DU CONGO A L'OUBANGUI-CHARI :  UNE GENEALOGIE DU CRIME

 

                          


Si le Congo de Léopold fut le lieu où les massacres furent les plus nombreux, cette pratique de pacification coloniale et d'extermination par le travail pour le profit fut aussi appliquée par les puissances coloniales dans presque toute l'Afrique centrale.  Ainsi en Centrafrique,

selon Stephen Smith et Géraldine Faes :

« Dans l'Oubangui-Chari, le régime instauré a été aussi féroce que la terreur exterminatrice au royaume africain de Léopold II. Entre 1890 et 1940, selon une estimation prudente, la moitié de la population centrafricaine a péri. Dans son livre publié en 1998, Le Centrafrique entre mythe et réalité, Pierre Saulnier cite le témoignage d'un prêtre spiritain, le père Daigre, qui a séjourné en Centrafrique de 1905 à 1940 en y faisant de grandes tournées à pied en brousse, mal vu pour sa « négrophilie », le père Daigre a été un témoin gênant : « A la fin de janvier 1917, je me rendais chez les Langbassis installés sur la Kandjia et, en cours de route, je rencontrai un caporal de milice qui me dit : « Ah ! tu vas là-bas ? Regarde bien, et toi qui es blanc, tu pourras dire au gouverneur ce que tu as vu, car nous les noirs, il ne nous croît pas ! » De fait, jamais je n'ai trouvé comme ici autant de maux accumulés : famine, maladies, assassinats, esclavage, anthropophagie, tout contribue à anéantir la population Langbassi de la Pandé.Dernièrement, un administrateur du Kouango me disait que les deux tiers des Mangbassis du Kouango avaient déjà disparu.Les exterminateurs de ces races ne pourront-ils pas toujours se réclamer des ordres reçus : ''du caoutchouc, par n'importe quel moyen ?'' »

(Géraldine Faes et Stephen Smith, Bokassa 1er, un empereur français, p.59).