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 PRESSAFRIQUE 26.05.06
Expulsion des sans papiers : des Français entrent en résistance citoyenne 

 Alors que le locataire de la place Beauvau vient d'achever une visite en Afrique au Mali et au Bénin où il fut traité par des manifstants de "raciste", de plus en plus de Français de tous horizons se déclarent hostile à son nouveau projet de loi sur l'immigration "choisie". Face aux directives déja en vigueur du ministre de l'intérieur enjoignant les préfets de région de faire du chiffre et d'expulser  un quota annuel de 25.000 sans papiers, de nombreuses ONGs, des politiciens de droite comme de gauche, des fédérations de parents d'élèves, des représentants des différentes religions, des enseignants, de simples citoyens se déclarent scandalisés par les pratiques qui pourraient être qualifiées de "rafles " : multiplication des contrôles d'identité dans les endroits publics, au domicile, arrestation de sans-papiers aux guichets des préfectures après avoir été convoqués pour les piéger et même à l'hôpital... (RESF Expulsion programmée des jeunes et des familles étrangères accueillies en France). Selon la LDH (24.03.06), "les ministres de l'intérieur et de la justice ont signé le 21 février 2006 une circulaire de traque systématique des « outils humains » indésirables ou usagés jusque dans leur domicile ou leur foyer et, sur convocations-pièges, dans les préfectures. Ce nouveau texte rend parfaitement compte de ce qui se profile à l'horizon".

On assiste à une véritable criminalisation de l'immigration alors que selon Alain Bauer sur LCI "la criminalité des étrangers est en baisse depuis quatre ans". Cette stratégie de constitution d'un bouc émissaire sur fond de gabégie politique et d'obsession sécuritaire pour engranger le vote frontiste avant les élections présidentielles est particulièrement dangereuse pour notre République et ses valeurs fondatrices, elle suscite la division et les tensions au sein de la société française sans parler de la légitimation au plus haut niveau de l'idéologie de l'extrême droite.


Une pétition lancée par le Réseau éducation sans frontières (RESF) a recueilli plus de 30.000 signatures. Cette pétition dénonce les expulsions massives des familles d'immigrés sans papiers qui vont se renforcer après la fin de la période scolaire.

Suite à la mobilisation des associations de parents d'élèves et d'élus, le locataire de la place Beauvau avait été obligé d'envoyer une circulaire aux préfets le 31 octobre dernier leur demandant d'interdire les expulsions pendant la période scolaire. Du coup le RESF craint une flambée des expulsions de familles entières pendant l'été prochain d'où l'initiative de cette pétition. La mairie du 20ème pour éviter de nouveau les expulsions a organisé une cérémonie de parrainage en vue de mettre en place un réseau de vigilance pour l'été. Parents, enseignants, élus et enfants se préparent donc à une veille républicaine. Il faut dire que dans certaines écoles les expulsions de parents d'élèves voire de familles entières n'ont pas attendu la fin de la période scolaire face à des préfets qui font du zèle administratif. Et le phénomène prend de l'ampleur. 

RESEAU EDUCATION SANS FRONTIERES

Collectif départemental des militants, groupes et collectif d'établissements
pour l'information et le soutien aux jeunes scolarisés étrangers sans papiers
En Seine Saint-Denis, plus de 150 jeunes scolarisés sans papiers placés le 1er juin sous protection citoyenne !

De nombreux jeunes scolarisés sont aujourd'hui menacés. Ce sont nos élèves, les copains de nos enfants, nos voisins. Nés ailleurs, contraints à l'exil par la guerre, la répression ou simplement la misère, ils sont arrivés mineurs sur notre territoire. Certains sont venus rejoindre leur famille, d'autres sont arrivés avec elle, certains enfin n'ont plus personne. Mais tous ont un point commun : la France leur refuse le droit de séjourner sur son sol, d'y trouver asile, d'y étudier, d'y mener une vie personnelle et familiale normale, celle de tous les autres jeunes, dans les classes ou dans les quartiers.

Aujourd'hui, ils ont peur. Le « sursis » accordé par la circulaire du ministre de l'intérieur du 31 octobre 2005 qui a plus ou moins protégé les jeunes et les familles jusqu'à la fin de l'année scolaire, prend fin le 30 juin 2006. Les jeunes et leurs parents vivent dans l'angoisse. Demain, ils peuvent être embarqués de force, menottés sur un siège d'avion, vers un pays qui n'est plus tout à fait le leur. Et c'en sera fini de leurs amours, de leurs rêves, de leurs projets .

Face à cette politique qui fait de l'étranger un bouc émissaire, du sans papier un sans droits, nous faisons le choix de l'accueil et de la solidarité. Face à cette menace qui touche des centaines de jeunes et de familles dans le 93 nous avons pris nos responsabilités et nous ferons tout pour les protéger.

Pour tisser autour d'eux un réseau de solidarité efficace, un parrainage citoyen aura lieu le 1er juin à 18h dans la Grande salle de la Bourse du Travail de Bobigny, à l'initiative conjointe du Réseau Education Sans Frontières 93, du Président du Conseil Général, des organisations de la gauche et la Coordination 93 de lutte des sans papiers.

C'est un acte de résistance à un moment où la volonté du gouvernement est d'aggraver la répression et l'exclusion des sans papiers, mais aussi l'exploitation et la précarisation de tous les travailleurs. C'est aussi une façon d'exprimer une volonté de mieux « vivre ensemble » dans ce département où la diversité des origines et des cultures est un atout pour l'avenir.

Le Président du Conseil Général présidera la cérémonie. Il est, à titre symbolique, signataire de l'attestation de parrainage remise à tous les jeunes parrainés. Chaque jeune aura deux parrains, parmi lesquels de nombreux élus du département (PCF, PS, Verts), mais aussi beaucoup de simples citoyens.

L'engagement du Conseil Général, des organisations soutenant cette initiative et évidemment celui des parrains, sera double :

·         Tout faire pour protéger le (ou la) jeune en cas d'interpellation et/ou de reconduite à la frontière. Se mobiliser avec toutes les forces disponibles pour obtenir du préfet un réexamen de la situation et une décision favorable.

·         Agir à plus long terme pour la régularisation, c'est-à-dire pour le droit au séjour de ces jeunes et de leurs familles, avec un titre stable (« vie privée et familiale »), le seul qui leur permette de construire leur avenir.



En septembre 2005 un père de deux enfants de onze et quatre ans dont la dernière née en France a été expulsée vers Shangaï (L'HUMANITE 26.05.06, Parents d'ici menacés d'ailleurs  ). La mobilisation des élus, enseignants et de parents d'élèves avaient été à l'origine de la circulaire Sarkozy du 31 octobre. Le préfet de Haute-Marne n'a pas hésité à considérer que cette circulaire ne contenait que des "instructions à usage interne" (selon Le CANARD ENCHAINE 24.05.06 Des préfets expulseurs dans le dos de Sarko). Le 04.04.06 un ressortissant chinois père d'une fille de trois ans a fait un aller-retour à Pékin, la décision de stopper son expulsion étant tombée trop tard (CANARD ENCHAINE, ibid). Le 05.05.06 une invitation à quitter le territoire a été envoyée à une famille congolaise (Républiue Démocratique du Congo) dont 5 enfants de 11mois à 11 ans. Le père débouté du droit d'asile ne peut retourner en RDC car il est menacé dans son pays. Le maire de sa ville divers gauche et ses adjoints ont décidé de payer leur loyer sur leurs indemnités (CANARD, ibid). Récemment un père originaire d'Afrique du nord a comparu mardi 24.05.06 devant le tribunal. Le jour de sa comparution les parents d'élèves de l'école maternelle à Paris où est scolarisé sa fille ont appelé à un rassemblement devant l'école tandis que les enseignants ont déposé un préavis de grève. Une stratégie similaire avait abouti à la régularisation d'une mère de deux enfants d'origine marocaine menacée d'expulsion durant les vacances de Noël. Le jour de sa comparution les enseignants de son école avaient organisé une journée morte tandis que deux cent cinquante personnes dont de nombreux parents d'élèves de l'école avaient accompagné cette jeune mère de famille. Le ministère de l'intérieur avait alors décidé de calmer le jeu et la jeune mère de famille avait obtenu deux semaines après un titre de séjour de dix ans. A Evreux c'est le président de l'Assemblée nationale en personne, Jean-Louis Debré, qui a bloqué l'expulsion d'une mère togolaise, torturée dans son pays et de sa fille de 16 ans scolarisée dans un collège local (CANARD ENCHAINE, 24.05.06, ibid).

Il est à craindre que pendant les vacances scolaires, le mouvement de résistance des élus et des citoyens s'affaiblisent et que de nombreux enfants de parents sans papiers ne soient plus présents dans leur école à la rentrée prochaine. C'est pour ces raisons que le RESF appelle les citoyens à se mobiliser et à rester vigilants.