|
PRESSAFRIQUE
27.06.06 |
|
Manifestement le musée du quai Branly
a permis de réhabiliter les oeuvres d'art d'Afrique, d'Amérique, d'Asie et
d'Océanie en prenant au sérieux les cadres
conceptuels esthétiques des peuples du sud. Pourtant ces chefs
d'oeuvre du patrimoine de l'humanité, à la complexité et à la modernité
bien souvent ignorée, ont été arrachés aux peuples colonisés dans
une relation de domination et de violence trop souvent
impensée par bon nombre d' ethnologues
falsificateurs et fétichistes au service de l'empire. Bien évidemment, tout est
une question de subjectivité et fonction de la position de celui qui
regarde, encore faut-il avoir la capacité de la penser.
Reconnaître ces oeuvres comme des oeuvres
d'art à part entière qui n'ont pour beaucoup d'entre elles rien de
"primitives" ni de "premières" n'est, depuis l'apparition du courant
post-moderne (Clifford Geertz, James Clifford, Jack Goody, Sally
Price...), qu'une évidence. Et en ce sens le musée du quai Branly
n'apporte rien de neuf, on pourrait même dire qu'il semble redécouvrir une
évidence anthropologique énoncée trente ans plus tôt dans la sphère
post-coloniale anglosaxonne. On enfonce une porte ouverte. Mais ce qui restera à la postérité c'est la légitimation de la prédation coloniale par un discours faussement humaniste et tolérant. Une mystification "civilisationnelle" de plus? Ce n'est rien d'autre que de l'accaparement d'une partie du patrimoine culturel des pays du sud et d'Asie par les héritiers du colonialisme dont il s'agit. Le président de la République française aurait pu choisir de faire un geste de réparation en restituant ces oeuvres (dont l'estimation peut s'évaluer en milliards d'euros) aux pays spoliés et colonisés. Au lieu de cela il a préféré légitimer implicitement ce pillage derrière une rhétorique aux faux accents humanistes et aux vrais relents néocolonialistes par une décision unilatérale. Au risque de passer à la postérité comme celui qui a légitimé à posteriori le recel historique de ces oeuvres. Le recel étant selon le Larousse : "une infraction consistant à détenir sciemment des choses enlevées, détournées ou obtenues à l'aide d'un crime ou d'un délit...". En matière de biens spoliés peut-on imaginer qu'il y ait prescription ? On comprend mieux pourquoi certains ont tendance à maquiller les crimes de la coloniale en bienfait ou de les minimiser au regard de l'immense apport "civilisationnel" qu'ont reçu les indigènes dans leur archaïque naïveté "primitive" et "néolithique". Cela aide à tenir. Les collections des deux institutions d'origine coloniale, le musée de l'Homme et le MAAO, ancien musée des Colonies, ont donc été transférées dans le musée du quai Branly avec la bénédiction de la République. A quoi sert le musée du quai Branly ? Nous n'osons penser qu'il permet de blanchir les oeuvres d'art pillées durant la coloniale et d'encourager la spéculation au Nord et ses effets délétères au Sud. Dernières modifications : 28.06.06 |