|
PRESSAFRIQUE
24.04.06 | ||
| Le match continue.
Sans doute contrarié par l'accueil et la fin de non recevoir qu'il a
reçu de la part des Algériens et par les déclarations du
président algérien Bouteflika sur la colonisation française comme
"génocide de l'identité", Douste-Blazy ressert les couverts et appelle
Bouteflika à ne pas "galvauder" le terme "génocide".
*Ironie du sort les mêmes razzias coloniales organisées de nos jours par le régime de Khartoum via les troupes des Janjawids contre les habitants sédentaires du Darfour au Soudan ont été qualifiées d'actes de génocide par une partie de la communauté internationale et de nombreuses ONGs. Durant la pacification de l'Algérie par les troupes coloniales françaises il y eut aussi une systématisation des enfumades. Ces enfumades codifiées et réitérées visaient à exterminer l'ensemble de la population d'un village ou d'une tribu réfugiée dans des cavernes. Elles constituent des massacres dont le caractère génocidaire ne laisse nul doute. "Rien de tel dans le cas des enfumades ; elles ne sont pas filles du chaos, de l'anarchie ou de l'anomie. Les massacres auxquels elles ont conduit ont été organisés avec soin, et cette rationalisation instrumentale, qui laisse peu de place au hasard ou à l'improvisation, en fait des massacres modernes qu'aucun hybris ne vient troubler en compromettant leur efficacité par des agissements personnels, désordonnés et inadéquats aux buts visés : faire périr en masse et terroriser les civils". (extraits de Coloniser, exterminer d'Olivier Le Cour Grandmaison, p. 141). "Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, fumez les à outrance comme des renards" (ordre de Bugeaud à ses subordonnés, ibid, p.140) ; "Je fais hermétiquement boucher toutes les issues et je fais un vaste cimetière [...] La terre couvrira à jamais les cadavres de ces fanatiques..." (Lettre de Saint-Arnaud cité par Olivier Le Cour Grandmaison, p. 140) ;"Dès lors je n'eus plus qu'à suivre la marche que vous m'aviez indiqué : je fis faire une masse de fagots et, après beaucoup d'efforts, un foyer allumé et entretenu à l'entrée supérieure..." (Pélissier cité par F. Maspero, L'Honneur de saint-Arnaud, p. 251) ; "J'ai pu sans péril traverser avec vingt-cinq personnes le Dahra dont nous avons décimé la population, il y a six mois" Lettre de Tocquevile du 1er décembre 1846 adressée à Corcelles, in Oeuvres Complète, tXV,1,p.24, ibid, p.140). "Il faut anéantir tout ce qui ne rampera pas à nos pieds comme des chiens" (colonel de Montagnac 1843, cité par Ignacio Ramonet, Colonialisme, Le maghreb colonial. Le Monde Diplomatique, Manière de voir, avril-mai 2006, p.4). De la conception des massacres à caractère génocidaire à géométrie variable en fonction des enjeux et des rapports de pouvoir ? S'agit-il d'une conception ethnocentrée en fonction des intérêts géopolitiques confinant à la subjectivité historique au mépris de la matérialité des faits rapportée et de la définition du crime de génocide contre toute ou partie d'une population selon l'article 6 du statut de rome ? (cf. Srebrenica, et le Darfour). Voilà un paradoxe que les historiens ne s'empressent pas de résoudre. Car s'il était avéré que les méthodes d'extermin ation et de "guerre totale" - selon les propres termes de Bugeaud qui dispose de nombreuses rues et avenues à son nom en France dont une notamment dans la capitale du Limousin à 50 km d'Oradour sur Glane - réalisées durant la conquête coloniale française contre les populations civiles algériennes (mais aussi dans certains pays d'Afrique notamment dans l'Oubangui-Chari) relevaient d'un caractère génocidaire, la loi du 23 février ne serait pas seulement une apologie par omission de crimes contre l'humanité au nom du soit disant progrès apporté par la conquête et l'occupation coloniale mais tout simplement une apologie implicite de crimes contre l'humanité à caractère génocidaire au nom de "la Civilisation". Sa validation à deux reprises par la majorité des députés, n'est pas sans avoir une certaine influence sur l'inconscient collectif dans la banalisation implicite du crime des crimes en fonction de la "race" ou plus exactement en fonction du rapport de sujétion historique et culturelle. Tout comme ces deux votes de la loi à l'Assemblée nationale constituent un révélateur maussien d'une opinion publique dont les représentations sont largement surdéterminées par un imaginaire colonial. Voilà que les fantômes du passé viennent persécuter la mémoire nationaliste et le mépris et le déni ne sont sans doute pas les meilleurs antidotes pour les générations futures multiethniques. Pas plus que les arguments dénonçant l'exhumation de ce passé traumatique comme relevant de l'anti-France (à l'atavisme nationaliste anti-Dreyfusard) ou du simple anticolonialisme désuet. Toute proportion gardée, une rhétorique révisio-négationniste qui n'est pas si éloignée de la rhétorique nationaliste turque face à la persécution mémorielle à l'échelle de la nation engendrée par les pressions exogènes et pour part endogènes quant à la nécessité d'une reconnaissance du génocide des Arméniens. Oui il y a un impact culturel et sociétal de cet impensé colonial et de son retour dans la culture avec toutes les entreprises de négation ou de révision qui ne manquent pas de l'accompagner face aux "Horreurs" de la conquête coloniale bien souvent falsifiées, minimisées voire légitimées. Disons que cela aide à tenir. Mais à quel prix? L'amnésie mène à la reconduction, l'anomie et la forclusion qui en sont le prélude y participent également. Des crimes contre l'humanité (en tenant compte de certains à caractère génocidaire) du colonialisme à ceux du néocolonialisme il y a une continuité impensée. Si la Culture dans sa terminologie officielle et par la voix de son magistère socio-politico-intellectuel (politique, scientifique, médiatique...) ne les reconnaît pas et ne les dénonce pas de manière scripturaire et sur le plan légal pour ce qu'ils sont à savoir des crimes contre l'humanité imprescriptibles contraire aux principes fondamentaux des droits de l'homme et de son universalité, contraire aux principes de la République, que rien au monde ne saurait justifier encore moins lorsqu'ils ont des caractéristiques génocidaires assortis d'un discours sur la "race", le risque de reconduction n'est sans doute pas négligeable mais celui d'une banalisation avec une rationalisation fondée sur un discours raciologique (ou plus précisément discriminatoire) à l'échelle de la Cuture est certain. Et cela vaut pour toutes les cultures occidentales ou non. De l'universalité de l'ingratitude et du mépris dans les cultures (barbares) comme stratégie de gestion de la dette contractée auprès des peuples spoliés et massacrés et de l'avantage économique à l'échelle de la Culture d'une telle stratégie face à l'incapacité à intégrer un quelconque processus de reconnaissance et à fortiori de réparation bien trop coûteux tant au sens moral, politique qu'économique... Lire aussi : PRESSAFRIQUE 20.04.06 Bouteflika vs Douste-Blazy, le match continue --------------------------------------------------------- Dernières modifications le 02.05.06 |