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 PRESSAFRIQUE 17.03.06
Qui arme la Côte d'Ivoire (2) ?

Selon Le Monde, et d'après des informations en provenance de l'ONU, "les deux tiers des marchés militaires de la Côte d'Ivoire entre 2002 et 2004 ont transité par la Darkwood", une société détenue par un ancien gendarme de l'Elysée bien en vue dans certains réseaux de la Françafrique (LE MONDE 11.01.06, Robert Montoya, un "plombier" en Afrique ). Selon Libération (Robert Montoya rattrapé par ses trafics d'armes en Afrique), "cet ancien gendarme de l'Elysée sous François Mitterrand, condamné en France pour des écoutes illégales en 1992, s'était reconverti, avec succès, en marchand d'armes sous les tropiques. A Lomé, à la tête de plusieurs sociétés de sécurité, il a fait fructifier ses affaires, tout en rendant de fiers services au pouvoir répressif du général-président aux éternelles lunettes noires, Gnassingbé Eyadéma".

Suite à l'enquête du juge Brigitte Raynaud sur le bombardement du camp militaire de Bouaké qui a entraîné la mort de neuf soldats français et en dépit du secret défense apposé à de nombreux dossiers touchant à cette affaire, un mandat international a été demandé par la juge à l'encontre de Robert Montoya présumé pourvoyeur d'armes de guerre et d'avions de chasse pour les "Patriotes" (LE MONDE 31.01.06 Côte d'Ivoire: l'enquête sur l'attaque antifrançaise de Bouaké se focalise sur Robert Montoya) . Hormis l'Israëlafrique (LE POINT 21.12.04 Révélations. Côte d'Ivoire: La piste étrangère ) qui a soutenu logistiquement les FANCI et leur a fourni assistance militaire technique et matérielle (les fameux drones), il semble que les réseaux françafricains soient d'importants pourvoyeurs d'armes en Côte d'Ivoire. Et qui plus est, aux différents belligérants de la crise depuis 2002. Une situation qui n'est pas sans rappeler le rôle de la Françafrique en Angola en synergie avec les réseaux transatlantiques et russafricains confluents dans une mafiafrique informe (?), ainsi que son action au Congo-Brazzaville .

 La privatisation de la violence par Xavier Renou aux éditions Agone, p. 311

 "C'est le cas par exemple de la société Elf, très impliquée dans les conflits d'Afrique australe dans les années 1990 et jusque très récemment. Le conflit angolais présente un avantage immédiat pour qui est en mesure de négocier l'accès aux immenses ressources pétrolifères de ce pays : il rend les belligérants extrêmement dépendants de la vente de ces ressources, qui peut seule permettre de financer la guerre et, avec elle, leur survie politique. La société française (Elf, ndlr), avait donc intérêt à faire durer un conflit qui lui permettait d'accéder à vil prix aux champs pétrolifères. Aussi a-t-elle répondu aux demandes exprimées par les différentes parties, armant et fournissant en mercenaires l'UNITA autant que le MPLA au pouvoir en Angola. Au passage la firme multinationale réalise de copieux bénéfices qui vont alimenter ses multiples caisses noires".

 


Un processus qui n'est pas sans rappeler les déclarations d'un ancien PDG de la compagnie, ''compatissant'' aux sorts des Congolais.

 Le Floch-Prigent, Affaire Elf, affaire d'Etat. Entretiens avec Eric Decouty. Folio documents. p.123-124.

 Je sais, effectivement qu'en 1997 la FIBA (banque d'ELF, ndlr)  a joué un rôle dans la livraison des armes qui ont permis de faire un carnage à Brazzaville [...]. Des hommes sont morts. Et tous les mois, lorsque leur pétrole est vendu, les Congolais voient une partie de leur argent aller directement chez Elf pour rembourser ces armes. Cette ignominie dure depuis quatre ans qui s'en soucie? On applaudit à la fermeture de la Fiba quelle acte de bravoure! Mais des milliers de Congolais sont morts et les survivants doivent payer les armes qui ont tué les leurs...


D'ailleurs le rapport de l'ONU de mai 2005 (PRST/2004/17) intitulé "Commission d'enquête internationale sur les allégations de violations des droits de l'homme en Côte d'Ivoire" évoquait  la découverte de quinze champs pétrolifères en Côte d'Ivoire comme l'une des causes externes du conflit.

 Commission d'enquête internationale sur les allégations de violations des droits de l'homme en Côte d'Ivoire
mai 2005 (PRST/2004/17). p.88

 ...Jadis le pays le plus riche de la sous-région doté d'une économie solide, la Côte d'Ivoire avait commencé à sombrer dans la crise vers la fin du règne d'Houphouët Boigny. Cette déstabilisation du pays a engendré la fuite des investissements et la délocalisation de certaines usines vers d'autres pays de la sous-région. La découverte de quinze champs pétrolifères en Côte d'Ivoire est considérée par certains médias nationaux et internationaux comme étant un élément renforçant cette déstabilisation. Cela constitue en outre un centre d'intérêt au conflit voire de la main mise sur les ressources économiques du pays par les Etats voisins et par les Occidentaux. ...




Voici une série d'infos extraites de la presse et d'instance spécialisées sur l'implication probable des réseaux françafricains dans les livraisons d'armes ou sur le soutien logistique et technique apporté aux différentes factions armées en Côte d'Ivoire. Il est évident que les informations sont en partie déséquilibrées dans la mesure où l'armement arrivant dans le camp des "forces loyalistes" est beaucoup plus surveillé (notamment par l'ONU) et donc médiatisé que celui transitant par le Burkina Faso, chantre de la françafrique et de la francophonie, pour finir chez les rebelles où l'opacité reste encore de mise.  


Extraits :

 La privatisation de la violence par Xavier Renou aux éditions Agone, p. 311

 ...On se rappelle que le Français naturalisé sud-africain Richard 'Sanders' Rouget était condamné en juillet 2003 pour avoir recruté et envoyé en Côte d'Ivoire des mercenaires. Il a fourni ses services de recrutement aux deux parties en conflit, forces gouvernementales du président Gbagbo et rebelles du MPIGO ! L'ancien militant d'extrême droite a-t-il agi en toute indépendance, comme un simple intermédiaire à la recherche du plus fort gain, ou a-t-il été sollicité  par une puissance étrangère, la France peut-être ? Qui l'a mis en contact avec ses clients, pas fâchés que des mercenaires renforcent les deux camps ?...


 Commission d'enquête internationale sur les allégations de violations des droits de l'homme en Côte d'Ivoire
mai 2005 (PRST/2004/17). p.88

 ...Il est indéniable à l'heure actuelle que les deux parties ivoiriennes en conflit ont eu recours aux services des mercenaires originaires notamment du Libéria, d'Afrique du Sud, de l'Angola, de la France pour le gouvernement et de ceux en provenance du Libéria et de la Sierra Léone en ce qui concerne les rebelles du MPCI.

Selon des témoignages, les rebelles libériens engagés étaient des opposants au régime de Charles Taylor. Leurs unités de combat étaient baptisées "Lima" ou "Fire".

Il y avait aussi des Ghanéens, des Guinéens, des Burkinabés, des Français, des Sud-Africains. La Commission a reçu une liste avec des noms des mercenaires notamment français et sud-africains ...

Reste à savoir si ces réseaux agissent de manière totalement indépendante pour améliorer leurs fins de mois difficiles ou s'ils ont reçu un quelconque "feu orange".

Une commission d'enquête sérieuse serait la bienvenue. Malheureusement, ni le parlement français pour cause de déficit démocratique (non accès à la politique étrangère, domaine réservé de l'Elysée), ni l'ONU pour cause d'allégeance aux puissances règnantes au sein du conseil de sécurité ne semblent réellement en mesure de mettre à jour les réseaux qui alimentent en armes les deux factions en présence.

AFRICA INTELLIGENCE 21.11.05
Armurier et armements... 

 ...Les experts de l'ONU ont enquêté sur les "prélèvements" opérés par le pouvoir dans les caisses du cacao pour acheter de l'armement (180 millions $ en 2004) et ceux des "Forces nouvelles" sur les recettes du coton. Les mêmes Forces nouvelles pillent allègrement, selon les experts, les diamants de la mine de Séguéla et exportent les "cailloux" par la Guinée et le Mali. Sur ce dossier sensible, le groupe d'experts a préféré ne pas donner les noms des intermédiaires européens qui récupèrent ces diamants pour ne pas gêner les enquêtes internationales en cours...


 
 A suivre...

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Dernières modifications 19.04.06