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BILLETS D'AFRIQUE juin
2006 Après
la privatisation, sur prescription du FMI, de 800 entreprises publiques,
qui n'avait rapportée que 200 millions de dollars ; après la
libéralisation des hydrocarbures l'année dernière, qui avait mis un terme
au monopole de la Sonatrach et avait permis, pour ce qui concerne la
France, l'implantation de Total ; le dépeçage de l'Algérie au profit
d'une classe dirigeante corrompue et de multinationales étrangères
prédatrices se poursuit. Le ministre des « Participations et de la
Promotion des investissements », Hamid Temmar, a annoncé un bilan de
63 entreprises publiques privatisées depuis le début de l'année (avec
grosses facilités de paiements pour les acheteurs), et promis 500
nouvelles privatisations avant la fin 2006. Laurence Parisot s'est rendue
en visite à Alger début mai, à la tête d'une délégation de 70 membres du
Medef pour saluer un processus de libéralisation « prometteur ».
Banques, poste, gaz, bâtiment, assurances. tous les secteurs sont visés.
Alors que l'Algérie n'exporte que du pétrole, elle est obligée d'importer
quantité de biens de consommations. Ces importations étant l'objet de tous
les trafics, le développement d'une économie autocentrée a été purement et
simplement sabotée. Les importations de marchandises françaises (entre un
quart et un cinquième des importations totales) ont doublé entre 1996 et
2005 pour atteindre 4,472 milliards de dollars. Cette nouvelle vague de
privatisation va donc renforcer encore la dépendance économique
(recolonisation ?) du pays. Les déclarations incendiaires de
Bouteflika, qui ont sans doute plus à voir avec les luttes d'influence
entre le président algérien, la Chiraquie et la junte algérienne, qu'avec
un quelconque et soudain souci de vérité historique, ne vont tout de même
pas jusqu'à remettre en cause la pompe à fric. Parallèlement,
les revenus de l'Etat Algérien, liés à la rente pétrolière, ont explosé en
même temps que la hausse du prix du pétrole. L'Algérie a donc pu négocier
avec la France, le remboursement anticipé de sa dette (1,24 milliards
d'euros), en fait convertie en contrats pour les entreprises françaises.
Elle venait de faire de même avec la Russie, contre signature d'un contrat
de 7,5 millions de dollars de matériels de guerre, prouvant du même coup
qu'elle pouvait se procurer les armements sophistiqués, que la France et
les USA rechignaient à lui livrer, selon Libération du 13 mars. Du
coup, le robinet militaire français vient de se rouvrir : « Le
général Gaïd Salah, chef d'état-major, vient ainsi de répondre à
l'invitation de son homologue français, le général Henri Bentegeat, qui a
déroulé pour lui le tapis rouge. Au programme : rencontre avec Michèle
Alliot-Marie, la ministre de la Défense, et visite des installations de
Giat industries. Si une livraison de Rafale paraît exclue, l'aviation
algérienne étant largement d'origine russe, une vente de chars Leclerc est
tout à fait envisageable. » (Jeune Afrique,
07/05) Au
moins on est sûr que l'excédent d'argent algérien ne servira pas à sortir
la population algérienne de la misère. - Victor
Sègre |