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Décidément, l'émission Envoyé Spécial est coutumière des
émissions valorisant l'action des forces de l'ordre ou des forces armées.
Qu'on en juge : - le 05.01.06 : un reportage intitulé "retour de flammes" retrace la
vie au quotidien de la Brigade
Anticriminelle (BAC) d'un commissariat de
banlieue après les violences urbaines de novembre dernier. Un autre
reportage "les enfants de Bagdad" est consacré au rôle philantropique d'un
ancien policier irakien qui essaye de sauver de la rue des jeunes
délinquants à Bagdad.
- le 12.01.06 : rediffusion d'un
reportage, "police en ligne", sur les
patrouilles de la BAC dans les transports en
commun contre les incivilités au quotidien. (Ce jour là, dans ces
voeux à la presse, le ministre de l'intérieur annonçait des chiffres de
la délinquance en baisse et la nécessité d'augmenter les effectifs de la
police ainsi que la création d'une police ferroviaire). - le 19.01.06 :
reportage intitulé "dans la tête des tueurs en série", un reportage sur
le travail des profilers qui aident les policiers
à débusquer les serial killers. - le 02.02.06 : reportage intitulé
"Haïti en otage", un reportage sur les unités
anti-rapt. - le 09.03.06 : reportage sur l'entraînement de militaires
à la guerre contre-insurectionnelle en Colombie. A noter que ce reportage
n'était pas mentionné sur le site d'Envoyé Spécial au 13.03.06.
Depuis le début de l'année en l'espace de sept
émissions, plus
de cinq reportages (dans cinq émissions différentes) ont été consacrés à valoriser
le travail des forces de l'ordre ou/et des militaires.
L'émission Envoyé Spécial en
est-elle devenue l'organe officieux de communication ? On remarquera le
caractère très amène des reportages. Celui de jeudi dernier ne
déroge pas à la règle.
Le jeudi
09.03, un reportage faisant l'apologie des entraînements de guerre
anti-insurrectionnelle en Colombie a été diffusé. On y suit le rituel
initiatique et violent de militaires français (notamment d'un détachement
de la légion de Guyanne) qui suivent un entraînement inculqué
par des chefs de commandos colombiens. L'objectif, former les
militaires étrangers à la lutte contre la guérilla
marxo-terroriste des FARC. A l'issu des épreuves, ceux qui auront réussi
pourront devenir des Lancero
. L'enseignement
particulièrement
physique et violent vise à faire des
militaires français des pros de la guerre contre-insurrectionnelle[1].
Parmi les épreuves, séances de
tortures simulées, captures, parcours du combattant dans la forêt
amazonienne, combats en pleine jungle, saut du haut d'un pont dans une
rivière les yeux bandés guidé simplement d'une simple corde de rappel trop
courte . "Les élèves vont apprendre à débusquer les guérilleros
" disent les instructeurs. Le reportage glorifie
les valeurs spartiates de la dure vie des entraînements (para)militaires.
La voix-off explique les conditions drastiques de l'entraînement
: "la nourriture est peu calorique, il faut apprendre à courir le
ventre vide". On y
voit un légionnaire français sauter du haut d'un pont en hurlant la
devise de la légion "Legio, Patrio, Nostra". Des réunions, à
l'étrange atmosphère paramilitaire de milice fascisante, ont lieu avec
l'ensemble des troupes des militaires stagiaires. Des instructeurs
Lancero
, en béret et en tee-shirt noirs arborant un aigle
impérial, scandent en coeur avec leurs élèves
Lancero : "Loyauté, Valeur, Sacrifice". L'instructeur
poursuit : "nous luttons pour exterminer tous les groupes terroristes
qui gangrènent notre pays". Un discours qui n'est pas sans rappeler
le discours d'un Kurt au coeur des ténèbres : "Qu'on extermine toutes ces
brutes". Et pourtant les propos évoqués ci-dessus dans le
reportage n'amènent aucunes critiques ou modulations de la
part de la voix-off sur les termes employés et l'objectif douteux
de ces camps paramilitaires.
On ne voit pas trop ce qu'apporte ce genre
de reportage ultraviolent en prime time si ce n'est une légitimation
implicite de la formation de commandos rappelant les méthodes de la guerre
antisubversive. Même le SIRPA (Service des Informations et des Relations
Publiques des Armées) n'oserait pas diffuser ce genre de
reportage comme slogan publicitaire pour attirer de nouvelles
recrues dans la légion. Etrange ambiance qui souffle dans cette
émission d'Envoyé Spéciale mettant en
exergue des valeurs que l'on croyait d'un
autre temps. Nous prépare-t-on aux ambiances de répression, de guerre, de
lutte antisubversive sur le service publique face à la menace
?
Le reportage suivant s'intitule "Itinéraire du gang des barbares". Retour sur l'assassinat
dans des conditions atroces d'Ilan Halimi perpétré par ce gang.
Reportage vaguement compassionnel vis à vis de la famille des présumés
agresseurs mais focalisé sur l'image de Fofana, nègre-musulman de
banlieue. Les reporters ont besoin d'un mauvais objet et ne le lâche
pas. Pourtant l'enquête judiciaire n'a pas encore révélé qui a fait
quoi dans ce gang et quelles sont les responsabilités de chacun. En clair
les témoignages recueillis dans le documentaire chargent tous Fofana comme
"l'homme-clé" de l'horreur qui a coûté la vie à Ilan.
De fil en aiguille, on apprend que d'autres personnes de la communauté
juive ont été agressées par le gang de Fofana qui procédait à l'aide
d'appâts féminins. Puis retour sur la traque du "cerveau des barbares" en
Côte d'Ivoire. Enfin on apprend que Fofana en personne et quelques membres
de sa bande auraient pu racketter des personnalités, des notables
dans la région de Bagneux puis des médecins dans les "beaux quartiers
de Paris". Certains témoignages évoquent les agressions et les menaces
envers une américaine résidant en banlieue parisienne. "Un homme qui avait
une Djelabba blanche qui portait une photo de Ben Laden avec dans la main
gauche un fusil". La voix-off ajoute que les agresseurs se
sont réclamés du Front Pour la Libération de la
Palestine. Nous voilà revenu sur la piste terroriste qui
avait été aussi évoquée par le locataire de la Place Beauvau notamment la
piste salafiste et palestinienne. Les reporters terminent en
évoquant les dérives ultra-violentes de cette bande et leurs actions
antisémites antérieures. Selon le reportage, des coups de fil antisémites
à un rabbin accréditeraient cette thèse.
Enfin l'émission de ce jeudi 09.03, pour
faire bonne mesure, se termine sur un reportage d'"Amadou et Mariam : le
duo de Bamako " qui incarne la réussite et la
tolérance.
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PRESSAFRIQUE 05.01.06 A
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sur France Télévision
PRESSAFRIQUE 12.01.06 L'émission Envoyé spécial au service de la com du
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