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 PRESSAFRIQUE 21.02.07
Le documentaire "la bataille d'Abidjan" revient sur le soutien Françafricain à Charles Taylor au Libéria


  Pendant que France 2 diffuse une interview complaisante du néogouverneur françafricain Omar Bongo [1] au pouvoir depuis plus de 40 ans grâce au tandem Foccart-De Gaulle puis à des élections frauduleuses  soutenues par ses parrains françafricains successifs, Arte diffuse un reportage intitulé "la bataille d'Abidjan" dans une émission intitulée "L'Afrique est-elle maudite ?" évoquant l'histoire récente de la Côte d'Ivoire. On y apprend qu'une alliance de pays françafricains avec à leurs têtes des dirigeants très bien vus par Paris : Blaise Compaoré au Burkina Faso et surtout Félix Houphouët Boigny en Côte d'Ivoire ont soutenu la rébellion de Charles Taylor [2] au Libéria. Charles Taylor a engagé une guerre qui a embrasé le Libéria à partir de la Côte d'Ivoire en décembre 1989. Un journaliste ivoirien évoque en filigrane de manière à peine voilée le soutien diplomatique et militaire françafricain à Houphouët Boigny pour aider Charles Taylor à s'accaparer les richesses du Libéria anglo-saxon. Selon un expert de la Lettre du continent, Antoine Glaser, ces pays en alliance avec la Libye de Khadhafi ont armé les rebelles du Libéria avec le soutien de la France. Selon Antoine Glaser, les rivalités entre les anciennes puissances coloniales ont joué dans la guerre qui a éclaté au Libéria.

"Il y a quand même toujours eu une sorte concurrence entre les anciennes  puissances coloniales sur l'Afrique. Et le Libéria était aussi symptomatique de cette présence en disant voilà le Libéria c'est les Anglosaxons qui veulent pénétrer dans le précarré français. Et donc la France a joué un rôle bien évidemment avec le colonel Khadafi une sorte d'alliance un peu étonnante avec Blaise Compaoré du Burkina Faso et de l'autre côté Houphouet Boigny en Côte d'Ivoire. Tout le monde a soutenu Charles Taylors avec des intérêts économiques, dans le sens où c'était le prolongement de la Côte d'Ivoire. Cette guerre c'était l'hévéa tout ce qui était minerais et diamants." (Propos d'Antoine Glaser interviewé dans le documentaire : la bataille d'Abidjan) 

Antoine Glaser évoque à mi-mots ce qu'avait révélé François-Xavier Verschave il y a dix ans. Ce dernier rappelait aussi dans son livre [3 ], la manière dont la Françafrique gaullienne a instigué la guerre du Biafra dans les années soixante. Un atavisme néocolonial impensé dans la culture française dite post-coloniale.

 

François-Xavier Verschave
 FRANCAFRIQUE. LE PLUS LONG SCANDALE DE LA REPUBLIQUE
"My Taylor is rich", p.202-203.
Edition Stock.

 [...] Presque vingt ans après le Biafra, on retrouve en 1989 le zélé foccartien Mauricheau-Beaupré au secours d'une autre terrible guerre civile : l'invasion du Liberia par les milices de Charles Taylor. L'objectif initial est le même qu'au Biafra : tailleur de croupière aux "Anglo-Saxons" - les Américains en l'occurence, "protecteurs" d'un pays fondé par leurs anciens esclaves, et les Africains anglophones du trop puissant Nigeria [...] Contre le Nigeria, le tandem Foccart-Houphouët et la galaxie françafricaine tiennent leur revanche de la faillite biafraise. Une revanche commerciale d'abord, par l'avantage donné aux réseaux libano-ivoiriens (très influent à Paris) sur leurs rivaux nigérians dans le contrôle de l'or, du bois, des pierres précieuses et des trafics locaux. Une revanche militaire aussi, par la mise en échec de la force d'intervention Ecomog, à dominante nigériane. [...] Comme champ de tir, le Liberia remplace le Biafra. Le Burkina de Blaise compaoré se subsitue au Gabon d'Omar Bongo comme premier associé du tandem Foccart-Houphouët. La Libye se montre curieusement coopérative. Le réseau mitterandien pointe son nez. Tous ces jeux d'intérêts prolongent durant six années le massacre: au minimum 150 000 civils (1990-1996). Qui  parmi les millions de télespectateurs français s'émouvant au spectacle des enfants libériens faméliques, s'alarmant de la prolifération des drogués de la kalachnikov, savait que les réseaux françafricains étaient derrière cet abominable conflit? [...]  

 Lorsque Charles Taylor parvient au pouvoir après une guerre civile sanglante qui a fait des dizaines de milliers de morts, celui-ci accordera des concessions minières à ses protégés nommément dans le reportage :  l'entreprise française Bolloré et le groupe hollandais Timber corporation. "Après avoir mis le pays à feu et à sang Charles Taylor arviendra même à se faire élire président au grand dam du roi américain Firestone. Taylor n'oublie pas de renvoyer l'ascenceur à ceux qui l'ont aidé : le président ivoirien Houphouët Boigny, le groupe hollandais oriental Timber corporation et le français Bolloré qui obtiennent de grandes concessions dans le caoutchouc et le bois exotique". Un mercenaire ivoirien ayant participé aux milices de Taylor évoque l'organisation de celles-ci. Ces milices ont reçu le support de commandos burkinabés (mais aussi ivoiriens), d'armes en provenance de Libye et se livraient au pillage des richesses (bois, hévéa...) exportés vers la Côte d'Ivoire. Il évoque l'arrivée de Français pour le bois et de Chinois pour le fer.

Charles Taylor et ses troupes poursuivront avec les mêmes soutiens françafricains leur déstabilisation de la région en s'attaquant à la Sierra Léone pour s'accaparer les richesses diamantifères. Charles Taylor a conduit ses crimes depuis Monrovia, en parrainant à son tour les rebelles du RUF en Sierra Leone. Il débutera également un trafic d'armes avec ce pays voisin qu'il échangera contre des diamants de sang. Bien sûr dans certaines émissions du PAF le soutien françafricain, véritable moteur de la guerre du Libéria, est systématiquement occulté. Pourtant sans le soutien de la Françafrique, jamais les milices de Charles Taylor n'auraient pu conduire leur entreprise apocalyptique au Libéria puis leur parrainage aux rebelles de la Sierra Leone. A qui les responsabilités : aux parrains, aux bailleurs de fond de cette guerre ou bien aux exécutants ? Aux deux mon général, serait-on tenté de dire. Charles Taylor a été arrêté au Nigeria en mars 2006 et son procès devrait avoir lieu en juin 2007. On ose espérer que les rouages occultes qui lui ont permis de mener sa terrible guerre dans la région seront un jour révélés.

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A Lire : 
[1] L'Humanité 30.11.05
Omar Bongo, tricheur et président à vie ?

[2] Le Figaro 25.03.06
Charles Taylor, déstabilisateur de l'Afrique de l'ouest dans les années 90

[3] François-Xavier Verschave
La Françafrique. Le plus long scandale de la République

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Chez Pressafrique :
29.03.06
Arrestation et extradition de Charles Taylor. Obasanjo tancé. Taylor détenu en Sierra Leone. Vers la fin de l'impunité ?

28.03.06
Charles Taylor en fuite. My Taylor is rich et les réseaux