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 PRESSAFRIQUE 20.02.06
Qui arme la Côte d'Ivoire ?

"Le noyau rebelle s'était établi au Burkina voisin. Il y a préparé une forte logistique et obtenu beaucoup d'argent. La Françafrique est chez elle à Ouagadougou (Compaoré est une sorte de croisement des réseaux Foccart et Pasqua) et elle trône à l'Élysée : il est difficile de croire que l'on n'y savait pas ce qui se tramait au coeur du "pré carré" ; par ailleurs, la droite hexagonale a d'autres amis ivoiriens que Laurent Gbagbo, jugé trop peu "coopérant" avec les intérêts français (tels ceux de Bouygues dans l'eau, l'électricité et les grands travaux). Bref, il est probable que l'Elysée a laissé faire ou favorisé la perspective d'un changement de pouvoir à Abidjan. Cela nous a été confirmé par deux sources...".
François-Xavier Verschave dans Billets d'Afrique. Paris pas blanc. Novembre 2002

Il apparaît de plus en plus clairement que, comme l'écrivait jadis François-Xavier Verschave ce grand pourfendeur de la Françafrique, les réseaux françafricains se font la guerre en Côte d'Ivoire par factions interposées. Il est à présent clairement établi que la rébellion qui a mené la tentative de coup d'état fut lancée à partir du Burkina Faso (Le Burkina Faso, base arrière des rebelles ivoiriens, Le Figaro 14.11.05 ; Blaise Compaoré au centre des intrigues de la région ; Le Figaro 26.11.04 ). Or on sait que le pouvoir de Blaise Compaoré est en grande partie affiliée à la Françafrique. Le Burkina Faso constitue le chantre de la francophonie et aussi de la françafrique avec ses connexions libériennes et lybiennes.

 "En septembre 1987, Sankara confiait à quelques proches : "Le fond du problème, c'est qu'ils veulent bouffer, et je les en empêche". Blaise Compaoré, va développer un "partenariat" privilégié avec l'entreprise Bouygues, avec les réseaux Pasqua et Mitterrand. Il va entreprendre avec Charles Taylor, sous forme de joint-venture, une lucrative guerre civile au Liberia. Le président Compaoré et Madame auront leur Boeing 727 et leurs palais personnels. "Bouffer", cela signifiait concrètement se rebrancher sur les réseaux françafricains. Au coeur de l'ex-Empire français, ceux qui s'y refusent obstinément n'ont pas une longue espérance de vie." 
Sankara, l'anti-Houphouët. F-X. Verschave in La Françafrique . p.188-189.

Hormis quelques articles dans la presse indépendante, pour l'instant la plus grande opacité médiatique et politique règne sur l'armement des rebelles et ses connexions Burkinabé et françafricaines (Inprecor 21.02.05, Une guerre civile. néocoloniale et française ; Africamaat 08.12.04 Pourquoi la Côte d'ivoire de Laurent GBAGBO est dans l'oeil du cyclone France ; Le Canard Enchaîné 17 au 23.11.04 "La mystérieuse virée de trois barbouzes tricolores en Côte d'Ivoire") . Par contre chiraquie oblige, on commence à mieux connaître qui arme le camps loyaliste. Et force est de constater qu'en face d'autres réseaux françafricains antagonistes opèrent en étroit lien avec des réseaux transatlantiques.  Sinon comment expliquer que ce sont des membres de certains réseaux françafricains qui se retrouvent accusés de livrer des armes au camps Gbagbo ?

LE MONDE 11.01.06
Robert Montoya, un "plombier" en Afrique

 ...Dans un second rapport, le 7 novembre 2005, les experts des Nations unies soulignent que "les deux tiers des marchés militaires de la Côte d'Ivoire entre 2002 et 2004 ont transité par la Darkwood". C'est cette société, créée par M. Montoya à Lomé, qui intéresse aujourd'hui la justice française. Les armes revendues par Darkwood au régime de Laurent Gbagbo ont été acquises, pour l'essentiel, auprès d'une société biélorusse, Belspetsvneshtechnika (BSVT). Ainsi, selon l'ONU, "un contrat passé au début de 2004 entre la BSVT et la Côte d'Ivoire par l'entremise de Darkwood a débouché sur la livraison de deux Soukhoï-25 et de pièces détachées pour ce type d'avions". La juge Raynaud se rend à Lomé pour vérifier que, parmi les équipements livrés par M. Montoya à l'armée ivoirienne figurent bien les deux avions Soukhoï ayant bombardé les soldats français...


De toute évidence cet ancien gendarme de l'Elysée et sa société Darkwood ne peuvent avoir agit seul si tel était le cas et doivent avoir bénéficier des soutiens haut placé en provenance d'un réseau françafricain opposé aux réseaux de la Chiraquie. Ces réseaux semblent en étroite adéquation avec des réseaux transatlantiques au travers de l'Israëlafrique. Ainsi Israël a aussi fourni un soutien logistique et militaire aux forces loyalistes du président Gbagbo (SOIR INFO 29.07.05 Israël révèle des ventes d'armes à la Côte d'Ivoire. LE POINT 21.12.04Révélations. Côte d'Ivoire: La piste étrangère ). On est donc en présence de deux réseaux françafricains qui semblent se faire la guerre par factions ivoiriennes interposées mais qui ont aussi leurs règles avec leurs collusions patriotiques. L'avocat de Gbagbo n'est-il pas Roland Dumas et celui-ci ne lui a-t-il pas conseillé de ne pas porter plainte contre la Licorne suite à la répression violente des manifestations antifrançaises par la Licorne en novembre 2005 (d'après François Soudan dans JAI 11.09.05, Le dessous des cartes) ?

Est-ce que l'on se retrouve dans une configuration à la Congolaise où la Françafrique via Elf a armé les deux camps en guerre par l'intermédiaire de marchands d'armes affiliés à la Françafrique et pour certains en provenance de la maison Elf - Etat-major - Elysée? Non certainement pas car au Congo-Brazzaville, la Françafrique homogène a toujours souhaité déstabiliser Lissouba par la guerre civile en surarmant Sassou II (Canard Enchaîné du 13.08.97 et du 22.10.97 PARIS A CHOISI LE VAINQUEUR AU CONGO SASSOU NGUESSO AVAIT BESOIN D'ARMES ET DE L'INTERVENTION DES TROUPES ANGOLAISES. L'ELYSÉE, LE GOUVERNEMENT ET ELF ONT DONNÉ LEUR FEU VERT.). Il est probable que les réseaux françafricains aux intérêts divergents se sont activés en soutenant chacun leur camp respectif suite à la tentative de coup d'Etat de septembre 2002.

La question reste entière de savoir qui a armé les rebelles ivoiriens à partir du Burkina Faso? Il est assez intriguant que la Chiraquie au pouvoir dans un souci de transparence n'ait pas aiguillé les médias dans ce sens et que les médias n'aient pas non plus eu grand courage à explorer cette piste. Est-ce la perfide loi de l'omerta qui étouffe encore une grande partie du magistère intellectuel tandis que les médias ressortent leurs plus beaux clichés ethnico-raciaux sur les Africains. Des clichés servis à la louche par des hommes politiques de grande envergure qui auto-alimentent la boîte nationale à représentations ethnomaniaques voire racistes ? De même les Nations unies ont-elles remonté la filière des armes en provenance du Burkina Faso ou pratiquent-elles des enquêtes sélectives au nom des intérêts géopolitiques de la puissance qui mène la danse sur la question ivoirienne au sein du conseil de sécurité? La demande des députés socialistes de faire une commission d'enquête nationale sur les conditions de la tentative de coup d'état de septembre 2002 et de la répression violente des manifestations de novembre 2005 a reçu une fin de non recevoir de la Chiraquie au motif que ce serait une "défiance à notre armée"? A notre armée ou à sa chaîne de commandement politique ?