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Notre hebdomadaire préféré, le Canard Enchaîné,
aurait-il entrepris de faire des articles tendant à "euphémiser" certains crimes contre
l'humanité ? Telle est notre question suite à trois articles
publiés dans les deux derniers numéros : - "A quoi ça Ribbe?" paru
dans le Canard Enchaîné du 07.12.05 (N°4441) - "Chirac nous
rejoue l'histoire de transes" (Canard Enchaîné, 14.12.05, n° 4442) -
Hutus, Tutsis et RFI (Canard Enchaîné du 07.12.05, n°4441)
Un premier
article intitulé "A quoi ça Ribbe?" paru dans le Canard Enchaîné du
07.12.05 (N°4441) remettait en cause les comparaisons déplacées de
Claude Ribbe entre la Shoah et les crimes contre l'humanité commis par
Napoléon à savoir le rétablissement de l'esclavage et les sanglantes
répressions ou massacres de masse aux Antilles. Dans son livre "Le crime de
Napoléon" Claude Ribbe voit en Napoléon le précurseur d'Hitler (Grioo.com
). Concernant le rétablissement
de l'esclavage par Napoléon, il est écrit dans l'article du
Canard que ce fait est "bien connu" semblant minimiser les révélations de l'historien. Lorsqu'un
quidam vous fait une révélation qui vous dérange pour x
raison, l'une des façons d'amoindrir la teneur de ses propos consiste
à lui répondre : "mais biensûr tout le monde le sait, tu nous
apprends rien". Une façon d'évacuer le problème par la banalisation du discours de
l'autre. Concernant le rétablissement de l'esclavage, s'il est vrai que ce fait est
"bien connu" du magistère intellectuel, d'une élite, il est sans doute
beaucoup moins connu du grand public et en ce sens le travail de
vulgarisation entrepris par Claude Ribbe mérite d'être valorisé puisque
même dans les manuels scolaires ce crime de Napoléon n'est pas
mentionné pas plus que le nom de Léger Félicité
Sonthonax à l'origine de son abolition à Haïti en 1793 durant la
révolution française. Un héros porteur des valeurs humanistes de la
révolution française qui pour ne pas faire ombrage à la
grandeur impériale napoléonienne et à leurs héritiers
souveranistes a été tout bonnement évincé des manuels d'Histoire
et de la mémoire
collective. Il est toujours bon de le rappeler.
Dans l'article "A quoi ça Ribbe?" un
procédé douteux de diabolisation du normalien est entrepris.
Ce procédé consiste à discréditer l'auteur en mettant en paralèlle
ses engagements antérieurs avec ses écrits actuels sur les révélations concernant
l'atrocité des massacres de masse commis par les
troupes impériales aux Antilles. Quels sont les faits que le Canard reproche
à Claude Ribbe ? Le premier est d'avoir aidé Aussarresses à rédiger
ses mémoires. Mémoires dont l'auteur a été condamné pour
apologie de crimes contre l'humanité. Et le Canard de préciser que Claude Ribbe
avait justifié son attitude par les propos suivants : "Mais il fallait
que le livre sorte. Il fallait que la vérité soit dite, et par un général
directement impliqué dans la bataille d'Alger. C'est bien ainsi, je vous
le signale, que les Algériens l'ont pris. Oui, c'était un livre
utile...Quant au personnage, d'accord, il est répugnant, mais si tout ce
qu'il raconte de ses faits et gestes est exact, ce dont he ne suis pas
sûr". Nous sommes
d'accord c'était un livre utile et nous attendons
impatiemment que de tels livres utiles provenant du sérail fassent la
lumière sur l'action française au Rwanda par exemple ou dans les néocolonies. Ce sont effectivement des livres utiles
de par le retentissement et les travaux qui en sont nés. Ne serait-ce que
pour mieux connaître les mécanismes de diffusion de la guerre antisubversive dans lequel
Aussarresses a été enrôlé de son plein gré. Quant à la dernière
phrase attribuée à Claude Ribbe et citée par le Canard, elle est
fort critiquable mais en quoi cela remet il en cause ses révélations sur
les horreurs napoléoniennes? Le Canard ne peut il donc pas discuter sur le
fond du problème plutôt que de déplacer le sujet sur un thème où l'auteur
aurait failli? Même son de cloche en ce qui concerne les amitiés de Claude
Ribbe envers Jean-Bertrand Aristide, délogé d'Haïti par un coup
d'état franco-américain (The Destabilization of Haiti Global
Research, fevrier 2004 ; coup d'état
en Haïti
, Réseau Voltaire) et
expulsé dans une néocolonie française nommée Centrafrique (lire
au sujet du rôle de la françafrique en
Centrafrique dans l'Humanité du 12.03.05 L'histoire mouvementée du "porte-avions"
français
).
Sortons de cette digression et abordons le deuxième
article du Canard dans la même veine : "Chirac nous rejoue l'histoire de
transes" (Canard Enchaîné, 14.12.05, n° 4442). Cette fois-ci le
Canard reproche à Claude Ribbe, d'être "en tête du combat" contre "un
estimable universitaire". Et pour preuve de sa bonne foi le Canard cite
le passage de Grenouilleau dans le JDD qui lui a valu les foudres du Collectif des Antillais, Guyannais,
Réunionnais
:
"La traîte n'avait pas
pour but d'exterminer un peuple... L'esclave
était un bien qui avait une valeur marchande qu'on voulait faire
travailler le plus possible (remarque ironique du Canard : "on mesure
le degré de "dénaturation de l'histoire!). Le génocide juif et la
traite négrière sont des processus différents".
Seulement
voilà, si l'on veut bien se donner la peine d'aller sur le site du Collectif des Antillais, Guyannais,
Réunionnais
le passage critiqué par ce dernier n'est pas du tout le même que celui
publié par le Canard. Voici le passage reproché à Grenouilleau par le
collectif des DOM : "C'est aussi le problème de la loi TAUBIRA
qui considère la traite des Noirs par les
Européens comme un crime contre l'humanité, incluant de ce fait une
comparaison avec la SHOAH. Les traites négrières ne sont pas des
génocides. La traite n'avait pas pour but d'exterminer un peuple.
L'esclave était un bien qui avait une valeur marchande qu'on voulait faire
travailler le plus possible. Le génocide juif et la traite négrière sont
des processus différents. Il n'y a pas d'échelle de Richter des
souffrances." (Les
insoutenables propos révisionnistes de PETRE-GRENOUILLEAU, Collectif
des Antillais, Guyannais et Réunionnais). Il correspond en fait aux
points de suspension laissé dans le corps du texte publié dans l'article
du Canard. En d'autres termes ce passage essentiel a été tout
bonnement sucré dans l'article "Chirac nous rejoue l'histoire de transes"
(Canard Enchaîné, 14.12.05, n° 4442).
Et ces propos là méritent
qu'on s'y attarde. En effet si l'on ne peut méconnaître le processus
différent entre traîte négrière et génocide caractérisé par le recours à
la solution finale, refuser de reconnaître que l'esclavage constitue un
crime contre l'humanité alors qu'une loi française le considère comme tel
(et plus généralement la définition même du crime contre l'humanité
d'après le droit international
) relève purement et simplement du révisionnisme, pour ne pas dire du
racisme. Et il n'y a pas lieu de convoquer systématiquement la
Shoah pour définir un crime contre l'humanité même si le
génocide en constitue la forme la plus ignoble et la plus extrême qu'il
soit.
La question est de savoir dans quelle mesure le Canard sur
ce sujet au nom d'un souverainisme plus que douteux
n'a-t-il pas tendance à désinformer
ses lecteurs notamment par omission du passage cité plus
haut? D'une certaine idée que certains se font de la France ? Une
euphémisation de plus tendant à élaguer des propos sulfureux en ne gardant que
les propos les plus soft et les moins criticables pour
influencer le lecteur selon sa propre idéologie sur la
question?
Enfin si le Canard a
entièrement raison de faire le distinguo entre
génocide et massacre, il semble que l'hebdomadaire ne soit pas à une
contradiction près marquant ainsi son flou éthique sur la question. Ainsi dans un
article intitulé Hutus, Tutsis et RFI (Canard Enchaîné du
07.12.05, n°4441) suite à la déclaration de la SDJ (Société Des
Journalistes) concernant l'annulation de la diffusion de
l'interview de Pierre Péan sur RFI par la SDJ, le Canard après avoir cité
le communiqué du SDJ justifiant son action : "La SDJ a été choquée de
constater que Richard Labévière employait le terme de "génocides" au
pluriel, accréditant la thèse de son invité, alors que les Tutsis ne sont
coupables que de massacres contre les Hutus.", n'hésite pas à commenter avec le
caustique qui le caractérise : "massacre ou génocide, il y a eu
quelques morts au Rwanda". Une façon de renvoyer dos à dos
Tutsi et Hutu. En d'autres termes peu importe le distinguo entre massacres
et génocides et peu importe le fait qu'un journaliste se permette
de parler de "génocides" au pluriel puisque de toute manière il y a
eu des massacres et des morts dans les deux camps. Un argument très discutable que
l'on ne retrouvait pas dans le premier article lorsqu'il
avait fallu critiquer les arguments de Claude Ribbe. Le Canard aurait-il
une conception des crimes contre l'humanité à géométrie variable en
fonction de ses intérêts idéologiques souverainistes et de sa sensibilité
politique? Telle est la question. |