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PRESSAFRIQUE
15.06.06 |
| Les Etats-Unis ont
soutenu financièrement ces derniers mois les chefs de guerre en Somalie
qui ravagent le pays et entretiennent la guerre civile depuis des années.
Ces chefs de guerre ont été accusés par l'ONU d'être à l'origine de viols,
de rackets, de crimes de guerre et sont responsables du chaos règnant en
Somalie. Les Etats de l'Afrique de l'est se sont réunis pour mettre
en place des sanctions contre ces criminels en gelant leurs avoirs à
l'étranger et en demandant leur arrestation (IRIN 14.06.06). Le soutien logistique et financier
américain envers ces chefs de guerre le fut dans l'objectif de faire
échec aux islamistes que les autorités américaines accusent d'abriter
des terroristes. Selon le quotidien britanique The Guardian, la CIA aurait financé jusqu'à 150.000 euros
par mois leurs contacts proches des chefs de guerre pour arrêter
les soit-disant terroristes d'Alquaïda qui se cacheraient derrière le
mouvement islamo-nationaliste en passe de réunifier le pays. Une
rhétorique qui n'est pas sans rappeler celle qui avait légitimé la
guerre coloniale contre l'Irak de Saddam Hussein (avec ses prétendues
armes de destruction massive et connexions avec Al-Quaïda).
Pourtant ce sont les mêmes chefs de guerre qui quelques années plutôt ont tué de nombreux marines lors d'une opération lancée conjointement par l'ONU et les marines américains pour capturer deux lieutenants de ces warlords. En effet, le 3 octobre 1993, avec l'appui des Nations Unies, une centaine de marines américains de la Task Force Ranger avaient été envoyés en mission à Mogadiscio, en Somalie, pour assurer le maintien de la paix et capturer les deux principaux lieutenants et quelques autres associés de Mohamed Farrah Aidid, un chef de guerre local. Les militaires américains furent pris pour cible par les factions armées rebelles et la population, résolument hostiles à toute présence étrangère sur leur territoire. Une opération qui se chiffra par la mort de 19 américains et plus de 1000 somaliens. Depuis 1993, le vent de la géopolitique a tourné et l'Américafrique contrairement à ses principes d'engagement démocratique a soutenu ces mêmes chefs de guerre qui rançonnent et pillent la population tandis que les richesses du pays sont bradés par ces warlords. L'Américafrique n'a donc pas soutenu le gouvernement démocratique de transition et ses forces loyalistes pour mener à bien ses enjeux géopolitiques mais a appuyé des criminels pour lutter contre de prétendus terroristes apparentés à la nébuleuse Al-Quaïda. Selon Afrolnews, le représentant des tribunaux islamistes, Sheikh Sharif Sheikh Ahmed, connu pour être un modéré parmi les islamistes, nie tout lien avec les groupes terroristes. Après avoir pris Mogadiscio puis Jowhar, puis Gialalassi, les islamo-nationalistes sont en train de réunifier le pays en s'appuyant sur les chefs traditionnels contraignant les USA à soutenir le gouvernement de transition de Somalie. Washington a donc proposé vendredi 09.06 de créer un "Groupe de contact sur la Somalie", reconnaissant implicitement l'échec de son alliance avec les chefs de guerre pour freiner la montée des islamistes. "L'objectif de ce groupe est de promouvoir l'action concertée et la coordination pour soutenir les institutions fédérales transitoires de Somalie" (AFP 10.06.06). Deux possibilités semblent envisageables. Soit l'ONU appuyée par l'UE et les USA parviennent à imposer le gouvernement de transition somalien soit les tribunaux islamistes réunifent le pays et imposent une loi coranique. A moins que les tribunaux islamistes puissent composer avec le gouvernement de transition somalien. La Somalie va-t-elle enfin connaître la paix après 16 ans de guerre civile et sous quelle forme ? Au regard de la géopolitique américaine en Somalie on est en droit de se demander si la lutte contre le terrorisme en Afrique n'est pas le paravent US d'une politique néocoloniale en Afrique ?
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