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PRESSAFRIQUE 12.01.06
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| La semaine
dernière, nous avions été quelque peu
étonnés des modalités du traitement médiatique d'un sujet portant
sur les violences urbaines dans un reportage
de l'émission d'Envoyé Spécial intitulé "Au coeur des flics
". Un reportage dont le journaliste déclarait en
substance que c'était parce que le ministère de l'intérieur souhaitait
redorer son blason que le tournage avait été autorisé dans le commissariat de
son choix. Une impression de partialité dans le traitement du
sujet, d'une stigmatisation des jeunes de banlieue,
d'amalgame douteux par l'image nous avait poussé à nous interroger quant à l'impact que
ce genre de reportage pourrait avoir sur les représentations du citoyen lambda concernant le visage de
l'insécurité en France (Lire Pressafrique 05.01.06 : A propos d'un
reportage diffusé dans l'émission Envoyé
spécial sur France Télévision ).
Grand bien nous en a pris, le jeudi 12.01.06, jour des voeux
de Nicolas Sarkozy à la presse, plus de
dix jours après les violences commises par des jeunes dans le train Nice-Lyon, l'émission
Envoyé Spécial
récidive avec le même genre de sujet. Cette fois-ci il s'agit de la
rediffusion d'un reportage intitulé "Police en ligne" (diffusé pour la première fois le
16.12.04). Un doc qui montre le travail effectué par les
policiers de la BAC (Brigade Anti-Criminelle) dans les transports en
commun de la banlieue nord de Paris. La présentratrice lance le reportage non sans avoir rappelé que les chiffres de la délinquance ont diminué. A n'en pas douter ce documentaire constitue la matrice du reportage diffusé la semaine dernière. Des reporters suivent une patrouille de police de la BAC dans le RER B et on les suit dans leur lutte contre la petite délinquance (vols à la tire...) et les incivilités (tabagisme dans le métro, acte de malveillance, resquilleurs, provocations à l'égard des forces de l'ordre, troubles du comportement divers et variés...). Comme dans le reportage de la semaine dernière, la plupart des interpellés sont des jeunes blacks, beurs ou deux mineures étrangères (originaire du Kosovo) et les policiers sont présentés sous leur meilleur jour, calme et avenant : vouvoyant les jeunes leur donnant du Monsieur en veux-tu en voilà. C'est le tableau d'une police exemplaire que l'on dresse dans ce reportage. Un passage mémorable dans la gare de Villepinte. Une habitante de la banlieue vient voir la patrouille de la BAC pour se plaindre de deux individus agressant les femmes dans la gare (des vols à la tire semble-t-il) et que la police ne fait rien. Devant la caméra, nos trois policiers commencent à vouloir identifier les deux agresseurs en lui présentant des photos floutés dans le reportage. Et on entend un policier dire : -mal rasé l'Algérien? Puis présenter une série de photos où apparait le visage flouté d'un black, la dame dit alors "ouai un style comme ça", on lui montre deux autres visages plus pâles elle en reconnaît un autre et le policier résume alors :celui-là et "le grand black c'est bon". Encore une fois, nous ne critiquons pas les termes employés assez courant lorsqu'il s'agit de reconnaître des individus en fonction de leur morphotype mais l'effet caméra qui a tendance à stigmatiser. Et se pose la question faut-il diffuser de telles images dont le caractère réducteur et stigmatisant pourrait avoir un impact quant à la représentation qui est donnée au travers des médias du visage de l'insécurité ? Un problème d'éthique journalistique sans aucun doute qui mériterait d'être débattu. Comme dans le reportage de la semaine précédente, on se plaint que ce soit toujours les même jeunes qui soient à l'origine des troubles. "Incivilité, petite délinquance, ce sont toujours plus ou moins les mêmes auteurs et en remontant le train ils (les policiers de la BAC, ndlr) savent déja qu'ils vont tomber sur de vieilles connaissances" et les vieilles connaissances sont deux blacks qui font les fanfarons devant la caméra. Après ces retrouvailles plus ou moins joyeuses, on interpelle un autre jeune avec une bouteille d'alcool à brûler (?) à la main, le reporter poursuit : "A ce petit jeu du voleur et du gendarme les joueurs ne changent guère mais ce ne sont pas toujours les mêmes qui gagnent". De toute évidence le commentateur s'identifie fortement au discours des policiers qu'il suit. Il met en valeur le point de vue des hommes de la BAC qui se plaignent du manque d'arsenal répressif à l'égard des petits délinquants mineurs et qui souhaiteraient obtenir plus d'effectifs pour lutter contre la petite criminalité. Le reportage se termine sur ce commentaire du reporter "Ce quadrillage permanent sur tout le réseau semble porter ses fruits. Depuis la création du service de la police des transports, les chiffres de la délinquance dans les gares et les trains sont en baisse. Malgré tout près de 30% des franciliens ne se sentent toujours pas en sécurité dans les transports en commun ". Juste après la fin du reportage l'une des présentatrices ajoute en fixant son prompteur droit dans les yeux : " Et suite aux violences du premier janvier dernier, le ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy a annoncé la création d'une police ferroviaire qui regroupera 2500 policiers et gendarmes. Des effectifs qui pourront être renforcés dans des périodes d'affluence ". Voila la messe est dite! Ne craignez rien citoyens le ministère fait bien son travail. On aimerait quand même bien savoir qui est derrière le prompteur. L'objectif de l'émission est-elle d'être en phase avec la politique menée par le ministre de l'intérieur et d'en montrer le bien fondé? S'agit-il d'assurer la com du ministère de l'intérieur? Une illustration par l'image de la légitimité d'une telle politique ? D'aucuns diront qu'il s'agit de coller au plus près à l'actualité. A suivre... Quant à la semaine prochaine, nous aurons droit à "un document exceptionnel" sur un profileur de "serial killer" et sur sa coopération avec les forces de l'ordre dans les enquêtes criminelles. Vous avez demandé Envoyé Spécial ne quittez pas! |