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 PRESSAFRIQUE 17.06.06
Clichés raciologiques (V) : le maire de Montfermeil dérape

 Le journal Haaretz est devenu expert dans l'art de révéler les représentations raciologiques archaïques d'intellectuel ou d'homme politique français. La dernière victime en date est le maire de Montfermeil qui n'hésite pas à déclarer au sujet des musulmans dans les colones du journal : "Ce sera eux ou nous. S'ils gagnent, on est morts". Une rhétorique qui outrepasse le verbiage colonial réservé usuellement par une partie de la classe politique aux jeunes des banlieues ou d'origine africaine ("sauvageons", "racailles", "sous-hommes",...). Ces propos entrent explicitement dans une logique de confrontation en désignant à la vindicte populaire une partie de la population en raison de ses origines, de sa religion dans une rhétorique évoquant la légitime défense. Cette rhétorique rappelle des heures sombres de notre histoire. Pour le MRAP, il s'agit ni plus ni moins d'une "incitation à la haine, à la violence et à la discrimination envers les immigrés". D'autant plus que le maire UMP se situe directement sur le plan d'une croisade religieuse : "Ce sera eux ou nous. S'ils gagnent, on est morts. Moi je suis catholique, Français et fier de l'être, et je n'ai pas l'intention de vivre comme un dhimmi (un non-musulman bénéficiant d'un statut particulier dans les pays musulmans, ndlr) dans mon propre pays. Nous sommes différents d'eux et ces gens ne représentent pas la France". (Nouvel Obs.com 16.06.06 le maire UMP dérape à propos des immigrés). Des propos d'un habitué de la provocation. Dans le Monde du 01.06.06, on lui prête ces propos : "les cultures musulmane et française induisent des comportements individuels très différents, "comme s'ils avaient deux codes génétiques, deux ADN différents". Discours qu'il reprend dans le quotidien Haaretz : « C'est un combat entre deux cultures. C'est une guerre entre l'Islam et la culture occidentale. La France et l'Europe sont en danger. Si nous ne sommes pas capables de prendre la mesure de la menace musulmane, alors nous sommes en grand péril » ( Bellaciao 17.06.06).

Loin de constituer deux sphères étanches, l'histoire métropolitaine et l'histoire des colonies ne cessent de s'informer mutuellement, au point que le traitement des communautés à l'intérieur du territoire national emprunte aujourd'hui beaucoup à des précédents coloniaux. En somme le traitement des revendications socio-économiques des jeunes défavorisés et discriminés de banlieue emprunte beaucoup à la praxis coloniale qui demeure encore impensée. L'amnésie soigneusement cultivée permet la reconduction là-bas et maintenant. Les propos du maire de Montfermeil dans Haaretz en sont une illustration : "Je suis navré par l'idée que mon pays ait honte de sa culture et de ses valeurs. Quand la France renie sa propre histoire et s'excuse sans cesse pour l'esclavage, pour ses conquêtes et pour le colonialisme, est-ce si étonnant de voir les immigrés se soulever contre elle et ne lui montrer aucun respect? Malheureusement, la France ne leur a pas demandé de changer. Elle leur a permis de parler arabe et de cultiver leur héritage aux dépens de la culture française." (Nouvel.obs.com 15.06.06 "Une guerre entre l'Islam et les civilisations occidentales"). Il y a là dans ce discours souverainiste nationaliste une négation de l'idéologie infâme , des crimes contre l'humanité qui ont jalonné l'enteprise coloniale en Afrique. Un discours qui résonne aux oreilles des descendants d'esclaves et des colonisés comme l'expression d'un profond mépris. Cette vision tronquée de l'histoire ne peut se faire qu'à l'aune d'une représentation sélective des droits de l'homme, une représentation occidocentrée dont le discours sur la race n'est pas absent. A défaut de pouvoir penser les horreurs de la coloniale pouvant aller jusqu'au génocide on en vient implicitement à en faire l'apologie. On ne peut ignorer que la banalisation du mal dans le cadre des politiques étrangères occidentales responsables a un impact sur les représentations collectives de l'altérité dans notre culture. Comme l'écrivait Sven Lindquist dans "Exterminez toutes ces brutes. L'odyssée d'un homme au coeur de la nuit et les origines du génocide européen", Ed. Le Serpent à plumes, p.11-12) :

" Hannah Arendt était meilleur juge. Elle vit que Conrad avait écrit sur les génocides de son temps. Dans son premier ouvrage, Les Origines du Totalitarisme (1951), elle montra comment l'impérialisme rendait le racisme nécessaire, comme seule excuse possible pour ses actes. "Là sous lenez de tout le monde, se trouvaient un grand nombre des éléments qui, une fois réunis, pouvaient créer un gouvernement totalitaire sur le base du racisme". Sa thèse selon laquelle le nazisme et le communisme étaient de la même souche n'a pas été oubliée. Cependant, beaucoup oublient qu'elle tenait les "massacres terribles" et "les meurtres sauvages" des impérialistes européens pour responsables "de l'introduction triomphante de tels moyens de pacification dans des politiques étrangères banales et respectables", engendrant ainsi le totalitarisme et ses génocides."

Sans aller aussi loin, le dernier dérapage du maire de Montfermeil, responsable politique français, est particulièrement inquiétant. Cela ressemble à s'y méprendre derrière un discours de légitime défense à une incitation à la haine visant une composante de la population française (BELLACIAO 17.06.06 LE MAIRE RACISTE DE MONTFERMEIL SE DÉFOULE DANS LA PRESSE ISRAÉLIENNE). Une rhétorique qui contribue au divisionnisme ethnique et à générer des tensions sociétales en France.


Dernières modifications 18.06.06