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 PRESSAFRIQUE 22.02.07
Clichés raciologiques (7) : Nicolas Sarkozy le candidat de la coloniale et de la Françafrique


Le candidat de l'UMP pour les présidentielles d'avril 2007 a affirmé ouvertement ses conviction pro-colonialistes lors d'un discours à Toulon début février. Pourtant le discours pro-colonialiste de Nicolas Sarkozy à Toulon n'était pas un discours populiste, ni démagogique, il correspondait tout simplement à l'idéologie coloniale dont a été pétri le locataire de la Place Beauvau. Son discours ethniciste sur les violences urbaines en 2005 stigmatisant les minorités visibles ou les "islamistes" comme cause de la crise des banlieues, sa stigmatisation de ceux qui "égorgent" des "moutons dans leur appartement" sur TF1, ses propos au relent colonialiste sur le « nettoyage au karcher » de la « racaille » rappelant des termes issus du stock lexical de la coloniale, son refus de toute repentance et plus généralement de tout travail de mémoire en profondeur sur les crimes commis durant la colonisation, sa pusillanimité à célébrer la journée de commémoration de l'abolition de l'esclavage sont caractéristiques de la pensée réactionnaire qui soufflait sur la France du Général dont il est un digne héritier par certains aspects.

 ALGERIA-WATCH 21.02.07
Pour le président de l'UMP, la colonisation est un acte de « civilisation »


Discours de Nicolas Sarkozy à Toulon (07.02.07), candidat à la présidentielle 2007

« [...] Je souhaite qu'on ne puisse pas vivre en France sans respecter sa culture et ses valeurs. Je souhaite qu'on ne puisse pas s'installer durablement en France sans se donner la peine d'écrire et de parler le Français. Et à ceux qui veulent soumettre leur femme, à ceux qui veulent pratiquer la polygamie, l'excision ou le mariage forcé, à ceux qui veulent imposer à leurs soeurs la loi des grands frères, à ceux qui ne veulent pas que leur femme s'habille comme elle le souhaite je dis qu'ils ne sont pas les bienvenus sur le territoire de la République française. A ceux qui haïssent la France et son histoire, à ceux qui n'éprouvent envers elle que de la rancoeur et du mépris, je dis aussi qu'ils ne sont pas les bienvenus [...]

 Le rêve européen a besoin du rêve méditerranéen. Il s'est rétréci quand s'est brisé le rêve qui jeta jadis les chevaliers de toute l'Europe sur les routes de l'Orient, le rêve qui attira vers le sud tant d'empereurs du Saint Empire et tant de rois de France, le rêve qui fut le rêve de Bonaparte en Egypte, de Napoléon III en Algérie, de Lyautey au Maroc. Ce rêve qui ne fut pas tant un rêve de conquête qu'un rêve de civilisation [...]

 Faire une politique de civilisation comme le voulaient les philosophes des Lumières, comme essayaient de le faire les Républicains du temps de Jules Ferry. Faire une politique de civilisation pour répondre à la crise d'identité, à la crise morale, au désarroi face à la mondialisation. Faire une politique de civilisation, voilà à quoi nous incite la Méditerranée où tout fut toujours grand, les passions aussi bien que les crimes, où rien ne fut jamais médiocre, où même les Républiques marchandes brillèrent dans le ciel de l'art et de la pensée, où le génie humain s'éleva si haut qu'il est impossible de se résigner à croire que la source en est définitivement tarie. La source n'est pas tarie. Il suffit d'unir nos forces et tout recommencera [...]

 Cessons de noircir le passé. L'Occident longtemps pécha par arrogance et par ignorance. Beaucoup de crimes et d'injustices furent commis. Mais la plupart de ceux qui partirent vers le Sud n'étaient ni des monstres ni des exploiteurs. Beaucoup mirent leur énergie à construire des routes, des ponts, des écoles, des hôpitaux. Beaucoup s'épuisèrent à cultiver un bout de terre ingrat que nul avant n'eux n'avait cultivé. Beaucoup ne partirent que pour soigner, pour enseigner. On peut désapprouver la colonisation avec les valeurs qui sont les nôtres aujourd'hui. Mais on doit respecter les hommes et les femmes de bonne volonté qui ont pensé de bonne foi ouvrer utilement pour un idéal de civilisation auquel ils croyaient. Il faut respecter ces milliers d'hommes et de femmes qui toute leur vie se sont donné du mal pour gagner par eux-mêmes de quoi élever leurs enfants sans jamais exploiter personne et qui ont tout perdu parce qu'on les a chassés d'une terre où ils avaient acquis par leur travail le droit de vivre en paix, une terre qu'ils aimaient, parmi une population à laquelle les unissait un lien fraternel. Je veux le dire à tous les adeptes de la repentance qui refont l'histoire et qui jugent les hommes d'hier sans se soucier des conditions dans lesquelles ils vivaient, ni de ce qu'ils éprouvaient. Je veux leur dire : de quel droit les jugez-vous ?  »


  A Toulon, son discours n'est pas un dérapage mais une affirmation d'une certaine représentation du monde et de l'altérité culturelle, de sa conception de son rapport à l'histoire, de son idéologie marquée par la pensée coloniale. Lorsqu'il célèbre les Républicains de Jules Ferry dans son ode toulonaise coloniale, il ne célèbre pas uniquement l'homme politique qui a favorisé la laïcité de l'enseignement scolaire en France mais implicitement surtout celui qui appelait les « races supérieures à civiliser les races inférieures ». Le candidat de l'UMP fut d'ailleurs l'une des figures de proue de la loi du 23 février 2005 stipulant la nécessité de formater l'imaginaire collectif de nos enfants en leur enseignant le rôle positif de la colonisation. Le discours de Toulon n'en est qu'une illustration. Il en appelle à la nostalgie des premières croisades coloniales en Orient, de l'ère impériale de Napoléon I en Egypte et de Napoléon III en Algérie. Il fait l'apologie d'une « politique de civilisation » pour répondre à « la crise identitaire, la crise morale et le désarroi face à la mondialisation » et l'on en vient même à se demander s'il ne souhaiterait pas que la colonisation puisse recommencer : « La source n'est pas tarie. Il suffit d'unir nos forces et tout recommencera  ». Enfin le dernier paragraphe cité est sans doute le seul passage démagogique du locataire de la place Beauvau. L'idéologie coloniale est un des moteurs de la politique du candidat de l'UMP avec toute l'économie de la violence qu'elle présuppose et la conception ethniciste de la société française qu'elle légitime.

Le discours de Toulon du candidat Sarkozy est donc paradigmatique de sa pensée et de sa conception de l'histoire. Il annonce aussi une parfaite adéquation avec le discours sur la colonisation de son mentor Jacques Chirac il y a dix ans ou avec le Général-président il y a quarante ans.

 « Pacification, mise en oeuvre des territoires, diffusion de l'enseignement, fondation d'une médecine moderne, création d'institutions administratives et juridiques, voilà autant de traces de cette oeuvre incontestable à laquelle la présence française a contribué non seulement en Afrique du Nord mais aussi sur tous les continents...A cet hommage que nous dictent le respect, l'admiration et la reconnaissance, nous joindrons aussi celui que nous devons à tous ceux et à toutes celles qui ont contribué à la grandeur de notre pays en incarnant l'oeuvre civilisatrice de la France. Nous ne saurions oublier que ces soldats furent aussi des pionniers, des bâtisseurs, des administrateurs de talent qui mirent leur courage, leur capacité et leur coeur à construire des routes et des villages, à ouvrir des écoles, des dispensaires, des hôpitaux. »Jacques Chirac, président de la République Française en 1996, lors de l'inauguration, à Paris, d'un monument à la mémoire des victimes civiles et militaires françaises de la guerre d'Algérie. Cité par Le Canard Enchaîné du 08.02.2006, N°4450. Grand air du colon.

« Certes au temps où la colonisation était la seule voie qui permit de pénétrer des peuples repliés dans leur sommeil, nous fûmes des colonisateurs, et parfoisimpérieux et rudes. Mais au total, ce que nous avons, en tant que tels, accompli laisse un solde largement positif aux nations où nous l'avons fait » Le général de Gaulle, président de la république française, 31.01.1964. Cité par Le Canard Enchaîné du 08.02.2006, N°4450

 En ce sens il s'inscrit dans la prolongation du discours paternaliste et souverainiste tenu par tous les présidents antérieurs de la Vème. Il en constitue même un durcissement et une régression. Sa loi sur l'immigration choisie a été vécue par les Africains et leurs descendants comme une forme de sélection des candidats à l'immigration selon des caractéristiques définies par les autorités françaises. Un procédé qui n'est pas sans rappeler la sélection des esclaves par les acheteurs sur les marchés en fonction de leurs caractéristiques morphologiques et physiques. Cette loi constitue indéniablement une loi qui risque d'augmenter la fuite des cerveaux africains vers l'Europe.

 Le candidat Sarkozy quoiqu'il en dise est aussi le digne héritier de la Françafrique. Il a hérité des réseaux pasqua et sera l'héritier naturel des réseaux chiraquiens. Ce fils autoproclamé de la Chiraquie à la manière d'un brutus chiraquien a beaucoup appris de son mentor. Il est apprécié de certains dictateurs africains tel qu'Omar Bongo qui l'appelait par son prénom lors d'une interview complaisante sur France 2 et qui l'avait reçu l'année dernière dans son hôtel particulier à Paris : "C'est que, Nicolas, je connais Nicolas, depuis longtemps, longtemps, grâce à Chirac justement." (France 2, 15.02.07). 

 Le locataire de la place Beauvau et candidat à la présidence a proclamé haut et fort qu'il ne souhaitait pas renégocier les accords de défense avec les pays du pré-carré françafricain et entendait maintenir l'armée française en Afrique. Il est le grand ami des patrons des multinationales prédatrices du pré-carré françafricain (Bouygues, Bolloré, Elf-Total, Areva...) ainsi que celui des marchands de canon (Lagardère, Dassault) qui contrôlent 60 à 70% de l'édition en France. Sans parler des patrons de presse avec qui il entretient des liens étroits (Le Monde, Le Figaro, Le Point, L'Express, Paris-Match, TF1, Europe 1...). Des médias bien souvent tenus par les grandes multinationales ou les milieux financiers. Il est évident que ce système contribue à verrouiller l'information. Le directeur de la rédaction de Paris-Match, Alain Genestar,  ne s'est-il pas fait éjecter de son journal  par son patron Lagardère pour crime de lèse Sarkozy ? De toute évidence les intérêts françafricains des multinationales françaises convergent avec ceux du candidat Sarkozy. On ne voit pas en quoi cette alliance désserrerait l'étau de l'omerta françafricaine qui pèse sur la presse française. D'ailleurs le discours pro-colonialiste de Toulon du candidat Nicolas n'a filtré quasiment dans aucuns grands journaux.

 Un candidat qui n'a jamais caché ses sympathies pro-atlantistes et son admiration pour les politiques ultra-libérales anglo-saxonnes. C'est sans doute là, la grande rupture du programme électorale du candidat de l'UMP vis-à-vis des gaullistes traditionnels. Elle vient essentiellement des nouvelles orientations pro-atlantistes qu'il veut insuffler à la politique étrangère française. On sait que son entourage politique proche soutient la politique coloniale atlantiste en Afghanistan, en Irak et les intentions états-uniennes de bombarder l'Iran. C'est son actuel conseiller de la défense, Pierre Lellouch, qui appelait en écho avec Bernard Kouchner à une coalition franco-américaine pour attaquer l'Irak au nom du devoir d'ingérence humanitaire, forme déguisée du colonialisme. Six cent cinquante milles morts plus tard on mesure mieux les limites des prétendues « politiques de civilisation » apportées par la coloniale. Sarkozy marque donc une rupture avec le gaullisme et ses illusions  souverainistes de pseudo-indépendance vis-à-vis des USA. Au sein du gouvernement français, les proches de Sarkozy commencent à influencer la politique du quai d'Orsay en prônant le soutien français aux néoconservateurs états-uniens prêts à attaquer l'Iran (Le Canard Enchaîné, 21.20.07, N° 4504 La diplomatie iranienne de Chirac retoquée par des "néo-conservateurs" français. "Evitons de commettre les mêmes erreurs que naguère avec Irak, en s'opposant aux USA", disent-ils). Les vélléités de résistances chiraco-villepiniste à la politique coloniale américaine en Iran semblent d'ailleurs avoir fait long feu*

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Dernières modifications : le 26.02.07.
* suppression de la phrase "vélléités de résistance Chiraco-villepiniste en Irak " car cette résistance française à la politique coloniale US en Irak a été réelle.