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PRESSAFRIQUE 12.02.07
Le Pen accroché sur "le génocide des Bamilékés" sur TF1

Lors de l'émission "j'ai une question à vous poser " sur TF1, une intervenante a posé une question à Jean-Marie Le Pen sur "le génocide des Bamilékés" commis par l'armée française en Afrique sous le général de Gaulle alors que bon nombre des Camerounais se sont battus pour la libération de la France et ont répondu à l'appel du 18 juin. Elle a posé la question des réparations et s'est vue répondre par le leader du Front national de manière lapidaire qu'il y a d'autres façon "moderne" d'aborder le sujet et implicitement le dépasser. Cette modernité s'appellerait-elle négationnisme ?  La même modernité arborée par la Turquie au sujet du génocide arménien ? Une autre intervenante a surenchéri en posant la question de l'absence de mémoire sur ces crimes et s'est interrogée de cette lacune plus généralement dans la culture.

TF1 12.02.07
"J'ai une question à vous poser"
Invité : Jean-Marie Le Pen, leader du Front national


Intervenante : ...et deuxième question, je vous la pose en parlant justement de ceux qui sont venus combattre pour la France et la question qui s'adresse aussi à ceux qui vont entrer sur le plateau tout à l'heure (ils n'y répondront pas, ndlr). Comment nous faisons nous qui sommes toujours très prompt à donner de leçons aux autres sur les questions de génocide pour enfin entrer en réparation des génocides que notre pays a commis et je voudrais citer le génocide au moins le génocide des Bamilékés qui avaient pourtant donner des fonds pour venir libérer la mère patrie ?

Jean-Marie Le Pen : Je n'entrerais pas dans ce débat avec vous. Je sais qu'il est tendance, qu'il est à la mode que les hommes politiques français se font spécialité de battre leur coulpe pour les crimes qui auraient été commis à tel ou tel moment de notre histoire. Je crois en effet que le temps est venu me semble-t-il de tirer un trait sur ses griefs réciproques pour envisager les choses de façon beaucoup plus calme et puis-je dire de façon plus moderne...


Le Pen est donc furieusement moderne et est prêt à tirer un trait unilatéralement sur les crimes contre l'humanité de la coloniale même s'il s'agit de "génocides", terme qu'il n'a même pas relevé ou contesté. Lui l'expert de la coloniale. 

TF1 12.02.07
"J'ai une question à vous poser"
Invité : Jean-Marie Le Pen, leader du Front national

Une autre intervenante : Donc, rebonsoir. J'aimerai en fait revenir parce qu'il y a une phrase que vous venez de dire que je n'ai pas très bien compris. Donc en fait, la dame vous a parlé donc de la reconnaissance des génocides, etc. Votre réponse c'est que c'est un phénomène de mode des hommes politiciens, peu importe. Moi ce qui m'a choqué en fait c'est la phrase que vous avez dite en disant qu'il fallait savoir tirer un trait sur le passé. Or vous basez notamment, donc désolé de revenir sur ça, votre mérite de la nationalité française sur ces fameuses guerres passées. Donc j'aimerais savoir pourquoi on considère que les génocides il faut tirer un trait dessus et à ce moment là oublier de dire pardon. Et pourquoi pour des guerres telle que la seconde guerre mondiale, etc., il faut rester dessus pour savoir qui mérite ou non la nationalité française. Voilà.

Jean-Marie Le Pen : (visiblement très mal à l'aise, le ton de Le Pen se fait plus lent, beaucoup moins véhément et hésitant,  ndlr) : Ce sont deux questions très différentes euh, en l'occurence euh il me semble qu'euh la France n'est pas privée d'entendre parler de génocides me semble-t-il. Puisque c'est un sujet qui est abordé pratiquement au moins une fois par semaine dans les différents médias. En revanche, très souvent, on oublie les sacrifices qui ont été consentis par des gens qui se sont battus et qui sont morts pour un intérêt commun à l'ensemble de la nation française. Voilà. Alors euh hum pitié c'est vrai pour les victimes euh euh affection quand elles sont, surtout lorsqu'elles sont plus proches de vous mais tout naturellement devoir de reconnaissance à l'égard de ceux qui se sont battus. Moi je suis d'une province, voyez vous je suis Breton. Je suis d'une province où il y a eu 250.000 tués en 1914-1918, 250.000 hommes entre 18 et 40 ans...   


De l'art et la manière de minimiser et de relativiser les "génocides" face aux guerres qui ont ensanglanté la France à l'aune de son nombril ? Le nationalisme en somme doit triompher ? Quant aux "génocides" qu'auraient subi les Africains pendant la colonisation nous n'en avons jamais entendu parler dans les médias français. C'est la première fois que sur une chaîne française en direct ce "génocide" ou massacres à caractère génocidaire qui a eu lieu au Cameroun en pays Bassa et Bamiléké dans les années soixante est abordé. Hormis le révisionnisme de rigueur, la réponse de Le Pen est illustratrice non pas de l'extrême droite (même si elle est le terreau du nationalisme, de la Françafrique, de la coloniale et du négationnisme) mais du silence de l'essentiel de la classe politique française sur ce drame et du mépris adressé aux victimes que l'on souhaite reléguer au plus vite aux oubliettes de la mémoire nationale. Ce soir c'était le retour de la forclusion sur TF1 et cela fait mal. L'amnésie coloniale elle a sa raison d'être culturelle et le mépris (paternallo-raciste) qui en est le corollaire aussi. Disons que cela aide à tenir.

Dernières modifications et ajouts : 13.02.07