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 PRESSAFRIQUE 19.03.07
Du mésusage des sondages et de leur mauvaise interprétation

 Durant la campagne électorale il est d'usage que les médias s'abreuvent de sondages au risque de l'overdose. Accros des pourcentages, des enquêtes d'opinion, la plupart des journalistes semblent avoir un investissement quasi magico-religieux des sondages. Pourtant les estimations erronées fournies par les instituts de sondage lors de l'élection de 1995 qui donnait Balladur devant Chirac au premier tour, de l'élection de 2002 qui donnait Jospin au deuxième tour auraient dû amener à une certaine critique. Ou du moins à une certaine relativisation des résultats de ces sondages politiques que l'on nous sert à la louche pour le plus grand bonheur des instituts de sondage qui augmentent leur chiffre d'affaire durant cette période faste.

 Or l'ensemble des médias semble avoir des connaissances rudimentaires en matière de statistique pour ne pas dire quasi nulles. Les estimations issues des enquêtes d'opinion nécessitent un minimum d'informations pour être analysées. Pourtant ces informations ne sont pas fournies par les médias qui visiblement n'en ont pas connaissance ou n'en font peu de cas. En effet lorsque les instituts de sondage fournissent des estimations des intentions de vote en pourcentage pour tel ou tel candidat à partir de leurs échantillons dits représentatifs, les journalistes ne s'intéressent pas de savoir si les comparaisons des intentions de vote envers deux candidats diffèrent significativement. Par exemple si les résultats d'un sondage donnent 27,5% pour un candidat A et 26% pour un candidat B, il n'est pas sûr que les différences entre les candidats A et B soient significativement différentes en terme de statistique. En clair les chiffres donnés pour les pourcentages concernant les candidats A et B ne diffèrent pas et l'on ne peut pas extrapoler à la population générale qu'il y ait une différence entre les intentions de vote envers l'un ou l'autre des candidats. Si de telles analyses statistiques avaient été fournies et utilisées par les journalistes, on aurait pu percevoir le ras de marée Le Pen en 2002 en étudiant de manière plus approfondie les % issus des sondages. Il est probable que l'on aurait pu percevoir qu'il n'y avait pas de différence significative entre le pourcentage d'intentions de vote envers Jospin et envers Le Pen. Les résultats de ces tests statistiques devraient être fournies avec les sondages et cela d'autant plus qu'il s'agit d'une simple comparaison de probabilité entre deux candidats.  

Par contre, il existe un écueil majeur qui apparaît non contrôlable par les instituts de sondage. Ces instituts viennent de découvrir que la réprésentativité de leur échantillon était hautement discutable. Peut-on extrapoler à l'ensemble de la population des résultats issus d'un petit échantillon (en moyenne environ 1000 personnes) lorsque l'on a pas accès à un pan entier de la population française ?   En effet, près d'un tiers des Français ne sont pas sondables tout simplement parce que 31% n'ont pas de téléphone fixe et disposent simplement pour l'essentiel de téléphones portables.

Le Canard Enchaîné, 14.03.07,
Sondage exclusif : 31%des Français sont insondables
  

« Selon une enquête - jusque là inédite - de la Sofres et une autre du bureau d'études le Credoc, 17% des foyers français ne disposaient pas d'une ligne fixe en 2005. Tandis que 14% des foyers équipés, eux, d'un téléphone ''à fil'' s'en servaient uniquement pour Internet. Autrement dit, eux non plus ne peuvent pas être contactés par les sondeurs ».


 Un véritable trou noir pour les instituts de sondage qui posent un réel problème de représentativité des enquêtes effectuées. Pour peu que cette population soit moins fortunée il est fort probable que la sensibilité politique de cette population soit plus orientée politiquement pouvant constituer un biais majeur dans l'évaluation des intentions de vote des Français. En d'autre terme les enquêtes de sondage actuellement réalisées ne pourraient être extrapolables qu'à 70% de la population française tandis que les 30% restants pourraient avoir un vote beaucoup plus orienté de par leur condition socio-économique. Les instituts de sondage envisagent maintenant de savoir si la population correspondant au 30% est sensiblement différente de par ses conditions socio-démographiques et ses intentions de vote. D'autre part, on apprend que les instituts de sondage négligent complètement les DOM-TOM qui représentent tout de même 2,3 millions d'habitants (Le Canard Enchaîné, 14.03.07) soit presque 4% de la population française et que par ailleurs les sondeurs se heurtent à un refus de réponse lors de 30% de leurs appels.

 De nombreux biais dans les études lancées par les instituts de sondage concernant la représentativité de leurs échantillons qui laissent planer des doutes quant à leurs capacités à estimer à partir de leurs mesures dans des échantillons ''restreints'' la réalité des intentions de vote de l'ensemble de la population française. Il serait de bon ton de relativiser ces enquêtes d'opinion trouées de toutes parts dont les estimations ne doivent pas être confondues avec la réalité qui pourrait très bien nous réserver des surprises dès le premier tour.

Dernières modifications le 20.03.07 : en rouge.