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 PRESSAFRIQUE 28.03.06
Charles Taylor en fuite. My Taylor is rich et les réseaux.

 Suite aux menaces d'extradition dont il faisait l'objet de la part des autorités nigériannes en raison des crimes de guerre dont il est accusé par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, Charles Taylor s'est enfui de son nid douillet au Nigeria. Un colis bien encombrant pour le Nigeria qui a toujours refusé d'incarcérer celui qui a exporté la rébellion sanglante du Libéria vers la Sierra Leone dans les années 90. Quant aux autorités Libériennes elles souhaitent son extradition vers la Sierra Leone où il est accusé  de crimes de guerre e de crimes contre l'humanité mais elles se verraient bien dans l'incapacité de juger ce tyran sanguinaire au Liberia tout juste sorti de plusieurs années de guerre civile.

Chales Ghankay Dahkpannah Taylor est né en 1948 dans une banlieue aisée de Monrovia d'un père noir américain et d'une mère libérienne. Il fut affublé du doux "surnom de "superglu" pour sa tendance à conserver une part importante de l'argent qui passait entre ses mains. Accusé par le président Samuel Doe en 1983 du détournement de 900 000 dollars, il se réfugie aux Etats-Unis où il est emprisonné avant de s'évader et de fuir en Côte d'Ivoire." selon une dépêche de l'AFP reprise dans le Figaro (25.03.06 Charles Taylor, déstabilisateur de l'Afrique de l'ouest dans les années 90). Un article factuel plutôt bien fait relatant de manière chronologique le rôle déstabilisateur joué par Charles Taylor en Afrique de l'Ouest. 

Certaines infos de l'AFP publiées dans le Figaro semblent sortir tout droit d'un chapitre du livre de François-Xavier Verschave (La Françafrique. Le plus long scandale de la République). Ainsi au chapitre My Taylor is rich, page 206, on retrouve des infos similaires : "Adepte du self-service, on l'avait surnommé "Superglu" : tout ce qui passait entre ses mains y restait collé. En 1983, accusé d'avoir détourné 900 000 dollars, il est contraint à l'exil...Lors d'un séjour aux Etats-Unis, il tombe sous le coup d'un mandat d'arrêt international et d'une demande d'extradition émis par le Libéria. Il est emprisonné...Il s'évade et file en Côte d'Ivoire...".
Même si les livres de Verschave (La Françafrique et Noir silence) constituent à n'en pas douter aux yeux de bon nombre de journalistes une référence en matière de compréhension des arcanes françafricaines des crises en Afrique, gageons que les faits relatés plus hauts étant avérés, l'information retranscrite en est donc la même quelques que soient les auteurs.  Par contre si la dépêche de l'AFP s'étend brièvement sur le soutien apporté par le Burkina Faso de Blaise Compaoré et de la Libye de Khadafi à Charles Taylor dans la déstabilisation du Libéria puis de la Sierra Léone, elle ne s'étend guère sur le soutien Houphouëto-foccartien qu'il a reçu plus en amont.  

Voici donc ce qu'en écrivait Verschave dans ce fameux chapitre :

 FRANCAFRIQUE. LE PLUS LONG SCANDALE DE LA REPUBLIQUE
"My Taylor is rich", p.202-203.
Edition Stock.

 Presque vingt ans après le Biafra, on retrouve en 1989 le zélé foccartien Mauricheau-Beaupré au secours d'une autre terrible guerre civile : l'invasion du Liberia par les milices de Charles Taylor. L'objectif initial est le même qu'au Biafra : tailleur de croupière aux "Anglo-Saxons" - les Américains en l'occurence, "protecteurs" d'un pays fondé par leurs anciens esclaves, et les Africains anglophones du trop puissant Nigeria [...] Contre le Nigeria, le tandem Foccart-Houphouët et la galaxie françafricaine tiennent leur revanche de la faillite biafraise. Une revanche commerciale d'abord, par l'avantage donné aux réseaux libano-ivoiriens (très influent à Paris) sur leurs rivaux nigérians dans le contrôle de l'or, du bois, des pierres précieuses et des trafics locaux. Une revanche militaire aussi, par la mise en échec de la force d'intervention Ecomog, à dominante nigériane. [...] Comme champ de tir, le Liberia remplace le Biafra. Le Burkina de Blaise compaoré se subsitue au Gabon d'Omar Bongo comme premier associé du tandem Foccart-Houphouët. La Libye se montre curieusement coopérative. Le réseau mitterandien pointe son nez. Tous ces jeux d'intérêts prolongent durant six années le massacre: au minimum 150 000 civils (1990-1996). Qui  parmi les millions de télespectateurs français s'émouvant au spectacle des enfants libériens faméliques, s'alarmant de la prolifération des drogués de la kalachnikov, savait que les réseaux françafricains étaient derrière cet abominable conflit? [...]  

Et Verschave de citer l'implication d'entreprises et d'hommes politiques françafricains (p.213, p.215-216) dans les livraisons d'armes aux milices de Charles Taylor qui ont ensanglanté le Libéria puis la Sierra Leone. On connait aussi le rôle trouble qu'a joué Victor Bout popularisé par le film Lord of War . Ce vendeur d'armes de nationalité russe a livré des armes à toutes les factions en présence montrant la confluence de réseaux françafricains et russafricains voire transatlantiques en une mafiafrique internationale. On y retrouve les réseaux qui ont sévi en Angola. Victor Bout en est un parfait exemple, il a vendu des armes aux deux camps en Angola, en Sierra Leone, à Charles taylor au Liberia, aux troupes de Mobutu soutenues par la Françafrique en 1997 puis à toutes les factions en RDC tandis qu'au Rwanda il a vendu des armes aussi bien aux extrémistes hutus qu'au gouvernement rwandais qui a suivi le génocide (Amnistia.net). Branché sur les réseaux françafricains (mais aussi russafricains et américafricains) il fonda sa compagnie aérienne Trans Aviation Network (T.A.N) avec un Français plus tard fondateur et directeur d'Air Mayotte international (Portrait du trafiquant d'armes "Victor B" A Bout portant).  

Ce n'est sans doute pas avec des médias à la botte du pouvoir, des marchands d'armes et des multinationales françafricaines que le concitoyen saura de quoi est faite la politique africaine de la France dans son pré-carré réel ou putatif. Par contre la propagande culturaliste selon laquelle ces crises sont endémiques à l'Afrique va bon train. Elle est même vitale aux pratiques prédatrices et aux intérêts françafricains. Néocolonialisme oblige ! Ces intérêts entrent souvent en collusion avec ceux de la Russafrique ou mafiafrique (Angola, Liberia, Côte d'Ivoire) et s'opposent ou entrent en synergie avec ceux de l'Américafrique et de l'Anglafrique (Angola, Rwanda, Ouganda...).