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 PRESSAFRIQUE 02.03.07
Envoyé Spécial du 1er mars 2007 :  Bayrou, Libéria...

 Après l'apologie du candidat Nicolas Sarkozy, c'est au tour de François Bayrou de se voir dresser un portrait non moins flatteur : "François Bayrou, au nom du père".  A ce niveau ce n'est plus du journalisme mais de la flagornerie digne d'un publireportage. L'émission a beau proclamé urbi et orbi qu'elle a ouvert ses portraits politiques pour la campagne par Ségolène Royal (l'année dernière), depuis l'ouverture de la campagne électorale elle n'a pour l'instant diffusé que les publireportages de deux candidats de droite : Sarkozy et Bayrou et s'apprête la semaine prochaine à consacrer un reportage à l'électorat du Front national. Mais que fait le CSA ? Depuis que Bayrou est dans l'opposition considère-t-il que le temps d'antenne est équitable ? Faut-il croire que l'émission Envoyé spécial a une certaine sensibilité politique ? Lors des primaires du PS, elle avait choisi de plébisciter Royal (face à Straus-Kahn et Fabius) au travers d'un reportage dont seul cette émission semble avoir le secret. Depuis le début de l'année les candidats de droite se succèdent et on attend toujours les candidats de gauche. A suivre donc...

Le troisième reportage d'hier soir fut consacré au Libéria. Un reportage intitulé "Les forçats du caoutchouc" qui semble renouer avec les bases du journalisme d'investigation.

Envoyé Spécial 01.03.07
Les forçats du caoutchouc

 Au Libéria, les rares automobilistes recyclent les vieux pneus dont l'Europe ne veut plus. Et pourtant, le pays produit en masse le caoutchouc naturel utilisé par les fabricants de pneu.
C'est au Libéria que se trouve la plus vaste plantation d'hévéas au monde : 400 000 hectares, qui sont la propriété de Firestone, le géant américain du pneu. A 4h30, chaque matin, les contremaîtres passent réveiller les saigneurs, ces ouvriers agricoles qui saignent les hévéas pour en recueillir le caoutchouc. A les voir travailler dans la plantation, on les croirait infatigables. Ces petites mains incisent plusieurs centaines d'hévéas chaque jour, avant d'en récolter la précieuse sève.
Increvables, ils n'ont pas d'autre choix que de l'être. Le taux de chômage frise les 80 % au Libéria. Alors cette armée de saigneurs récolte, mange, dort et vit Firestone. Envoyé Spécial a pu approcher au quotidien ces quasi-esclaves payés 2 euros 50 par jour et logés dans des baraques au cour de la forêt. Pas d'électricité, ni d'eau courante, alors que les villas des cadres bénéficient elles de tout le confort moderne. De la pollution, en revanche : l'usine de Firestone pollue le fleuve. Un laboratoire parisien sollicité par Envoyé Spécial est là-dessus formel.
Que font les autorités libériennes ? Le Ministre de l'Agriculture prétend qu'il réussira à faire fléchir la multinationale, mais la loi du business sera peut-être la plus forte. Firestone pèse 15 fois le budget de l'Etat Libérien. Pour les traders occidentaux, le caoutchouc n'a pas d'odeur... La multinationale ne se gêne pas pour traiter avec les derniers rebelles qui défient l'Etat Libérien. Ces rescapés de la guerre civile n'ont pas rendu les armes et squattent certaines plantations dans le pays. Le reportage apporte la preuve que Firestone achète en sous-main du caoutchouc à ces rebelles, pour ajouter au sien et remplir les cargos qui régulièrement partent vers l'Amérique. Ces cargos reviendront à vide. Pour le Libéria, la mondialisation fonctionne pour l'instant à sens unique.


Malheureusement, la critique porte exclusivement sur les parties saillantes de l'Américafrique au Libéria mais ne s'intéresse pas aux parties saillantes de la Françafrique dans ce même pays. Le réalisateur le révélera après son reportage dans un entretien avec les animatrices présentatrices de l'émission : la situation dans les entreprises de Bolloré au Libéria est similaire si ce n'est pire. Mais il a fait le choix de ne pas filmer. Pourquoi ? A-t-il manqué de courage journalistique pour présenter la manière dont les multinationales françafricaines à l'instar de leur consoeurs américafricaines pillent le Libéria ? Un reportage sur Arte autrement plus culotté ("La bataille d'Abidjan") a évoqué récemment le rôle occulte de la Françafrique et de ses réseaux dans la déstabilisation du Libéria  de 1990 à 1996 au côté de Charles Taylor. Pourquoi sur cette chaîne dans cette émission ne juge-t-on pas nécessaire de révéler aux citoyens français les pratiques de la Françafrique en Afrique ?N'ont-ils pas droit au chapitre tant les concitoyens français depuis le putch gaulliste "démocratique" n'ont plus accès à la politique étrangère de la France ?  Pourquoi cibler uniquement l'Américafrique et ne pas avoir une approche globale sur les pratiques occidentales prédatrices au Libéria ? Craint-on Bolloré sur France 2 ?  Aux USA, en Angleterre, les reportages critiques sur les pratiques prédatrices des entreprises nationales sont légions. En France, il semble que la loi de l'omerta soit de rigueur. Il y a un voile opaque que l'on jette sur le pré-carré françafricain et plus globalement sur les pratiques de nos multinationales en Afrique. Les Français ne sont quasiment pas informés sur ces pratiques qui relèvent du plus long scandale de la République. Disons que lorsque des journalistes essayent de briser la sacro-sainte règle de l'omerta ils sont souvent remisés au placard. On se souviendra du séisme qu'avait créé l'émission d'Emmanuel Chain sur M6 concernant les pratiques scandaleuses d'Elf au Congo, véritable Etat dans l'Etat. On se souviendra du sort qui a été fait à l'émission 90 minutes. Une émission liquidée quelques semaines après la diffusion d'un reportage montrant la manière dont l'armée française a réprimé dans le sang une manifestation antifrançaise à Abidjan.