ETRE NOIR EN FRANCE
AU XVIIIème Siècle


 
(Couverture : C.Van Loo : Dame de Harem buvant du café. Musée de l'ermitage).@AKG image

 Présentation de l'éditeur
La France du XVIIIe siècle, celle des Lumières, n'est pas à l'aise quand il s'agit de considérer les Noirs. Surtout lorsqu'ils sont esclaves aux Iles ou lorsqu'ils entrent, clandestinement ou non, dans le royaume dont toute personne qui foule le sol est réputée libre. Or, de la mort de Louis XIV à la chute de la royauté, des milliers de Noirs ont pénétré en France, parfois s'y sont installés. Erick Noël s'est plongé dans les archives pour rendre vie à ces femmes et ces hommes méconnus. Il décrit les images que les intellectuels et l'opinion ont plaquées sur l'identité et la condition noires - de la brute animale au bon sauvage. Il analyse les embarras, les variations de la législation relative aux personnes de couleur, et l'élaboration d'une jurisprudence hésitante. Il décrit la situation réelle des Noirs, à Paris, à Nantes ou à Bordeaux, qu'ils soient domestiques, artisans, couturières, perruquiers... ou, plus rarement, membres de la bonne société comme le chevalier de Saint-Georges. Enfin, il démontre que, si le sort des Noirs fut l'un des enjeux de la Révolution, on peut douter que ceux-ci lui aient dû une réelle émancipation. C'est en quoi ce livre d'histoire renvoie à une actualité frémissante.
 Biographie de l'auteur
Erick Noël, né en 1965, est maître de conférences en histoire moderne à l'université de Nantes. Auteur de nombreux articles notamment sur Alexandre Dumas, le chevalier de Saint-Georges, la Légion noire sous la Révolution, il a publié en 2003 Les Beauharnais, une fortune antillaise (1756-1796) (Droz).

 L'avis de Pressafrique (05.09.06)

Voici un livre qui mérite tout particulièrement notre attention de par le thème abordé, la caution universitaire (l'auteur est maître de conférence en histoire moderne à l'université de Nantes), la rigueur et la manière non manichéenne dont le sujet est traité. Le livre aurait pu tout aussi bien s'appeler "un racisme des Lumières", un titre d'ailleurs qui sous forme interrogative est celui du deuxième chapitre. Etre noir en France au XVIIIème siècle nous replonge au coeur des représentations culturelles de l'altérité à l'époque des Lumières et dans son contexte géopolitique à savoir celui de la traite négrière transatlantique et du premier empire colonial français aux Antilles. De manière saisissante l'auteur en reprenant de nombreux documents issus des archives d'époque montre comment le racisme était d'autant plus fort que l'on se situait dans les milieux esclavagistes et coloniaux.  "Ainsi le racisme serait né dans les milieux coloniaux, et Yvan Debbasch en a vu la raison profonde dans la montée aux Antilles autour de 1760 des Noirs et hommes de couleur libres, source d'inquiétude pour les colons qui ont cherché, avec Moreau de Saint-Méry, à établir un système de ségrégation"(p.34). En quelque sorte le discours et la politique discriminatoire à l'égard des Noirs au XVIIIème siècle ne peut être séparé du contexte esclavagiste et colonialiste dans lequel il est né. Cette rhétorique déshumanisante apparaît comme une modalité de légitimation de crimes contre l'humanité (à l'époque présentés comme une manière de civiliser les peuplades du Sud). Mais l'auteur ne s'attarde pas sur cette dimension, il importe pour Erick Noël de retracer sans manichéisme ni effets de style les représentations du magistère intellectuel sur l'identité des Noirs, l'évolution du statut et de la législation les concernant dans la France métropolitaine du siècle des Lumières. 

Le livre se décompose en trois parties. La première (Vision du XVIIIème siècle : l'esclavage et le bon sauvage) étudie les représentations du Noir au siècle des Lumières en s'étayant sur de nombreuses citations de philosophes, d'intellectuels, de politiques, de colons, d'esclavagistes ou d'hommes du siècle ; la deuxième (Une réalité : quatre ou cinq mille noirs et gens de couleurs en France ?) évoque sa condition, la démographie et l'évolution de la juridiction le concernant (on y apprend au chapitre VII qu'il existait au XVIIIème siècle une police des Noirs sous Louis XVI censée endiguer l'immigration des nègres conduits par leurs maîtres dans la France métropolitaine où ils pouvaient parfois être affranchis, l'esclavage étant officiellement interdit dans la métropole) ; et enfin la troisième (1789-1802, ou la révolution manquée) met en exergue les échecs de la révolution française à rendre effective la déclaration universelle des droits de l'homme avec la restauration de l'esclavage par Napoléon... Ce livre est sorti en mai 2006. On peut le commander sur le web Amazon.fr ou sur fnac.com où il n'a pas encore de fiche détaillée (avec la présentation de l'éditeur). Un livre à se procurer d'urgence pour mieux comprendre l'origine séculaire de nos représentations sélectives des droits de l'homme notamment dans nos relations avec les Africains (lire notre florilège d'ethnomaniaque et raciologique ou bien notre chapitre Françafrique ) mais aussi le poids des facteurs géopolitiques, historiques et économiques qui contribuent grandement aux constructions culturelles des représentions de l'altérité...