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Le crime du
Congo belge par Sir
Arthur Conan Doyle | |
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Postface de Colette
Braeckman |
| A l'heure actuelle, on estime que la
guerre a emporté, au minimum, 4 millions de
Congolais, victimes directes de la violence, ou
ayant succombé à l'exode en forêt, à la
destruction des villages, à l'effondrement de
tout système de santé. Aux yeux des Africains,
aujourd'hui rejoints par les instances de l'ONU
qui ont multiplié les appels à l'aide, s'il est
un holocauste oublié, c'est bien celui-là. Et, à
y regarder de plus près, il apparaît que ses
causes ne sont pas bien différentes de celui que
Doyle dénonçait un siècle plus tôt. A la fin du
XIXème siècle, il s'agissait pour les
populations congolaises de ramener leurs quotas
d'ivoire ou de caoutchouc et ceux qui se
dérobaient risquaient d'être mutilés. Un siècle
plus tard dans les montagnes du Kivu, dans les
savanes de l'Ituri, d'autres matières premières
suscitent la même cupidité : c'est pour l'or que
l'on se bat aux environs de Mongwalu dans
l'Ituri, c'est pour le contrôle des comptoirs de
diamants de Kisangani que les armées rwandaise
et ougandaise, à trois reprises, se sont battues
à l'arme lourde dans cette ville, ainsi qu'au
Kivu. Il a fallu du temps pour comprendre que
l'une des motivations de cette guerre était
l'appétit suscité par une nouvelle ressource, le
colombo tantalite, ou coltan, et que son
exploitation allait permettre aux belligérants
d'acheter toutes les armes qu'ils jugeaient
nécessaires... |
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LE CANARD ENCHAINE 25.01.06
N°4448 Atrocitaire, mon cher
Watson |
...Voilà donc surgi de l'oubli ce texte
écrit sous la dictée de l'indignation pour
dénoncer ce qu'il considérait comme "le
crime le plus grand jamais répertorié dans les
annales de l'humanité"... S'appuyant sur
des documents de première mains, témoignages,
rapports de consuls et de missionnaires, Connan
Doyle montre comment s'organise le pillage en
règle du pays. C'est l'ivoire et le caoutchouc,
surtout, qui sont alors les richesses les plus
convoitées (aujourd'hui, c'est l'or, le diamant
et le coltan, utilisé dans les
téléhones et les ordinateurs
portables...). Pour récolter le caoutchouc,
travail pénible exigeant une main d'oeuvre
abondante, les colons font régner la terreur,
mutilant, volant, violant, tuant les villageois
récalcitrant. Déchaînant l'enfer sur terre : des
millions de morts, dit-on. Doyle montre la
relation entre cartouches et caoutchouc : "A
Momboyo, se vante un colon, avec 130 fusils,
nous obtenons 13 tonnes par mois. Chaque fois
que le caporal s'en va chercher du caoutchouc,
on lui donne des cartouches. Il doit les ramener
toutes inutilisées ; ou, à chaque fois qu'il
s'en sert, il doit ramener une main
droite"... | |
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Quatrième de
couverture
Contrairement
à ce que son titre peut laisser croire, ce texte
n'est pas une aventure inédite de Sherlock
Holmes, mais un pamphlet de son créateur qui
voulut enquêter lui-même sur les massacres et
atrocités perpétrés entre 1885 et 1908 dans
"l'Etat indépendant du Congo", propriété
personnelle du roi des Belges, Léopold II. La
rapacité du roi et de ses compagnies
concessionnaires entraîna l'asservissement des
paysans congolais, mobilisés pour "faire du
caoutchouc". Plusieurs millions d'entre eux y
laisseront la vie, assassinés, affamés ou rendus
malades. L'opinion mondiale retint sutout ces
clichés d'enfants aux mains coupées, celles que
les tirailleurs de la Force publique ramenaient
aux officiers blancs pour prouver qu'ils
n'avaient pas gaspillé leurs
cartouches.
Tout comme à cette
époque Félicien Challaye, secrétaire de Brazza
lors de son inspection menée sur la rive
"française" du Congo en 1905, Doyle se réclame
d'un colonialisme soucieux de "l'amélioration de
la condition des races indigènes", et peut-être
plus encore de la "liberté du commerce". C'est à
dire, dans sa conception, celui que pratiquaient
les Anglais - oubliant la quasi-extermination
des premiers Australiens - et, dans une moindre
mesure, les Français, bien qu'ils eussent adopté
l'essentieldu système léopoldien dans leur
colonie congolaise, où le pillage des ressources
caoutchouteuses, quoique moins abondantes, était
aussi intense. C'est ce qui ressort du texte
implacable de Challaye, publié par Charles Péguy
en 1906 dans ses cahiers de la quinzaine, malgré
la modération de son
expression. |
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ARTICLE DU GRI-GRI no.49 - 9 février
2006 (publication avec l'aimable
autorisation du
Gri-Gri)
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Au temps béni
des colonies Le Gri-Gri relit pour vous les
grands et les petits livres de l'ère coloniale.
Cette fois-ci : Le Crime du Congo belge, par
Arthur Conan Doyle (plusieurs
éditions).
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Depuis la
conférence de Berlin (1885), nul besoin de se
lancer dans la longue et coûteuse entreprise du
bois d'ébène. "Une meilleure compréhension
des choses a montré la sottise des vieilles
méthodes quand il est si aisé de l'asservir
(l'esclave) dans son propre foyer". C'est ce
que remarque le pourtant très conservateur Sir
Arthur Conan Doyle, connu pour son célèbre
Sherlock Holmes. Paru à Londres en 1909, juste
avant la mort du roi Léopold II, Le Crime du
Congo Belge est un violent médicament à
administrer d'urgence aux amnésiques et autres
bienfaiteurs néo-coloniaux. Ce brûlot s'appuie
sur le colossal travail de documentation et de
lobbying mené par la Congo Reform Association
(CRA), fondée en 1904 par Edmund Dene Morrel.
Cet employé d'une compagnie maritime s'étant
aperçu que les bateaux partant charger le
caoutchouc du Congo belge quittaient Liverpool
débordant d'armes et de munitions. "L'État
Indépendant du Congo" fut confié à la gestion du
plus grand pillard colonial, le roi des Belges.
Touchant 50 % des bénéfices des compagnies qu'il
autorisait à exploiter le caoutchouc, il
possédait aussi la moitié de ce territoire, 80
fois plus grand que son propre royaume. Le
crime du Congo Belge montre la corrélation
entre productivité, dividendes, et nombre de
morts. La consigne donnée aux supplétifs chargés
de le collecter auprès des populations, c'est de
rapporter, pour toute cartouche utilisée, une
main tranchée. À côté des charges de caoutchouc,
ce sont donc de pleins paniers de mains (hommes,
femmes et enfants) que rapporte la soldatesque
locale. Morrel évalue à 10 millions le nombre de
Congolais morts pour la cause
caoutchouc. Doyle conte l'histoire d'un
orphelin parti récolter le caoutchouc : à son
retour de forêt, il trouve ses deux jeunes
frères éventrés : "la compagnie, cependant,
versa 200 % d'intérêts aux
actionnaires". Le travail forcé pour la
précieuse sève récoltée en forêt ne laisse aucun
répit aux indigènes, laissant en friche leurs
propres champs. Une défaillance ou un retard
dans la livraison, et c'est le village tout
entier qui est massacré. Devant de tels
arguments, certains Congolais regrettent tout
simplement l'époque de l'esclavage, dont leurs
bienfaiteurs belges prétendaient pourtant les
avoir délivrés : "les esclaves sont plus
heureux que nous, ils sont protégés par leurs
maîtres, vêtus et nourris. [.] Non, nous ne
sommes même pas des esclaves". Eh oui, fini
le temps de l'esclavage, voici le temps béni des
colonies ! Papa Schengen
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CONGO
- UN HOLOCAUSTE OUBLIE Plus de 10 millions de morts (selon Jan
Vansina, Edmund Morel, Adam Hochschid, Isidore
Ndaywel è Nziem, Elikia M'Bokolo,
Hannah Arendt, Sir Arthur Conan Doyle)
 ( photo Arte) Dossier PRESSAFRIQUE sur le
documentaire de Peter Bate : LE ROI BLANC, LE CAOUTCHOUC ROUGE,
LA MORT NOIRE
Réalisé par Peter Bate (Belgique, 2004, 90mn) ARTE
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