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PRESSAFRIQUE 13.01.06 
13.01.1963 - Mort de Sylvanus Olympio. L'Assassinat du président du Togo par la Françafrique

Le 13 janvier 1963, le président démocratiquement élu du Togo, Sylvanus Olympio, était assassiné par Etienne Gnassingbé Eyadéma. Devant le refus de Sylvanus Olympio d'incorporer ce dernier au sein de l'armée togolaise, Eyadéma ancien sergent-chef démobilisé de l'armée coloniale française ayant oeuvré en Algérie, organisa avec quelques congénères supplétifs de l'armée française l'assassinat du président des Togolais. Voilà pour la version officielle. Officieusement, Olympio menaçait les intérêts français. Dans un Togo ayant récemment acquis l'indépendance (avril 1963), le président réclamait que "la société minière qui exploite le phosphate du Togo revoit le contrat avec la France dans un sens plus favorable pour le Togo", il réclamait aussi l'indépendance du système monétaire togolais. Qui plus est, après un appel d'offres, la nouvelle monnaie togolaise devait être fabriquée par l'Angleterre. Un crime de lèse majesté qui devait être entériné le 15.01.1963 par la rupture des accords entre la Banque de France et son homologue togolais. Deux jours avant la date fatidique, Sylvanus Olympio était assassiné.

 FRANCE INTER 27.10.2001
Rendez-vous avec Monsieur X : Sylvanus Olympio

M. X. : Il entend que la société minière qui exploite le phosphate du Togo revoie le contrat dans un sens plus favorable pour le Togo .

P. Pesnot : Des redevances plus importantes !

M. X. : Forcément ! Cela ne plaît pas aux actionnaires de cette société Et ce conflit économique se double d'une initiative qui irrite le gouvernement français : Olympio voudrait en effet construire un port à Lomé, la capitale, avec l'aide économique de la France. Mais les autorités françaises, arguant du fait qu'un port était en construction dans le pays voisin, le Dahomey, et que ce nouveau port togolais le concurrencerait, refuse donc la demande de Sylvanus Olympio.

P. Pesnot : Et Olympio le prend mal ?

M. X. : Non, il se tourne vers l'ancienne puissance colonisatrice...qui lui octroie un prêt de plusieurs millions de Deutschmarks. Mais ce qui met le feu aux poudres, c'est la volonté du Président togolais de créer sa propre monnaie.

P. Pesnot : C'est-à-dire qu'il veut sortir de la zone franc ?

M. X. : Olympio pense qu'un pays indépendant doit aussi jouir d'une souveraineté monétaire.

P. Pesnot : Nouvelle tempête à Paris !

M. X. : Evidemment, pour le gouvernement français c'est une véritable provocation. D'autant que le Président togolais envisage de demander que cette nouvelle monnaie soit garantie par l'Allemagne et la Bundesbank. Et la Banque de France n'aurait plus aucun droit de regard sur les comptes extérieurs du pays. Tout cela, vous pouvez l'imaginer, donne lieu à de nombreuses tractations menées dans le plus grand secret.

P. Pesnot : La France essaie de faire revenir Olympio sur sa décision.

M.X. : Mais le dirigeant togolais est inflexible ! Il veut sa monnaie, et aux yeux des Français, il ajoute une ultime provocation : après appel d'offres pour concevoir et fabriquer les pièces et les coupures de la nouvelle monnaie togolaise, c'est l'Angleterre qui est retenue. Notez-le bien, les accords qui doivent sceller la rupture entre la Banque de France et son homologue togolais doivent être signés à Paris le 15 janvier 1963. Et c'est le 13 janvier que Sylvanus Olympio est assassiné. Bizarre non !

P. Pesnot : Il y a là plus qu'une coïncidence.

M. X. : En tout cas, il y a là de quoi s'interroger. Les autorités françaises pouvaient craindre que cette volonté d'émancipation à tout prix ne soit contagieuse.

P. Pesnot : Que cela ne donne des idées à d'autres dirigeants africains.

M. X. : Bien entendu, car soyons clairs : la zone franc et la création du franc CFA nous permettaient de garder un oil sur la gestion de ces pays nouvellement indépendants.

P. Pesnot : Une sorte de tutelle...

M. X. : Et la garantie que nos intérêts économiques dans les pays d'Afrique seraient préservés. Ajoutons aussi que la France entendait aussi sauvegarder son influence politique sur ces nouveaux états. C'est ce que le général de Gaulle a tenté de faire avec la Communauté française...


Eyadéma revendiqua le crime en se vantant d'avoir lui-même tiré trois balles sur Olympio, à la poitrine et l'abdomen du président, puis de lui avoir coupé les veines, pour finir par l'achever en lui tailladant la cuisse gauche avec sa baïonnette.  
"C'est comme çà que je faisais en Algérie, pour m'assurer que mes victimes étaient bien mortes".(Diastode,
des témoins parlent 1999).  
Selon certaines sources, un diplomate américain de l'ambassade des USA dans la cour duquelle Olympio avait trouvé refuge aurait alors eu une conversation télépho­nique avec son collègue français Henri Mazoyer auquel il aurait fait un récit succint des événements et lui aurait notamment révélé la cachette du président. Le diplomate français aurait répondu : « Ne bougez pas, je m'en occupe. ».
D'après Gilles Labarthe, l'ambassadeur Mazoyer aurait contribué à guider Eyadéma et sa milice vers la voiture où se cachait Sylvanus Olympio dans la cour de l'ambassade des USA.

 

 "Vers 6 heures, ils voient arriver un émissaire du commandant Maîtrier. Informé par l'ambassadeur Mazoyer, ce dernier leur fait savoir où est Olympio, et leur demande "d'achever le travail commencé", au risque sinon d'être exécutés. Les plus "mouillés", dont Eyadéma, Bodjollé et Adewi, décident alors de repartir vers l'ambassade des Etats-Unis. Le sergent Eyadéma a raconté la suite (comment il avait assassiné le président togolais ,ndlr) à deux journalistes le surlendemain Chauvel du Figaro et Pendergast de Time-Life...".  


Le 13.01.1963 au petit matin, le corps de Sylvanus Olym­pio, criblé de trois balles d'arme automatique, gisait devant l'ambassade US. Il était 7h15. A son bulletin de 6h00, France Inter, avait déjà annoncé la mort de Sylvanus Olympio... ». (Dossier 13 janvier 1963 : autopsie d'un assassinat, UFC Togo)
 
Ce ne serait pas la première fois que la Françafrique Foccarto-gaulliste décide d'éliminer des dirigeants africains dont la politique est contraire aux intérêts de l'ancienne métropole. Ce fut le cas au Cameroun pour le leader politique 
Ruben Um Nyobé en 1958 puis pour le leader indépendantiste Félix Moumié en Suisse en 1961. Une vieille tradition françafricaine : éliminer ceux qui vont à l'encontre des intérêts de l'empire colonial en Afrique. Au Cameroun de 1960 à 1964 ce fut un véritable massacre passé sous silence par les médias français si habitués au règne de l'omerta coloniale puis néocoloniale et au discours négrophobe relativisant ces crimes "pas trop importants dans ces pays là".

Le sergent-chef Etienne Gnassingbé Eyadéma forgea donc son règne sur le meurtre originel du président démocratiquement élu par les Togolais. Il n'allait pas tarder à remplacer dans le coeur de Foccart-De Gaulle le président Grunitzky et devenir le nouveau "gouverneur à peau noire" du Togo comme ses collègues
Bokassa en Centrafrique et Bongo au Gabon... Il fut maintenu au pouvoir contre vents et marées par ses parrains françafricains pendant près de 38 ans . Un règne de sang, de tyrannie, de terreur et de kleptocratie au service de la Françafrique éternellement reconnaissante. Trucage des élections, assassinats des opposants politiques et pillage des ressources tel fut le programme (FIDH 07.06.04 
Togo : l'arbitraire comme norme 37 ans de dictature. Le rapport complet en fichier PDF.). Un programme néocolonial toujours au service de la Françafrique. A un tel point que le président de la République française Jacques Chirac ne manqua pas d'exprimer, au décès du dictateur, toute sa gratitude envers celui qui fut selon ses propres termes son "ami personnel" et qu'il qualifia au nom de ses concitoyens "d'ami de la France" (REPUBLIC OF TOGO 05.02.05. Jacques Chirac : ''Eyadema était un ami de la France''). Une rhétorique en droite ligne avec le formatage de l'opinion publique française auquel on fait comprendre que "les Africains ne sont pas mûrs pour la démocratie ". Toute une conception relativiste des droits fondamentaux des peuples à disposer d'eux même qui derrière un relativisme culturel de façade relève tout simplement du racisme sciemment organisé pour justifier de l'adoubement de criminels incultes et de la légitimation internationale de ces néogouverneurs au service des intérêts françafricains.  Fidèle à ses idéaux, la Françafrique a soutenu le trucage des élections qui a suivi la mort d'Eyadéma et a permis au fils Ubu d'obtenir la mansuétude internationale pour lui succéder sur le trône françafricain du Togo (Le bras sanglant de Chirac continue de meurtrir le Togo, LE TOGOLAIS.COM ; LE MONDE 29.04.05 Crise au Togo : le rôle de la France en question ; DIASTODE 29.04.05 Rapport confidentiel de l'UE sur l'élection du 24 avril  ; FIDH 26.04.05 La FIDH condamne la mascarade électorale).

Le jour des élections, les assassinats de civils s'opposant aux vols des urnes par les militaires furent qualifiés par le maître du quai d'Orsay de l'époque "
d'incidents" et un certain nombre de médias français et étrangers qualifièrent la répression meurtrière* ( LTDH 30.12.05 ; TOGO - Du coup d'Etat monarchique du clan Gnassingbe au jeu de massacre électoral - 5 février 2005 - 24 avril 2005 ) qui s'en suivit de simples émeutes entre les militants des partis politiques de l'opposition et du RPT le parti de la bande à Eyadéma. La Françafrique, une longue généalogie du crime à l'atavisme colonial dont les stratégies de légitimation politique reposent sur la loi de l'omerta et sur des présupposés raciologiques qui formatent et transfigurent les représentations de l'opinion publique française sur les Africains et sur l'Afrique.

*Lire aussi sur Pressafrique Blackout au Togo : le suivi de l'actualité au lendemain de la proclamation de l'élection présidentielle togolaise