Pendant que France 2
diffuse une interview complaisante du néogouverneur françafricain Omar Bongo [1] au pouvoir depuis plus de 40 ans grâce au tandem
Foccart-De Gaulle puis à des élections
frauduleuses
soutenues par ses parrains françafricains successifs, Arte diffuse un reportage intitulé "la
bataille d'Abidjan" dans une
émission intitulée "L'Afrique est-elle maudite ?" évoquant
l'histoire récente de la Côte d'Ivoire. On y apprend
qu'une alliance de pays françafricains avec à leurs têtes des
dirigeants très bien vus par Paris : Blaise Compaoré au Burkina Faso
et surtout Félix Houphouët Boigny en Côte d'Ivoire
ont soutenu la rébellion de Charles Taylor [2] au Libéria. Charles Taylor a engagé une guerre
qui a embrasé le Libéria à partir de la Côte d'Ivoire en décembre 1989.
Un journaliste ivoirien évoque en filigrane de manière à peine
voilée le soutien diplomatique et militaire françafricain à
Houphouët Boigny pour aider Charles Taylor à s'accaparer les
richesses du Libéria anglo-saxon. Selon un expert de la Lettre du
continent, Antoine Glaser, ces pays en alliance avec la Libye de
Khadhafi ont armé les rebelles du Libéria avec le soutien de la France.
Selon Antoine Glaser, les rivalités entre les anciennes puissances
coloniales ont joué dans la guerre qui a éclaté au Libéria.
"Il y a quand même toujours eu une sorte concurrence entre les
anciennes puissances coloniales sur l'Afrique. Et le Libéria
était aussi symptomatique de cette présence en disant voilà le
Libéria c'est les Anglosaxons qui veulent pénétrer dans le précarré
français. Et donc la France a joué un rôle bien évidemment avec le
colonel Khadafi une sorte d'alliance un peu étonnante avec Blaise
Compaoré du Burkina Faso et de l'autre côté Houphouet Boigny en Côte
d'Ivoire. Tout le monde a soutenu Charles Taylors avec des intérêts
économiques, dans le sens où c'était le prolongement de la Côte d'Ivoire.
Cette guerre c'était l'hévéa tout ce qui était minerais et diamants."
(Propos d'Antoine Glaser interviewé dans le documentaire : la bataille d'Abidjan)
Antoine Glaser
évoque à mi-mots ce qu'avait révélé François-Xavier Verschave il y a
dix ans. Ce dernier rappelait aussi dans son livre [3
], la manière dont la Françafrique gaullienne a
instigué la guerre du Biafra dans
les années soixante. Un atavisme néocolonial impensé dans la culture
française dite post-coloniale.
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François-Xavier
Verschave FRANCAFRIQUE. LE PLUS LONG SCANDALE DE LA
REPUBLIQUE "My Taylor is rich", p.202-203. Edition
Stock. |
| [...] Presque vingt ans après le Biafra, on retrouve en 1989
le zélé foccartien Mauricheau-Beaupré au secours d'une autre
terrible guerre civile : l'invasion du Liberia par les milices
de Charles Taylor. L'objectif initial est le même qu'au Biafra : tailleur de croupière aux
"Anglo-Saxons" - les Américains en l'occurence, "protecteurs"
d'un pays fondé par leurs anciens esclaves, et les Africains
anglophones du trop puissant Nigeria [...] Contre le Nigeria,
le tandem Foccart-Houphouët et la galaxie françafricaine
tiennent leur revanche de la faillite biafraise. Une revanche
commerciale d'abord, par l'avantage donné aux réseaux
libano-ivoiriens (très influent à Paris) sur leurs rivaux
nigérians dans le contrôle de l'or, du bois, des pierres
précieuses et des trafics locaux. Une revanche militaire
aussi, par la mise en échec de la force d'intervention
Ecomog, à dominante nigériane. [...] Comme champ de tir, le
Liberia remplace le Biafra. Le Burkina de Blaise compaoré se
subsitue au Gabon d'Omar Bongo comme premier associé du tandem
Foccart-Houphouët. La Libye se montre curieusement
coopérative. Le réseau mitterandien pointe son nez. Tous ces
jeux d'intérêts prolongent durant six années le massacre: au
minimum 150 000 civils (1990-1996). Qui parmi les
millions de télespectateurs français s'émouvant au spectacle
des enfants libériens faméliques, s'alarmant de la
prolifération des drogués de la kalachnikov, savait que les
réseaux françafricains étaient derrière cet abominable
conflit?
[...] | | Lorsque Charles Taylor parvient au pouvoir après
une guerre civile sanglante qui a fait des dizaines de milliers de
morts, celui-ci accordera des concessions minières à ses protégés
nommément dans le reportage : l'entreprise française Bolloré et
le groupe hollandais Timber corporation. "Après avoir mis le pays
à feu et à sang Charles Taylor arviendra même à se faire élire président
au grand dam du roi américain Firestone. Taylor n'oublie pas de renvoyer
l'ascenceur à ceux qui l'ont aidé : le président ivoirien Houphouët
Boigny, le groupe hollandais oriental Timber corporation et le
français Bolloré qui obtiennent de grandes concessions dans le caoutchouc
et le bois exotique". Un mercenaire ivoirien ayant participé aux
milices de Taylor évoque l'organisation de celles-ci. Ces
milices ont reçu le support de commandos burkinabés (mais aussi
ivoiriens), d'armes
en provenance de Libye et se livraient au pillage
des richesses (bois, hévéa...) exportés vers la Côte d'Ivoire. Il
évoque l'arrivée de Français pour le bois
et de Chinois pour le
fer.
Charles Taylor et ses troupes
poursuivront avec les mêmes soutiens françafricains leur
déstabilisation de la région en s'attaquant à la Sierra Léone
pour s'accaparer les richesses diamantifères. Charles Taylor a
conduit ses crimes depuis Monrovia, en parrainant à son tour les rebelles du RUF en Sierra
Leone. Il débutera également un trafic d'armes avec
ce pays voisin qu'il échangera contre des diamants de sang.
Bien sûr dans certaines émissions du PAF le soutien
françafricain, véritable moteur de la guerre du Libéria, est
systématiquement occulté. Pourtant sans le soutien de la Françafrique, jamais les milices de Charles Taylor
n'auraient pu conduire leur entreprise apocalyptique au Libéria puis
leur parrainage aux rebelles de la Sierra Leone. A qui les
responsabilités : aux parrains, aux bailleurs de fond de cette
guerre ou bien aux exécutants ? Aux deux mon général, serait-on
tenté de dire. Charles Taylor a été arrêté au Nigeria en mars 2006 et
son procès devrait avoir lieu en juin 2007. On ose espérer que les rouages occultes
qui lui ont permis de mener sa terrible guerre dans la région seront un
jour révélés.
___________________________________________________________ A Lire : [1]
L'Humanité 30.11.05 Omar
Bongo, tricheur et président à vie ?
[2] Le Figaro 25.03.06
Charles Taylor, déstabilisateur de l'Afrique de l'ouest dans
les années 90
[3] François-Xavier Verschave La Françafrique. Le
plus long scandale de la
République
_____________________________________________________________ Chez
Pressafrique : 29.03.06 Arrestation et
extradition de Charles Taylor. Obasanjo tancé. Taylor détenu en Sierra
Leone. Vers la fin de l'impunité ?
28.03.06 Charles Taylor en fuite. My Taylor is
rich et les
réseaux |