|
PRESSAFRIQUE
02.03.07 | |
| Après l'apologie du
candidat Nicolas Sarkozy, c'est au tour de François Bayrou de se voir
dresser un portrait non moins flatteur : "François Bayrou, au nom du
père". A ce niveau ce n'est plus du
journalisme mais de la flagornerie digne d'un publireportage. L'émission a
beau proclamé urbi et orbi qu'elle a ouvert ses portraits politiques pour
la campagne par Ségolène Royal (l'année dernière), depuis l'ouverture de
la campagne électorale elle n'a pour l'instant diffusé que les
publireportages de deux candidats de droite : Sarkozy et Bayrou et
s'apprête la semaine prochaine à consacrer un reportage à l'électorat du
Front national. Mais que fait le CSA ? Depuis que Bayrou est dans
l'opposition considère-t-il que le temps d'antenne est équitable
? Faut-il croire que l'émission Envoyé spécial a
une certaine sensibilité politique ? Lors des primaires du PS, elle
avait choisi de plébisciter Royal (face à Straus-Kahn et Fabius) au
travers d'un reportage dont seul cette émission semble avoir le secret.
Depuis le début de l'année les candidats de droite se succèdent et on
attend toujours les candidats de gauche. A suivre donc... Le troisième reportage d'hier soir fut consacré au Libéria. Un reportage intitulé "Les forçats du caoutchouc" qui semble renouer avec les bases du journalisme d'investigation.
Malheureusement, la critique porte exclusivement sur les parties saillantes de l'Américafrique au Libéria mais ne s'intéresse pas aux parties saillantes de la Françafrique dans ce même pays. Le réalisateur le révélera après son reportage dans un entretien avec les animatrices présentatrices de l'émission : la situation dans les entreprises de Bolloré au Libéria est similaire si ce n'est pire. Mais il a fait le choix de ne pas filmer. Pourquoi ? A-t-il manqué de courage journalistique pour présenter la manière dont les multinationales françafricaines à l'instar de leur consoeurs américafricaines pillent le Libéria ? Un reportage sur Arte autrement plus culotté ("La bataille d'Abidjan") a évoqué récemment le rôle occulte de la Françafrique et de ses réseaux dans la déstabilisation du Libéria de 1990 à 1996 au côté de Charles Taylor. Pourquoi sur cette chaîne dans cette émission ne juge-t-on pas nécessaire de révéler aux citoyens français les pratiques de la Françafrique en Afrique ?N'ont-ils pas droit au chapitre tant les concitoyens français depuis le putch gaulliste "démocratique" n'ont plus accès à la politique étrangère de la France ? Pourquoi cibler uniquement l'Américafrique et ne pas avoir une approche globale sur les pratiques occidentales prédatrices au Libéria ? Craint-on Bolloré sur France 2 ? Aux USA, en Angleterre, les reportages critiques sur les pratiques prédatrices des entreprises nationales sont légions. En France, il semble que la loi de l'omerta soit de rigueur. Il y a un voile opaque que l'on jette sur le pré-carré françafricain et plus globalement sur les pratiques de nos multinationales en Afrique. Les Français ne sont quasiment pas informés sur ces pratiques qui relèvent du plus long scandale de la République. Disons que lorsque des journalistes essayent de briser la sacro-sainte règle de l'omerta ils sont souvent remisés au placard. On se souviendra du séisme qu'avait créé l'émission d'Emmanuel Chain sur M6 concernant les pratiques scandaleuses d'Elf au Congo, véritable Etat dans l'Etat. On se souviendra du sort qui a été fait à l'émission 90 minutes. Une émission liquidée quelques semaines après la diffusion d'un reportage montrant la manière dont l'armée française a réprimé dans le sang une manifestation antifrançaise à Abidjan. |