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Suite aux
menaces d'extradition dont il faisait l'objet de la part des autorités
nigériannes en raison des crimes de guerre dont il est accusé par le Tribunal
spécial pour la Sierra Leone, Charles Taylor s'est enfui de son nid
douillet au Nigeria. Un colis bien encombrant pour le Nigeria qui a
toujours refusé d'incarcérer celui qui a exporté la rébellion sanglante du
Libéria vers la Sierra Leone dans les années 90. Quant aux
autorités Libériennes elles souhaitent son extradition vers la Sierra
Leone où il est accusé
de crimes de guerre e de crimes contre l'humanité mais
elles se verraient bien dans l'incapacité de juger ce tyran
sanguinaire au Liberia tout juste sorti de plusieurs années de guerre
civile.
Chales Ghankay Dahkpannah Taylor est né en 1948 dans une
banlieue aisée de Monrovia d'un père noir américain et d'une mère
libérienne. Il fut affublé du doux "surnom de
"superglu" pour sa tendance à conserver une part importante de
l'argent qui passait entre ses mains. Accusé par le président Samuel Doe
en 1983 du détournement de 900 000 dollars, il se réfugie aux Etats-Unis
où il est emprisonné avant de s'évader et de fuir en Côte
d'Ivoire." selon une dépêche de l'AFP reprise dans
le Figaro (25.03.06 Charles Taylor, déstabilisateur de l'Afrique de l'ouest dans
les années 90). Un article factuel plutôt bien fait relatant de
manière chronologique le rôle déstabilisateur joué par Charles Taylor en
Afrique de l'Ouest.
Certaines infos de l'AFP
publiées dans le Figaro semblent sortir tout droit d'un chapitre du
livre de François-Xavier Verschave (La Françafrique. Le
plus long scandale de la République). Ainsi au chapitre My Taylor
is rich, page 206, on retrouve des infos similaires :
"Adepte du self-service, on l'avait surnommé "Superglu" : tout ce qui
passait entre ses mains y restait collé. En 1983, accusé d'avoir détourné
900 000 dollars, il est contraint à l'exil...Lors d'un séjour aux
Etats-Unis, il tombe sous le coup d'un mandat d'arrêt international et
d'une demande d'extradition émis par le Libéria. Il est emprisonné...Il
s'évade et file en Côte d'Ivoire...". Même si les livres de
Verschave (La Françafrique et Noir silence) constituent à n'en pas douter aux yeux de
bon nombre de journalistes une référence en matière de compréhension
des arcanes françafricaines des crises en Afrique, gageons que les
faits relatés plus hauts étant avérés, l'information retranscrite en est
donc la même quelques que soient les auteurs. Par contre si la
dépêche de l'AFP s'étend brièvement sur le soutien apporté par le Burkina
Faso de Blaise Compaoré et de la Libye de Khadafi à Charles Taylor
dans la déstabilisation du Libéria puis de la Sierra Léone, elle
ne s'étend guère sur le soutien Houphouëto-foccartien qu'il a
reçu plus en amont.
Voici donc ce qu'en écrivait Verschave
dans ce fameux chapitre :
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FRANCAFRIQUE. LE PLUS LONG SCANDALE DE LA
REPUBLIQUE "My Taylor is rich", p.202-203. Edition
Stock. |
| Presque vingt ans après le
Biafra, on retrouve en 1989 le zélé foccartien Mauricheau-Beaupré au
secours d'une autre terrible guerre civile : l'invasion du Liberia
par les milices de Charles Taylor. L'objectif initial est le même
qu'au Biafra : tailleur de croupière aux
"Anglo-Saxons" - les Américains en l'occurence, "protecteurs" d'un
pays fondé par leurs anciens esclaves, et les Africains anglophones
du trop puissant Nigeria [...] Contre le Nigeria, le tandem
Foccart-Houphouët et la galaxie françafricaine tiennent leur
revanche de la faillite biafraise. Une revanche commerciale d'abord,
par l'avantage donné aux réseaux libano-ivoiriens (très influent à
Paris) sur leurs rivaux nigérians dans le contrôle de l'or, du bois,
des pierres précieuses et des trafics locaux. Une revanche militaire
aussi, par la mise en échec de la force d'intervention Ecomog,
à dominante nigériane. [...] Comme champ de tir, le Liberia remplace
le Biafra. Le Burkina de Blaise compaoré se subsitue au Gabon d'Omar
Bongo comme premier associé du tandem Foccart-Houphouët. La Libye se
montre curieusement coopérative. Le réseau mitterandien pointe son
nez. Tous ces jeux d'intérêts prolongent durant six années le
massacre: au minimum 150 000 civils (1990-1996). Qui parmi les
millions de télespectateurs français s'émouvant au spectacle des
enfants libériens faméliques, s'alarmant de la prolifération des
drogués de la kalachnikov, savait que les réseaux françafricains
étaient derrière cet abominable conflit?
[...] | Et Verschave
de citer l'implication d'entreprises et d'hommes politiques
françafricains (p.213, p.215-216) dans les livraisons d'armes aux milices
de Charles Taylor qui ont ensanglanté le Libéria puis la Sierra Leone. On
connait aussi le rôle trouble qu'a joué Victor Bout popularisé par le film Lord of War . Ce vendeur d'armes de nationalité russe
a livré des armes à toutes les factions en présence montrant la confluence
de réseaux françafricains et russafricains voire transatlantiques en une
mafiafrique internationale. On y retrouve les réseaux qui ont sévi en
Angola. Victor Bout en est un parfait exemple, il a vendu des armes aux
deux camps en Angola, en Sierra Leone, à Charles taylor au Liberia, aux
troupes de Mobutu soutenues par la Françafrique en 1997 puis à toutes
les factions en RDC tandis qu'au Rwanda il a
vendu des armes aussi bien aux extrémistes hutus qu'au gouvernement
rwandais qui a suivi le génocide (Amnistia.net). Branché sur les réseaux françafricains
(mais aussi russafricains et américafricains) il fonda sa compagnie
aérienne Trans Aviation Network (T.A.N) avec un Français plus
tard fondateur et directeur d'Air Mayotte international
(Portrait du trafiquant d'armes "Victor B"
A Bout
portant).
Ce n'est sans doute pas avec des médias à la botte du pouvoir, des marchands
d'armes et des multinationales françafricaines que le
concitoyen saura de quoi est faite la politique africaine de
la France dans son pré-carré réel ou putatif. Par contre la propagande
culturaliste selon laquelle ces crises sont endémiques à
l'Afrique va bon train. Elle est même vitale aux pratiques prédatrices et
aux intérêts françafricains. Néocolonialisme oblige ! Ces intérêts entrent souvent
en collusion avec ceux de la Russafrique ou
mafiafrique (Angola, Liberia, Côte
d'Ivoire) et s'opposent ou entrent en synergie avec ceux de l'Américafrique et de l'Anglafrique (Angola, Rwanda,
Ouganda...).
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