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 PRESSAFRIQUE 13.03.06
Envoyé Spécial et la guerre contre-insurrectionnelle

  Décidément, l'émission Envoyé Spécial est coutumière des émissions valorisant l'action des forces de l'ordre ou des forces armées.
Qu'on en juge :
- le 05.01.06 : un reportage intitulé "retour de flammes" retrace la vie au quotidien de la Brigade Anticriminelle (BAC) d'un commissariat de banlieue après les violences urbaines de novembre dernier. Un autre reportage "les enfants de Bagdad" est consacré au rôle philantropique d'un ancien policier irakien qui essaye de sauver de la rue des jeunes délinquants à Bagdad. 

- le 12.01.06 : rediffusion d'un reportage, "police en ligne", sur les patrouilles de la BAC dans les transports en commun contre les incivilités au quotidien. (Ce jour là, dans ces voeux à la presse, le ministre de l'intérieur annonçait des chiffres de la délinquance en baisse et la nécessité d'augmenter les effectifs de la police ainsi que la création d'une police ferroviaire).  
- le 19.01.06 : reportage intitulé "dans la tête des tueurs en série", un reportage sur le travail des profilers qui aident les policiers à débusquer les serial killers.
- le 02.02.06 : reportage intitulé "Haïti en otage", un reportage sur les unités anti-rapt.
- le 09.03.06 : reportage sur l'entraînement de militaires à la guerre contre-insurectionnelle en Colombie. A noter que ce reportage n'était pas mentionné sur le site
d'Envoyé Spécial au 13.03.06.

Depuis le début de l'année en l'espace de sept émissions, plus de cinq reportages (dans cinq émissions différentes) ont été consacrés à valoriser le travail des forces de l'ordre ou/et des militaires. L'émission Envoyé Spécial  en est-elle devenue l'organe officieux de communication ? On remarquera le caractère très amène des reportages. Celui de jeudi dernier ne déroge pas à la règle.  

Le jeudi 09.03, un reportage faisant l'apologie des entraînements de guerre anti-insurrectionnelle en Colombie a été diffusé. On y suit le rituel initiatique et violent de militaires français (notamment d'un détachement de la légion de Guyanne) qui suivent un entraînement inculqué par des chefs de commandos colombiens. L'objectif, former les militaires étrangers à la lutte contre la guérilla marxo-terroriste des FARC. A l'issu des épreuves, ceux qui auront réussi pourront devenir des Lancero . L'enseignement particulièrement 
physique et violent vise à faire des militaires français des pros de la guerre contre-insurrectionnelle[1].

Parmi les épreuves, séances de tortures simulées, captures, parcours du combattant dans la forêt amazonienne, combats en pleine jungle, saut du haut d'un pont dans une rivière les yeux bandés guidé simplement d'une simple corde de rappel trop courte . "Les élèves vont apprendre à débusquer les guérilleros " disent les instructeurs. Le reportage glorifie les valeurs spartiates de la dure vie des entraînements (para)militaires. La voix-off explique les conditions drastiques de l'entraînement : "la nourriture est peu calorique, il faut apprendre à courir le ventre vide". 
On y voit un légionnaire français sauter du haut d'un pont en hurlant la devise de la légion "Legio, Patrio, Nostra". Des réunions, à l'étrange atmosphère paramilitaire de milice fascisante, ont lieu avec l'ensemble des troupes des militaires stagiaires. Des instructeurs Lancero , en béret et en tee-shirt noirs arborant un aigle impérial, scandent en coeur avec leurs élèves Lancero  : "Loyauté, Valeur, Sacrifice". L'instructeur poursuit : "nous luttons pour exterminer tous les groupes terroristes qui gangrènent notre pays". Un discours qui n'est pas sans rappeler le discours d'un Kurt au coeur des ténèbres : "Qu'on extermine toutes ces brutes". Et pourtant les propos évoqués ci-dessus dans le reportage n'amènent aucunes critiques ou modulations de la part de la voix-off sur les termes employés et l'objectif douteux de ces camps paramilitaires.

On ne voit pas trop ce qu'apporte ce genre de reportage ultraviolent en prime time si ce n'est une légitimation implicite de la formation de commandos rappelant les méthodes de la guerre antisubversive. Même le SIRPA (Service des Informations et des Relations Publiques des Armées) n'oserait pas diffuser ce genre de reportage comme slogan publicitaire pour attirer de nouvelles recrues dans la légion. Etrange ambiance qui souffle dans cette émission d'Envoyé Spéciale mettant en exergue des valeurs que l'on croyait d'un autre temps. Nous prépare-t-on aux ambiances de répression, de guerre, de lutte antisubversive sur le service publique face à la menace ?

Le reportage suivant s'intitule "Itinéraire du gang des barbares". Retour sur l'assassinat dans des conditions atroces d'Ilan Halimi perpétré par ce gang. Reportage vaguement compassionnel vis à vis de la famille des présumés agresseurs mais focalisé sur l'image de Fofana, nègre-musulman de banlieue. Les reporters ont besoin d'un mauvais objet et ne le lâche pas. Pourtant l'enquête judiciaire n'a pas encore révélé qui a fait quoi dans ce gang et quelles sont les responsabilités de chacun. En clair les témoignages recueillis dans le documentaire chargent tous Fofana comme "l'homme-clé" de l'horreur qui a coûté la vie à Ilan. De fil en aiguille, on apprend que d'autres personnes de la communauté juive ont été agressées par le gang de Fofana qui procédait à l'aide d'appâts féminins. Puis retour sur la traque du "cerveau des barbares" en Côte d'Ivoire. Enfin on apprend que Fofana en personne et quelques membres de sa bande auraient pu racketter des personnalités, des notables dans la région de Bagneux puis des médecins dans les "beaux quartiers de Paris". Certains témoignages évoquent les agressions et les menaces envers une américaine résidant en banlieue parisienne.  "Un homme qui avait une Djelabba blanche qui portait une photo de Ben Laden avec dans la main gauche un fusil". La voix-off ajoute que les agresseurs se sont réclamés du Front Pour la Libération de la Palestine. Nous voilà revenu sur la piste terroriste qui avait été aussi évoquée par le locataire de la Place Beauvau notamment la piste salafiste et palestinienne.  Les reporters terminent en évoquant les dérives ultra-violentes de cette bande et leurs actions antisémites antérieures. Selon le reportage, des coups de fil antisémites à un rabbin accréditeraient cette thèse.

Enfin l'émission de ce jeudi 09.03, pour faire bonne mesure, se termine sur un reportage d'"Amadou et Mariam : le duo de Bamako " qui incarne la réussite et la tolérance.

Lire aussi :

PRESSAFRIQUE 05.01.06
A propos d'un reportage diffusé dans l'émission Envoyé spécial sur France Télévision

PRESSAFRIQUE 12.01.06
L'émission Envoyé spécial au service de la com du ministère de l'intérieur ?


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1. Pour informtion ce sont les Etats-Unis qui inaugurèrent le premier programme d'entraînement anti-guérilla d'Amérique latine en Colombie en 1955 à l'Ecole de Lancero, complétant ainsi la formation fournie gracieusement par les USA aux officiers latino-américains dans la trop fameuse Ecole des Amériques, fort longtemps située dans la zone du canal de Panama sous le contrôle des USA. C'est dans ces écoles qu'on apprenait le métier : terroriser les populations en recourant à la torture, aux coups tordus, aux massacres perpétrés par différentes techniques.