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PRESSAFRIQUE
05.06.06 | ||||||
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A
l'occasion
de la vente le 17 et 18 juin prochain, à Drouot, de
la collection Vérité d'art africain et océanien, historiquement la plus ancienne qui soit en France
et dans le monde et à l'occasion de la création
du musée du quai Branly nourri de biens africains spoliés, des scientifiques
dénoncent avec véhémence ces procédés qui attisent les
convoitises et encouragent au pillage et à la spéculation pour doper
le marché de l'art africain. Selon RFI, l'Afrique
pourrait racheter au prix fort
des objets qui lui ont été dérobés lors de la colonisation. Dans un
article paru fin mai, RFI s'entretient avec un expert spécialisé dans l'achat, la vente et l'expertise des
arts dits "primitifs". Cet expert justifie cette vente d'objets d'art africain bien
souvent mal acquis ou à un trop juste prix en considèrant ni
plus ni moins "qu'il ne faut pas refaire l'histoire et qu'il faut se dégager d'un
regard post-colonial". La
rhétorique déployée dans cet
article nous apparaît assez révélatrice et paradigmatique d'un système de légitimation
culturelle des profits obtenus à partir du pillage
des oeuvres d'art des Africains. Les procédés rhétoriques utilisés ici sont profondément réactionnaires.
Eclairage sur les principaux points de cette interview.
Analyse 1. Il s'agit de générer un amalgame entre des artistes (Van Gogh, Gauguin) qui ont vendu leurs oeuvres délibérément à vil prix parce qu'ils n'étaient pas reconnus de leurs vivants et certains artistes, villages, communautés ou pays qui ont été spoliés par des expéditions coloniales expressément organisées.C'est un peu comme si on se mettait à comparer les déboires de Van Gogh et Gauguin avec les déboires d'artistes ou de pays dont les oeuvres d'art ont été pillées par les nazis durant la seconde guerre mondiale. Que l'on retrouve en Allemagne une toile de maître d'un pays jadis occuppé par le IIIème Reich et l'Allemagne s'empressera sous la pression diplomatique de retourner cette oeuvre au pays (occidental) qui a été pillé. Que l'on retrouve une oeuvre d'art africaine et l'on s'empressera soit de tout faire pour entraver le retour en Afrique de ces vestiges de la puissance coloniale de jadis (il aura fallu attendre par exemple 67 ans pour que l'Italie restituel'obélisque volé par le régime fasciste de Mussolini à l'Ethiopie), soit de la vendre en en tirant large profit . Faut-il y voir des rapports de force géopolitique et de domination néocoloniale permettant de justifier de telles pratiques comme si de rien était avec "une auréole de démon" pour reprendre l'expression de Michel Leiris dans son oeuvre l'afrique fantôme (voir plus bas)? Ignorer le néocolonialisme a l'immense avantage de passer sous silence les manoeuvres qui contribuent à maintenir ces pays sous la coupe réglée de l'ancienne puissance coloniale. A savoir la mise en place de dictateurs téléguidés par Paris que ces peuples n'ont jamais choisi, quand il ne s'agissait pas de massacres ou d'assassinats de dirigeants très populaires parfois élus démocratiquement mais hostiles aux intérêts de l'ancienne métropole sans oublier les élections truquées avec la bienveillance des mentors françafricains. On songera à des pays comme le Togo, le Cameroun, le Gabon, le Congo-Brazzaville, le Congo-Kinshasa, le Tchad, le Centrafrique...Il est clair que tant que ce système néocolonial et tant que la tutelle françafricaine sur ces pays ne seront pas dévoilés on pourra toujours énoncer que tout cela n'existe pas ou que ces pratiques relèvent du passé. Pourtant c'est ce système néocolonial qui permet de continuer de piller l'Afrique et ses richesses (or, diamants, bois, pétrole,...et oeuvres d'art) même si l'on doit bien dire que depuis l'effondrement du bloc soviétique la concurrence se fait rude dans le pré-carré (Américafrique, Chinafrique, Russafrique, Israëlafrique , mafiafrique, etc...). Certes depuis 1970, la convention de l'UNESCO fixe des mesures pour empêcher et interdire l'importation, l'exportation et le transfert de propriétés illicites des biens culturels. Cette Convention reconnaît que le vol est une cause principale de l'appauvrissement du patrimoine culturel des pays d'origine. Néanmoins un grand nombre de démocratures notamment françafricaines n'ont pas encore ratifié cette convention. Comment des peuples qui ont des dictateurs imposés à la tête de leur Etat par l'ancienne puissance coloniale peuvent-ils avoir le contrôle de leurs richesses naturelles et culturelles ? Au Congo sous Sassou III, le colon Savorgnan de Brazza est célébré comme un héros, au Togo on enseigne l'histoire aux enfants togolais dans des manuels datant de la période coloniale. Il s'agit bien là d'un mode de perpétuation de l'aliénation culturelle par des "gouverneurs à peau noire". Le pillage archéologique continue de saigner l'Afrique : " Les galeries et collections occidentales sont les bénéficiaires voire les organisatrices et commanditaires de ces réseaux internationaux de pillages puisque les pièces ainsi illicitement arrachées à leurs foyers originels sont vendues au centuple à des clientèles insoupçonnables des aristocraties et bourgeoisies planétaires. Anecdotique, on se souvient que le président de la république française, M. Jacques Chirac, grand amateur d'arts premiers [anciennement art primitif] avait eu maille à partir avec l'Icom lorsque en 1996, il avait reçu en cadeau de ses collaborateurs une statue de terre cuite en provenance du Mali. Les photos publiées de cette statue avaient permis d'établir qu'elle était de provenance illicite et le président, après de nombreuses tractations avait été contraint de la restituer au musée de Bamako ! Idem en 2000, à l'inauguration de la salle des Arts Premiers du Musée du Louvre, lorsque trois statues de terre cuite Nok et Sokoto, provenant de fouilles illicites au Nigeria, avaient été exposées en vitrine. L'intervention de M. Chirac auprès de son homologue nigérian avait permis de couvrir le scandale d'Etat, tout en montrant bien l'ampleur du problème...". Il est bien évident que des pays démocratiques comme le Mali et le Nigeria ont beaucoup plus d'atouts pour préserver leurs patrimoines culturels que des pays en guerre ou sous le joug néocolonial. Sous ce joug les dictateurs Ubu peuvent se comporter en véritables prédateurs du bien publique et des richesses culturelles sans avoir à affronter la moindre opposition civile bien souvent musellée sans évoquer la corruption endémique qui gangrène ces démocratures. 2.
Dans le deuxième paragraphe cité, le mépris s'installe. Certains objets d'art prélevés aux cultures africaines ne seraient pas collectionnables. En tous les cas il est sûr que les objets qui vont être vendus à Drouot le seront. Ou comment recycler le patrimoine culturel africain en se faisant un maximum de profit. Comme l'écrivait Sally Price : "tout comme qualifier les arts exotiques d'anonymes libère les Occidentaux de l'entreprise laborieuse qui consiste à déterminer et reconnaître qui sont les auteurs des oeuvres, de la même façon, prétendre que les primitifs n'ont pas de concept correspondant à notre notion d'oeuvre d'art nous dispense de la nécessité de prendre au sérieux les cadres conceptuels esthétiques des indigènes" (Arts primitifs ; regards civilisés. Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts, Paris, 1995 cité dans Un nouveau regard sur l'Art Africain (PDF), Jonga i Africa, D. Bourquin). On évoquera les raisonnements culturalistes de la coloniale au fort relent raciste d'un Ernest Psichari écrivant dans con Carnets de route en 1907 : "Pourquoi les humanistes de France ne veulent-ils pas admettre que la tête du Noir est faite pour porter des caisses et celle du BLanc pour penser?". Et dans une optique néocoloniale au raisonnement similaire pourquoi ne pas dire que les Africains n'étaient pas capables de reconnaître les oeuvres d'art car cela relevait de critères structurelles et spécifiques de la société occidentale ? Le mépris des propos confine à la ratiocination culturaliste emprunte de racialisme, d'ethnisme pseudoscientifique de tradition coloniale qui cache mal l'aporie du raisonnement, l'archaïsme de la pensée et son caractère profondément réactionnaire.
Ainsi les Africains n'auraient pas eu conscience de la valeur artistique de leurs oeuvres car elles étaient vouées aux rites culturelles et la coloniale en volant ces oeuvres n'aurait fait que rendre service à ces artistes méconnus dans leurs pays. Cette argumentation relève malheureusement d'une méconnaissance complète de l'attachement des Africains à leurs cultures, leurs objets de culte qui étaient aussi considérés comme des objets artistiques. Il s'agit là d'une argumentation qui n'est pas sans rappeler les théories évolutionnistes et fonctionnelles du début du XXème siècle. A cette époque, les objets collectés venaient décorer les expositions coloniales. Elles étaient des pièces justificatives de l'oeuvre coloniale à travers des mises en scène de la vie des indigènes. Il n'était alors jamais question d'art, l'objet était le témoignage donnant des informations sur le degré d'évolution d'une société. On parlait de spécimen ethnographique, l'objet d'art "était considéré comme un échantillon de civilisation, qui renseignait sur la technologie, la culture matérielle, les croyances et les rites ; c'était une archive matérielle un référent type de la culture "ethnique"" (Un nouveau regard sur l'Art Africain (PDF), Jonga i Africa, D. Bourquin). En somme l'art africain était enfermé dans des catégories statiques et étanches. La spoliation de ce patrimoine culturel s'avère être un véritable sacrilège pour les cultures africaines. Comme si après avoir pillé les églises de France de ses objets sacrés les enfants d'un impérialisme germanique victorieux justifiaient ce pillage en considérant que les indigènes de France n'avaient pas conscience de la valeur artistique de leurs oeuvres du fait de leur fonction rituelle. Les objets d'arts volés aux Africains deviennent des objets "migrants" (allusion à l'émigration africaine ?). Et pourquoi ne pas faire allusion à un autre qualificatif comme celui d'objets traités par exemple (allusion à la traite négrière) ? Il est évident que l'argumentaire vise à justifier des pratiques iniques et le journaliste qui mène l'entretien a le bon goût de le rappeler.
Analyse On est tous responsable comme pour la traite négrière, tout le monde est responsable, les Africains et les Européens. Cette dilution des responsabilités et l'incapacité à faire la moindre autocritique en profondeur sur ces méthodes prédatrices à l'échelle industrielle en dit long sur la culpabilité sous-jacente. Quand aux trafiquants africains, ils étaient souvent des supplétifs au service des entreprises coloniales. Après les prétendues indépendances, ils ont souvent travaillé de concert avec des trafiquants d'art souvent peu scrupuleux. On a encore du mal à imaginer de nos jours le traumatisme qu'a pu constituer pour ces populations le pillage à l'échelle industrielle de leurs oeuvres d'arts ou/et de cultes. Il suffit pour cela de se replonger dans les expéditions ethnographiques safariesques d'un Marcel Griaule et consorts qui organisaient de véritables razzias de masques, tableaux, statuettes et autres fétiches en Afrique pour le compte du musée de l'Homme. Oeuvres d'art qui étaient pourtant loin d'être de simples objets de cultes. On se doit de signaler les représentations prélogiques des explorateurs ethnographiques au fétichisme prononcé. Comme le signale à juste titre James Clifford ( Malaise dans la culture. L'ethnographie, la littérature et l'art au XXème siècle, Paris : Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts, 1996, p.139) : "Si la notion de "fétiche" africain a pu avoir un sens dans les années vingt, elle ne décrivait pas un mode de croyance africain, mais plutôt la façon dont les aficionados européens consommaient les artefact exotiques. Un masque, une statue ou le moindre lambeau de la culture noire, pouvaient effectivement résumer un monde entier de rêves et de possibilités- passionné, rythmé, concret, mystique, déchaîné : une "Afrique"...Les ethnographes partirent en 1931 avec en tête une esthétique structurée, une vision de l'Afrique, et une certaine conception (essentiellement fétichiste) de la façon dont il fallait "la" collecter et la représenter". Et pour connaître comment Griaule réalisait ses "rafles" (selon le terme employé par Michel Leiris) d'objets d'art africain il suffit de se plonger dans le journal (intitulé L'afrique fantôme) tenu par Michel Leiris lors de l'expédition Dakar-Djibouti réalisé entre 1933 et 1935 par Griaule et consorts en Afrique subsaharienne pour le compte du musée de l'homme et de la grandeur de l'Empire. Cette mission a rapporté des quantités considérables d'arts à montrer au Trocadéro. A la même époque on rapportait des êtres humains à exhiber dans les foires coloniales nommées pompeusement expositions universelles pour administrer la preuve d'une hiérarchie des races justifiant le projet civilisateur des "sauvages". C'est dans cette même perspective évolutionniste et comparative que le spécimen ethnographique devient le témoignage matériel donnant des informations sur le degré d'évolution d'une société. En ce qui concerne la mission Dakar-Djibouti, elle fut financée par l'Etat français et quelques mécènes. A l'époque de la mission Dakar-Djibouti, les musées et le public fortement formatés par les pouvoirs publiques et les médias voulaient toujours plus d'exotisme. "Le développement des musées d'ethnographie correspond à l'expansion coloniale et à l'essor de l'action missionnaire. Tout coïncide soudain : colonialisme, action missionnaire, évolutionnisme, ethnologie et pratiques muséales." (Un nouveau regard sur l'Art Africain (PDF), Jonga i Africa, D. Bourquin, p.11). La législation française promulga un décret spécial appuyant cette expédition dont le but était d'enrichir les collections de la nation. Et la façon dont furent collectées ces oeuvres est révélateur du rapport de force sur le terrain ethnographique. Il faut lire le témoignage de Michel Leiris dans l'afrique fantôme. Parce qu'il avait osé révéler la face cachée d'une expédition ethnographique prédatrice, son livre fut interdit sous Vichy. Les fascistes n'aiment pas trop qu'on montre les méthodes qui ont concouru à l'enrichissement de la nation durant la coloniale. Le livre fut donc considéré comme antifrançais par la milice. Une atteinte à la nation et à l'empire, un crime de lèse-maréchal. Car les transactions quand il y eut transactions avec l'autochtone ne furent pas sans encombres. Extraits et ambiance sur les moeurs d'une époque non révolue vues de l'intérieur du sérail : "Suite de la pérégrination. Déjeuner à Sido (128 km). Rafle, comme dans les autres villages, de tout ce qu'on peut trouver en fait de costumes de danse, objets usuels, jouets d'enfant, etc. Arrivée à Bougouni, sous pluie violente. Dîner et coucher chez l'administrateur, qui nous parle colonie, ethnographie, linguistique et Maurice Delafosse ." (L'afrique fantôme, Michel Leiris, Ed. Gallimard, p.102) "A gauche, tendu au plafond du milieu d'une foule de calebasses, un paquet innommable, couvert de plumes de différents oiseaux et dans lequel Griaule, qui palpe, sent qu'il y a un masque. Irrités par les tergiversations des gens notre décision est vite prise : Griaule prend deux flûtes et les glisse dans ses bottes, nous remettons les choses en place et nous sortons ." (ibid, p.103) " Griaule décrète alors, et fait dire au chef de village par Mamadou Vad que, puisqu'on se moque décidément de nous, il faut en représailles, nous livrer le Kono en échange de 10 francs, sous peine que la police soit-disant cachée dans le camion prenne le chef et les notables du village pour conduire à San où ils s'expliqueront devant l'administration (coloniale, ndlr). Affreux chantage!...D'un geste théâtral, j'ai rendu le poulet au chef et maintenant, comme Makan vient de revenir avec sa bâche, Griaule et moi demandons que les hommes aillent chercher le Kono. Tout le monde refusant, nous y allons nous mêmes, emballons l'objet saint dans la bâche et sortons comme des voleurs, cependant que le chef affolé s'enfuit et, à quelque distance, fait rentrer dans une case sa femme et ses enfants en les frappant à coups de bâton. Nous traversons le village, devenu complètement désert, et dans un silence de mort, nous arrivons aux véhicules...Les 10 francs sont donnés au chef et nous partons à la hâte, au milieu de l'ébahissement général et parés d'une auréole de démons ou de salauds particulièrement puissants et osés. "ibid, p.103-104 "Avant de quitter Dyabougou, visite du village et enlèvement d'un deuxième Kono, que Griaule a repéré en s'introduisant subrepticement dans la case réservée. Cette fois c'est Lutten et moi qui nous chargeons de l'opération. Mon coeur bat très fort car, depuis le scandale d'hier, je perçois avec plus d'accuité l'énormité de ce que nous commettons ". ibid, p.105 "Au village suivant, je repère une case de Kono à porte en ruines, je la montre à Griaule et le coup est décidé. Comme la fois précédente, Mamadou Vad annonce brusquement au chef du village, que nous avons amené devant la case en question, que le commandant de mission nous a donné l'ordre de saisir le Kono et que nous sommes prêts à verser une indemnités de 20 francs. cette fois-ci, c'est moi qui me charge tout seul de l'opération et pénètre dans le réduit sacré, le couteau de chasse de Lutten à la main afin de mieux couper les liens du masque. Quand je m'aperçois que deux hommes - à vrai dire nullement menaçants - sont entrés derrière moi, je constate avec une stupeur qui, un certain temps après seulement se transforme en dégoût, qu'on se sent tout de même joliment sûr de soi lorsqu'on est un blanc et qu'on tient un couteau dans sa main. Très peu après le rapt, arrivée à San, déjeuner, puis prise de contact, dans un village voisin, avec des Bobo oulé, qui sont des gens charmants ". Ibid, p.105; "Vers le soir l'instituteur français nous apprend que la mosquée est l'oeuvre d'un Européen, l'ancien administrateur. Pour réaliser ses plans, il a détruit la vieille mosquée. Les indigènes sont si dégoûtés du nouvel édifice qu'il faut les punir de prison pour qu'ils consentent à le balayer ". ibid, p.115 "Départ chez les Habé. Dès le premier village visité, histoires. Les Habé sont de braves gens, bien campés sur les pieds et ne semblent pas décidés à se laisser embêter. Tentative d'achat de quelques serrures, achat même, mais les gens protestent et reviennent sur le marché conclu : d'un geste de colère, Griaule brise un waamba qu'il a payé et fait dire qu'il maudit le village " (ibid, p.120). "Toute la journée s'est passée à dissimuler des peintures : un triptyque a été simplement revêtu de papier portant, dessinés et coloriés par Roux, les motifs mêmes de ses propres panneaux ; cela passera pour une copie. D'un diptyque également recouvert de papier, Griaule s'est fait un joli portefeuille dans lequel il a rangé des timbres et différents papiers. Un grand tableau, enfin, a été caché (sous du papier d'emballage collé) au fond d'une caisse qui contiendra des oiseaux empaillés ." (ibid, p.584). Une partie de ces oeuvres si mal acquises a donc été transférée au musée des arts premiers du Quai Branly dont l'inauguration aura lieu fin juin. Il est évident que si les ethnographes sponsorisés par l'Etat colonial et ses administrateurs se sont permis de telles libertés avec les autochtones, les particuliers qui n'avaient de compte à rendre à personne ont probablement dû utiliser les mêmes procédés si ce n'est pire. Il vaut mieux sans doute faire table rase du passé et proclamer haut et fort "qu'il ne faut pas refaire l'histoire et se dégager d'un regard post-colonial" car bien mal acquis ne profite jamais.
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