|
|
« Tous les quatre jours, une femme meurt sous les
coups de son mari. Est-ce qu'il s'agit d'un phénomène endogène
européen ou de traditions ? "Bats ta femme tous les soirs, si
tu ne sais pas pourquoi, elle le sait", c'est le fameux proverbe
arabe. Donc est-ce qu'il ne s'agit pas de traditions
importées ? » Luc Ferry,
un intellectuel ?, Afrik.com
02.03.06 |
Après les "sauvageons", les "racailles",
les "sous-hommes", la "polygamie", voici venu le temps des blagues de
potaches proclamées urbi et orbi, sur une chaîne de télévision
française, comme théorie explicative de la violence intrinsèque
prétendue des Arabes. Qui plus est par un ministre-philosophe de la Vème
république.
L'historicité du stock lexical attaché à
l'altérité exotique, au travers du discours politique, mériterait en
soi d'être resituer dans son contexte socio-politique. Historique :
le poids des représentations coloniales (le discours sur la "race" et
son paroxysme idéologique génocidaire
impensé) comme surdéterminant des représentations contemporaines
de cet Autre jadis colonisé. Sociétal
: la transformation de l'immigration en problème politique
et en enjeu sécuritaire et le discours populiste qui en découle
naturellement. Deux champs qui se télescopent et s'interpénètrent
: du passé et du présent, de l'exogène et de l'endogène.
En soi, le glossaire raciologique de certains hommes politiques
constitue un formidable fait social total maussien permettant d'appréhender
la nature de nos représentations culturelles sur l'altérité
proche et lointaine au relent colonial. Sans généraliser
hâtivement, y-a-t-il une influence du discours d'un certain
magistère politique républicain qui parle de "sauvageons", de "bruits et d'odeurs", de "racailles", "de
sous-hommes", "de traditions importées" sur le comportement de la
populace que cela soit sous la forme de SMS raciste de présentateur T.V ou sous la forme
d'éructations violentes de certains supporters de foot qui crient au singe
lorsqu'ils voient des footballeurs noirs dans les stades ? Ou
bien est-ce l'inverse ou les deux à la fois ou ni l'un ni l'autre? Quelles
sont les déterminants historiques, sociologiques et culturelles qui
président à de tels discours? S'agit-il de simples
dérapages populistes itératifs en un marathon politique où il
fait bon être ou bien ces dérapages sont-ils révélateurs d'une
mentalité collective? Qui doit montrer l'exemple ?
Et l'on se souvient d'un homonyme qui
éructait sous la IIIème République que "les races supérieures ont
des droits sur les races inférieures". Ce à quoi Clémenceau répondait,
pour tordre le cou à ces théories raciologiques légitimant le pillage
économique des pays colonisés : "Pour ma part, j'en rabats
singulièrement depuis que j'ai vu des savants allemands démontrer
scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre
franco-allemande, parce que le Français est d'une race inférieure à
l'Allemand. Depuis ce temps, je l'avoue, j'y regarde à deux fois avant de
me retourner vers un homme et vers une civilisation et de prononcer :
homme ou civilisation inférieure ! (...)". On aura bien compris qu'il
n'est point question de mettre tout le monde dans le même panier. Certains
refusent de se laisser porter par le courant ou plus explicitement de se
laisser formater par une idéologie raciste et populiste dont l'intensité oscille en fonction du contexte
socio-économico-politique, des enjeux historiques (il y a des retours
de mémoire qui font mal lorsqu'ils sont impensés !), sans oublier la
dimension la plus occulte mais la plus importante des enjeux du pouvoir :
la dimension géopolitique
.
Suite à tant de matériaux représentatifs de
la persistance d'une mentalité pré-logique (marginale ?) au coeur
de la République, le florilège d'ethnomanies sera étoffé et rebaptisé
florilège ethnomaniaque et raciologique. Pour plus
d'infos reportez-vous directement à la Fabrique. Le compteur sature face à la
machine à mépris
!
-------------------------------------------
Dernières modifications : le
07.03.06
|