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 PRESSAFRIQUE 06.03.06
La Banque Mondiale complice du pillage de la RDC ?

 Mais que fait la Banque Mondiale ? Suite à la publication du rapport Lutundula sur les contrats miniers et les autres contrats d'affaires signés par les rebelles et les autorités gouvernementales avec des entreprises internationales entre 1996 et 2003 dénonçant des dizaines de contrats illégaux, suite à la publication d'un mémorandum sur le pillage des ressources de la RDC, la B.M reste toujours plongée dans un étrange silence. En effet la B.M n'a toujours pas publié son audit au sujet de pillages qui s'opèrent dans le secteur minier congolais. Parmi les bailleurs de fonds présents dans le pays cette institution financière joue un rôle de premier ordre. Et beaucoup s'interrogent sur la rétention de cet audit. Selon Human Rights Watch et Global Witness, "Alors qu'ils menaient cette enquête, certains membres de la commission ont été menacés et ils se sont heurtés à des hommes politiques, des responsables et des décideurs dans les entreprises qui refusaient de répondre à leurs questions. Malgré le soutien apporté par la Banque mondiale au travail de la commission, un certain nombre de pays et d'organisations internationales ont également refusé d'apporter leur assistance à la commission (Lutundula). Des responsables des Nations unies et du sénat belge, deux instances qui ont enquêté sur l'extraction des ressources naturelles au Congo entre 2000 et 2003, ont refusé de communiquer des informations importantes sur certains des contrats illégaux, sous prétexte de confidentialité".
 
C'est au tour de trois ONGs de lancer un pavé dans la marre et de critiquer le rôle de la Banque mondiale et les marchés de dupe passés entre des entreprises internationales et des hommes d'affaires congolais véreux qui bradent les ressources du Congo à vil prix. Selon l'ONG belge Brodher L. B et l'ONG britanique Raid, des entreprises internationales pilleraient le patrimoine minier du Congo en créant à leur avantage des accords de partenariats ou des joint-Ventures avec les entreprises minières congolaises. Ces ONGs citent deux sociétés : une belge (Forrest) et une israélienne (GEC) qui ont passé des accords complètement déséquilibrés avec la Gécamines (entreprise minière congolaise). Joint-Ventures dans lesquels la Gécamines a la portion congrue tandis que ces entreprises se réservent plus de 75% des parts selon ces ONgs. Le mémorandum des ONGs a été évoqué sur les ondes de RFI le 02.03 dans Afrique éducation puis dans le quotidien congolais Le Potentiel.  

 LE POTENTIEL 02.03.06
Pillage des ressources de la Rdc : des ong européennes dénoncent la duplicité de la Banque mondiale

...En effet, trois ong, deux belges et une britannique, ont fait étudier deux contrats par un cabinet spécialisé d'avocats. Le premier contrat a été conclu entre la Gecamines et un groupe canado-belge de l'homme d'affaires belgo-congolais Georges Forrest aujourd'hui associé à l'Israélien Dan Gertler, spécialiste du diamant en Rdc. Le second contrat a été conclu avec le groupe Gec, détenu en majorité par un homme d'affaires israélien.

Ces contrats qui recouvrent plus de 50% de l'exploitation du cuivre du Katanga, sont totalement déséquilibrés, affirment ces avocats. Pire, la Gecamines et donc le Congo ne devraient pas tirer profit aussi peu de ces contrats. Pourquoi ? Parce que les parts du gâteau ont été attribuées sans même évaluer les actifs de la Gecamines. Ce sont ces sociétés privées qui maîtrisent entièrement la gestion des projets. Elles peuvent donc facturer les services qu'elles apportent à la Gecamines diminuant d'autant plus ses bénéfices. Des contrats de dupes, selon l'ong belge Brodher L. B., co-signataire de ce mémorandum.

Pour Marco Olivier Herman de l'ong belge, il est en effet permis «de parler au moins de bradage du patrimoine national, si pas de pillage». L'analyse de ce cabinet international, affirme-t-il, «vient encore souligner davantage le déséquilibre total de ces contrats et vient faire planer un doute sur la campagne électorale parce que les enjeux économiques de ces contrats sont énormes et il n'y a aucune réglementation en termes de financement des partis politiques au Congo». Et de conclure : «Justement ce manque de transparence rend ce type de contrats très inquiétant dans un contexte de campagne électorale».

Cette analyse rejoint celle réalisée il y a trois ans déjà par un cabinet de consultants britannique, Ilc, mandaté cette fois par la Banque mondiale. Ce cabinet est arrivé aux mêmes conclusions : les contrats sont totalement déséquilibrés. Or, à ce jour la Banque mondiale n'a toujours pas rendu public cet audit. L'ong Red, co-signataire de ce mémorandum, ne comprend pas ce silence de la Banque mondiale. Et elle le dit à haute voix, par le biais de Patricia F. «Vraiment, nous sommes très surpris», déplore-t-elle. «Nous sommes arrivés à la conclusion que la Banque mondiale n'a pas voulu livrer la substance de cet audit», préférant le garder secret «parce que c'est honteux que la Banque mondiale n'ait pu mettre en application les recommandations très claires de l'audit»...


La réplique du groupe Forrest ne s'est pas faite attendre. Dans les colonnes du Potentiel (Le Groupe Forrest réagit au mémorandum des Ong Broederlijk Delen, 11.11.11 (Belgique)et Raid (Grande-Bretagne) ), le groupe révèle qu'il n'est pas le seul dans cette situation mais que le cabinet d'avocats canadien qui a mené cet audit à la demande des ONGs est lui même impliqué dans les affaires de la société canadienne Forst Quantum Minerais qui est aussi un concurrent du groupe Forrest et dont le rapport Lutundula indique (p.131) : "le gisement de lonshi a été cédé par la tutelle le 25 février 2000 à First Quantum Minerais sans contrepartie pour Sodimico et le cadastre minier vient d'attribuer, à la même entreprise la zone A des réserves de Sodomico...". Toujours selon l'entreprise belge, la société de droit congolais Somika est détenue à 99% par des intérêts canadiens tandis que la société Phelps défendu par le cabinet d'avocat en question a mis la main sur le fabuleux gisement de Tenke Fugurume avec la holding Lundin. Un sénateur congolais n'a pas hésité à révéler dans Le Potentiel (Contrats miniers en Rdc : le sénateur Camille Kos'Isaka Nkombe dénonce la manipulation des Ong belges et britanniques par des intérêts financiers concurrents et certaines personnalités congolaises) le caractère particulièrement déséquilibré de la joint-Venture réalisée par la société Lundin Holdings. "Dans ce dernier partenariat, la Gécamines qui a transféré la propriété de ses actifs mis dans la joint venture ne possède que 17,5% du capital social de Tenke Fungurume Mining contre 82,5% pour Lundin...".

En d'autres termes, le chaos dans lequel le Congo a été plongé ces dernières années profite avant tout aux intérêts des grandes holdings internationales qui peuvent extirper les richesses minières à moindre coût en l'absence d'un Etat de droit et d'une autorité de contrôle étatique. Au vu des remous suscités par les publications du rapport Lutundula, des ONGs et des sociétés impliquées par ces publications, on comprend mieux pourquoi certaines instances financières internationales restent frileuses pour révéler la nature et la modalité de ces contrats.
 
Force est de constater qu'un pays en état de guerre est beaucoup plus juteux en terme de rentabilité financière pour les entrepreneurs internationaux qui misent sur les fabuleuses richesses du Congo plutôt qu'un pays pacifié avec un état indépendant susceptible d'arrêter l'hémorragie des richesses du pays ; un commerce sans possibilité de contrôle, ou du moins sans véritable moyen effectif de régulation (en l'état actuel des choses), qui profite aussi aux pays limitrophes, à une pléthore de politiciens et d'hommes d'affaires de tous calibres ainsi qu'aux miliciens. Et cela bien sûr, se fait toujours au détriment de la population plongée dans le plus grand dénuement et dans la décroissance démographique à grande vitesse.

Et où peut-on trouver ces fabuleuses richesses minières ? Réponse : dans l'est et le nord-est du pays, c'est à dire au Katanga, dans l'Ituri et le Kivu. Et où est-ce que les milices massacrent et sévissent faisant fuir les populations par milliers? Réponse : dans les mêmes régions. Lire à cet égard le rapport circonstancié de la commission Lutundula.     

Le rapport préliminaire de la commission Lutundula [page 9-10]

...L'absence d'un Etat exerçant une autorité réelle partout sur un territoire vaste de 2.345.000 Km2, la situation de guerre et l'instabilité politique créent une opportunité de prédation à grande échelle qui transforme la République Démocratique du Congo en un espace économique de libre-service où se croisent les réseaux les plus divers et se côtoient les hommes d'affaires de tous calibres et horizons pour exploiter le cuivre, le cobalt et les métaux associés, le diamant, l'or, la cassitérite, le coltan, le bois, le café.De deux côtés de la ligne de front se développe une économie de guerre qui distribue des rentes de situation aussi bien aux belligérants qu'à leurs alliés respectifs en même temps qu'elle finance la guerre elle-même dont les motivations divorcent, par ailleurs, de plus en plus avec la conquête des libertés et la sécurité des pays voisins (Rwanda, de l'Ouganda et du Burundi) pour plonger dans le lucre et l'enrichissement personnel illicite.

Le lien entre l'exploitation illégale des ressources naturelles et autres formes des richesses de la République Démocratique du Congo et la poursuite de la guerre dans ce pays sera mis en exergue par le groupe d'experts de l'Organisation des Nations Unies mis en place par son Secrétaire Général le 31 juillet 2000 à la demande du Conseil de Sécurité. Ce panel révélera également l'existence dans tous les camps belligérants des réseaux d'élite impliquant les nomenklaturas politiques, commerciales et militaires, congolaises et des pays « agresseurs » et «invités » connectées à la criminalité internationale et qui captent à leur seul profit les richesses du Congo au détriment de ses populations. Ainsi, comme l'ont démontré l'O.N.G Observatoire Gouvernance-Transparence, A.G.T, le groupe d'experts nationaux sur l'exploitation illégale des ressources naturelles et autres richesses de la RDC et Jean Claude Willame, la guerre dans ce pays est finalement au centre d'importants enjeux économiques et financiers qui lui causeront une saignée humaine et matérielle sans précédent dans son histoire postcoloniale.

En effet, selon l'International Rescue Comettee, IRC, la guerre de 1998 a coûté directement et indirectement, jusqu'en 2002, environ 3.500.000 vies humaines. Le panel des experts de l'OND a évalué les pertes matérielles dues au pillage à au moins 5 milliards de dollars américains tandis que le groupe d'experts nationaux a chiffré à 10.118.267.299,46 dollars américains les pertes et dommages subis par la R.D.C et sa population du fait de la guerre rien que pour la partie du territoire national occupée par les rebelles.


On comprend mieux pourquoi les ONGs internationales pressent la Banque mondiale de publier son audit sur les pillages qui s'opèrent dans le secteur minier congolais. Cela permettrait sans doute d'y voir plus clair, de répertorier et de cartographier les accords de partenariat et autres joints-Ventures et de prendre le cas échéant des initiatives à une échelle internationale en sériant les responsabilités des bailleurs de fonds. On pourrait ainsi savoir plus précisémment à quelle sauce les Congolais sont mangés.

« Lorsque les accords de paix ont été signés, toutes les parties sont tombées d'accord pour enquêter sur ces contrats. Maintenant que la commission a mis en évidence des preuves de corruption et d'abus, les responsables congolais doivent s'attaquer franchement au problème, » a déclaré la coalition d'ONG internationales. « Le parlement doit rapidement inscrire le rapport de la commission à l'ordre du jour de ses activités et agir sur la base des recommandations formulées avant la fin de la période de transition. » La publication de l'audit de la Banque mondiale assortie de mesures ad hoc renforceraient sans aucun doute un parlement encore bien démuni pour faire face à une corruption galopante dans un pays encore loin d'avoir recouvert la paix. Mais les patrons de la Banque mondiale en ont-ils vraiment l'envie et la volonté ?