Retour page d'accueil

 PRESSAFRIQUE 15.04.06
France-Rwanda : Le Vrai journal et l'enquête Bruguière

 Avril 2006 : plutôt que d'aborder les conséquences de la politique de François Mitterrand (chef des états-major et de l'exécutif) dans le génocide de 1994 au Rwanda, l'émission de Canal Plus Le Vrai journal (voir l'extrait de l'émission en question cliquez ici ) comme à l'accoutumé préfère aborder une énième fois l'enquête du juge antiterroriste Bruguière sur l'assassinat du président Juvenal Habyarimana et de l'ancien président burundais Cyprien Ntaryamira le 06.04.06, point culminant qui a précipité le génocide des Tutsis et des opposants Hutus. Il s'agit sans doute d'un choix éditorial mais il est vrai que ce point est devenu le cheval de bataille de la bande des révisionnistes de chez Onana et autres Péan. Tous sont des mitterandophiles convaincus et peu critiques quant au rôle de la politique de Mitterrand au Rwanda tout en restant très pointus sur les actions du criminel de guerre si ce n'est de l'humanité Paul Kagamé en RDC. Instruisant même souvent à charge leur dossier. Le minidocumentaire d'une durée de plus de 6 minutes présenté dans l'émission de Karl zéro du 15.04.06 ne déroge pas à la règle : il s'agit d'un petit reportage reprenant les principaux points de l'enquête Bruguière pour une énième fois avec des interviews de Claudine Vidal, de Stephen Smith et de l'ambassadeur du Rwanda à Paris. Le journal papier de l'émission (Le Vrai papier journal) avait déja repris le témoignage de Abdul Ruzibiza en 2000 dans un article signé Péan and co.  Entre-temps le juge Bruguière n'a toujours pas transmis son enquête au parquet. Mais on nous assure dans l'émission que cela ne saurait tarder et que des mandats d'arrêts internationaux seront bientôt délivrés à l'encontre de personnes proches de Kagamé. Il est indispensable que l'on fasse la lumière sur cet attentat de manière impartiale. La France n'est pas forcément la mieux placée pour instruire l'affaire quant on connaît la politique qu'elle a mené au Rwanda, protégeant et exfiltrant les génocidaires, elle fut d'ailleurs accusée par la cour européenne de ne pas les juger sur son territoire.

Pour revenir à l'enquête du juge Bruguière qui n'en finie pas de finir pour être finalement renvoyée devant le procureur, on se souviendra de ce qu'écrivait Pierre Péan dans son livre Manipulations africaines. qui sont les vrais coupables de l'attentat du vol uta 772 ?      

« Bruguière tient enfin son affaire : un bel attentat, livré clés en main, qui conduit tout droit au diable en personne, le colonel Khadafi. Il tient à partager sa joie avec Alain Marsaud, ancien responsable de la section antiterroriste du parquet de Paris, devenu collaborateur du sénateur Charles Pasqua, et il la partage également avec Jean-Marie Pontault, grand reporter au Point ». (p.66) et de citer le rapport de la FIDH, la porte ouverte à l'arbitraire :  «  Il est bien évident que M. Bruguière se complaît sous les feux des médias et, de temps à autre, il a été photographiés sur la scène de la "rafle". On peut se demander qui a renseigné les photographes sur l'heure et l'endroit de opérations. Et qui se préoccupera plus tard de l'effet que la présence sur les lieux d'un personnage aussi important aura sur l'esprit du lecteur ou du spectateur ?  » Le rapport parle aussi des interrogatoires «  menées de façon irrégulière et très fréquemment décousue sur de longues périodes. Des délais invraisemblables s'écoulent avant que les dossiers soient bouclés et renvoyés devant le procureur  ». La FIDH déplore «  l'utilisation dans les dossiers d'informations et d'allégations préjudiciables, mais bien souvent sans fondement  ».(p.77). La FIDH parlait de l'affaire Chalabi qui a défrayé la chronique. Mais à présent les avocats des partis civils dans l'affaire des moines de Tibbhirine remettent en cause le juge et la lenteur de son investigation dans une affaire où la raison d'Etat ne semble pas épargnée.

Alors pourquoi Péan a-t-il amorcé un virage à 180° dans son dernier opus "Noires fureurs, blancs menteurs" (une enquête révisionniste à charge construite à partir des archives de François Mitterrand et des services, dénonçant pêle-mêle un complot tutsi dans les médias en France, les crimes contre l'humanité de l'armée de Kagame et l'instrumentalisation et l'exagération de l'ampleur du génocide rwandais par le FPR)  pour encenser le juge Bruguière? Est-ce parce que les réseaux Mitterand sont gravement mis en cause dans leur gestion du drame rwandais? Est-ce parce que le juge Bruguière a retrouvé à ses yeux une certaine légitimité alors que la méthode Bruguière ne semble pas avoir bougé d'un iota? Ou bien Bruguière serait-il enfin sur la voie de la vérité après tant d'années d'attentes ? On espère avoir enfin la réponse un jour ou l'autre et que l'enquête Bruguière puisse être instruite par un procureur pour juger sur pièce. L'émission le Vrai journal nous promet pour bientôt "douze mandats d'arrêts internationaux contre l'entourage proche de Kagame". Pourtant le doc diffusé dans l'émission ne fait que reprendre les éléments donnés par Bruguière sans véritable contradictoire. Comme si l'émission en était restée à
l'article de Péan, Nick et de Muntz en octobre 2000 dans le Vrai papier journal intitulé : "Bruguière traque le président rwandais" où l'on promettait des mandats d'arrêts internationaux contre l'entourage de Paul Kagamé. Il semble que l'émission Le vrai journal en soit resté à ce que sa version papier diffusait il y a six ans. Une émission qui ne semble pas tenir compte des éléments récemment publiés notamment dans le cadre du T.P.I.R allant dans le sens contraire de l'enquête Bruguière. Ainsi le réalisateur et les journalistes de l'émission ne se sont pas trop posés de questions sur l'historique des enquêtes bruguériennes. Ils ont repris une enquête en cours depuis mars 1998 et dont l'enquêteur principal contrairement à la juge Raynaud ne s'est pas donné la peine d'aller sur les lieux du crime, pas plus qu'ils n'ont prêté attention aux déclarations du vice-président du T.P.I.R  en février 2006 (tribunal pénal international sur le Rwanda) exhibant une lettre du gouvernement rwandais d'Hayarimana lors du procès du colonel Bagosora (cerveau présumé du génocide).  Dans cette lettre était évoqué l'achat en 1992 par le chef d'état major de l'armée rwandaise des missiles SAM 16 qui ont servi à abattre le Falcon 50 de Juvenal Habyarimana et de son homologue burundais. Bagosora aurait rétorqué que ces missiles n'auraient jamais été achetés par le pouvoir rwandais de l'époque. Il n'empêche que les numéros des SAM 16 retrouvés sur la facture du gouvernement Habyarimana sont les mêmes que ceux de la batterie récupérée par l'armée rwandaise au lendemain de l'attentat. 

C'est un peu comme si on nous ressortait la vieille litanie de service au moment du mois d'Avril, litanie servie déja six ans plutôt par le quotidien de l'émission, puis il y a deux ans par le Négrologue du Monde et maintenant dans l'émision  Le Vrai journal. On espère que cette fois ci l'enquête sera instruite par un procureur et que lumière sera faite. Sinon on criera à l'intox et à la désinformation voire à la propagande. Pour autant si les faits étaient avérés, on reste stupéfait du peu d'empressements de cette même émission à aborder les responsabilités de la politique de François Mitterand au Rwanda dans le génocide rwandais. Une émission qui est prête à faire le panégyrique de ce président lors de la commémoration de l'anniversaire de sa mort mais ne juge pas opportun d'aborder le sujet de la politique mitterandienne au Rwanda au demeurant sans doute "sans importance". Comme disent les beaufs "vous savez dans ces pays là chez ces gens là...".

A suivre...