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 PRESSAFRIQUE 19.06.06
L'Américafrique va-t-elle plonger la Somalie dans une nouvelle guerre civile ?


"Crier au grand complot d'Al-Qaïda n'aboutira qu'à radicaliser la population. On est en train de créer un adversaire qui n'existait pas il y a deux mois", Roland Marchal chercheur au CNRS et expert de la région. AFP 16.06.06 Washington a joué à l'apprenti-sorcier en Somalie


 Il est désormais su de tous que l'Américafrique a soutenu financièrement les chefs de guerre somalien pour lutter contre les prétendus terroristes d'Al-Quaïda en Somalie diabolisant ainsi les islamistes de Somalie. Cette stigmatisation et le soutien de Washington aux chefs de guerre qui rançonnent la population somalienne a entraîné une vague d'anti-américanisme en Somalie.

En effet, il y a quelques mois encore, faute de soutien populaire, les combattants des tribunaux n'auraient pu voler aussi facilement de victoire en victoire, face à des chefs de guerre qui régentaient la capitale depuis le début de la guerre civile somalienne en 1991, assurent ces experts. Selon des experts internationaux, Les Etats-Unis ont joué en Somalie à l'apprenti-sorcier et ont renforcé le camp qu'il voulait affaiblir. Selon le Français Roland Marchal, chercheur au CNRS et expert de la région : "En fait les cours islamiques ne sont pas fortes et sont divisées selon les lignes claniques traditionnelles...elles ont profité de l'anti-américanisme". "Des gens qui sont absolument modérés religieusement sont en train de combattre avec les cours islamiques pour se débarrasser des chefs de factions. L'erreur américaine a été d'armer des gens qui étaient en bout de course et qui avaient leur propre agenda". (AFP Washington a joué à l'apprenti-sorcier en Somalie).

A présent les islamistes sont en passe de pacifier le pays en se ralliant les chefs traditionnels des régions somaliennes. Officellement les Etats-Unis auraient renoncé à leur politique de soutien envers les chefs de guerre somaliens pour soutenir avec l'Union européenne le gouvenement de transition somalien. Il reste à savoir quelle sera la politique officieuse menée par les néocons américains en Somalie. On sait que depuis longtemps l'Américafrique n'hésite pas à soutenir et armer des guérilleros africains ou chefs de guerre en fonction de ses intérêts quitte à plonger un pays dans une guerre civile. Le cas de l'Angola est assez exemplaire. En 1975, l'Américafrique a déstabilisé volontairement l'Angola en vue de maintenir sa main-mise sur les richesses pétrolières du pays et d'enrayer une présupposée avancée communiste, un peu à l'instar de sa politique en RDC dans les années soixante.  

 "Robert Huitslander, chef de l'antenne de la CIA en Angola d'août à novembre 1975, déclarait :« C'est notre politique qui a provoqué la déstabilisation de l'Angola » et cela uniquement parce que « Kissinger était décidé à défier l'union soviétique ». Ce défi a transformé en un affrontement Est-Ouest majeur, interminable, donc en hécatombe, ce qui aurait pu ne rester qu'une guerre civile locale, une « guerre des pauvres » aux moyens dérisoires et aux effets limités. Ce défi a eu un coût - un million de morts, auxquels s'ajoutent la famine"
(LE NOUVEL OBSERVATEUR 18.07.04 
Les affameurs de l'Angola.).


Or le même cas de figure pourrait se reproduire où des islamo-nationalistes sont en train de réunifier et de prendre possession du pays. Il n'est pas sûr que Washington renonce à ses méthodes criminelles en Afrique face au nouvel ennemi fédérateur de l'Occident : les islamo-terroristes. Le gouvernement de transition étant à la peine, l'Américafrique pourrait très bien renforcer le soutien militaire, logistique et politique aux alliances anti-islamistes. Selon la BBC ( 18.06.06 UN fears new conflict in Somalia), des tonnes d'armement arrivent chaque jour en Somalie et ravitaillent tous les camps (chefs de guerre, islamistes et forces loyalistes dévoués au gouvernement de transition). Enfin le Yémen fortement soutenu dans sa lutte contre le terrorisme par les forces transatlantiques a envoyé des armes vers les forces dévouées au gouvernement de transition. Il est évident que les islamo-nationalistes sont en passe d'obtenir une position de force limitant les possibilités du gouvernement de transition d'imposer ses volontés sur les tribunaux islamiques. La lutte américaine en Afghanistan et en Irak pourrait se prolonger de manière indirecte en Somalie. 

Depuis peu, il semble que la donne géopolitique se complique en Somalie où des troupes éthiopiennes auraient franchi la frontière pour enrayer la progression islamiste (AFP 17.06.06 Les islamistes accusent les troupes éthiopiennes d'être entrées en Somalie). Le gouvernement éthiopien ne reconnaissant que le gouvernement de transition. Si les Somaliens ne parviennent pas à trouver une voie pacifique au règlement de leurs différents, il y a un fort risque d'embrasement et de durcissement du conflit attisé par des puissances internationales ou régionales. Selon les islamo-nationalistes les Etats-Unis soutiendraient une intervention de l'Ethiopie en Somalie (AP 17.06.06).