|
PRESSAFRIQUE
22.03.07 |
| Un article du Monde publié le
20.03.07 révèle que la commission des sondages a dénoncé des "erreurs
manifestes" dans deux sondages du CSA. Cette commission remet en cause la
significativité des chiffres pour certains candidats et des méthodes de
redressement utilisés par l'institut CSA pour deux sondages publiés dans
Le Parisien. Ce quotidien a été obligé de se fendre d'un
communiqué inhabituel le 20.03.07 : « Lors de ses
séances des 16 et 19 mars 2007, la commission des sondages a examiné deux
sondages relatifs à l'élection présidentielle, réalisés par l'institut
CSA, et publiés dans les éditions du Parisien-Aujourd'hui en
France des 8 et 15 mars derniers. Eu égard à certaines modalités de
redressement appliquées aux résultats bruts de ces enquêtes, la
commission, sans pour autant mettre en cause l'intégrité professionnelle
de l'institut, exprime des réserves sur le caractère significatif
des intentions de vote publiées dans ces deux sondages.». Ces
sondages portaient sur les estimations des votes auprès d'échantillons
d'environ 1000 personnes pratiqués à une semaine d'intervalle. Le premier
sondage des deux sondages incriminés publié le 8 mars montrait pour la
première fois que François Bayrou « talonnait » Ségolène Royal : le candidat de
l'UDF était crédité de 24 % des intentions de vote au premier tour, en
progression de 7 points, derrière la socialiste, donnée à 25 %, et
M. Sarkozy à 26 %, dans cette enquête publiée le 8 mars. Le second,
publié le 15 mars, exprimait au contraire un recul de M. Bayrou, à 21
%. Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal remontaient tous deux d'un point,
respectivement à 27 % et 26 % d'intentions de vote par rapport au
précédent sondage CSA. Or la commission des sondages évoque des "erreurs
manifestes...eu égard à certaines modalités de redressement
appliquées" pouvant influencer la significativité des résultats
sans se prononcer sur les candidats en question. Ce qui laisse une
ambiguïté sur les candidats pour lesquels les estimations ne
seraient pas adéquates et pose la question de la significativité des
comparaisons statistiques effectuées concernant les pourcentages de vote
envers ces candidats dans leur échantillon dit représentatif.
La commission se borne à
reconnaître que ce sont les méthodes de redressement qui sont en cause.
« Celles-ci peuvent être socio-démographiques, précise
Matthias Guyomar. Un exemple théorique : un institut peut "booster"
les réponses des 3 % d'ouvriers présents dans un échantillon si ceux-ci
représentent en fait 6 % de la population française. Le redressement peut
aussi se fonder sur des critères politiques, comme les précédents
scrutins. » Mais il refuse d'entrer plus dans le détail, de peur
de « révéler une méthode exclusive d'un
institut ». Pour l'institut CSA, leurs sondages révèlent une différence significative entre les candidats. Le seul point de discorde serait l'estimation des votes de Le Pen qui sont redressés compte tenu de l'électorat spécifique de Jean-Marie Le Pen qui aurait peur de livrer ses opinions politiques aux sondeurs. Selon Stéphane Rozès du CSA (dans Le Monde 21.03.07 Stéphane Rozès explique la méthode de CSA, après une "mise au point" de la commission des sondages) : "Notre indicateur FN nous amène la plupart du temps à sortir par le haut des fourchettes classiques", répond M. Rozès, ajoutant que le score brut de Jean-Marie Le Pen est alors revu à la hausse. "Il arrive que sur certaines vagues, cet indicateur nous amène à sortir, par le bas, des fourchettes classiques d'évaluation des autres candidats, poursuit M. Rozès. Ce n'est qu'à certains moments que notre indicateur FN nous amène ainsi à sortir des fourchettes pour d'autres candidats." Et Stéphane Rozès se demande pourquoi la commission des sondages a-t-elle choisi ces deux sondages pour sortir de son silence. La direction de CSA a précisé qu'elle "maintenait l'intégralité de ses évaluations. Alors la question reste posée, est-ce la significativité plus globale des résultats qui est remis en cause par la commission des sondages ou bien seulement les méthodes de redressement utilisé (qui in fine influence aussi le score final des candidats dans les estimations) ? En clair est-ce que les scores recueillis par le trio de tête (Bayrou 24%, Royal 25%, Sarkozy 26%) sont significativement différents comme l'affirme l'institut CSA ? Pourquoi ne pas publier systématiquement les principaux résultats des tests statistiques lors de la diffusion dans les médias des songades effectués ? Ce qui permettrait d'apprécier la solidité des écarts estimés entre les candidats. Comme nous l'avions écrit dans Pressafrique, on peut légitimement s'interroger de savoir si la différence entre Royal à 25% et Sarkozy à 26% est si significative que cela, de même pour la différence entre Bayrou (24%) et Royal (25%) ou bien entre Bayrou (24%) et Sarkozy (26%). Si l'on considère un échantillon de 1000 personnes cela veut dire que dans cet effectif 240 ont voté Bayrou, 250 Royal et 260 Sarkozy. Peut-on dire qu'il y a une différence significative entre le nombre d'intentions de vote destinées aux trois candidats ? Il serait intéressant de savoir quels sont les seuils de significativité utilisés par l'institut CSA dans ces enquêtes. Après il reste la question de la représentativité des échantillons qui demeure une question essentielle. Dans le Nouvel Observateur, le sociologue Patrick Champagne s'interroge sur les différences observées entre les différents instituts de sondage quant aux estimations du vote des Français. Le sociologue pose la question de la représentativité des populations sondées. ''La cause la plus importante de ces résultats non concordants entre instituts de sondage qui cherchent pourtant à mesurer la même chose au même moment réside dans la constitution des échantillons qui ne sont représentatifs que...des enquêtés qui veulent bien répondre." En clair les personnes acceptant d'être jointes par téléphone ne sont pas forcément représentatives de l'ensemble du corps électoral français. Une variable qui malgré tout les redressements utilisés par les instituts de sondage apparaît difficilement cernable en l'état actuel des connaisances. Pour Patrick Champagne les variations observées en fonction des périodes et des instituts sont plus liées aux "propriétés sociales et politiques des enquêtés qui acceptent de répondre aux questions des instituts de sondages" qu'à la variabilité des intentions de vote. Ce sociologue préconise d'interdire les sondages pré-électoraux sauf dans les 3 jours précédents l'élection compte tenu que les estimations à la veille du scrutin sont les plus fiables et peuvent donc être plus à même de donner un baromètre fiable des intentions de vote des Français pouvant éclairer de manière pertinente les Français (ce qui reste à prouver). " On a suggéré d'interdire la publication des sondages préélectoraux sauf les 2 ou 3 jours qui précèdent le vote, c'est-à-dire de faire l'inverse de ce qu'on fait habituellement. N'est-il pas paradoxal, en effet, de passer autant de temps à commenter des sondages réalisés à plusieurs semaines, voire plusieurs mois, d'une élection, sondages dont on sait, par expérience, qu'ils ne livrent en rien des données utiles aux citoyens tant ils sont biaisés, et par contre de les interdire au moment du vote alors qu'ils sont réalisés en situation et donnent des informations pouvant éclairer le choix des électeurs ? Comme pour les précédentes élections, celle-ci va sans doute nous réserver quelques surprises par rapport à ce que les sondages semblaient prédire." A lire chez Pressafrique : Pressafrique 19.03.07 Du mésusage des sondages et de leur mauvaise interprétation |