un texte
d'une violence raciste inouïe, qui se fait le porte-voix des clichés du
Front national et participe à mettre sur le terrain ethnique et religieux
cette insurrection sociale de Français qu'il nomme noirs ou arabes».
Finkielkraut a par la suite préféré faire ses excuses en ses
termes (Libération 25.11.05 Finkielkraut: «Je présente des excuses») : «Je
présente des excuses à ceux que ce personnage que je ne suis pas a blessé
(...). La leçon, c'est qu'en effet je ne dois plus donner d'interview,
notamment à des journaux dont je ne contrôle pas ou je ne peux pas
contrôler le destin ou la traduction», a déclaré Alain Finkielkraut
sur Europe 1. Le philosophe déclare avoir été victime d'amalgames et d'une
mauvaise traduction et a ajouté «Je n'ai en moi aucun mépris
ou de haine à l'égard de quelque collectivité que ce soit. Je me sens
solidaire par vocation des nouveaux immigrés en France et notamment des
immigrés de la deuxième ou troisième génération».
Nous voilà
rassurés.
Le Mrap a retiré sa plainte peu après les excuses de
Finkielkraut sur Europe 1, son secrétaire général a déclaré selon
Le Monde, 26.11.05 Génèse d'une controverse :
"Je ne veux pas le
victimiser, justifie Mouloud Aounit, secrétaire général du MRAP. Mais
je ne crois pas à ses excuses. On n'est pas dans une logique de dérapage.
Cela fait quelque temps qu'Alain Finkielkraut est dans une bascule
idéologique. Il a été l'un des rares intellectuels à défendre le pamphlet
d'Oriana Fallaci La Rage et l'Orgueil et l'un des initiateurs de l'Appel
contre le racisme anti-Blanc, qui mettait sur le terrain du racisme des
actes qui relèvent de la délinquance. Dans ses excuses, il parle des
"immigrés de la deuxième ou troisième génération". Cela prouve bien
qu'il ne les reconnaît pas comme français." M. Aounit affirme que
"Finkielkraut n'a plus de crédibilité".
Quant à l'Union
juive française pour la paix (UJFP), qui a diffusé la première en France
une traduction de l'entretien, elle déclare qu'il s'agit d'un
"avatar de la pire pensée néo-conservatrice. Bien que ce monsieur se
veuille un grand intellectuel, il occuperait plutôt la fonction de
pompier-pyromane de la communauté juive, attisant plus d'antisémitisme
qu'il n'incite à la réflexion." (Le Monde, 26.11.05 Génèse d'une
controverse )
______________________________________________________ Dernière
modif 27.11.05
13h45 |