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 PRESSAFRIQUE 14.04.06
Fin de partie pour Idriss Déby?

 Alors que le calme semble revenu à N'Djamena et qu'Idriss Déby crie victoire, les rumeurs les plus folles ont couru dans la presse tchadienne et internationale :  la capitale tchadienne serait tombée sous la coupe de la rébellion, 80% du territoire tchadien serait contrôlé par les troupes du FUC, les avions français auraient bombardé allègrement de nombreuses villes, Idriss Déby aurait trouvé refuge en Libye (ALWIHDA 12.04.06 Tchad: Le président tchadien Idriss Déby a pris la fuite cet après et les rebelles font leur entrée à N'djamena). Tout et son contraire ont été annoncés depuis le 11.04 face à une offensive des rebelles tchadiens du FUC (forces de l'union pour le changement) en provenance du Soudan. Une bataille féroce a opposé les forces du FUC et les militaires d'Idriss Déby autour de N'Djamena. Selon les autorités tchadiennes, 370 rebelles seraient morts et 300 autres auraient été fait prisonniers tandis qu'il y aurait 30 morts dans le camp des troupes gouvernementales ( LE MONDE 14.04.06 Tchad : les combats entre l'armée et les rebelles auraient fait 400 morts ). D'autres sources évoquent un millier de morts dans les deux camps à N'Djamena.  

Déby un néogouverneur françafricain
De toute évidence le régime de Déby ne se maintient que grâce à l'aide de l'ancienne métropole, son sort est consubstantiellement lié à l'aide politique et militaire française. En effet,
Idriss Déby, dictateur et kleptocrate patenté de la françafrique est venu au pouvoir quasiment dans les valises de la DGSE pour remplacer le dictateur Hissène Habré tombé en désuétude tant du côté françafricain qu'américafricain. Le président Idriss Déby a pris le pouvoir grâce à un coup d'état militaire lancé depuis le Darfour en 1990. Pour gouverner il s'est appuyé sur la tribu des Zaghawas dont le clan des Bideya auquel il appartient est rattaché. Les Zaghawas sont une communauté minoritaire transfrontalière entre le Tchad et le Soudan.

 Selon Survie : "Une forte présence de l'armée induit systématiquement une forte influence des militaires et de leurs schémas mentaux sur la politique française. Les militaires préfèrent ainsi un " seigneur de la guerre " expéditif à un processus démocratique aléatoire. Oubliant l'assassinat de leur collègue Gallopin, ils s'accommodèrent rapidement, à partir de 1982, du stratège Hissène Habré - efficacement secondé par son chef de guerre Idriss Déby, vainqueur des Libyens et " chouchou " des officiers français (76). Il n'y eut donc pas de problème de transition lorsque, Hissène Habré ayant décidément abusé de toutes les ficelles, l'officier de la DGSE Paul Fontbonne précipita en 1990 son remplacement par Idriss Déby, à la tête de la tribu zaghawa.".


L'HUMANITE 13.04.06
Interventions militaires françaises
L'armée française n'a jamais cessé d'intervenir au Tchad. À l'indépendance, en 1960, c'est elle qui garde le contrôle du Nord, qu'elle ne remet qu'en 1965 aux nouvelles autorités du pays. En 1968-1969, les militaires français font leurs premières interventions directes. Ils vont combattre dans la région du Tibesti, au nord du pays, les mouvements rebelles qui menacent le pouvoir du président Tombalbaye. Après la signature en 1976 d'un accord de coopération militaire et technique qui remet à plat les liens tissés à l'indépendance, elle intervient de nouveau en 1978. C'est l'opération Tacaud. La France soutien alors le gouvernement qui vient de renverser Tombalbaye contre l'offensive de Goukouni Oueddeï et de ses parrains libyens. En 1983, c'est l'opération Manta. Trois mille cinq cents hommes sont envoyés pour soutenir le président, l'ancien guérillero Hissène Habré, contre l'offensive libyenne. Et en 1986 avec l'opération Épervier, la France repousse les Libyens hors du Tchad et installe sa base de façon permanente. Malgré ces manifestations de soutien à Hissène Habré, elle appuie en 1990 son renversement par Idriss Deby.


Idriss Déby n'a rien à envier à son prédécesseur accusé de crimes contre l'humanité. Dans la plus pure tradition néocoloniale il a construit son pouvoir sur les réseaux françafricains et sur un système clanique qui a assuré le pillage, l'appauvrissement de la population et le musellement de l'opinion publique au travers de graves violations des droits de l'homme qui relèvent pour bon nombre de crimes contre l'humanité ( nombreux massacres, tortures et pillages en tous genres). En dépit de son adoubement par les hommes politiques français de droite comme de gauche il est accusé par la société civile et l'opposition tchadiennes d'être responsable de la mort de 25.000 personnes en seize ans de règne. Idriss Déby déja du temps d'Hissène Habré, avant de tomber en disgrâce, fut corresponsable de nombreux massacres lorsqu'il était le bras droit d'Hissène Habré qui coule des jours heureux au Sénégal (Walf Fadjri 21.10.05 Tchad: Un mandat d'arrêt contre Idriss Déby après l'extradition de Hissène Habré). En clair les Milosevic, Pinochet africains ont pignon sur rue en Françafrique et sont les amis personnels des présidents de la République française.

 Fin 1993, Amnesty International dressait le bilan amer des trois premières années du régime Déby :

" La terreur règne toujours. On continue de repêcher des cadavres dans les eaux du Chari, le fleuve qui arrose N'Djaména. Plus de 800 personnes ont été exécutées de façon extra-judiciaire. [...] Quels que soient ses mots d'ordre, le gouvernement de Idriss Déby utilise aujourd'hui les méthodes de répression dont il disait vouloir débarrasser son pays à l'époque où il luttait contre le régime de Hissène Habré. Les assassins, les tortionnaires, les ravisseurs qui sévissent au Tchad appartiennent aux forces de sécurité de Idriss Déby ".

La Ligue tchadienne des droits de l'homme a ainsi dénoncé, en septembre 1994, " 72 heures d'expédition punitive et de politique de terre brûlée " dans le Logone, au Sud. " Le bilan des atrocités, des tueries, des pillages en règle et des tortures " serait " indicible ".
(Survie 07.11.1986 ; N'Djaména : Déby, entre Mobutu et tchador)



Au pays des droits de l'homme cette contradiction ne semble pas choquer grand monde dans une conditionnalité alléguant aux africains une incapacité à se gérer par eux-mêmes si ce n'est
pour colporter la guerre et la misère. Dont acte, la guerre est là et la France se présente sur son plus beau cheval blanc comme la sauveuse d'un peuple miséreux.

Seulement les crimes de Déby, le
trucage des élections à répétition en 1996 puis en 2001, la modification de la constitution pour que le néogouverneur françafricain puisse se représenter en 2006 n'a pu se faire que grâce au soutien constant de la France et a contribué à rendre exsangue ce pays et sa population tandis que les caisses du clan Déby se remplissaient.

Les élections présidentielles tchadiennes de 1996 et 2001

- En juin 1996: élections présidentielles au Tchad. « Début 1996, le lobby français pro-Déby entreprend une magistrale opération de chirurgie esthétique : transformer un assassin invétéré (depuis le lycée) en chef d'état légitime. L'Elysée ne lésine pas sur la logistique électorale. Il dépêche à N'Djamena le meilleur spécialiste du parti gaulliste, celui qui fut l'année précédente une « pièce maîtresse de la campagne présidentielle de Chirac » : Jérôme Grand d'Esnon, suspecté par le juge Desmures d'avoir occupé un emploi fictif à la mairie de Paris. Un haut lieu du dopage électoral. »(François-Xavier Verschave, Noir Silence , p.166).

- 10 Septembre 1996. Rapport d'Amnesty International sur le Tchad : « Les autorités françaises ne peuvent pas ignorer que les véhicules tout-terrain, le carburant, les moyens de transmission et les menottes livrés au titre de l'AMT [Assistance Militaire Technique] ont été détournés de leur fonction initiale pour exécuter et tortuter.Manifestement, dans le cadre de l'AMT, la question des droits de l'homme n'a pas sa place. Cela a été confirmé à la délégation d'Amnesty International à N'Djamena en avril 1996 par les autorités françaises qui ont affirmé que ce sujet n'était pas traité par les instructeurs
»

- Le 20 mai 2001, Idriss Déby est réélu. Selon plusieurs sources, émanant de certains observateurs nationaux et internationaux, les fraudes ont été systématisées par le pouvoir. La démission de 8 Membres de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) dont son vice-président, pour cause de fraudes et ainsi que leurs déclarations sur Radio France Internationale (RFI) sont assez éloquentes. La Fédération internationale des droits de l'homme a qualifié d'" État d'urgence de fait ", avec l'arrestation de certains opposants ayant dénoncé la fraude ainsi que de leurs directeurs de campagne.



En clair un soutien multiforme (politique, militaire, diplomatique, françafricain) sans faille à des dictateurs africains - n'ayant rien à envier aux Mussolini, Pinochet et autres Milosevic - au nom de la real politik (sauvegarde du pré-carré français) et de la prétendue stabilité de la région autodécrétée par l'ancienne puissance coloniale a contribué à ruiner ce pays et à l'enfoncer encore plus dans un marasme économique et humain.

Jusqu'à ce jour, la France était prête à tout pour maintenir en place son néogouverneur, même à des interventions militaires et cela malgré les contestations croissantes de la société civile et des partis d'opposition laminés par la dictature reconvertie en démocrature. Certains sont entrés en résistance et sont passés à la lutte armée face à la logique répressive implacable allant jusqu'aux
massacres de populations comme mode de régulation des conflits dits ethniques (MAX PAGES 18.10.05 Découvrez comment le Président tchadien Idriss Déby a commis des massacres! Lire les témoignages accablant surtout celui de Abbo Annour dont son fils collégien abattu par la garde républicaine le 23/3/94 ).   

Le  régime militaro-clanique de Déby se délite.
Depuis la survenue du conflit du Darfour au Soudan (ONU 21.03.06
Au Darfour, les opérations de nettoyage continuent, village après village, dénonce Jan Pronk) où le régime de Khartoum mène un véritable "nettoyage ethnique" des populations sédentaires du Darfour notamment des Zaghawas, Idriss Déby a du ménager les factions Zaghawas (qui luttent dans le Darfour contre le régime soudanais) et le régime de Khartoum tout en lançant des raids par milices interposés dans la région du Darfour. On peut même dire que le régime Déby et son appareil militaire clanique ne fut pas étranger à la naissance de la guerre civile dans la région du Darfour en février 2003 entraînant les représailles que l'on sait de la part du régime de Khartoum au travers de l'instrumentalisation des milices Janjawids accusées d'actes de génocide. Face au risque d'embrasement, à l'extension du conflit du Darfour et à la fragilisation du régime ethnique de Déby, la France a renforcé son dispositif d'interposition militaire (opération Epervier) en le redéployant à la fontière Tchado-soudanaise. Près de 1200 militaires français sont ainsi installés au Tchad. L'opération Épervier avait été lancé en 1986 pour repousser les Libyens hors du Tchad depuis elle constitue une base militaire permanente. Cela n'a pas empêché Déby de se retrouver fragilisé tant dans sa politique intérieure (contestation croissante de la société civile et de l'opposition) que dans sa politique étrangère vis à vis du Soudan où il est accusé d'être trop complaisant envers Khartoum par le groupe des Zaghawas.

Multiplication des coups d'état et des offensives rebelles. Soutien et perfusion françafricaines au régime de Déby.
Désertions, tentatives de coup d'état se sont multipliés depuis un an et le néogouverneur ne doit son salut qu'au soutien politico-militaire français (LE FIGARO 09.08.04
Paris tend la main au président Tchadien., ALWIHDA 05.08.04La France : Intervention humanitaire ou vol au secours de Deby ?).

La dernière tentative de coup d'état remonte à la mi-mars où les frères Erdimi (anciens directeurs de cabinet de Déby) auraient tenté de renverser le président tchadien. Ce dernier avait regagné la présidence sous bonne escorte française à son retour précipité de Guinée le 14 mars dernier (RFI 23.03.06
Logistique française pour Idriss Deby ). Une semaine plus tard, une nouvelle offensive était lancée par les forces du SCUD (socle pour le changement, l'unité et la démocratie) dans l'Est du Tchad dans la région d'Hadjer Marfaïn. Les militaires de l'opération Epervier ont soutenu logistiquement le redéploiement des forces gouvernementales face aux rebelles du Scud. Selon Alwihda "Deby a préparé son offensive contre les forces du Scud de bout en bout avec l'appui actif de l'Ambassadeur de France et grâce à la logistique de l'Opération Epervier au Tchad. En effet, tout le matériel militaire et les troupes ont été transportés de Ndjamena à Abéché et Adré à bord des avions militaires français" (ALWIHDA 22.03.06
Comment l'armée française a participé aux combats du 20 mars 06 !! (communiqué du Scud). Tandis que selon RFI le conseiller en communication de l'état-major des armées françaises aurait quant à lui reconnu que les avions français avaient évacué à "N'Djamena des soldats tchadiens blessés sur le front est où ils avaient toutefois également conduit Idriss deby, le 20 mars " (RFI 23.03.06 Logistique française pour Idriss Deby ). C'est encore grâce au soutien militaire et logistique de l'armée française qu'Idriss Déby a pu reprendre le contrôle de l'est du pays en détruisant la base des assaillants à Hadjer Marfaïn et en les pourchassant au Soudan avec l'accord de Khartoum. Idriss Déby a alors déclaré avoir déployé 10.000 soldats à la frontière avec le Soudan pour sécuriser le territoire.

La dernière offensive en date a été ouverte dans le front sud. Elle a été menée à partir du 11.04 avec une célérité foudroyante et de manière unilatérale par les rebelles des Forces unies pour le changement (FUC) armés par le Soudan. Cette offensive n'a pas rencontré de résistances car l'essentiel des forces de Déby était cantonné dans l'Est. Ce n'est donc que grâce à la France que le néogouverneur Idriss Déby a pu reprendre le contrôle. Jean-François Bureau, le porte-parole du ministère de la défense a reconnu que des avions français ont survolé dans la matinée les colonnes rebelles "pour identifier leur position" et "faire du renseignement" tout en précisant que des Mirages français ont effectués  "un coup de semonce mercredi matin à l'est de N'Djamena dans la zone où une colonne de rebelles tchadiens faisait route vers la capitale".(LE MONDE 13.04.06
Tchad : la France dément les accusations d'intervention militaire). Pour le FUC (Force Unie pour le Changement), des avions français ont bombardé des villes de l'est du Tchad (AFP 13.04.06). Tandis qu'une coalition d'ONGs dénonce  en plus de "l'appui (confirmé par le porte parole du Ministère de la Défense) de l'armée française au pouvoir tchadien : transmission de renseignements aériens et d'écoutes, transport de munitions et sécurité du président", "des interventions directes de l'armée française depuis le 11 avril jusqu'à ce jour, notamment autour de N'Djamena et de Adré". Selon Libération (14.04.06 Le rôle ambigu de la France ) : "Le ministère de la défense a ainsi confirmé avoir transporté jeudi soir et vendredi matin des soldats tchadiens à bord d'avions français vers Sahr, une ville à 500 km au sud-est de N'Djamena. Deux rotations ont été effectuées à la demande des autorités tchadiennes : en tout, une quarantaine de soldats tchadiens ont été convoyés à bord d'un C-160 de l'armée française, qui transportait également des armements légers. Plus gênant ecore, un Mirage F1 français a tiré un coup de semonce 500 mètres devant une colonne rebelle se dirigeant vers N'Djamena. Le FUC présente l'incident comme un bombardement en règle. Paris explique qu'il s'agissait d'un "message politique" destiner à signaler que la France se souciait de la sécurité de ses ressortissants. Un message clairement hostile, musclé et peu explicite...". Le contingent militaire de l'opération Epervier a été porté à 1350 hommes avec le renfort de 150 hommes en provenance de la base militaire de Libreville. Il dispose aussi de six chasseurs mirages et d'avions de transport.
La France justifie son soutien constant au soldat Déby par sa volonté de sauver le Tchad du chaos. Mais son soutien indéfectible à un néogouverneur imposé par un coup d'état soutenu par Paris contre la population et son maintien par la force ainsi qu'au travers d'élections truquées est au contraire une des causes du désastre actuel renforçant la lutte armée de factions rivales au sein du Tchad. Plus grave encore, alors que les officiels français parlent de Déby comme un président "légitimement" élu, la caution française au semblant d'élection présidentielle qui doit avoir lieu le 3 mai risque de mettre le feu aux poudres. C'est un peu comme si en France, l'ancienne puissance coloniale allemande imposait par un coup d'état un Pétain bis contre la volonté des Français et le maintenait au pouvoir contre ce même peuple soit par la force soit au travers d'élections truquées. 

Le risque d'extension de la crise du Darfour.
A n'en pas douter, le risque d'extension de la
crise du Darfour au Tchad et la déstabilisation de la région est réelle. Le Soudan appuie les forces rebelles tchadiennes du FUC visiblement armés par les soutiens chinafricains de Khartoum. Pour cause de pétrole, Chinafrique, Françafrique et l'Américafrique rivalisent auprès du régime de Khartoum. Si l'Américafrique reste partagée entre sa volonté d'obtenir de nouveaux marchés pétroliers et la dénonciation du régime inique soudanais avec son cortège de crimes contre l'humanité au Darfour, la Françafrique s'est faite beaucoup plus discrète sur ce sujet (ses médias aussi) tandis que la Chinafrique soutient ostensiblement le régime soudanais en l'armant massivement ( Sudan Tribune 28.11.05 China says ready to increase military exchange with Sudan ) afin d'obtenir des champs pétrolifères (SUDAN TRIBUNE 16.11.05 China says confident about prospect of cooperation with Sudan ; GEOPOLITIS.NET 28.11.04 La Chine, le Pétrole et l'Afrique. Partie I. par Chung-lian Jiang 4) . Il semble que les armes du FUC provenaient du Soudan et étaient de fabrication chinoise ( RFI 14.04.06 
Entre Khartoum et N'Djamena, le Darfour ), le FUC disposait également d'un parc de véhicules de Toyota flambants neufs. Les financiers du FUC sont au Soudan et il n'est pas improbable que le régime de Khartoum soutienne en sous-main cette rébellion tout comme Idriss Déby avait procédé de la sorte avec les rebelles soudanais au Darfour. Mais le risque d'extension de la crise du Darfour et de représailles ethniques est important. Idriss Déby a déja menacé de renvoyer les 200.000 réfugiés soudanais du Tchad au Soudan tandis que les Zaghawas pourraient subir les conséquences de leur soutien à Idriss Déby (IRIN 14.04.06 CHAD: President threatens to expel Darfur refugees as attacks surge in lawless east). A l'intérieur du Soudan, le gouvernement soudanais a attaqué particulièrement les Zaghawas au Darfour et dans les médias, utilisant son contrôle sur les médias pour les accuser de vouloir une "grande terre Zaghawa" et attisant contre eux les autres groupes ethniques (Human Rights Watch, 13.04.06 Tchad : l'offensive rebelle présente le risque de représailles ethniques). Suite à l'offensive des rebelles tchadiens du FUC majoritairement musulmans, les Zaghawas semblent faire front à nouveau autour de Déby. Ainsi les rebelles soudanais à majorité Zaghawa du mouvement pour la justice et l'égalité (MJE) et de l'Armée de libération du Soudan (ALS) auraient prêté main forte à l'armée gouvernementale d'Idriss Déby pour reprendre la ville d'Adré au FUC (RFI 14.04.06 Entre Khartoum et N'Djamena, le Darfour) . Certains membres du FUC sont accusés d'avoir participé aux nettoyages ethniques orchestrés par le régime de Khartoum via ses milices Janjawids. La tentation est grande pour Idriss Déby de radicaliser l'opinion publique et de la fédérer en exhibant la menace soudanaise avec un risque de ciblage ethnique. Un piège ethnique qui pourrait être instrumentalisé tant par le Soudan que par le Tchad.  

La France et la communauté internationale ont un rôle a jouer.
Première puissance implantée dans la région via ses bases militaires, la France peut imposer l'établissement d'un régime démocratique au Tchad. Tout d'abord en arrêtant son soutien inconditionnel au dictateur criminel Idriss Déby, en aidant à la constitution d'une coordination nationale pour assurer une transition démocratique mais aussi en luttant contre le risque d'embrasement ethnique qu'elle a contribué à installer en soutenant envers et contre tout le système clanique de Déby pour gouverner la
néocolonie tchadienne . En s'appuyant sur la communauté internationale et africaine, elle a les moyens logistiques, militaires, diplomatiques et politiques d'assurer un cessez-le-feu général et de favoriser une négociation politique pour déterminer les conditions d'un processus de transition pacifique au Tchad notamment en soutenant politiquement la démarche de paix proposée par le Comité de Suivi de l'Appel à la Paix et à la Réconciliation (CSAPR). La France dans son pré-carré pourrait s'engager aux cotés des populations pour une paix véritable et globale, gage d'un développement durable.

Reste à savoir si elle en a l'envie politique. Trop longtemps attaché aux dictateurs sanguinaires, la Françafrique pourra-t-elle se défaire de sa politique suicidaire dans son pré-carré africain (
Rwanda, Congo-Brazzaville, Côte d'Ivoire, Togo...) ?