Sétif 1945 : chronique d'un massacre annoncé

 Bilan des massacres de masse dans le Constantinois en mai 1945 (p.309) :
"Il reste cependant assez d'archives au cabinet pour permettre au gouverneur Léonard de faire établir en 1952 un bilan, pour son information et celle de ses officiers généraux. "Les Européens sont très discrets à ce sujet, écrit-il. Ceux qui ont vécu la chose donnent des évaluations allant de 6000 à 15 000". On peut, semble-t-il, admettre le chiffre prudent, en le portant à 20000 ou 30000, car le cabinet du gouverneur ne disposait plus à cette date des archives concernant la région de Sétif. Un chiffre aussi élevé ne peut s'expliquer que par la rage des civils européens dans les campagnes. Lors dela séance de la commission de la Justice et de l'Epuration tenue le 26 juin, Mme Verger l'évoquait pour répondre au général Tubert qui avait été très critique envers l'armée. "Il vaut encore mieux laisser l'armée et la justice militiare s'occuper de la question, dit-elle. La répression civile et individuelle a été encore plus tragique". L'armée s'étant à peu près gardée de fournir des informations chiffrées, et les civils en ayant fourni à peine plus, le principe de dénégation, affranchi de ces contingences, peut se donner libre cours.


Quatrième de couverture :
 
Le 8 mai 1945, deux faits mineurs survenus à Sétif et à Guelma déclenchent le plus grand massacre de l'histoire de la France contemporaine, en temps de paix : au moins 20 000 et probablement 30 000 Algériens sont tués par les Européens. Grâce au dépouillement des archives des ministères de l'Intérieur, de la Guerre et de Matignon, à de multiples entretiens avec des témoins, des acteurs et des journalistes, l'historien Jean-Louis Planche reconstitue le processus de cette " Grande Peur ", survenue dans le département d'Algérie le moins politisé. Il montre, à l'origine, l'imbrication entre les conséquences immédiates de la guerre mondiale (notamment la présence américaine), les ravages du marché noir qui a déstructuré la société coloniale et une épuration politique manquée. Il explique comment on passe d'une psychose complotière à une peur de l'insurrection générale, puis à une répression aveugle. Il analyse le rôle des partis politiques prompts à instrumentaliser l'affaire, au moment où ils se déchirent pour le contrôle du pouvoir dans la France d'après guerre. Résultat : deux mois tragiques pour le Constantinois et une chape de plomb qui, soixante ans après, continue de peser sur les relations franco-algériennes et de hanter la mémoire nationale. Ce livre lève enfin le voile.

Sétif 1945 : Histoire d'un massacre annoncé
de Jean-Louis Planche

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 Extrait de l'introduction : "L'événement analysé est présenté sans en exclure la part souterraine. En mai-juin 1945, une brèche s'est ouverte au nord du Constantinois dans le tissu uniforme des jours.Le sociologue Edgar Morin nous rappelle que « le soi-disant irrationnel, l'événement, la crise, ont leur logique et leur structure ». Étudier les forces à l'ouvre, dans « la perspective clinique » qu'il propose, permet d'espérer mieux comprendre comment, selon les mots d'un témoin, « une psychose colonialiste, où la frousse se mêlait à la haine » a pu provoquer un tel drame." Jean-Louis Planche, Sétif 1945. Chronique d'un massacré annoncé, p. 17.

 Actualités :

EL WATAN 30.04.08
Chape de plomb sur les crimes coloniaux
Au lendemain du discours prononcé à Guelma par l'ambassadeur de France en Algérie, plaidant pour une mémoire partagée et une histoire écrite par les historiens français et algériens, l'Assemblée nationale française a examiné hier un projet de loi sur les archives qui verrouille davantage l'accès aux documents sur les crimes coloniaux de la France. Des historiens et chercheurs dénoncent des dispositions portant gravement atteinte à la liberté d'écriture et à la recherche scientifique. L'historien français Henri Pouillot, repris par l'APS, a indiqué que de nombreux documents dits non communicables à la recherche historique « gardent en secret des réalités sur les massacres du 8 mai 1945, ou ceux du 17 octobre 1961 à Paris, et ceux traitant des cas de tortures par l'armée française, notamment à la villa Suzini d'Alger ».[Lire la suite]

EL WATAN 09.05.07
Témoignage d'un témoin

LA TRIBUNE 18.05.06
Nouvelle demande d'excuses d'Abdelaziz Bouteflika à la France

COURRIER INTERNATIONAL 17.05.06
NÉGATIONNISME . La France, plus prompte à revisiter le passé

SAPHIR NEWS 10.05.06
'La France n'est pas prête à regarder son histoire en face'

L'HUMANITE 10.05.06
L'autre 8 mai 1945 : massacre colonial à Sétif

SETIF.INFO 09.05.06
Commémoration du 8 mai 1945

LA TRIBUNE 08.05.06
Algérie: Massacres du 8 mai 1945 : Un si long silence algérien

LE MONDE 08.05.06
Sombre 8 mai 1945 en Algérie

EL WATAN 07.05.06
L'ethnocide de Sétif

EL WATAN 07.05.06
61 ans après les massacres du 8 mai 1945

EL WATAN 06.05.06
Un aspect positif de la colonisation ?


 CLIONAUTES 12.04.06

Professeur d'histoire, ayant enseigné en Algérie et en France, Jean-Louis Planche donne le ton dès l'introduction : entre le 8 mai et le 26 juin 1945, vingt à trente mille Musulmans ont été massacrés dans le département français de Constantine : une boucherie dont l'importance n'est pas connue sur le coup, dans un paisible département rural. Pour l'auteur, il s'agit d'un « massacre annoncé » tant, depuis plus d'un an, rumeurs d'insurrection et phantasmes de complots s'étaient répandus parmi les Européens d'Algérie. Dans un mélange de peur du nationalisme algérien et d'exaltation de la célébration de la victoire, la répression est le fait d'Européens et de policiers mêlés. Pour l'opinion de la métropole, il s'agit seulement d'une réaction des autorités contre une révolte de la faim.

Il faut plus d'un demi-siècle pour établir que l'événement est en fait une série de massacres. Pour en établir la réalité, Jean-Louis Planche a eu recours aux archives des ministères de l'Intérieur, de la Guerre et de Matignon, aux témoins, acteurs et journalistes lors de l'événement. En dix-sept chapitres qui plongent le lecteur dans les troubles de la situation algérienne au lendemain de la guerre, il restitue le mécanisme de cette « Grande Peur » de l'insurrection générale, qui mêle présence américaine, ravages du marché noir, épuration politique manquée, instrumentalisation par les partis politiques de la métropole. Ouvrage appuyé sur de nombreuses références citées en notes, qui entend « lever enfin le voile ».